Guide du Cap-Vert : Histoire

La statue du navigateur portugais Diego Gomes au Plato, le principal découvreur de l'archipel.<br />
La statue du navigateur portugais Diego Gomes au Plato, le principal découvreur de l'archipel.
Chronologie

1456 > découverte du Cap-Vert par les Vénitiens ou les Portugais, malgré la confirmation du peuplement antérieur de l'archipel, probablement par des navigateurs arabes ou grecs et des pêcheurs sénégalais.

1460 > le navigateur portugais Diogo Gomes accoste et prend possession des îles.

1462 > création de la ville de Ribeira Grande, première capitale du Cap-Vert, qui deviendra par la suite Cidade Velha.

1466 > une charte royale accorde à vie au Cap-Vert le droit de commerce avec la côte occidentale de l'Afrique, afin de permettre l'accélération de la colonisation.

1494 > le Cap-Vert devient domaine de la couronne portugaise.

1703 > grande période de sécheresse qui durera 9 ans.

1830 > début d'une nouvelle et meurtrière période de sécheresse qui va s'achever en 1833 et faire environ 30 000 morts.

1866 > abolition de la traite des esclaves.

1941-1946 > des famines se succèdent et auraient tué plus de 20 000 personnes.

1951 > le Cap-Vert devient un territoire d'outre-mer.

1956 > Amilcar Cabral, un ingénieur agronome capverdien qui a fait ses études supérieures à Lisbonne, fonde le PAIGC, Parti africain pour l'indépendance de la Guinée-Bissau et des îles du Cap-Vert.

1959 > le 3 août très précisément, le PAIGC s'engage dans la lutte contre les Portugais en Guinée-Bissau.

1968 > le PAIGC continue son avancée et occupe les trois quarts du pays.

1972 > en avril, l'ONU reconnaît le PAIGC comme unique représentant des peuples de Guinée-Bissau et du Cap-Vert.

Le Parti obtient ainsi un siège d'observateur à l'ONU.

1973 > en janvier, Amilcar Cabral est assassiné à Conakry par des Bissau-Guinéens à la solde des Portugais.

1974 > le 25 avril, le Mouvement des forces armées du Portugal (MFA) renverse le général Marcelo Caetano, représentant le gouvernement fasciste de Salazar.

1975 > le 5 juillet, le Cap-Vert accède à l'indépendance et crée un Etat unitaire avec la Guinée-Bissau. Aristides Pereira. compagnon de lutte d'Amilcar Cabral, devient le premier président du Cap-Vert alors que Luis Cabral, le frère de ce dernier, est nommé en Guinée-Bissau.

1977 > création de l'escudo, la monnaie nationale.

1980 > un coup d'Etat en Guinée-Bissau voit Joao Bernardo Vieira, ancien commandant durant la guerre, renverser Luís Cabral et prendre le pouvoir. Cela provoque la séparation des deux Etats

et, un an plus tard, le PAIGC capverdien se rebaptise PAICV.

1980 > le 7 septembre, adoption de la première Constitution capverdienne.

1980 > le 7 décembre, première élection législative, mais avec un parti unique.

1985 > le PAICV remporte les nouvelles élections législatives avec 94 % des voix.

1990 > le PAICV se voit contraint d'accepter les règles de la démocratie. Un parti d'opposition est créé par des intellectuels, le Mouvement pour la démocratie, MPD, et suite à l'abrogation de l'article 4 sur le parti unique, le pluralisme politique est effectif. C'est le début du multipartisme aux îles du Cap-Vert.

1991 > le 13 janvier, le MPD remporte dans le calme les premières élections législatives libres avec 56 sièges sur 79. Carlos Veiga, le président du parti, devient Premier ministre.

1991 > appuyé par le MPD, Antonio Mascarenhas Monteiro est élu président de la République avec 73,5 % des voix.

1995 > nouvelle victoire du MPD aux élections législatives face à un PAICV laminé.

1996 > Seul à présenter des candidats, le MPD remporte les municipales. Réélection d'Antonio Mascarenhas Monteiro aux présidentielles.

2000 > Retour d'un PAICV rajeuni, victorieux aux municipales.

2001 > Succès du PAICV aux législatives en janvier, victoire de son candidat, Pedro Pires, aux présidentielles quelques semaines plus tard (à 12 voix près).

2006 > Le PAICV est confortablement reconduit au pouvoir après les législatives de janvier et après la réélection de Pedro Pires en février.

2006 > Manoeuvres d'entraînement de l'Otan dans l'archipel, qui déploie plus de 7 000 hommes pendant près de deux mois pour tester sa force de réaction rapide (la NRF). Premier exercice du genre en Afrique.

2007 > Le Cap-Vert devient le 153e membre de l'OMC. Il obtient également un statut privilégié, un partenariat de mobilité, avec l'Union européenne.

2008 > Exsangue lors de son accession à l'indépendance en 1975, le pays quitte le 1er janvier 2008 la catégorie des Pays les Moins Avancés pour rejoindre celle plus enviée des Pays de Développement Moyen.

2011 > Victoire du PAICV aux élections législatives mais élection du candidat de l'opposition Jorge Carlos Fonseca comme président de la République. Mort de Cesaria Evora à Mindelo.

2013 > Première participation de l'équipe nationale de football à une Coupe d'Afrique, organisée au mois de janvier en Afrique du Sud.

2014 > Instauration d'un salaire minimum de 11 000 CVE (99,75 €).

2014 > Le 23 novembre, une éruption a lieu au pied du volcan de Fogo. Pendant 75 jours, les coulées de lave envahiront 450 hectares de terres et engloutiront deux villages, un millier d'habitants devront être relogés.

2015 > Le 8 janvier, surchargé de marchandises, le ferry Vicente (d'un armateur français) coule à quelques milles marins de Fogo, 15 personnes trouvent la mort. C'est le premier accident du genre.

2015 > L'ouragan Fred frappe l'archipel causant de nombreux dégâts matériels (vents à plus de 140 km/h). Ce phénomène ne s'était pas produit depuis 1892.

22 avril 2016 > Ulisses Correia e Silva (MpD) est élu au poste de Premier ministre.

2 octobre 2016 > Jorge Carlos Fonseca est réélu président de la République au premier tour, avec 74 % des voix.

5 juillet 2017 > Premier grand rassemblement (7 000 à 10 000 manifestants) à Mindelo pour protester contre le manque d'investissements et d'autonomie de São Vicente.

Des origines à nos jours
De la découverte au début du XXe siècle

L'histoire de la découverte des îles du Cap-Vert est très controversée de nos jours, et il est très difficile de dire exactement quels sont les premiers arrivants. Les Portugais revendiquent cette découverte, en affirmant que c'est Diogo Gomes et Antonio de Noli qui, en 1460, accostent dans les îles du Cap-Vert, alors inhabitées. Toutefois, les historiens s'accordent à dire que, au XIIe siècle, bien avant l'arrivée des Portugais, des navigateurs arabes ou grecs connaissent ces îles repérées par les géographes arabes. Le marin vénitien Alvise Ca'da Mosto, d'après ses écrits, est arrivé sur les lieux en 1456. Mais des historiens, dont Antonio Carreira, sont sûrs que des Africains, venus des côtes situées en face de l'archipel, ont occupé les terres pendant quelque temps. Il s'agirait de pêcheurs wolofs, de Lébous et de Felups, venus du Sénégal. Officiellement, c'est la version portugaise qui a été retenue. Dans le premier temps de la colonisation, seules les îles de Santiago et de Fogo sont exploitées et peuplées. En 1462, Antonio de Noli débarque en compagnie de sa famille et de colons portugais originaires d'Algarve et d'Alentejo. Il crée la ville de Ribeira Grande, appelée aujourd'hui Cidade Velha, première capitale du Cap-Vert que le pays cherche aujourd'hui à faire inscrire au patrimoine mondial de l'humanité auprès de l'Unesco. Au cours du XVIe siècle, l'archipel devient un véritable entrepôt, spécialisé dans le commerce du bois d'ébène, des pagnes de coton et de la canne à sucre. En 1466, une charte royale accorde aux Portugais de l'île de Santiago, le privilège à vie du commerce avec la côte occidentale africaine, du fleuve Sénégal à la Sierra Leone, pour accélérer la colonisation. Très rapidement, cela attire essentiellement des nobles, des artisans et quelques aventuriers portugais. D'autres Européens suivent également le mouvement et, le besoin en main-d'oeuvre se fait sentir. Des esclaves sont alors importés du Sénégal et de la Guinée, d'autant plus que les Européens sont incapables de travailler dans les plantations, sous le soleil brûlant des tropiques. Pendant très longtemps, les îles de Fogo et de Santiago resteront les seules îles exploitées. Au XVIe siècle, l'exploitation du sel commence sur les îles de Maio et de Boa Vista, puis l'île de Brava accueille la population de Fogo, après l'éruption de son volcan. Au cours de ce siècle, commence le peuplement de Santo Antão avec l'arrivée de 19 personnes, très rapidement suivies de 44 familles, puis São Nicolau en 1653. La dernière île à avoir été peuplée serait São Vicente, en 1838. En 1612, la création du port de Praia relègue Cidade Velha à la seconde place. Au XIXe siècle commence l'exploitation du sel dans l'île de Sal, plus précisément à Pedra de Lume, qui voit débarquer des habitants des îles de Boa Vista et de São Nicolau. Le Cap-Vert, placé au carrefour des Amériques, de l'Afrique et de l'Europe, se révèle une position stratégique pour le commerce triangulaire : il devient une escale de ravitaillement en eau, en vivres et en esclaves, la marchandise la plus importante des exportations capverdiennes durant les deux premiers siècles de colonisation. Capturés en Afrique, ils sont entreposés dans l'archipel, avant d'être dirigés vers le Brésil. Seuls partent les plus solides, capables de supporter la longue traversée ; les autres restent dans l'archipel pour travailler dans les plantations et sont christianisés. Beaucoup de grandes familles s'enrichissent avec ce commerce, et développent la production du sucre et du coton, introduits au XVe siècle. C'est de l'île de Fogo que partent les premières exportations de coton au début du XVIe siècle. Des tisserands guinéens fabriquent des pagnes sur place, qui finalement supplantent les exportations de coton et deviennent une des monnaies d'échange pour se procurer des esclaves africains. La canne à sucre, d'abord introduite sur les îles de Santiago et de Fogo, va s'étendre aux îles Barlavento, là où se pratiquent les cultures irriguées. Son exportation va durer jusqu'à la fin du XIXe siècle. Mais d'autres produits sont également développés et exportés : l'orseille (urzella), un colorant pour textile tiré d'un lichen, dont le bénéfice revient à la métropole car c'est un monopole de la royauté ; le cuir, le suif et le vin de l'île de Fogo, qui partent vers le Brésil. Au XVIe siècle, le pays connaît un développement de ses relations commerciales malgré les incessantes attaques des pirates et corsaires. Puis, il subit un rapide déclin au XVIIe siècle, en perdant le monopole du commerce des esclaves. Le Portugal perd le contrôle des mers en 1644, et les négriers ne sont plus contraints de s'arrêter dans l'archipel. Les Anglais s'installent alors en Gambie, et l'île de Gorée devient le concurrent direct du Cap-Vert. Les Espagnols, pour éviter de payer les droits à la couronne portugaise, créent des liaisons directes avec l'Amérique. Santiago subit un grand préjudice. De plus, en 1687, le Portugal interdit la vente des pagnes aux étrangers pour un problème de concurrence, ce qui va entraîner la ruine et l'abandon de nombreuses plantations et une vague d'émigration vers le Brésil. D'anciens esclaves libérés prennent alors possession de ces terres. Mais d'autres raisons expliquent ce déclin du Cap-Vert. Au milieu du XVIIIe siècle le roi concède le commerce du pays à des compagnies à charte qui ne cherchent que le profit, sans aucun projet de développement, comme au Brésil par exemple. De lourdes taxes pèsent sur les produits portugais, contrairement aux produits des autres colonies. C'est le cas du sel, dont on ne payait que la main-d'oeuvre à l'origine, et qui soudainement se voit appliquer des taxes à la sortie du pays. Une concurrence redoutable avec les autres colonies s'installe et le Cap-Vert est écrasé : le bétail et le vin ne sont plus exportés et, à la fin du XIXe siècle, le vignoble de l'île Fogo est fermé après avoir vu ses ceps arrachés. La canne à sucre, auparavant produite localement, doit même être importée au XXe siècle à cause de l'appauvrissement des terres humides. A cela, s'ajoutent les famines dues à la sécheresse, aux coupes incontrôlées du bois et à l'érosion, qui déciment une bonne partie de la main-d'oeuvre et du bétail. On compte douze périodes de sécheresse au XIXe siècle, et celle de 1830, la pire de toutes, dure trois ans et voit mourir 30 000 personnes. On enregistre des révoltes de paysans réclamant de profondes réformes. Malgré tout, l'agriculture va renaître durant une bonne période, redonnant à l'économie un essor. En 1810, un traité est signé entre les Portugais et les Anglais donnant plus ou moins à ces derniers le contrôle du commerce et de l'économie. En 1838, ils obtiennent l'ouverture d'un dépôt de charbon à São Vicente ; de nombreuses compagnies anglaises et diverses représentations consulaires s'y installent, créant une circulation de navires qui génère pendant plusieurs décennies les plus importantes recettes de la colonie. Le XXe siècle voit une détérioration progressive de l'économie. La révolution industrielle freine l'exportation de certains produits, comme l'orseille, et le " sang du dragon ", autre pigment issu du dragonnier, remplacés par des produits synthétiques. Le rhum et le sel continuent d'être exportés, mais subissent une lourde taxe, ce qui est aussi le cas du tabac et du sucre. Le charbon est délaissé au profit du fuel et l'autonomie des navires marchands leur permet d'éviter l'escale de Mindelo, déjà bien concurrencée par Dakar et les Canaries. Le Portugal se désintéresse de cette colonie. Les moyens et les techniques de production agricoles ne sont pas modernisés, les sols s'épuisent, ravagés par la sécheresse et l'érosion. Les mouvements de protestation persistent et le déclin économique s'accentue, entraînant la misère dans le peuple.

De la fin de la Première Guerre mondiale à l’indépendance

A la fin de la Première Guerre mondiale, les îles du Cap-Vert sont tombées dans l'oubli. Le gouvernement portugais d'António Salazar est plus préoccupé par certaines de ses colonies comme l'Angola et le Mozambique, territoires beaucoup plus riches en matières premières : l'Etat portugais contraint la population insulaire, notamment ceux qui sont scolarisés, à s'exiler en Angola et à São Tomé. Après la Seconde Guerre mondiale, Lisbonne, sous la pression internationale, se décide à effectuer quelques rénovations et crée des infrastructures : des puits sont creusés, des arbres plantés... L'Etat rachète l'aéroport de Sal, aménagé par les Italiens, et le modernise. En 1951, le Cap-Vert devient un territoire d'outre-mer. C'est le temps des premiers mouvements indépendantistes en Afrique, et les uns après les autres, les pays sous tutelle européenne accèdent à l'indépendance. Cela donne des idées à certains Cap-Verdiens. En 1956, un ingénieur agronome du nom d'Amilcar Cabral et cinq compagnons créent à Bissau le Parti africain pour l'indépendance de la Guinée-Bissau et des îles du Cap-Vert (PAIGC). Parmi eux, Luís Cabral, son demi-frère deviendra président de Guinée, et Aristide Pereira sera le premier président de la République du Cap-Vert. Leur objectif est de libérer de la tutelle du Portugal ces deux entités unies par une même histoire et un même peuple, la plupart des esclaves ayant peuplé l'archipel viennent essentiellement de Guinée-Bissau. Durant les trois premières années, le PAIGC s'efforce de constituer des cellules dans les villes principales. Le 3 août 1959, le mouvement décide de sortir de la clandestinité pour affronter l'oppresseur portugais. C'est la grande révolte des dockers, qui donne lieu au massacre de Pidgiguiti en Guinée-Bissau, où 50 grévistes sont fusillés par les Portugais sur les quais du port. La PIDE, police secrète portugaise, lance une vaste campagne d'arrestations, de nombreux militants seront torturés et tués. La direction du PAIGC déménage et se réfugie en ex-Guinée française, indépendante depuis un an seulement. La lutte armée va dès lors s'organiser sur le territoire bissau-guinéen, aidée par la Guinée de Sékou Touré, qui sert de base arrière. Des volontaires recrutés et formés rapidement, créent ainsi la première armée du parti. En 1963, les combats vont débuter, d'abord au sud du pays, puis bientôt au nord, afin d'éviter la concentration des forces portugaises sur une zone précise. De nombreuses manoeuvres diplomatiques internationales sont menées de front, isolant le Portugal. Discrètement aidé par quelques conseillers militaires cubains dépêchés par Fidel Castro, le PAIGC gagne des batailles et libère des villes et des villages. Dès les premiers mois de la lutte, 15 % du territoire échappe aux Portugais. En 1966, c'est plus de la moitié du pays qui passe sous le contrôle du PAIGC. Pourtant, les troupes portugaises, équipées avec du matériel de l'Otan, ont augmenté de 10 000 hommes en 1962 à 25 000 en 1966 et 35 000 en 1973. En 1968, les troupes du PAIGC contrôlent les deux tiers du territoire. Le général portugais António de Spínola, ayant brillamment fait ses preuves en Angola, est alors nommé gouverneur de la Guinée par Lisbonne. Il y restera jusqu'en 1973 et sera l'artisan de la plus terrible répression que le pays ait connue. Dès son arrivée, il change de stratégie et adopte la politique de " Meilleure Guinée " : cette dernière consiste à contrôler les populations en leur distribuant du riz, en mettant en valeur de nouvelles terres, en développant les infrastructures, en créant de nouveaux logements et en accordant des responsabilités aux autorités traditionnelles. Il tente alors d'africaniser la guerre en constituant des milices africaines, commandées par des officiers portugais. La guerre redouble d'intensité, mais le PAIGC tient bon, malgré le soutien que l'Otan, les Etats-Unis et les riches investisseurs angolais et mozambicains apportent aux Portugais. En avril 1972, une mission spéciale des Nations unies se déplace dans les régions libérées du Sud, et reconnaît le PAIGC comme seul et unique représentant des peuples de Guinée et du Cap-Vert. Une résolution du Conseil de sécurité condamne le colonialisme portugais et demande le retrait pur et simple du Portugal des territoires occupés. Le PAIGC obtient un statut d'observateur à l'ONU. Dans les territoires du sud-ouest et du nord, a lieu l'élection des représentants de la première Assemblée nationale populaire. Le 20 janvier 1973, Amilcar Cabral, le fondateur du PAIGC, est assassiné par des membres guinéens de son propre parti, corrompus par les Portugais. Le 23 septembre de la même année, l'Assemblée nationale populaire proclame à Boé la République de Guinée-Bissau, reconnue par de nombreux pays. Le 15 novembre 1973, Mário Soares, secrétaire général en exil du Parti socialiste portugais, s'exprime à Genève devant un parterre d'ouvriers, d'intellectuels, d'immigrés portugais, d'anciens parachutistes angolais aux bras tatoués, de fusiliers marins ayant décimé des villages entiers au Mozambique et des spécialistes de la contre-insurrection de Guinée-Bissau. Il leur parle de la prochaine révolution portugaise, de l'éradication du fascisme et de la prochaine et inévitable libération des colonies portugaises d'Afrique. Certains, se sentant humiliés, quittent la salle, scandalisés. Le 25 avril 1974, le Mouvement des Forces armées (MFA) renverse Marcelo Caetano, président du conseil depuis la défection et la mort du dictateur fasciste Salazar. C'est la grande victoire du PAIGC et du Mouvement pour l'indépendance de l'Angola (MPLA) : le MFA, durant sept mois, reprend l'idéologie et la structure de ces mouvements de libération africaine, comme si Amilcar Cabral gouvernait. Après le coup d'Etat, le nouveau gouvernement portugais acceptera un cessez-le-feu et commencera à négocier avec le PAIGC. En octobre de la même année, la Guinée-Bissau accède à l'indépendance et nomme Luís Cabral comme président de la République. Le 5 juillet 1975, vient le tour des îles du Cap-Vert, dirigées par Aristides Pereira, dont le Premier ministre sera Pedro Pires, ancien compagnon de lutte.

Figures historiques

Amilcar Cabral. Fondateur du premier parti capverdien, le PAIGC (Partido africano para a independencia da Guine e de Cabo Verde), il engage le pays dans la lutte vers l'indépendance nationale. Né à Bafata (Guinée-Bissau) d'un père capverdien et d'une mère guinéenne, il a suivi ses études secondaires à São Vicente au Cap-Vert. Il fait ses études d'agronomie à Lisbonne, travaille pour le gouvernement portugais en tant qu'ingénieur agronome en Angola, puis en Guinée-Bissau, avant de créer en 1956 le PAIGC. Assassiné le 20 janvier 1973 à Conakry, il ne verra pas la proclamation de l'indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap-Vert.

Luís Cabral. Demi-frère d'Amilcar et premier président de la Guinée-Bissau (1973-1980), c'est un des héros de la lutte pour la libération. Il est renversé en 1980 par un ancien compagnon de lutte, emprisonné, puis libéré. Il est décédé en septembre 2004 au Portugal.

De l’indépendance à nos jours

En arrivant au pouvoir, les nouveaux dirigeants héritent d'un pays dénué de ressources et sans aucune industrie. L'agriculture est dans un état pitoyable et le manque d'eau aggrave la situation ; la pêche est encore primaire, sans bateaux ni techniques appropriées ; la population est passive et fataliste. La crise est totale et grave, et la seule solution possible est l'aide internationale. Même s'il refuse de se définir comme un parti marxiste-léniniste, le PAIGC applique bel et bien une politique d'inspiration socialiste. Son principal objectif, l'union politique avec la Guinée, échoue à la suite du coup d'Etat de 1980 qui voit João Bernardo Vieira, ancien commandant, renverser Luís Cabral et prendre le pouvoir. Malgré une histoire et une langue en partie communes, le projet d'abolir les frontières, de fusionner les armées et les compagnies maritimes, s'est heurté à des réglementations administratives souvent divergentes dans le domaine monétaire, culturel, et économique. De plus, les Guinéens sont très méfiants vis-à-vis des Cap-Verdiens, qui détiennent une part trop importante du pouvoir. Les rivalités au sein même du PAIGC et la crise économique ne peuvent qu'accentuer les tensions. Les Cap-Verdiens prennent leurs distances et créent le Parti africain pour l'Indépendance du Cap-Vert (PAICV). Celui-ci va rester au pouvoir sans partage et sans opposition, interdite par la Constitution jusqu'en 1990. L'aide internationale attendue arrive aussi bien des pays de l'Est que des pays capitalistes, car le Cap-Vert, bien que sa politique montre son attachement à l'idéologie marxiste-léniniste, fait partie des pays non alignés. Il a su habilement profiter à la fois de la position géostratégique de l'archipel, et de la rivalité des deux grandes puissances, l'URSS et les Etats-Unis. De l'aveu même du président de l'époque, le pays est trop pauvre pour se priver des recettes générées par les escales techniques des avions de la compagnie sud-africaine ; même si l'Afrique entière boycotte le pays de l'apartheid. Le niveau de vie s'améliore, et une évolution se fait sentir dans les domaines de la santé, de la communication, de l'éducation et de la lutte contre la désertification. Pour surmonter les handicaps dus à l'insularité, aux aléas climatiques, à l'absence de ressources énergétiques et au taux d'accroissement de la population, de profondes réformes sont lancées dans les années 1980 : la réforme administrative se fixe pour objectif d'élever le niveau des cadres ; la réforme éducative affirme sa volonté de lutter contre l'analphabétisme ; la réforme agraire, la plus importante de toutes, vise le monde agricole, donc l'alimentation de la population. Les enjeux sont importants, car l'Etat cherche avant tout à conquérir la masse par une redistribution plus équitable des terres, sans s'attirer les foudres des ex-propriétaires. Mais ces réformes ne sont pas toutes couronnées de succès. C'est le cas dans le secteur agraire, où le gouvernement jouait une carte importante : au début des années 1980, la répression d'une manifestation de paysans de Santo Antão cause la mort d'un opposant à la réforme. L'absence de démocratie commence à peser et une ouverture s'impose.

En février 1990, l'Assemblée nationale populaire autorise le multipartisme. En renonçant à son statut de parti unique, le PAICV fait le premier pas vers la démocratie. En 1991, le MPD (Mouvement pour la démocratie), parti libéral de droite, nouvellement créé, en partie par d'anciens cadres du PAICV, gagne haut la main les élections législatives (56 sièges contre 23 au PAICV) et les présidentielles (72 % des voix contre 26 au président sortant). Carlos Veiga est nommé Premier ministre et Antonio Mascarenhas Monteiro, ancien président du tribunal suprême de justice, est élu président de la République. Cette élection met un terme aux 15 années de pouvoir sans partage, détenu par un gouvernement dirigé par les hommes ayant fait l'histoire, des héros souvent sans formation politique ni qualification ; la population est lasse de l'accroissement des chômeurs diplômés ; de l'absence de liberté de la presse et d'opinion, de la politique antinataliste et des affaires plus ou moins importantes comme le meurtre de Renato Cardoso, qui n'a jamais été élucidé. La démocratie libérale s'installe et plusieurs partis, de l'extrême gauche à la droite conservatrice, se légalisent ou se créent. Le MPD remporte de nouveau les élections de 1996, le Premier ministre Carlos Veiga et le président de la République, Antonio Mascarenhas Monteiro, gardent leurs fonctions. La transition libérale a été assurée avec succès, permettant une ouverture sur le monde et l'initiative à l'entreprise privée. De nombreuses privatisations de sociétés d'Etat et d'entreprises d'économie mixte annoncées, ont été réalisées. Le troisième plan de développement, qui s'étend de 1992 à 1995, concrétise les orientations choisies par le gouvernement. Il entend lutter contre le chômage et la pauvreté, privilégier le développement équilibré de l'ensemble des îles, et préserver les grands équilibres financiers. D'une manière générale, le troisième plan s'appuie, au niveau économique, sur quatre secteurs clés : la pêche, le développement agricole et rural, l'industrie et le tourisme.

Le PAICV, rajeuni, se ressaisit. Le Parti s'affirme comme socialiste et revient sur le devant de la scène. Ses militants font massivement campagne et aux élections de 2000-2001, ils raflent tout sur leur passage : le 20 février 2000, le PAICV gagne les municipales, le 14 janvier 2001 les législatives avec 40 députés élus contre 30 au MPD, et le 25 février 2001 les présidentielles avec l'élection sur le fil du commandant Pedro Pires, face à Carlos Veiga ex-Premier ministre, au 2e tour avec seulement 12 voix de différence. Le MPD est victime de sa politique axée essentiellement sur les privatisations et l'investissement. L'économie du pays a été bradée aux Portugais, qui effectuent ainsi un retour en prenant les rênes du pays. En effet, ils détiennent des secteurs clés comme les banques, l'électricité, la communication avec Cabo Verde Telecom... Les problèmes sociaux ont été négligés : chômage, pauvreté (l'apparition des enfants vivant dans la rue augmente la délinquance dans des îles comme São Vicente et Santiago), faiblesse du département santé, développement de la prostitution... Pedro Pires a également obtenu le soutien massif des émigrants, les Cap-Verdiens de l'étranger, oubliés par le MPD alors que leur contribution à l'économie représente 30 % du PIB. Ces derniers se sentent exclus de la vie politique : les postes à l'étranger sont attribués à des fonctionnaires que l'on fait venir du Cap-Vert (exemple à la TACV et dans les ambassades) ; la plupart désapprouvent la privatisation des entreprises publiques (CV Telecom), au profit des entreprises portugaises ; et certains déplorent le coût trop élevé des billets d'avion lors de leurs vacances au pays.

Bien acceptés par les bailleurs de fonds internationaux, le PAICV et son leader devenu Premier ministre, José Maria Neves, obtiennent dans un premier temps d'importants succès sur le plan économique, en réduisant les déficits creusés par la politique libérale du précédent gouvernement. Les réformes économiques, mises en place par le gouvernement, visent à développer le secteur privé et à attirer les investissements étrangers, afin de diversifier et de relancer l'économie. Les perspectives de développement dépendent grandement du montant des aides internationales et de la conjoncture internationale, métronome des activités touristique et immobilière qui connaissent un développement fulgurant à partir de la seconde moitié des années 2000, avec des prévisions d'investissements faramineux. Et c'est justement cette dépendance excessive qui provoque le ralentissement de l'économie quand la crise financière internationale survient en 2008 : endettés ou apeurés par l'austérité qui s'annonce, des centaines de clients européens renoncent à investir dans les programmes immobiliers, les chantiers sont abandonnés, le chômage bondit. Si le PAICV parvient à se maintenir au pouvoir en 2011, il doit désormais accepter de cohabiter avec un Président de la République issu de l'opposition du MPD, Jorge Carlos Fonseca, juriste et professeur universitaire, poète à ses heures. Mais les cinq années suivantes sont laborieuses et le gouvernement voit la compagnie nationale TACV se faire confisquer un avion, gère mal les suites du naufrage mortel d'un ferry et doit admettre qu'un fort coûteux barrage récemment inauguré laisse passer l'eau. Surfant sur une vague de mécontentement et réalisant une campagne très efficace, le MPD remporte en 2016 les élections législatives, municipales et présidentielles. Élu après avoir promis de créer des milliers d'emplois, le Premier ministre Ulisses Correia e Silva peine cependant à concrétiser ses promesses, et après trois ans au pouvoir les seules mesures importantes sont la réorganisation chaotique des transports maritimes et la privatisation de la compagnie aérienne TACV confiée à un transporteur... islandais. A deux reprises en juillet 2017 et juillet 2019, des milliers de manifestants défilent à Mindelo pour réclamer une réelle décentralisation politico-économique et pour protester contre l'isolement de São Vicente, depuis peu privée de liaisons aériennes vers l'international.

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