Guide du Minas Gerais : Histoire

Chronologie

1502 : découverte de la baie de Guanabara par Gonçalo Coelho, qui reçoit le nom de " Rio de Janeiro " (" Rivière de janvier ", le Portugais croyant arriver à l'embouchure d'un grand fleuve, en ce mois de janvier 1502).

1555 : le vice-amiral français Villegaignon fonde la France antarctique dans la baie de Rio.

1565 : le gouverneur-général Mem de Sa expulse les Français de Rio et fonde São Sebastião do Rio do Janeiro.

1763 : Rio de Janeiro devient la capitale du vice-royaume du Brésil.

1808 : le roi du Portugal Dom João VI et sa cour, fuyant les armées napoléoniennes, débarquent à Rio de Janeiro.

1822 : proclamation le 7 septembre de l'indépendance du Brésil par Dom Pedro, le fils de João VI. Dom Pedro est couronné empereur du pays le 12 octobre et devient Dom Pedro Ier.

1840 : début du long règne de Dom Pedro II, qui prendra fin en 1889.

1865 : accord de la " triplice " (Brésil, Argentine et Uruguay) et début de la guerre sanglante contre le Paraguay, qui s'achèvera en 1870.

1888 : abolition de l'esclavage le 13 mai, proclamée par la princesse Isabel, fille de Dom Pedro II.

1889 : proclamation de la République le 15 novembre.

1904 : révolte " du vaccin " à Rio. Début des grands travaux haussmanniens dans le centre de Rio. Inaugurations successives du musée des Beaux-Arts (1908), du théâtre municipal (1909), de la bibliothèque nationale (1910)...

1922 : insurrection des tenentes depuis le fort de Copacabana.

1931 : inauguration de la statue du Christ Rédempteur sur le Corcovado.

1935 : premier défilé officiel des écoles de samba.

1937 : instauration de l'Estado Novo de Getulio Vargas.

1942 : le Brésil en guerre contre l'Axe.

1950 : G.Vargas revient démocratiquement au pouvoir.

1954 : suicide de Vargas dans son palais de Catete, à Rio.

1960 : Rio cède le titre de capitale du Brésil à Brasilia, nouvellement construite sous l'impulsion du président Juscelino Kubitschek.

1964 : les militaires au pouvoir.

1968 : manifestation des " Cent mille " à Rio pour protester contre le tour de vis des militaires au pouvoir.

1982 : Leonel Brizola élu gouverneur de l'Etat de Rio.

1985 : retour de la démocratie avec l'élection de Tancredo Nevès à la présidence, qui décède avant son investiture. Il sera remplacé par José Sarney.

1989 : élection au suffrage universel direct de Fernando Collor, qui sera destitué en 1992.

1992 : ouverture à Rio du Sommet de la Terre.

1994 : le modéré Fernando Henrique Cardoso est élu président de la République. Plan real pour stabiliser l'économie.

1993 : début du long " règne " de César Maia à la tête de la mairie de Rio de Janeiro.

2000 : marée noire dans la baie de Guanabara. Scandale de corruption de la police de Rio qui éclabousse le gouvernement de l'Etat.

2002 : l'ancien " métallo " Luis Inacio Lula da Silva est élu président de la République. Sortie du film Cidade de Deus, de Fernando Mereilles.

2007 : élection de Sergio Cabral Filho à la tête de l'Etat de Rio.

2009 : le jeune (38 ans) Eduardo Paes est élu maire de Rio. Déploiement de la première Unité de police pacificatrice (UPP) dans la favela Dona Marta de Rio.

2010 : Rio se prépare à accueillir successivement les deux plus grandes réunions sportives du monde, la Coupe du monde de football 2014 et les Jeux olympiques 2016. Pluies torrentielles et éboulements dans les favelas de Rio : plus de 250 morts. Le Brésil choisit en octobre le successeur de Lula, Dilma (Rousseff).

2011 : de nouveaux glissements de terrain suites à des fortes pluies font près de 900 morts dans la région de Rio.

2012 : Rio+20 : près de 20 ans après l'une des plus importantes conférences sur le climat, les dirigeants mondiaux se réunissent à Rio pour une conférence sur le développement durable qui sera décevante en termes de résultats.

2013 : suite à l'augmentation des prix des transports en commun et des produits d'alimentation de base, de grandes manifestations secouent le pays, São Paulo et Rio en tête. Les Brésiliens protestent contre le ralentissement économique, l'inflation galopante, la piètre qualité des services publics, la corruption politique, ainsi que les sommes astronomiques englouties dans la préparation de la Coupe du monde de football. Peut à peu la situation se calme, mais un an après, il n'y a pas de changements visibles dans la société.

Juin 2014 : coup d'envoi de la Coupe du monde de football. Le climat festif n'est visible qu'à la veille de la compétition mais finit par s'installer. Près de 600 000 touristes débarquent du monde entier durant 30 jours mémorables de fête, la compétition se déroule sans incident majeur, malgré la débâcle historique de l'équipe brésilienne en demi-finale face à l'Allemagne.

Octobre 2014 : Dilma Roussef est réélue avec 51,64 % des voix contre 48,36 % pour Aécio Neves. Ces élections sont les plus disputées depuis 1989.

Novembre 2015 : la commune de Bento Rodrigues, près de Mariana, Minas Gerais, est rayée de la carte par la plus grande catastrophe écologique de l'histoire du Brésil : la rupture de deux barrages retenant des boues toxiques, qui se déverseront dans l'océan après avoir ravagé 800 km de parcours fluvial et détruit tous les écosystèmes existant sur leur passage.

Février 2016 : alerte au virus Zika, le nombre de cas explose dans le Nordeste puis dans tout le Brésil et les pays voisins. Une démoustication massive est opérée à Rio pour prévenir l'épidémie.

Mars 2016 : en plein scandale Petrobras, Dilma tente de faire entrer l'ancien Président Lula au gouvernement pour qu'il échappe à la justice. Manifestations d'envergure et menaces de destitution de la Présidente.

Du 5 au 21 août 2016 : Jeux olympiques à Rio de Janeiro.

31 août 2016 : la présidente Dilma Rousseff est destituée par le Sénat.

16 février 2018 : le président Michel Temer confie la sécurité de la ville de Rio à l'armée afin de lutter contre le crime organisé.

14 mars 2018 : Marielle Franco, femme politique, sociologue et militante des droits de l'homme brésilienne, est assassinée à Rio.

5 avril 2018 : l'ex-président Lula est condamné à 12 ans de réclusion criminelle à la suite de son implication dans le scandale Petrobras.

L'époque précolombienne

La terre brésilienne fut-elle la dernière peuplée par l'homme ? Les premiers Américains seraient venus d'Asie il y a trente mille ans après avoir franchi le détroit de Béring, pris par les glaces. Ils traversèrent le Yukon, et descendirent le long de la côte Pacifique. Dix mille ans plus tard, on en retrouve la présence dans le Nord-Est du Brésil, à Toca do Boqueiro de Pedra Furada, où ils peignaient des grottes de manière variée. Cinq mille ans plus tard, d'autres Amérindiens viendront de Colombie. Claude Lévi-Strauss, dans Saudades do Brasil, fait état de traces de civilisation, qu'il estime remonter à trente ou quarante mille ans dans le bassin de l'Amazonie. Il décrit une organisation et des pratiques sociales plus avancées que dans les Andes. L'origine de ces hommes reste toutefois une énigme. L'isolement par des obstacles naturels tels que les Andes et l'Amazonie entretiendra longtemps un certain retard chez les habitants situés à l'est. Il y a six mille ans, alors que l'Europe se peuple de cultivateurs et que, dans le futur Pérou, on cultive le haricot et le piment, la région brésilienne aurait été quasi déserte. Il y a deux mille ans, la Terre comptait cinq cents millions d'âmes, dont seulement un million aurait peuplé la région ; on cultivait alors le manioc en Amazonie et dans l'Orénoque, mais cette agriculture extensive ne permit pas le développement de population dense comme dans la plaine rizicole du Mékong, aux caractéristiques biogéographiques pourtant proches. En 1500, il n'y avait plus guère, avec les Esquimaux, les Algonquiens du Canada, que les peuples indigènes du centre du Brésil pour vivre de la chasse et de la cueillette. Avec les Bantous et les Indiens nord-américains, les Indiens brésiliens étaient les derniers à cultiver la terre de manière primitive. Pourtant, toujours selon Lévi-Strauss, ces civilisations étaient loin d'être archaïques. Elles ont, par exemple, légué des objets d'art (de belles pierres polies et de la céramique), plus avancés que ceux des Andes de la même époque. Malheureusement, ces civilisations ont été anéanties par la variole et les bandeirantes. Le bassin de l'Amazone aurait abrité en 1500 plus de sept millions de personnes, regroupées en villages denses aux huttes blanches.
On sait aujourd'hui qu'au début du XVIe siècle, les Indiens n'avaient ni écriture ni monuments, et la végétation et la frénésie ont anéanti de nombreuses traces. Leur centaine de langues avaient trois troncs communs. Les tribus principales étaient les Tupis, sur le littoral, et les Tapuyas, à l'intérieur, plus rebelles. Les Européens débarquant en 1500 et les Indiens les regardant arriver sur la plage sont donc les représentants issus d'un tronc commun qui s'était scindé cinquante mille ans auparavant. Cette évolution séparée avait rendu les Indiens particulièrement sensibles aux maladies des Européens, contre lesquelles leurs organismes n'étaient pas à même de produire des anticorps protecteurs.

De l'Inde à l'Amérique, du bois de braise à la route de l'or

L'histoire de Rio et du Minas Gerais est liée aux " cycles " de l'or et du café, après que le cycle du sucre a permis le développement du Nordeste brésilien et peut-être son malheur actuel. En 1493, le pape Alexandre VI Borgia partage le monde atlantique en deux parties, léguant aux Portugais le monde connu, limité (croyait-on) à cent lieues à l'ouest des îles du Cap-Vert, et aux Espagnols le monde inconnu, situé au-delà. En 1494, le traité de Tordesillas repousse la limite vers l'ouest, à 50° de longitude, c'est-à-dire sur la ligne imaginaire qui traversait les futures villes de Belém et Florianópolis. Cette fin de XVe siècle est marquée par la course aux épices, et ceux qui cherchent une route par l'ouest vers les Indes rencontrent par hasard les Amériques. En 1499, Manuel Ier le Grand, roi du Portugal, accueille avec fastes et récompenses le retour de Vasco de Gama. Il s'empresse de profiter de " la porte ouverte sur un monde nouveau ", d'autant qu'au même moment l'Espagne poursuit son action vers les Indes et que Christophe Colomb prépare son troisième voyage. Il nomme Pierre Alvarez Cabral, 32 ans, fils de navigateur, à la tête de treize bâtiments commandés par l'élite des navigateurs lusitaniens de l'époque : Bartolomeu Dias venait à peine de rentrer de Guinée et désirait fougueusement se mesurer de nouveau aux fureurs du géant Adamostor, dont il avait le premier violé les solitudes australes. Les instructions du roi sont doubles : rapporter des épices et prêcher le christianisme. Les procédés doivent être pacifiques, mais l'usage de la force est permis. Le départ eut lieu non pas dans la frayeur et au milieu des pleurs, comme ce fut le cas lors de celui de Vasco de Gama, mais dans la joie et l'excitation. Ils levèrent l'ancre au son des canons.

Le 22 avril 1500, au terme d'une périlleuse traversée de l'Atlantique, Cabral, cherchant du regard des bâtiments écartés du gros de la flotte, aperçoit à l'ouest une terre inconnue, où il mouille l'ancre. Il la prend pour une île et la nomme Terra de Santa Cruz. À l'emplacement du futur Porto Seguro, entre Bahia et Rio, il venait par hasard de découvrir le Brésil. La plage n'est pas déserte. Les Indiens accueillent leurs futurs colonisateurs. À Rio, ce sont les Indiens Tamoio qui donneront leur nom aux habitants de Rio : carioca (les maisons de Blancs), par leur propension à construire des " cahutes " couvertes de chaux si loin des conceptions des peuples indiens souvent nomades.

Le rêve inachevé de la "France Antarctique"

Les Français tentent en vain de s'approprier les terres portugaises. Ils sont divisés par des querelles religieuses. Il leur en aura peut-être coûté ce pays-continent. Venus avec des principes, ils repartent avec des désillusions. Dès 1503, des marins de Dieppe et de Honfleur embarquent des animaux, de l'ambre, du coton. La guerre navale éclate contre les Portugais. François Ier, se moquant du traité pontifical de Tordesillas, se réfère au testament d'Adam et Eve. En 1555, à Rio, c'est sous la bannière de la " France antarctique " que le vice-amiral breton, Villegaignon, célèbre brute épaisse, puis son neveu Bois-le-Comte, se font bouter hors du Brésil. Leurs alliés Tupinambás, rebelles aux Portugais, sont décimés. À l'inverse, Jean de Lery fraternise avec les indigènes, et trouve ainsi les éléments de son livre, Voyage en Terre du Brésil.
Sympathique et malheureuse sera l'intervention à São Luis, sous la bannière de la " France équinoxiale ", des hommes de Daniel de La Touche, que les Indiens appellent les perroquets jaunes (papagaios amarelos), pour être blonds et bavards. Ils libèrent les Indiens du servage, mais, abandonnés par la Couronne, en 1615, ils rendent les armes. C'en est fini des rêves d'hégémonie française en Amérique du Sud.

Rio de Janeiro, capitale du Brésil au XVIIe siècle

La ville de Rio, au XVIIe siècle, est moins peuplée que les deux grandes métropoles du Nordeste, Salvador de Bahia, capitale du pays jusqu'en 1763, et Recife. Cependant, la ville, bien protégée d'éventuelles invasions maritimes par son fort du Morro Castelo et par les puissants reliefs qui la protègent des velléités belliqueuses françaises et hollandaises, prospère grâce à la culture de la canne sucre et au labeur des esclaves. Puis avec la nouvelle route de l'or qui allait relier les villes aurifères du Minas Gerais à Rio, aux dépens de Paraty, la ville de la baie de Guanabara n'allait avoir de cesse de s'affirmer comme ville majeure de l'Empire portugais. En 1763, Rio de Janeiro succède symboliquement à Salvador de Bahia en devenant la capitale du Brésil et par la même occasion la ville la plus célèbre du pays.

La ruée vers l'or et les villes baroques du Minas

En 1699, les bandeirantes de São Paulo, les " éclaireurs " portugais à la recherche de richesses minières ou humaines (comprendre des indigènes à réduire en esclavage), s'enfoncent vers l'intérieur des terres et découvrent leur Eldorado : le Minas Gerais (Mines générales). Le cycle de l'or durera jusqu'en 1800 et, dans un certain sens, il dure encore, bien qu'à une échelle bien moindre et plus industrialisée, le Brésil étant depuis trois siècles l'un des premiers producteurs d'or du monde.

" Depuis le jour maudit d'octobre 1720 - raconte Marcel Niedergang dans Brésil - où les Indiens Carijos remirent à Mégousoutil 23 pépites d'or pesant près de deux livres et où ce prospecteur ébloui ramassa dans sa journée 38 kg de métal jaune, ce ne furent que razzias, pillages et assassinats. " Les garimpeiros, ces chercheurs d'or et de pierres précieuses, aigris par leurs désillusions ou obsédés par leur quête, s'entre-tuaient ou décimaient les Indigènes. " Tout ce qu'on pourrait dire de la barbarie des premiers colons reste au-dessous de la vérité ", écrit Paul Le Cointe.

Des villes naissent - Ouro Preto, Sabara, São Jao del Rey - rivalisant de richesse et de raffinement. Elles deviennent des villes fantômes avec l'épuisement des filons. Le statut de capitale passe en 1763 de Salvador, ville du sucre, à Rio, port de l'or. À l'autre bout de la chaîne, comme le relate Pierre Chaunu : " Lisbonne est émerveillée par les arrivées des flottes de l'or : 725 kg en 1699, 4 350 kg en 1703, 14 500 kg en 1715, 25 000 kg en 1720. " De quoi reconstruire la ville après son tremblement de terre. À partir de 1750, les gisements se tarirent progressivement, ramenant le Portugal à sa pauvreté initiale. Cependant, l'immense richesse extraite des entrailles généreuses de la terre allait être immortalisée dans une expression artistique majeure : le baroque mineiro, art souvent religieux mais s'exprimant également dans l'architecture civile. Les maîtres de cet art seront à jamais l'Aleijadinho, mulâtre ravagé par la lèpre qui allait ronger inexorablement ses membres et Mestre Athaide, peintre très prolifique. Aujourd'hui encore, le Minas possède encore ses caractéristiques minières et artistiques, agricoles et gastronomiques.

La lutte pour l'indépendance

Venues d'Europe et inspirées des Lumières et des révolutions, les idées d'indépendance germent dans le Minas Gerais, dont les habitants supportent de plus en plus mal la forte fiscalité portugaise, alors même que les revenus de l'or se tarissent. Des révoltes anticoloniales ne tardent pas à éclater, menées par Tiradentes (littéralement " arrache-dents ", il était dentiste...). C'est l'épisode de l'inconfidencia mineira. Tiradentes, pendu en 1792, passera ensuite à la postérité comme un héros national. D'autres révoltes auront lieu en 1798, à Bahia.

Au début du XVIIIe siècle, le roi Joao VI du Portugal, jusqu'alors attaché par sa fonction à l'intégrité des conquêtes lusitaniennes, quitta Lisbonne, menacée par les armées de Napoléon, et s'installa à Rio avec sa cour.

Dans un premier temps, il s'employa à la fois à renforcer et à émanciper la colonie. Sa présence contribua grandement à éviter l'éclatement du Brésil, à l'époque, juxtaposition sans logique d'intérêts particuliers. Les ports brésiliens s'ouvrirent au commerce étranger, des institutions administratives, artistiques et scientifiques furent créées à Rio, qui en firent une véritable capitale. Joao VI dut toutefois repartir, dès 1820, car une autre révolution survint à Lisbonne. Il laissa son fils, le prince régent Dom Pedro Ier, à Rio. Le 7 septembre 1822, celui-ci, tel Brutus, trahit la royauté lusitanienne aux cris de " Fico ! " (" Je reste ") et " L'indépendance ou la mort ! ". Il abdiquera en faveur de son fils Dom Pedro II, " Brésilien dans l'âme " et despote éclairé, qui régnera de 1831 à 1889. L'empire prendra fin avec la fin de l'esclavage, mais Rio va rester une ville investie d'une aura culturelle.

L'influence française

Seule une petite parcelle du territoire américain reviendra à la France, la Guyane. Plus tard, au XVIIIe siècle, le Français Charles de La Condamine effectue un travail scientifique en Amazonie. En 1816, le roi invite les artistes français Tauney, Debret, Ferrez, de Montigny à enseigner à l'Académie des Beaux-arts de Rio. C'est le début de la mission culturelle française. Ils inaugurent un siècle de prédilection brésilienne pour Paris. On lit, parle, pense, construit, s'habille, boit, s'amuse ; on aime " français ". Rio est aménagée par des urbanistes français, pour ressembler à un Paris tropical. On construit des monuments inspirés quelquefois par des édifices parisiens qui font la fierté de Rio, comme la pâtisserie Colombo. Le 14 juillet 1889, on chante La Marseillaise en ville. Sarah Bernhardt et Anatole France, dans leurs petits souliers, sont reçus en grande pompe. La cité se transforme en une ville de commerce et de tourisme grâce à son port puissant.

La dictature militaire (1964-1985)

En 1865, la victoire sur le Paraguay fit prendre conscience aux militaires de leur force, ce qui scella l'avènement de fortes implications de l'armée dans les hautes sphères du pouvoir. Prenant comme prétexte la " crise caféière ", l'armée déposa Pedro II le 15 novembre 1889. Appuyée par les grands propriétaires, partisans de l'esclavage (celui-ci ayant néanmoins été aboli en 1888 par la princesse Isabel), elle décréta la " république du café ", sous la bannière positiviste " Ordem et Progresso ". En 1891, le Brésil se dota d'une Constitution prétendument laïque, inspirée de la Constitution américaine, à forte consonance fédérale. En 1922, Bernadès fut élu, mais de jeunes officiers appelés tenentes, soucieux de renouveler la République, se chargèrent de mener la rébellion de l'armée à Rio. En 1930, les militaires et les gauchos vinrent à cheval du Rio Grande do Sul jusqu'à Rio porter Getúlio Vargas au pouvoir et instaurer un régime populiste. En 1937, prétextant un complot communiste, Vargas décréta l'état d'urgence, suspendit la Constitution et institua l'Estado Novo, régime inspiré du fascisme italien, tout en entrant en guerre contre l'Axe, par opportunisme, en 1942.

Selon Vargas : " pour mettre de l'ordre au Brésil, il faudrait une loi de plus : elle précisera que les autres lois sont à appliquer. " De 1945 à 1954, les militaires autorisent un intermède " démocratique ", pendant lequel Dutra et Vargas se succèdent au pouvoir et interdisent le parti communiste. Vargas a-t-il des états d'âme ? Il instaure un régime populiste et s'oppose à l'oligarchie conservatrice. En 1954, les militaires ont le regret de lui annoncer sa déposition et lui tendent fort civilement un revolver. Désappointé, cédant à la pression de ses nombreux " amis ", il se suicide d'une balle en plein coeur dans son palais présidentiel du Catete.

En 1956, Juscelino Kubitschek remporte la présidentielle et, sur le slogan de " 50 ans de progrès en 5 ans ", fait édifier ex nihilo, dans un souci de rééquilibrage économique, une capitale futuriste, Brasilia, au centre géographique du pays, et lance d'ambitieux programmes d'industrialisation, interrompus en 1964. Le 21 avril 1960, Brasilia est inaugurée et remplace Rio en tant que capitale du Brésil.

En 1960, l'armée impose Goulard et un régime parlementaire affaibli, puis, trois ans plus tard, sur fond d'agitation sociale, un nouveau régime présidentiel. Mais le 1er avril 1964, Goulard est renversé par le très martial maréchal Castelo Branco. Les militaires qui prennent le pouvoir en 1964 vont tenter de réduire ce bassin de sédition en diminuant de manière drastique le budget alloué à la ville. La ville entre alors dans une longue phase de dégradation sociale et de violence.

Les heures les plus noires de la dictature sont marquées par les exactions commises par la police, par l'armée, mais aussi par les fameux escadrons de la mort, terrorisant la population civile par des enlèvements, des tortures et des meurtres de près de 350 opposants politiques taxés de "communistes". Les inégalités augmentent entre les plus riches et les plus démunis. L'Eglise se renforce dans son pouvoir moral au cours des années en soutenant les pauvres. Parallèlement, une industrialisation à tout-va génère un endettement important du pays, ce qui entraîne, à l'initiative du FMI, une austérité économique obligatoire pour un retour à l'équilibre.

Le choc pétrolier de 1974 met fin au bref "miracle économique brésilien". Face au mécontentement des Brésiliens, l'armée organise des élections législatives au cours desquelles les députés se retournent contre le pouvoir. L'arrivée à la présidence de Tancredo Neves en 1985 marque la fin des années de dictature et un retour aux libertés politiques et individuelles.

Favelas, pauvreté et montée de la violence

Le "miracle économique brésilien", qui durera près d'une décennie pendant les premiers temps de la dictature, ne concernera pas Rio, qui, en perdant son statut de capitale, va profondément se modifier. Les migrants intérieurs (nordestins) vont se substituer aux immigrants en provenance du Vieux Continent. Le vieux Rio va être privé de ses plus beaux bâtiments et les favelas vont envahir les collines. L'élection du jeune et séducteur Fernando Collor de Mello en 1989 se soldera par une destitution pour corruption et une gestion catastrophique du pays. Son successeur Fernando Henrique Cardoso sera élu président en 1995. Cet ex-sociologue de gauche, qui a enseigné à Nanterre en France pendant son exil lié à la dictature, réussira à stabiliser la monnaie, le réal, qu'il avait mis lui-même en place lorsqu'il était ministre de l'Economie un an avant son élection. Mais les inégalités continuent toujours de se creuser dans un Brésil très libéral. Le marasme et l'abandon du centre historique sont identiques à Salvador de Bahia, dans une région encore plus pauvre que celle de Rio. Seule São Paulo tire son épingle du jeu en profitant du développement économique des pays émergents des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud). Rio, avec près de 700 favelas, a une économie atone, tandis que le pays voit la violence grimper à un record de 8 000 meurtres en 2002, soit près de 22 meurtres par jour ! Cette année-là, le syndicaliste de la métallurgie Lula da Silva, à la tête du PT, le Parti des Travailleurs, remporte les élections présidentielles. Une victoire historique de la gauche qui cristallise les espoirs d'une population majoritairement dans l'extrême pauvreté et excédée par les inégalités et la violence urbaine.

L'espoir créé par Lula et le PT

En 2002 donc, l'ancien métallurgiste Lula da Silva récupère les espoirs des classes les plus défavorisées. Son programme " Fome zero " (faim zéro) soulève l'enthousiasme des foules. Lula, dont la cote de popularité s'intensifie lors du forum social de Porto Alegre en 2001, affirme alors que " sa " première priorité est de " donner aux habitants du Brésil la possibilité de faire trois repas par jour ". En 2003, Lula est finalement porté à la présidence du pays, avec comme première priorité la lutte contre la pauvreté, endémique il est vrai au Brésil (un tiers de sa population vit avec moins de 1 US$ par jour).

Il met en oeuvre, tout au long de ses deux mandatures, des mesures sociales fortes : programme Fome zero au sein duquel la Bolsa Familia attribue jusqu'à 95 R$ par jour aux familles les plus pauvres - sous condition d'éducation des enfants et de vaccination des membres de la famille - et qui aujourd'hui bénéficie à plus de 11 millions de familles brésiliennes ; augmentation du salaire minimum, qui est passé de 200 R$ en 2002 à plus de 500 R$ en 2009 (soit une augmentation hors inflation de plus de 50 %) ; mise en oeuvre d'un grand programme d'accélération de la croissance (PAC), mené par sa ministre de la Maison civile Dilma Roussef, désormais présidente du pays, visant à améliorer les infrastructures publiques (500 milliards de reais investis entre 2006 et 2010) ; Minha Casa minha vida (Ma maison ma vie), programme de création de plus d'un million de maisons pour loger les plus déshérités... Si les résultats sont probants et loués par les grandes ONG, la violence reste la résultante d'une des sociétés demeurant parmi les plus inégalitaires au monde.

Le Minas Gerais semble avoir échappé à ce marasme car son économie reste puissante et sa capitale Belo Horizonte est une ville moderne et active, fortement inscrite dans une économie mondialisée. L'intérieur du Minas Gerais propose une agriculture souvent performante et les petites villes touristiques sont des joyaux de l'art baroque à l'économie diversifiée. On déplorera malheureusement la catastrophe de Mariana en novembre 2015, qui a rayé de la carte la commune de Bento Rodrigues et saccagé la région par les coulées de boues toxiques causées par la rupture de deux barrages.

À Rio, la " pacification des favelas " est une des mesures les plus spectaculaires prises par les gouvernements Lula et qui se poursuit par la mise en valeur de ces quartiers en retrait des lumières de la ville. Les rénovations effectuées avec les J.O. de Rio participent d'une vision durable du développement.

Le Brésil aujourd'hui

L'organisation de la Coupe du monde de football en 2014 et des J.O. en 2016 n'a pas réussi à faire oublier les difficultés économiques - et même la crise - que traverse le pays. La nouvelle classe moyenne et les plus pauvres manifestent pendant toute l'année précédant la Coupe du monde contre l'hyperinflation qui ronge le pays et fait grimper le coût de la vie (loyer, nourriture, transport...). La population est scandalisée par les sommes englouties dans la construction de stades et de structures sportives alors que les services publics sont sinistrés (santé, éducation...) et que même les denrées alimentaires commencent à coûter trop cher.

Parallèlement, des scandales de corruption politique viennent entacher la réputation du gouvernement. Dilma Roussef calmera le jeu en annulant l'augmentation du prix des transports qui avait mis le feu aux poudres et en recevant les représentants des manifestants pour leur promettre une vaste réforme politique par référendum pour mieux lutter contre la corruption et rendre le régime plus démocratique.

Réélue de justesse en novembre 2014 face à Aécio Neves, elle remporte le scrutin le plus serré de l'histoire de Brésil avec 51,64 % des voix, et repart ainsi pour un second mandat de 4 ans qui sera marqué notamment par l'organisation des Jeux olympiques de l'été 2016 et le scandale Petrobras qui n'en finit pas de la rendre impopulaire ; mi-mars 2016, plusieurs millions de Brésiliens descendaient dans la rue pour demander sa démission.

Le paroxysme de la crise politique que traverse le pays est atteint lorsque Dilma, pour semble-t-il éviter à l'ancien président Lula de comparaître devant la justice, le nomme au gouvernement et au cabinet présidentiel. Le mandat de celui-ci ne dure qu'une journée puisqu'un juge s'oppose immédiatement à cette nomination. Cet épisode met toute la bonne société dans la rue et la perspective d'une destitution de la Présidente par le Congrès se rapproche.

Dilma Roussef est finalement destituée de son poste de présidente par le Sénat le 31 août 2016, pour maquillage de comptes publics. L'année 2018 est riche en évènements : peu après le carnaval, Michel Temer, le président en poste, prend des mesures drastiques face à la flambée de violences dans la ville et confie le commandement de la sécurité à l'armée. L'insécurité croissante de la mégalopole brésilienne est un sujet particulièrement sensible. Le 14 mars 2018, l'activiste des droits de l'Homme et politicienne Marielle Franco est assassinée à Rio. Sa mort provoque une véritable onde de choc dans la ville, le pays mais aussi à l'international. Membre de la communauté LGBT, membre du conseil de la ville de Rio, elle dénonçait les exactions de la police dans les favelas. Elle devient alors un symbole de la lutte pour les droits des laissés-pour-compte. Enfin, Lula est condamné à 12 ans de réclusion criminelle le 5 avril, pour son implication dans le scandale Petrobras. Une grande frange de la population le soutient encore malgré tout et le considère emprisonné à tort. Les élections prévues pour octobre 2018 sont d'une importance capitale pour l'avenir du pays.

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