Guide de Croatie : Politique et économie

Politique
Structure étatique

La Republika Hrvatska (HR) est une démocratie parlementaire qui s'appuie sur la Constitution du 22 décembre 1990, inspirée de la Ve République française. Un préambule précise : " La République de Croatie se constitue en Etat national du peuple croate qui est aussi l'Etat de ceux qui, tout en appartenant à d'autres nations et à des minorités, sont ses citoyens : les Serbes, les musulmans, les Slovènes, les Tchèques, les Slovaques, les Italiens, les Hongrois, les Juifs et autres, auxquels sont garantis l'égalité avec les citoyens de nationalité croate ainsi que le respect de leurs droits nationaux en conformité avec les règles démocratiques de l'ONU et des autres pays du monde libre. "

Le pouvoir exécutif

Le chef de l'État est élu au suffrage universel direct à deux tours pour cinq ans, rééligible une fois. Il nomme le Premier ministre ainsi que les membres du gouvernement et met fin à leurs fonctions. Il jouit de prérogatives importantes : il a pour rôle d'élaborer des projets de loi afin de les soumettre au Parlement, peut dissoudre l'assemblée et dispose du droit de faire grâce. Il représente l'État à l'étranger et s'associe au gouvernement dans l'élaboration de la politique étrangère. Chef des armées, il peut prendre des ordonnances ayant force de loi en cas de guerre ou de crise, peut déclarer la guerre et conclure la paix " sur proposition préalable du Parlement ".

Le Sabor, pouvoir législatif

Le Parlement, appelé Sabor, est composé de 151 membres élus pour quatre ans au suffrage universel direct, dans un scrutin à la proportionnelle. Parmi eux, onze députés représentent les minorités ethniques et les Croates à l'étranger. Environ 20 % des élus sont des femmes, ce qui fait du Parlement croate l'un de ceux où la parité homme-femme est la mieux respectée. Détenteur du pouvoir législatif, le Sabor vote les projets de loi, décide des référendums, contrôle l'action du gouvernement, détermine les orientations de sécurité et de défense nationales. Jusqu'en 2001, le Sabor comprenait une Chambre des députés et une Chambre des comitats ou régions qui possédaient des pouvoirs distincts. Il devient monocaméral le 28 février 2001.

Témoin de la continuité étatique de la Croatie au cours des siècles, ce groupe parlementaire (Diète croate, Hrvatski sabor en croate) trouve ses origines au Moyen Âge, quand nobles et représentants du clergé se réunissent et aident Tomislav, le premier roi de Croatie, à gouverner. Au XIIe siècle, au même titre que le pays, le Sabor se divise en deux : l'assemblée de Croatie-Dalmatie et celle de Slavonie. Au XVIe siècle, à la mort de Louis II de Hongrie, c'est le Sabor qui désigne Ferdinand de Habsbourg comme souverain. À cette époque, seul le Sabor de Slavonie subsiste. Il exerce le pouvoir législatif ainsi que des fonctions administratives et exécutives.

Lors de la création du Conseil royal en Croatie, en 1767, le Sabor devient une assemblée purement législative. À la fin de la Première Guerre mondiale, qui annonce la chute de l'Empire austro-hongrois, le Sabor déclare l'indépendance de la Croatie. Mais le pays se retrouve rapidement intégré à l'ex-Yougoslavie et l'assemblée est aussitôt abolie. Pendant la Seconde Guerre mondiale, à nouveau, les deux Sabor créés travaillent parallèlement. L'un est mis en place par les forces de l'Axe en 1941, l'autre est dirigé par le Conseil antifasciste. C'est le second parti, principalement composé d'élus communistes, qui survit à la fin de la guerre. Le 30 mai 1990, le Parti communiste perd pour la première fois les élections. En 2001, la date du 30 mai, adoptée pour la fête nationale, devient jour du Sabor non férié.

Le pouvoir judiciaire

Le pouvoir judiciaire est exercé par les tribunaux organisés au sein d'une hiérarchie ayant à sa tête une Cour suprême de vingt-huit juges. La Cour constitutionnelle, composée de huit juges désignés par le Parlement, statue sur la conformité des lois votées avec la Constitution.

Modifiée en février 2001, la nouvelle Constitution renforce le caractère parlementaire du régime et supprime la chambre haute du Sabor.

La déclaration d'indépendance de la Croatie a été promulguée en 1991, puis reconnue par les pays de l'Union européenne en 1992, suivis par la communauté internationale. Quelques mois plus tard, la Croatie rejoint les rangs des pays de l'ONU et restaure l'intégralité de son territoire en reconquérant la Slavonie.

Partis

Le 10 janvier 2010, l'élection du président Ivo Josipović (social-démocrate) avait montré l'aspiration des Croates à une moralisation de la vie politique et à plus de justice sociale. Les priorités de l'ancien président portaient sur plusieurs points : mise en oeuvre des engagements pris vis-à-vis de l'Union européenne, application concrète des réformes, adoption des mesures d'austérité budgétaires, poursuite de la lutte contre la corruption, bonnes relations avec ses voisins (Slovénie, Bosnie, Serbie), soutien sans faille à l'action du Tribunal pénal international (TPI) pour l'ex-Yougoslavie.

L'alternance de coalitions entre partis

Les élections législatives du 4 décembre 2011 ont vu la victoire à la majorité absolue d'une coalition réunissant quatre partis : le SDP (sociaux-démocrates de gauche), le HNS (démocrates libéraux), la IDS-DDI (Diète démocratique d'Istrie) et le HSU (parti des retraités).

Finalement, le 1er juillet 2013, après des années de tractations, la Croatie a fêté son adhésion officielle dans l'Union européenne. Mais le 25 mai 2014, lors des élections européennes, le taux de participation aux urnes est resté faible : seuls 25 % des votants croates se sont déplacés pour voter et choisir leurs 11 députés au Parlement européen, déjà élus en avril 2013. Une coalition de droite, dirigée par le HDZ (Union démocratique de Croatie), remporte ces élections avec 41 % des voix (5 élus), contre le SDP, les sociaux-démocrates au pouvoir qui ne comptabilisent que 30 % (4 élus). Le récent parti des Verts, Orah, se classait en troisième position, avec un score honorable de 9,4 % (1 élu). Ce mouvement écologiste émergent représente la vraie nouveauté de la scène politique croate. Davor Škrlec, l'eurodéputé vert nouvellement élu, affirme les trois priorités de son parti : décarbonisation, développement durable et respect des droits humains, notamment dans les nouveaux pays de l'UE, comme la Croatie. Faits significatifs, alors que le Parti travailliste antimondialiste, nouveau parti d'extrême-gauche, reste minoritaire, l'alliance de l'extrême-droite, regroupant huit partis, obtient 7 % des voix (1 élu) et le HDZ, qui avait subi une lourde défaite après les scandales de corruption, commence à trouver un nouveau souffle.

Retour de la droite conservatrice

Le 9 janvier 2015, au cours des élections présidentielles et après un second tour très serré, Kolinda Grabar-Kitarović est élue présidente de la République croate. C'est donc le retour du HDZ au pouvoir, avec une coalition de droite qui l'emporte avec 50,74 % des voix contre 49,26 % pour le SPD des sociaux-démocrates du président sortant, Ivo Josipović.

Le 1er novembre 2015, sur fond de récession économique et de crise migratoire majeure, les élections législatives ont vu arriver en tête des scrutins une coalition de droite nationaliste, voire patriotique, regroupée autour des conservateurs du HDZ, avec 59 sièges sur les 151 de l'assemblée, contre 56 pour l'alliance de gauche menée par les sociaux-démocrates (SDP) du Premier ministre sortant, Zoran Milanović.

A partir de septembre 2015, une vague migratoire sans précédent a vu transiter sur le territoire croate près de 350 000 réfugiés, en provenance de Syrie, d'Afghanistan, du Pakistan... quasiment tous cherchant à passer en Europe occidentale. Des tensions sur la question des flux migratoires se sont réactivées, mettant en scène les pays frontaliers, Hongrie, Slovénie mais surtout Serbie (guerre des frontières). Des camps de migrants, à Slavonski Brod notamment, ont été ouverts puis démantelés, quand la route des Balkans a été fermée au printemps 2015. Et, comme partout en Europe, la montée de l'extrême-droite en Croatie est directement liée aux questions économiques et sécuritaires.

Dans ce contexte de repli identitaire des nations, les " valeurs patriotiques " et la rhétorique nationaliste du nouveau gouvernement se sont vu confortées par les résultats des dernières élections législatives (fin 2015). Alors qu'une grosse majorité des Croates n'a pas voté pour ce gouvernement, le virement à l'extrême-droite est dû aussi au mécanisme d'un scrutin à la proportionnelle.

Le 22 janvier 2016, la présidente nomme son nouveau Premier ministre, Tihomir Orešković, un homme d'affaires qui n'appartenait à aucun parti politique auparavant, et son vice-Premier ministre nationaliste, Tomislav Karamarko, mais aussi le très controversé ministre de la Culture, Zlatko Hasanbegović, issu de la diaspora canadienne ultra-catholique, ouvertement révisionniste. Il incarne cette coalition radicale. Une pétition demandant sa destitution commence à circuler dès le début 2016...

Dissolution du Parlement et instabilité politique

Six mois après la constitution du nouveau gouvernement, un renversement de situation politique intervient suite à la motion de défiance adoptée contre le Premier ministre.

Les causes du mécontentement sont multiples : la dérive droitière, sur fond d'exaltation des valeurs traditionnelles, la réforme de l'éducation qui passe mal, les médias qui se sentent mis au pas, le révisionnisme de certains membres du gouvernement et, ça en était trop, les soupçons de conflits d'intérêt qui touchent de près le vice-Premier ministre.

Les députés de la droite au pouvoir et les sociaux-démocrates n'ayant pas réussi à former de coalition, la dissolution du Parlement est donc votée le 20 juin 2016.

Lors des élections législatives anticipées, le 11 septembre 2016, les conservateurs du HDZ finissent en tête, apparaissant les mieux placés pour former une coalition de gouvernement. Ils remportent 61 des 151 sièges du Parlement, contre 54 pour les sociaux-démocrates (SDP). Avec 13 élus, le parti conservateur Most, proche de l'Eglise catholique, paraît plus susceptible de se rallier au HDZ. Il aura un rôle central pour la formation du prochain gouvernement.

Le nouveau Premier ministre, Andrej Plenkovic, est un ancien diplomate et député européen (PPE), investi par le Parlement le 19 octobre 2016. Il représente la Croatie au Conseil européen. M. Plenkovic a mis en place un gouvernement de coalition avec le parti Most. Ce scrutin consacre la ligne centriste imposée depuis son arrivée en juillet par le nouveau patron du HDZ, qui a tourné le dos à la rhétorique nationaliste de son prédécesseur, l'ex-chef espion Tomislav Karamarko.

Enjeux actuels
Le Liberland en quête de reconnaissance

Fondée par un économiste tchèque, le Liberland " existe " depuis sa proclamation le 13 avril 2015. Profitant d'un différend frontalier entre deux pays, le Tchèque Vit Jedlicka a créé cette république sur la rive droite du Danube, entre la Slavonie croate et les forêts serbes de la réserve naturelle de Gornje Podunavlje. Un microterritoire de 7 kilomètres carrés revendiqué par des milliers de personnes, qui ont demandé leur " citoyenneté " via le site Internet officiel du Liberland. Ces personnes, qui se disent attirées par les valeurs de tolérance culturelle et religieuse, y voient aussi l'opportunité d'échapper à une fiscalité jugée excessive. Le président autoproclamé accepte les dons dans toutes les cryptomonnaies, y compris en Bitcoins. En attendant une décision favorable de la part de la Cour constitutionnelle croate, il voyage beaucoup pour rencontrer des représentants du Liberland dans le monde. Aujourd'hui, les colons liberlandais résident sur des bateaux, amarrés sur ce bras de rivière. La police croate leur interdit de s'établir durablement sur ce no-man's land.

https://liberland.org

Économie
Principales ressources
Secteur primaire, l'agriculture, la pêche et l'agroalimentaire

Le territoire croate est divisé en trois zones régionales principales : les plaines du nord, la côte méditerranéenne du sud et les montagnes au centre du pays. Environ 64 % sont couverts de terres cultivables (3,15 millions d'hectares), le reste étant utilisé pour l'élevage et la culture des fruits. L'économie de la Croatie a toujours été fondée sur l'agriculture et l'élevage. Jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, plus de 50 % de la population était rurale. La part de l'agriculture représente moins 10 % du PIB.

Les vignes recouvrent 59 000 hectares de terre. La production de vin, très importante dans les régions du Sud, est assurée par une trentaine de grandes entreprises familiales, autant de coopératives et plus de 250 petits producteurs. Dans la région côtière et insulaire, c'est la pêche et son industrie de transformation qui représente l'activité principale. On y produit plus de 15 000 tonnes de produits de la mer par an. Enfin, l'agroalimentaire et le tabac sont les productions les plus rentables du pays (20,2 % de l'ensemble du PIB).

Secteur secondaire, l'industrie

En 2016, le secteur industriel, qui emploie un quart de la population active, est revenu à son niveau d'avant-guerre, ce qui rapproche la Croatie du niveau des autres pays européens. La principale activité reste l'agroalimentaire, puis les industries chimique-pétrochimique, textile, pharmaceutique, de construction navale, électrique et électronique.

L'industrie est un secteur qui survit grâce aux subventions de l'Etat. Pour être plus compétitif sur le marché mondial, ce secteur devrait être largement privatisé car les exportations, qui avaient bien progressé en 2010 (+18 %), notamment dans la pétrochimie et la construction navale, se tassent sous l'effet de la crise dans l'eurozone.

Avec la crise mondiale, le déficit budgétaire s'est creusé du fait de la baisse des exportations, notamment dans la pétrochimie et la construction navale, qui se sont tassées sous l'effet du ralentissement observé dans l'eurozone. Il s'agit donc pour l'industrie croate de conquérir de nouveaux marchés et d'introduire les nouvelles technologies au sein de leurs constructions.

Le secteur du bâtiment et de la construction est, quant à lui, en pleine expansion, laquelle est liée à l'essor de l'industrie touristique, grâce à la modernisation des infrastructures hôtelières notamment. Le savoir-faire des ouvriers croates est largement exporté. De plus, la Croatie travaille sur la prolongation de ses autoroutes et l'amélioration de ses routes. La plus longue autoroute (A1) relie Varaždin (au nord) à Ploče (au sud), en passant par Zagreb, Karlovac, Zadar, Šibenik, Split... pour arriver jusqu'à Dubrovnik.

Secteur tertiaire, le commerce

Grâce notamment au tourisme, le tertiaire représente plus de 60 % du PIB croate.
En termes de nombre d'entreprises, le secteur immobilier est l'un des principaux secteurs d'activité en Croatie, avec plus de 20 000 entités enregistrées au registre du commerce national. Selon l'Agence croate pour la promotion des investissements, la part de l'immobilier dans le PIB croate s'élève à près de 9 %. Malgré une vraie reprise de l'activité commerciale après-guerre, le chiffre d'affaires global reste limité. Les points de vente les mieux représentés restent les petites surfaces alors les grands noms de la distribution européenne sont toujours plus nombreux chaque année. La situation géographique du pays, grâce à ses ports ouverts sur l'Adriatique, représente un atout indéniable pour le commerce international. Les principaux fournisseurs sont l'Italie, l'Allemagne, la Russie, la Chine, la Slovénie, l'Autriche. La Croatie importe principalement des carburants, des équipements, des véhicules et machines et elle exporte des carburants, des navires, des bateaux, des équipements, des machines mécaniques et électriques, du bois et dérivés.

Les grosses entreprises d'Etat

Parmi les entreprises publiques, on compte Hrvatske željeznice (chemins de fer croates), Hrvatska pošta (poste croate), Hrvatska elektroprivreda (HEP, compagnie d'électricité croate) et Hrvatske šume (Forêts croates). Les plus importantes en fonction du chiffre d'affaires sont INA (industrie du tabac), le consortium Agrokor (produits alimentaires), Konzum (biens de consommation), HEP Grupa (électricité), le T-HT Grupa (télécommunications), Orbico (biens de consommation), Prirodni plin (gaz naturel), Zagrebačka banka (Banque de Zagreb) et Atlantic Grupa (biens de consommation). Les secteurs de services les plus actifs restent ceux du tourisme et de l'agroalimentaire, puis viennent ceux de la construction, des télécommunications et le secteur de la vente au détail.

Place du tourisme

La Croatie a une longue tradition touristique. Les recettes actuelles liées à cette activité prometteuse ont pu en partie compenser le déficit global de l'économie du pays, mais ce n'est pas sans conséquences sur l'environnement.

Opatija (Istrie), première ville balnéaire de Croatie

Dès la fin du XIXe siècle, une partie des élites européennes est attirée par l'Istrie. On allait faire un tour en Istrie, de là viendrait même l'origine du mot touriste... Dès 1873, le chemin de fer, qui relie Vienne, Budapest et Zagreb, dépose toute la cour de Vienne à Opatija. L'élégante station balnéaire doit une part de sa renommée à l'astronome allemand, Friedrich Sporer (1822 - 1895), qui étudia le soleil et élabora une loi décrivant la répartition des taches solaires. Il y eut aussi Billroth et Glax, deux médecins réputés. Un grand nombre de scientifiques, sensibles aux bonnes conditions climatiques de la côte adriatique, qui ont rapporté dans leurs malles des notes de leurs séjours dans la région istrienne, contribuant ainsi à mieux faire connaître le pays auprès de l'aristocratie de l'Europe du Nord. Les deux grands hôtels historiques d'Opatija, le Kvarner et l'Imperial, furent construits dans les années 1880. Plus tard, de nombreuses célébrités artistiques, parmi lesquelles Orson Welles ou Joséphine Baker, passèrent des vacances sur la côte. Puis vint la découverte de l'île de Hvar et la Dalmatie centrale et du Sud, l'éblouissement devant Dubrovnik.

Au milieu des années 1980, le secteur touristique enregistrait de très bons résultats avec 4 % du flux touristique européen, soit 10,5 millions de touristes par an, dont 8,8 millions de visiteurs étrangers.

L'éclatement de l'ex-Yougoslavie a lourdement pesé sur le secteur même si l'activité n'avait pourtant pas complètement cessé pendant la dernière guerre de 1991-1995.

Une reprise fulgurante. A partir de 2003, on assiste au retour en masse des touristes et la croissance du secteur ne se dément pas. Sur le premier semestre 2015, 6 772 000 touristes étrangers ont visité la Croatie. En juillet 2015, ils étaient 3 160 000, soit 10 % de plus par rapport à l'année précédente à la même période (parmi eux, 89 360 Français, soit une augmentation de 8 %).

Cette croissance devrait se confirmer au cours des prochaines années avec la forte communication sur l'accueil toute l'année et le développement d'infrastructures modernes, l'agrotourisme.

La particularité du secteur en Croatie, c'est sa concentration le long de la côte adriatique. Les régions les plus visitées sont l'Istrie, puis le Kvarner, la Dalmatie centrale (Zadar, Split) et la riviera de Dubrovnik. Zagreb et l'intérieur du pays attirent pour l'instant moins de visiteurs.

Un tourisme en mutation

La part considérable du tourisme dans le PIB total de la Croatie (14 %) montre que cette activité, la moins touchée par la crise, est un bien profitable, en particulier sur le littoral pendant la saison estivale. Elle concourt à l'agrandissement des biens culturels, matériels et immatériels protégés. Mais ce secteur ultra libéral nie souvent les nouveaux enjeux écologiques, notamment sur la côte adriatique. Les tour-opérateurs ont motivé les touristes sur des séjours all inclusive (tout compris), sur des croisières bon marché qui ne sont pas sans conséquences sur l'économie locale ou sur l'environnement. La forte saisonnalité des séjours impacte aussi l'emploi. Souvent, les hôtels sont ouverts quatre à six mois sur l'année. Il est alors difficile pour les employés de trouver du travail le reste du temps. Un signe encourageant cependant, l'agrotourisme et l'écotourisme suggèrent des alternatives d'avenir pour l'arrière-saison.

Diversifier l'offre touristique

Depuis quelques années, les professionnels du tourisme cherchent de nouvelles stratégies et thématiques de séjours, car la situation est disparate selon les régions. Il s'agit de diversifier l'offre et de moderniser les structures d'accueil. Il ne suffit plus d'offrir du soleil, des plages et des îles de rêve. Si le balnéaire, les activités nautiques, la plaisance, le bien-être de luxe ont trouvé une terre d'élection en Croatie méridionale, l'agriturizam a bien pris au profit d'autres territoires, comme en Istrie ou en Slavonie, où l'on peut profiter de la gastronomie du terroir et du patrimoine rural au printemps et en automne également. Les parcs nationaux de la Croatie centrale ont leur carte à jouer, l'hiver ou le printemps en Dalmatie ont des attraits également. Sans parler du romantisme de Zagreb sous la neige ! Des villes aux monuments historiques exceptionnels (Dubrovnik, Split, Zadar, Sibenik), qui peuvent se visiter toute l'année ! En ce sens, l'augmentation du nombre de touristes français en 2015 est significative.

A noter, les slogans " Buy CROatian, Be CROative ! " ou " Croatie 365 " sont autant d'appels marketing lancés par la Chambre de commerce ou l'office de tourisme croates pour répertorier les produits nationaux qui méritent le certificat de qualité ou inciter le tourisme toute l'année.

Enjeux actuels

Après la récession des années 2008-2009, la reprise s'est amplifiée en 2018 avec un PIB de 44 milliards €, l'envolée du tourisme (20 % du PIB) et le rebond de la demande intérieure.

Une euphorie économique liée au seul tourisme. Les prévisions de croissance sont de l'ordre de 2,7 à 3 %. Mais la contribution des échanges de biens à la croissance pourrait être négative. En cause, le déclin de l'industrie dans la part des principaux secteurs d'activité, le faible poids de l'agriculture. Le dynamisme des ventes (bois, textiles, transformateurs électriques, turbines, pièces auto, bateaux, médicaments), qui était lié à l'intégration dans l'UE, s'émousse, la productivité reste faible, alors que les importations augmentent.

L'investissement public, notamment dans l'énergie et les transports, devrait bénéficier d'une meilleure absorption des fonds structurels européens, qui continueront à apporter leur manne d'aides, avec le maintien de programmes de financement de projets (eau, énergie, modernisation du service public et des infrastructures portuaires et ferroviaires, consolidation des PME-PMI), le tout avec une enveloppe allouée de 11 milliards d'euros sur la période 2014-2020. L'investissement privé progresse peu du fait de l'endettement des entreprises (80 % du PIB), sur fonds de reprise des crédits, de baisse de l'impôt pour les PME et de besoins accrus du tourisme. La plupart des jeunes cherchent à se recycler dans le secteur tertiaire, les services du tourisme, notamment. Une meilleure orientation de l'emploi, les retombées touristiques et un probable allègement de l'imposition des revenus devraient continuer à soutenir la consommation des ménages, malgré la réapparition de pressions inflationnistes. Par ailleurs, le gouvernement souhaite mettre en oeuvre des réformes structurelles pour renforcer la compétitivité de son économie (adoption en 2017 d'une réforme fiscale).

Autre priorité, la lutte contre le chômage des jeunes. D'un taux aux alentours de 16 % en mai 2015, il est descendu à 9 % en fin d'année 2018. Mais il touche toujours près d'un jeune sur trois (27 % chez les moins de 25 ans). Conséquences, la démographie est déclinante, l'émigration massive. Depuis 2013, des centaines de milliers de jeunes ont quitté la Croatie car ils n'y voyaient " plus de perspectives ". Si l'euphorie économique générée par le tourisme existe bel est bien, la dépendance de l'économie à cette mono-industrie rend le pays vulnérable. La Croatie continue de se vider de sa population, un phénomène qui s'est accentué depuis que les candidats au départ n'ont plus besoin de visa pour travailler ailleurs dans l'UE, alors que le salaire moyen croate (750 €) demeure très bas par rapport à d'autres pays européens. Pour lutter contre ce manque de perspectives, les partis politiques devront prendre des mesures, plus fortes que l'augmentation des places dans les écoles maternelles ou la hausse les allocations familiales.

Une prise de conscience du côté de la société civile. Au sein de cette jeune démocratie européenne, émerge le renforcement du secteur privé, qui reprend confiance, notamment dans le domaine du bâtiment, des services. On note aussi une prise de conscience environnementale, dans la société civile, qui s'organise pour freiner le bétonnage des côtes, des îles et, plus globalement, lutte contre la dévalorisation du patrimoine naturel au profit du tourisme de masse. Il y aussi tous ces créateurs d'entreprises hors des circuits institutionnels qui apportent une dynamique participative dans les grandes villes et les campagnes, font avancer les initiatives responsables dans l'agrotourisme, l'agriculture biologique, la restauration du terroir, le tourisme participatif, le milieu de l'art...

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