Guide de la Drôme : Histoire

Nos ancêtres ont exploité la vallée du Rhône comme voie de communication, dès l'époque romaine, et se sont implantés le long du fleuve, édifiant de puissantes villes vaillamment défendues contre les envahisseurs successifs. Ils ont également trouvé refuge dans les montagnes, où ils investirent certaines cavernes, dès la Préhistoire. S'il existe des similitudes et des corrélations historiques entre la Drôme et l'Ardèche, chacune campée d'un côté de ce fleuve qui marquait la frontière avec le royaume de France, de nombreuses particularités les distinguent.

Préhistoire

La présence de l'homme est attestée dans la vallée du Rhône dès la préhistoire. Nous en avons encore trace. Comme en Dordogne avec la grotte de Lascaux, l'Ardèche témoigne de nos lointains ancêtres à travers deux trésors : la grotte Chauvet-Pont d'Arc et le site de Soyons. Les hommes ont laissé des témoignages de leur passage dans les gorges de l'Ardèche entre 35 000 et 10 000 ans avant notre ère. La grotte de Chauvet-Pont d'Arc qui a inauguré en 2015 son incroyable reconstitution ouverte au public, abrite les plus anciennes peintures rupestres actuellement connues au monde : plus de 30 000 ans  ! A partir du néolithique - environ 7 000 ans av. J.-C. -, l'habitat se transforme. C'est de cette époque que datent les nombreux oppida, sorte de villages fortifiés construits sur les collines. A l'âge du bronze, la route de l'ambre emprunte la vallée. La région est peuplée par les Ibères et les Ligures. Nous voyons donc que de fort longue date la vallée du Rhône et ce qui deviendra les deux départements de la Drôme et de l'Ardèche, affichent un dynamisme qui n'a fait que se développer depuis... Les célèbres grottes préhistoriques mises en valeur en Ardèche et les muées attenants témoignent de cette préhistoire locale et de la vie quotidienne de nos lointains ancêtres.

Antiquité

Dès le VIe siècle av. J.-C., les Phocéens créent Massilia  (Marseille)  sur l'actuel site du Vieux Port de la cité phocéenne. C'est la plus ancienne ville de France. La vallée du Rhône devient alors une voie de communication privilégiée entre les peuplades gauloises et les colonies grecques. Les Romains comprirent eux aussi très tôt l'importance de la communication offerte par la vallée. C'est la voie d'accès la plus facile entre la Méditerranée et le nord de la Gaule. Avec sa position stratégique, à la confluence du Rhône et de l'Isère, Valence fut très tôt occupée par les Romains qui y fondèrent une colonie dans la première moitié du Ier siècle av. J.-C. Il ne reste que peu de vestiges de cette époque qui fut jusqu'aux invasions barbares plutôt calme et prospère. Les Romains construisirent aussi des routes pour faciliter leur déplacement. Celles que nous connaissons maintenant suivent généralement ce tracé antique que marquent toujours quelques bornes millénaires  c'est-à-dire qui indiquent les milles, mesure de distance romaine. Les Romains surent aussi transporter l'eau pour faciliter l'irrigation et approvisionner les villes. Ils édifièrent des moulins sur le Rhône pour moudre le grain transporté par chaland sur le fleuve. Au IIe siècle, c'est encore le couloir rhodanien qu'empruntent les premiers chrétiens pour convertir l'Europe...

Moyen Âge

Tout comme pour la plus grande partie de l'Europe, la vallée du Rhône va subir de plein fouet les effets des invasions " barbares ". Valence ne connut pas la même prospérité que sa voisine lyonnaise. Les Wisigoths, les Francs et les Burgondes durent lutter pour le contrôle d'une ville, dévastée à plusieurs reprises. Plus tard, les comtes et les évêques valentinois eurent aussi à se défendre, et la prospérité de Valence en fut retardée. Le bas Moyen Age voit Valence - tout au moins les nobles et le clergé - profiter du commerce du sel. En effet, le Rhône n'étant pas navigable, ou difficilement, au nord de Vienne, les bateaux chargés de sel devaient effectuer un transbordement - avec plus-value au passage...  - dans le port valentinois.

Dès 1452, Valence se dote d'une université qui deviendra très vite réputée dans les domaines de la médecine et du droit. Dans le même temps, Montélimar commence à prendre une certaine importance, mais Valence lui fait de l'ombre, tout comme la prédominance politique de Valréas, distante d'à peine 30 km. Valréas appartient au pape depuis 1317, tout comme avant elle (dès 1274) le Comtat Venaissin. L'Enclave des papes est ainsi née au cours du XIIIe siècle.

La vallée du Rhône connaît tout au long du Moyen Age des périodes sanglantes, notamment à travers les guerres que se livrent les seigneurs. Le couloir rhodanien conserve de cette période de nombreux châteaux forts et villes fortifiés perchés sur les collines, édifiés pour protéger les terres des invasions, et du brigandage.

Saint-Roman appartenait au dauphin viennois et Saint-Vallier était la demeure de Diane de Poitiers. Plus bas se dressent le château de Tournon, Chateaubourg et les ruines du château de Crussol - Valence. Le Moyen Age voit prospérer Soyons, Beauchatel, Livron et Loriol à l'entrée de la vallée de la Drôme. La Voulte, domaine des Ventadur et des Soubise, fut le quartier général de Louis XIII et Richelieu durant le siège de Privas en Ardèche. Cruas possède alors une abbaye fortifiée et Rochemaure un donjon de 200 m. Vivier est une ville épiscopale. De Châteauneuf à Donzère, on observe alors des fortifications à pic sur presque toute la longueur de la route.

Eglises romanes de l'Ardèche

En plein Moyen Age, au cours du XIe siècle, l'émergence de l'art roman illustre une renaissance économique et sociale à travers l'Europe. Le style roman qui se développe en Ardèche se révèle très diversifié, car les routes qui traversent ce territoire favorisent la circulation des influences artistiques depuis le Puy-en-Velay, Valence ou Saint-Gilles-du-Gard. Depuis 2008, dans la région d'Aubenas, celles et ceux qui ont à coeur la vie des églises ont décidé d'unir leurs efforts pour mettre en valeur ce patrimoine exceptionnel parfois un peu oublié. Ainsi est née la route des églises romanes de la vallée de l'Ardèche, composée de 14 clochers : 13 églises et une chapelle. Décors sculptés à Saint-Julien-du- Serre, sobriété à Balazuc, vaste édifice à Montpezat ou au contraire minuscule église à Rochecolombe... Chacune dévoile ses charmes offrant aux visiteurs ses trésors d'architecture ou simplement un moment de recueillement dans un lieu destiné avant tout à la prière. Vous les trouvez dans les villages de Montpezat-sous-Bauzon, Pont-de-Labeaume, Saint-Julien du Serre, Ailhon, Chassiers, Vinezac, Balazuc, Saint-Maurice d'Ardèche, Rochecolombe, Ruoms, Vesseaux, Prunet, Saint-Cirgues-de-Prades, Faugères.

Le site : www.eglises.romanes.07.free.fr

De la Renaissance à la Révolution

Durant les XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, la région connaît, comme ailleurs en Europe, les guerres de religions, le développement de l'imprimerie, de l'industrie - dans le Vivarais des moulinages, des papeteries s'installent... La région est marquée dès 1600 les débuts d'une agriculture " scientifique " grâce aux travaux du protestant Olivier de Serres, père de l'agronomie française. La Drôme et l'Ardèche en sont aujourd'hui encore les héritières. La soie n'est plus exploitée, mais la vigne demeure !

De la Révolution au XXIe siècle

La modernité et l'arrivée massive de l'industrie en vallée du Rhône amorcent un fort exode rural des campagnes drômoises et ardéchoises. La Drôme et l'Ardèche n'ont pas manqué le train de l'industrialisation au XIXe siècle mais ont dû batailler par la suite pour réhabiliter des quartiers et des villages détruits ou dénaturés par de nouvelles constructions anachroniques.

Des destructions, les deux départements en connaissent encore lors de la Seconde Guerre mondiale. Sur les plateaux du Vercors ou dans les villes bombardées par les alliés pour couper la retraite des Allemands dans la vallée, les pertes humaines seront nombreuses et les dégâts matériels importants. Dans les années 1930, avec les congés payés, la Drôme et l'Ardèche s'ouvrent au tourisme, un secteur qui n'a cessé depuis de se développer. C'est l'époque de la mythique N7 et du nougat de Montélimar !

De nos jours

La vallée du Rhône, couloir de migrations historiques, verra-t-elle sa fréquentation " de passage " diminuer à la suite de l'ouverture du viaduc de Millau qui offre une autre voie rapide de passage vers les rivages méditerranéens ? On pouvait l'imaginer, la réalité n'est pas venue confirmer cet espoir ! Toujours autant d'engorgement lors des heures de pointe et des départs en congé ou en week-end (et des retours...) Après l'apogée du nucléaire et de l'industrie chimique, des activités moins controversées et polluantes et tout à la fois plus diversifiées se développent. Ainsi avec les itinéraires bis, les chemins de traverse et un tourisme doux, c'est une nouvelle ère qui s'ouvre pour une vallée pleine de promesses. On parle de " bio vallée " et d'un autre développement possible. Dans les villages et les vallées reculés, on se bat aussi pour rester au pays et y vivre convenablement. A suivre donc !

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