Guide de Turquie : Histoire

Chronologie

2600 av. J.-C. > Empire proto-hittite ou Hatti.

1750-1200 av. J.-C. > Hittite ancien et empire hittite.

1200-600 av. J.-C. > Civilisations helléniques (Grecs, Phrygiens, Lydiens).

657 av. J.-C. > Fondation de Byzance par Byzas.

334 av. J.-C. > Alexandre le Grand débute la conquête de la Perse et de l'Anatolie.

331-326 av. J.-C. > De l'Egypte à l'Inde, l'empire hellénistique d'Alexandre le Grand supplante les Perses.

279 av. J.-C. > Des tribus celtes (Galates) fondent le royaume de Galatie dans la région d'Ankara.

27 av. J.-C. > Toute l'Anatolie est romaine.

293 > Division de l'Empire romain.

324 > Réunification de l'Empire romain par Constantin.

330 > Byzance devient capitale de l'Empire romain et prend le nom de Constantinople. Naissance de l'Empire byzantin.

395 > Eclatement de l'Empire romain entre Rome et Constantinople.

451 > Attila est en Gaule.

476 > Chute de Rome, fin de l'Empire romain d'Occident.

527-565 > Règne de Justinien, le plus grand empereur byzantin. Construction de Sainte-Sophie.

570 > Naissance de Mahomet.

622 > Hégire (Hijra). Fuite vers Médine, première année du calendrier musulman.

1054 > Schisme d'Orient : l'Eglise catholique et l'Eglise orthodoxe se séparent.

1071 > Les Turcs s'installent en Anatolie.

1071-1243 > Sultanat seldjoukide de Rum qui établit sa capitale à Konya. Rayonnement spirituel et intellectuel, fondation de l'ordre des derviches tourneurs.

1096 > Début des Croisades.

1099 > Prise de Jérusalem par les croisés.

1157 > Fin des Grands Seldjoukides.

1204 > Les croisés pillent et ruinent Constantinople.

1206 > Empire turc mamelouk à Delhi.

1227 > Mort de Gengis Khan.

1230-1231 > Conquête de l'Iran par les Mongols.

1250 > Les Mamelouks prennent le pouvoir au Caire.

1290 > Fin des Mamelouks de Delhi.

1299 > Naissance de l'Empire ottoman. Sa capitale est d'abord Iznik (Nicée) puis Bursa (Brousse).

1361 > Prise d'Andrinople (Edirne) par les Ottomans.

1453 > Mehmed II le Conquérant (Fatih) entre dans Constantinople et met un terme à l'Empire byzantin.

1457 > Constantinople prend le nom d'Istanbul et devient capitale de l'Empire ottoman.

1520-1566 > Apogée de l'Empire ottoman sous le règne de Soliman le Magnifique.

1663 > Siège de Vienne par les Ottomans.

1683 > Perte de la Hongrie et du contrôle des Balkans.

1699 > Traité de Karlowitz. Premier recul des Ottomans.

1703-1730 > Ere des Tulipes, règne d'Ahmed III, époque fastueuse de rayonnement culturel.

1855-1856 > Guerre de Crimée : Turcs, Anglais et Français attaquent les Russes. Mainmise grandissante des Européens sur Istanbul.

1876-1909 > Règne d'Abdülhamid Han II, dernier sultan puissant.

1894-1896 > Révoltes arméniennes et répression.

1908 > Révolution des Jeunes Turcs. Le sultan n'est plus qu'un homme de paille.

1914 > Alliance avec l'Allemagne, guerre contre la France, l'Angleterre et la Russie.

1914-1915 > Invasion de l'est de l'Anatolie par les Russes avec l'appui de volontaires arméniens.

1915 > Reconquête turque suivie d'une déportation massive des Arméniens vers la Syrie.

1915-1916 > Mustafa Kemal s'illustre lors de la bataille des Dardanelles.

1918-1922 > Mehmed VI, dernier sultan ottoman.

1919 > Débarquement des Grecs à Smyrne (Izmir). Appel au soulèvement de Mustafa Kemal à Samsun ; congrès d'Erzurum et congrès de Sivas qui posent les premières pierres de la République. Les nationalistes (républicains) s'opposent aux loyalistes, fidèles au sultan.

10 août 1920 > Traité de Sèvres organisant le démantèlement pur et simple de l'Empire ottoman et réduisant la Turquie à un territoire minuscule autour d'Ankara.

1922 > Reprise de Smyrne (Izmir) par les troupes turques de Mustafa Kemal. Armistice de Mudanya.

1922-1924 > Abdülmecid (Abdül-Medjiid), dernier calife ottoman.

1923 > Le traité de Lausanne annule le traité de Sèvres et consacre la naissance de la Turquie moderne.

1923 > Entrée des troupes turques à Istanbul.

29 octobre 1923 > Proclamation de la République turque avec Ankara pour capitale et Mustafa Kemal pour Président.

1928 > Remplacement de l'alphabet arabe par l'alphabet latin.

1930 > Droit de vote des femmes.

1934 > Eligibilité des femmes.

1935 > Mustafa Kemal prend le nom d'Atatürk, littéralement " le père des Turcs ".

1938 > Mort d'Atatürk à Istanbul. Ismet Inönü, Premier ministre, devient le deuxième président de la République turque.

1945 > La Turquie entre dans la guerre aux côtés des Alliés.

1946-1950 > Instauration du multipartisme et réformes démocratiques.

1948 > Accord de coopération économique entre Ankara et Washington. Reconnaissance de l'Etat d'Israël (la Turquie est le premier pays musulman à faire une telle démarche).

1951 > Adhésion de la Turquie à l'Otan.

Juillet 1959 > La Turquie présente sa demande d'adhésion à la CEE (Marché commun).

1960 > Coup d'Etat militaire du général Gürsel.

12 septembre 1963 > La Turquie signe l'Accord d'Ankara, qui lui ouvre la " perspective d'une adhésion à la CEE ".

1971 > Prise du pouvoir par l'armée et instauration de l'état de siège en réaction à l'aggravation de la situation économique et sociale.

1974 > La Turquie envahit et occupe la moitié nord de Chypre.

1980 > Abolition de la Constitution de 1961.

1982 > Nouvelle Constitution.

1983 > Autorisation de nouveaux partis politiques. Turgut Özal (ANAP) devient Premier ministre. Proclamation de la République turque de Chypre du Nord (RTCN) reconnue par la Turquie.

1984 > Début du conflit armé avec le PKK, groupe se réclamant du marxisme-léninisme, qui prétend obtenir l'indépendance du Kurdistan (à l'est de la Turquie) par la lutte armée.

1989-1993 > Turgut Özal devient président de la République jusqu'à son décès en 1993. Süleyman Demirel lui succède.

1994 > Bons résultats du Parti pro-religieux de la prospérité (Refah) de Erbakan aux élections municipales.

1995 > Elections législatives anticipées, victoire du Parti de la prospérité. Erbakan devient Premier ministre.

1er janvier 1996 > Entrée en vigueur de l'accord d'union douanière avec l'Europe.

1997 > L'armée fait pression sur Erbakan pour qu'il démissionne, prétextant la défense de la laïcité de la Turquie. Mesut Yılmaz est nommé Premier ministre.

19 avril 1999 > Raz-de-marée nationaliste aux élections législatives.

17 août 1999 > Deux tremblements de terre de 7,4 sur l'échelle de Richter, dans la région d'Istanbul, font officiellement plus de 20 000 morts.

Décembre 1999 > Réunion des chefs d'Etats de l'Union européenne à Helsinki. La Turquie est officiellement candidate à l'adhésion à l'Union européenne.

5 mai 2000 > Election de Ahmet Necdet Sezer à la présidence de la République.

2001 > Crise économique.

2002 > Les élections législatives anticipées sont remportées par le parti islamiste AKP (Parti de la justice et du développement), avec plus de 34 % des voix.

2003 > Recep Tayyip Erdoğan devient officiellement Premier ministre et fonde le 59e gouvernement. Quatre attentats à la bombe dans l'année font près de 60 morts et des centaines blessés.

2004 > Référendum organisé à Chypre. Les Chypriotes turcs se déclarent en faveur de la réunification, tandis que les Chypriotes grecs rejettent le projet. En octobre, la commission de l'UE émet un avis favorable en vue d'entamer la phase d'adhésion de la Turquie.

2005-2006 > Introduction de la nouvelle lire. L'inflation se stabilise. Les négociations avec l'UE patinent.

Octobre 2006 > Les rebelles kurdes décrètent un nouveau cessez-le-feu. Montée de l'intégrisme.

2007 > L'AKP remporte les législatives anticipées et Erdoğan est reconduit au poste de Premier ministre. Abdullah Gül, issu de la mouvance islamiste (AKP), est élu président de la République. L'armée lance des raids aériens contre les bases du PKK en Irak.

Décembre 2008 > Pétition lancée par 4 intellectuels turcs pour adresser des excuses aux victimes du génocide arménien

2009 > L'AKP remporte les élections municipales. Le président signe un projet de loi limitant l'exercice du pouvoir des militaires.

2010 > Des hauts gradés de l'armée sont interrogés par la justice pour leur implication présumée dans un complot visant à renverser en 2003 le gouvernement Erdoğan. Le gouvernement présente un projet de révision de la constitution destiné à mettre le pays " en conformité avec les normes européennes ". 58 % des Turcs disent " oui " au référendum portant sur une révision de la Constitution réduisant le poids de l'armée.

2011 > Le Premier ministre présente le projet du Canal Istanbul. Censé désengorger le détroit du Bosphore, il devrait relier la mer Noire et celle de Marmara sur 50 km de long. Pour la troisième fois consécutive, l'AKP d'Erdoğan remporte les législatives. Il lui manque 4 voix et n'a donc pas la majorité requise à l'Assemblée pour modifier seul la Constitution et ainsi aller vers un système présidentiel.

2012 > Retour d'une polémique franco-turque suite à la décision de François Hollande de réintroduire le sujet du génocide arménien dans les livres d'histoire scolaire.

Mars 2013 > Normalisation des relations entre la Turquie et Israël suite aux excuses présentées par Benyamin Nétanyahou à Recep Tayyip Erdogan pour les victimes du Mavi Marmara.

31 mai 2013 > Suite à la violente répression policière contre des militants pacifistes qui s'opposaient à un projet d'aménagement urbain de la place Taksim visant à la destruction du parc Gezi, de nombreuses manifestations (et répressions) enflamment tout le pays avec des allures de mai 68.

6 août 2013 > Après cinq ans de procès, le verdict de l'affaire Ergenekon tombe. 275 anciens responsables militaires écopent de lourdes peines, accusés d'avoir organisé un complot afin de renverser le gouvernement AKP.

7 septembre 2013 > Candidate aux J.O de 2020, Istanbul perd face à Tokyo.

Septembre 2013 > Entrée en vigueur de la loi sur la restriction de l'alcool. Désormais, la vente de boissons alcoolisées de 22h à 6h du matin dans tous les commerces, excepté les bars et les restaurants, est interdite. Ainsi que la consommation et la vente à moins de 100 mètres des écoles et lieux de culte.

Mars 2014 > Après les évènements du parc Gezi, les élections municipales de mars prennent une envergure nationale. L'AKP remporte le scrutin avec 44% des voix.

Août 2014 > Recep Tayyip Erdogan devient le premier président turc élu au suffrage universel direct. Investi dès le premier tour avec 52% des voix, le nouveau chef de l'exécutif assied sa légitimité. Ahmet Davutoğlu, ancien ministre des Affaires étrangères, est nommé Premier ministre. Le nouveau président entend renforcer ses prérogatives de chef d'Etat, au prix de nombreuses réformes de la Constitution.

L’Anatolie, berceau de l’humanité

L'histoire de l'Anatolie est aussi longue que riche. La région de l'Anatolie du Sud-Est est peuplée depuis l'époque paléolithique. Les premières traces d'habitat datent d'environ 7000-6500 av. J.-C. Les découvertes du site de Çatalhöyük, près de Konya (6500-5500 av. J.-C.), considéré comme le plus ancien du monde, aident à comprendre comment vivaient les hommes de cette région à l'époque néolithique. Ils cultivaient les céréales, fabriquaient de la bière (une première dans l'histoire de l'humanité) et adoraient des idoles représentant la Grande Déesse liée au culte de la fertilité. La terre cuite et le bronze étaient utilisés pour la confection d'objets usuels et d'outils, tandis que les fouilles effectuées à Troie ont montré que l'âge du cuivre a débuté aux alentours de 3000 av. J.-C.

Les grandes civilisations mésopotamiennes

Au cours des millénaires suivants, des civilisations puissantes connaissent leur apogée puis leur déclin. Vers 1950 av. J.-C., des populations assyriennes s'installent en Asie Mineure laissant derrière elles des tablettes d'écriture cunéiforme, premier alphabet connu et des réalisations artistiques élaborées (bijoux, statuettes d'animaux, disques solaires...). Vers 1800 av. J.-C., l'invasion de tribus indo-européennes est à l'origine de la formation du royaume hittite dont la grande puissance militaire lui permet de s'étendre jusqu'en Syrie et au Liban, osant même défier l'armée du pharaon égyptien Ramsès II. L'éclatement de l'empire hittite survient vers 1200 av. J.-C. avec l'arrivée des " peuplades venues de la mer " (terme utilisé par les archéologues qui débattent toujours de leur origine). La quasi-totalité des villes de l'Anatolie est détruite, la célèbre cité de Troie s'effondre.

Grecs, Phrygiens et Lydiens

A partir de l'an 1000 av. J.-C., les Grecs s'installent sur la côte ouest de l'Asie Mineure et fondent des colonies le long de la mer Egée, de la mer Noire et de la mer de Marmara. La région de l'Ionie (autour des actuelles villes d'Izmir et de Bergama) devient un important centre économique, intellectuel et artistique. A la même époque, les Phrygiens, peuple d'origine indo-germanique venu de Thrace, arrivent en Anatolie et fondent un royaume gouverné à son apogée (moitié du VIIIe siècle av. J.-C.) par le légendaire roi Midas. Vers 750 av. J.-C., les Lydiens, autre peuple venu de Grèce, s'installent sur la côte méditerranéenne et étendent leur influence après l'invasion des Cimmériens et la chute des Phrygiens. La civilisation lydienne culmine avec le règne du tyrannique Gygès et s'achève, en 546 av. J.-C., avec celui de Crésus. C'est durant cette période que l'on recense les premières traces de civilisation dans la région d'Istanbul. En 685 av. J.-C., les Grecs venus de Mégare fondent la colonie de Chalcédoine, à l'emplacement de l'actuel quartier de Kadiköy. Trente ans plus tard, le marin Byzas, suivant les ordres de l'oracle de Delphes, s'installe juste en face, sur le promontoire rocheux où sera fondé le sérail de Topkapı, quelques siècles plus tard.

Des Perses à Alexandre le Grand

Au VIe siècle av. J.-C., Darius Ier fonde l'Empire perse qui, durant trois siècles, va s'étendre sur toute la Mésopotamie, l'Anatolie et même une partie de l'Egypte. Les cités grecques d'Asie tentent de résister à cette domination, mais il faut attendre la victoire d'Alexandre, fils de Philippe II de Macédoine, sur l'armée de Darius III lors de la bataille du Granique (334 av. J.-C.) pour que s'effondre la puissance perse. En fin stratège militaire, Alexandre reconquiert la totalité de l'Empire perse et étend ses terres jusqu'à l'Indus. Il parvient à unifier les villes grecques et, en digne élève d'Aristote, véhicule la culture grecque dans toutes les régions qu'il occupe, tout en respectant les coutumes et les divinités locales. Sous le règne d'Alexandre, Byzance, après être passée sous le joug de la Perse et d'Athènes et avoir repoussé les attaques macédoniennes, jouit d'une relative liberté et connaît ses premières heures de gloire, en tant que carrefour des grands échanges commerciaux.

Les Romains

L'exceptionnelle destinée d'Alexandre le Grand est interrompue par sa mort brutale à l'âge de 32 ans. Ses successeurs s'avérant incapables de conserver son royaume, les Romains, déjà maîtres de la Grèce, soumettent les rois macédoniens et, dès le IIe siècle av. J.-C., prennent possession d'une partie de l'Asie Mineure qui devient une province de Rome. Ephèse est alors l'une des villes les plus belles et les plus importantes de la région. Pendant ce temps, Byzance combat aux côtés des Romains pour repousser les Galates, des tribus celtes qui se sont installées de l'autre côté de la Corne d'Or. Logiquement passée sous la tutelle de Rome, en 190 av. J.-C., Byzance est détruite puis reconstruite sous le nom d'Augusta Antonina par l'empereur Septime Sévère qui punit ainsi les Byzantins d'avoir soutenu son rival. La mainmise de Rome sur l'Asie Mineure se confirme durant les premiers siècles de l'ère chrétienne, mais tandis que le christianisme se développe, les invasions barbares en Occident menacent l'unité de l'Empire romain.

La naissance de Constantinople

En 324, tandis que Rome est mise à sac par les invasions et la guerre civile, l'empereur Constantin réunifie l'empire et décide de transférer sa capitale à Byzance, qui devient dès 330 la " Nouvelle Rome " et prend le nom de son fondateur. Le christianisme s'impose comme religion officielle. En 391, l'empereur Théodose interdit le culte païen des idoles et fortifie la ville de Constantinople. L'an 476 marque officiellement la chute de Rome et la fin de l'Empire romain d'Occident. En 537, l'empereur Justinien inaugure la basilique Sainte-Sophie qui devient rapidement le centre du monde chrétien. Cette époque est considérée comme l'âge d'or de Constantinople. Le commerce se développe (la ville est le terminus occidental sur la route de la soie), l'empire s'agrandit et une nouvelle aristocratie de militaires et de propriétaires terriens fait son apparition. Le rayonnement économique, intellectuel, artistique et religieux de la cité et de l'Empire byzantin perdure durant cinq siècles.

Les Seldjoukides et la fin de Constantinople

En 1071, les Seldjoukides sunnites, un peuple turc nomade venu d'Asie centrale qui, sous la conduite d'un de leurs chefs nommé Seldjouk, a développé une grande force guerrière, remportent dans l'est de la Turquie la bataille de Malazgirt. C'est une sévère défaite pour les Byzantins qui doivent céder du terrain en Asie centrale. Les Seldjoukides installent leur capitale à Nicée (actuelle Iznik) et leur culture se propage dans toute l'Anatolie : des mosquées et des medersas sont construites, le persan est utilisé. A Konya, l'un des plus brillants sultanats, le mystique Rumi fonde la confrérie des derviches tourneurs. Pour protéger Constantinople de l'invasion musulmane et freiner la progression des Turcs en Asie Mineure, l'empereur byzantin Alexis Ier demande l'aide de l'Occident, ce qui marque le début des croisades. Mais la quatrième croisade se révèle être une croisade des chrétiens contre d'autres chrétiens, une manoeuvre des Vénitiens pour éliminer leurs concurrents commerciaux de Constantinople. En 1204, la ville connaît ses heures les plus sombres avec ce qui est resté dans l'histoire comme " le sac de Constantinople ". Massacres, viols, pillages, profanation des églises, destruction des oeuvres d'art mettent fin à neuf siècles de splendeur. Avant même que les Seldjoukides n'aient eu le temps de pénétrer dans la cité, les croisés installent l'empire latin de Constantinople. En 1261, l'empereur Michel VIII Paléologue parvient à reprendre Constantinople avec l'aide des Génois qui s'installent dans la partie nord de la ville (quartier de Galata). Après 57 ans d'exil à Nicée, la capitale de l'empire siège de nouveau à Constantinople, mais la cité est affaiblie et les Byzantins ne contrôlent plus l'Asie Mineure qui, progressivement, est occupée par les Turcs. En 1362, ces derniers entrent dans Andrinople (Edirne) et s'imposent en Thrace et en Bulgarie. La prise de Constantinople par les Turcs a lieu le 29 mai 1453, après un siège de 52 jours. Cet événement signe la fin de l'Empire romain d'Orient et constitue un véritable tournant dans l'histoire mondiale.

L’Empire ottoman, grandeur…

En 1457, Mehmed II transfère la capitale de l'Empire ottoman de Brousse (Bursa) à Constantinople qui prend le nom d'Istanbul (contraction d'une phrase grecque I stin polis signifiant " Je me rends en ville "). La plus prestigieuse ville du monde est désormais une capitale musulmane. Mehmed II introduit de grandes réformes administratives et institue la fonction de Grand Vizir (Premier ministre).

La reconstruction d'Istanbul est entreprise sur les vestiges du passé romain avec comme premières oeuvres majeures, la mosquée impériale de Fatih et le palais de Topkapı. La ville et l'Empire ottoman connaissent l'apogée de leur rayonnement sous le règne de Soliman le Magnifique (1522-1566). La ville s'enrichit de véritables joyaux architecturaux dont les nombreuses mosquées du célèbre architecte Mimar Sinan, le Grand Bazar, les nouvelles salles du palais de Topkapı et, plus tard, les palais rivalisant de beauté et de raffinement qui sont érigés sur les deux rives du Bosphore. L'Empire ottoman se montre particulièrement tolérant avec les minorités religieuses qui vivent en son sein et d'importantes fonctions dans l'administration sont confiées à des chrétiens. Istanbul est en outre un lieu hautement cosmopolite. Les Turcs ayant conquis l'Afrique du Nord, le Moyen-Orient et les Balkans, toutes les communautés d'Europe et d'Orient y sont représentées, toutes les langues parlées.

… et déclin

A la fin du XVIIe siècle, l'échec du siège de Vienne marque pourtant le début du déclin. Au XVIIIe siècle, des usages occidentaux s'introduisent peu à peu à la cour des sultans. Au début du XIXe siècle, l'empire doit faire face au soulèvement des Grecs, qui gagnent leur indépendance en 1829, ainsi qu'à la lutte de Mohamed Ali pour soustraire l'Egypte à la domination du sultan. En 1826, le corps des janissaires, élite de l'armée ottomane, est aboli. Les territoires ottomans sont progressivement repris par les puissances européennes. La Roumanie, la Serbie et le Monténégro gagnent leur indépendance et, en 1878, avec le traité de Berlin, les provinces orientales de l'Asie Mineure sont concédées à la Russie, la Bosnie et l'Herzégovine à l'Autriche, et Chypre à la Grande-Bretagne. Le sultan Abdülhamid II (1842-1918) essaie de réagir en prônant une politique conservatrice fondée sur la tradition islamique. Il est responsable de massacres d'Arméniens entre 1894 et 1896. Pendant cette période noire, les investisseurs étrangers (surtout allemands) accourent en Turquie pour exploiter le pétrole. La réaction nationaliste, face à la montée de la présence étrangère dans tous les domaines (territorial, financier...), va s'incarner dans le mouvement des Jeunes Turcs. En 1908, ce groupe d'officiers cultivés provoque une révolution à Salonique et exige le rétablissement de la Constitution de 1876, supprimée par Abdülhamid II. Mais la situation en politique extérieure ne s'améliore pas. Les guerres balkaniques (1912-1913) opposant la Turquie à la Russie affaiblissent encore l'armée. La Première Guerre mondiale, avec le choix des Turcs de soutenir l'Allemagne, signe définitivement la fin de l'empire, victime de la décadence des sultans qui se succèdent.

L’ère des Tulipes

C'est le nom donné à la période de règne du sultan Ahmed III, entre 1703 et 1730, marquée par un intense rayonnement culturel. La raison en est que le sultan vouait une véritable passion à ces fleurs qui tapissaient les pelouses du jardin de Topkapı, organisant même des fêtes de printemps en leur honneur.

L’arrivée de l’homme providentiel, Mustafa Kemal dit Atatürk

Les sanctions de la Première Guerre mondiale sont sévères : le traité de Sèvres de 1920 enlève à la Turquie ses provinces arabes, la région égéenne, l'Est et le Sud-Est. Les alliés autorisent les Grecs à envoyer une force militaire en Asie Mineure occidentale. En avril 1920, Mustafa Kemal est nommé à la tête du gouvernement et passe à l'action contre l'armée grecque, en rassemblant ce qu'il reste de l'armée ottomane d'Anatolie depuis son quartier général installé à Ankara. Une série de victoires turques (Inönü, Sakarya) affaiblit les Grecs qui ont envahi l'Anatolie occidentale. Grâce au changement de régime en Russie, l'est du front est sécurisé. Les Français qui veulent contrôler la région de la Syrie et par extension une partie du Sud-Est sont repoussés. Les Grecs sont boutés hors du pays à la suite de la prise de la Thrace, des détroits et de Smyrne, ainsi que la reprise d'Izmir en septembre 1922. Dernier obstacle, les Anglais qui contrôlent Istanbul, et par conséquent les Dardanelles et le Bosphore, jettent l'éponge. Le traité de Lausanne de 1923 rétablit la souveraineté de la Turquie sur ces régions. Une très grande partie de la population grecque, installée depuis des siècles dans la région, quitte l'Anatolie. Cette victoire inespérée est le résultat de la volonté de Mustafa Kemal qui a su réveiller la nation, aidée par la Russie, aidée aussi par la division des puissances européennes quant à la poursuite de la guerre en Orient.

Le régime du sultanat, malmené pendant des décennies de décadence, est finalement aboli en 1922. La République de Turquie est proclamée le 29 octobre 1923, avec à sa tête le capitaine Kemal, dit Atatürk, littéralement " père de tous les Turcs ". Pour faire table rase du passé et recentrer la Turquie vers l'Orient, Atatürk transfère la capitale turque à Ankara. Le pouvoir républicain siège à Ankara, mais Istanbul reste la capitale symbolique de la Turquie : c'est la ville de la culture, de l'économie, et elle garde le prestige que son long passé lui a légué.

La question kurde

A la suite de l'effondrement de l'Empire ottoman en 1923, le territoire du Kurdistan a été découpé entre la Turquie, l'Iran, l'Irak et la Syrie, avec l'accord des puissances alliées. Annexé immédiatement par la Turquie, le Kurdistan a vu, en 1924, ses écoles, ses associations et ses publications en langue kurde frappées d'interdiction. L'occupation militaire s'est poursuivie, Ankara refusant de considérer l'existence de l'ethnie kurde et réprimant les velléités de rébellion. Les années 1980 marquent le début d'une longue guerre civile entre l'armée turque et la guérilla du Parti des travailleurs kurdes de Turquie (PKK, séparatiste marxiste-léniniste prônant la violence et le terrorisme). L'état d'urgence est déclaré en 1987, la situation s'aggrave un an plus tard avec l'arrivée des 100 000 Kurdes irakiens ayant fui l'Irak où le régime de Saddam Hussein procède à un véritable génocide à l'aide de gaz chimiques.

Jusqu'en 1999, date à laquelle le PKK décide officiellement l'arrêt de sa guerre ouverte contre les autorités turques, les combats ont été sanglants et meurtriers pour les deux camps ; 2 millions de Kurdes ont été déplacés. Depuis cette date, les affrontements entre rebelles et forces de sécurité ont diminué.

En 2000, encouragés par L'UE, des premiers signes d'assouplissement de la part du gouvernement envers le peuple kurde ont été encourageants (droit de célébrer leur nouvel an par exemple et de parler leur langue en public). Néanmoins, en mars 2003, en pleine crise irakienne, le Parti démocratique des peuples (HADEP, parti kurde) est interdit par les autorités turques et, aujourd'hui encore, les citoyens turcs d'origine kurde n'ont toujours pas le droit de se présenter comme Kurdes.

La grande majorité des Kurdes de Turquie (15 millions environ) est intégrée à la vie turque (sur les 550 députés à la Grande Assemblée nationale de Turquie, 180 sont Kurdes) et ne revendique pas autre chose que de continuer à apprendre sa langue, à publier des journaux en kurde, à célébrer ses fêtes et conserver son identité en tant que minorité reconnue, au sein de la République turque. La fin de l'état d'urgence est une étape majeure dans la très progressive reconnaissance de leur culture par les autorités turques.

La pression de l'Union européenne, qui défend les droits des minorités ethniques et culturelles, pourrait s'avérer favorable à une évolution positive de la situation des Kurdes de Turquie. En 2004, le gouvernement AKP effectue de nombreux ajustements. Ainsi les premières émissions en langue kurde sont diffusées sur des chaînes de télévision nationales, et plusieurs prisonniers politiques emblématiques (Leyla Zana, Hatip Dicle, Orhan Doğan et Selim Sadak du parti prokurde DEP, dissous en 1994) sont libérés par les autorités après avoir purgé dix ans de prison. Cela témoigne d'une volonté des officiels de tourner une page encore sombre de l'histoire politique turque contemporaine. Même si de nombreux progrès restent à faire, il semble toutefois que la Turquie soit sur le bon chemin. Toutefois le processus de paix en cours entre Ankara et les Kurdes de Turquie pourrait être menacé par les récents affrontements entre l'Etat islamique et les Kurdes dans la ville frontalière de Kobané. Le chef du PKK, Abdullah Öcalan, capturé en 1999 et condamné à la prison à vie depuis 2002 suite à l'abrogation de la peine capitale, est le seul détenu de l'île prison d'Imarlı, au sud de la mer de Marmara. Le 21 mars 2013, il appelle à la signature d'un cessez-le feu historique avec la Turquie. Malgré l'annonce de ce cessez-le-feu et le processus de paix toujours en cours, des raids aériens sont menés par l'armée turque le 14 octobre 2014 en réponse au bombardement par le PKK d'un avant-poste militaire turc, alors que le groupe armé est impliqué dans le Kurdistan syrien aux côtés des YPG dans la défense de Kobané contre Daech dans le contexte de la guerre civile syrienne.

Les premiers pas de la république

La nation turque prend tout juste conscience d'elle-même lorsque Mustafa Kemal entreprend déjà la tâche titanesque de bâtir un Etat moderne sur les vestiges du sultanat. Cet Etat sera laïc, à forte conscience nationale. Pour cela, de vastes réformes structurelles en rupture avec le passé sont à entreprendre. Une fois président, Atatürk s'engage dans la laïcisation d'un pays qui sort de cinq siècles de régime théocratique : suppression des écoles et des tribunaux religieux, dissolution des confréries islamiques, interdiction du port du fez, émancipation de la femme. En 1928, les lettres arabes sont abandonnées au profit de l'alphabet latin et la langue turque est épurée des termes arabes et persans. Pour doter la république naissante d'une constitution démocratique, Atatürk s'inspire de différents codes européens.

Ces changements soudains et radicaux entraînent critiques et résistances, que Mustafa Kemal réprime avec dureté et cruauté au même titre qu'il soumet la presse à une stricte censure. Le ménage est aussi fait du côté des anciens du mouvement des Jeunes Turcs et des communistes. Tant et si bien qu'à la fin des années 1920, Atatürk ne rencontre plus d'oppositions : il les a toutes éliminées. Après la crise de 1929, l'Etat kémaliste prend en main l'économie turque, avec, sur le modèle soviétique, un plan quinquennal pour la mise en place d'une industrie lourde. De même, les transports publics et les grandes entreprises sont nationalisés et des banques sont créées. Parallèlement, une campagne d'éducation est mise en place par l'intermédiaire du réseau des " Maisons du peuple ", qui sont les seuls organes culturels (issus du parti unique). Leur mission est de répandre les idéaux kémalistes et d'assurer une éducation minimale pour alphabétiser les campagnes reculées. Pour éveiller la conscience nationale, l'histoire enseignée dans ces écoles apprend aux petits Turcs qu'ils sont les héritiers des différentes civilisations ayant vécu en Anatolie, comme les Hittites. L'adoption d'un nom de famille devenant obligatoire, le nouveau Parlement turc décide à l'unanimité de donner à Kemal le nom d'Atatürk, qui signifie " père des Turcs ". Aujourd'hui encore, les Turcs lui vouent un véritable culte, comme le montre la commémoration de la fête nationale le 29 octobre où son portrait est brandi à tous les coins de rue. Atatürk est décédé en 1938. Ismet Inönü prend alors les rênes du pouvoir.

L’après Atatürk

Entretenant des rapports diplomatiques avec des pays des deux camps, la Turquie, marquée par le souvenir de la Grande Guerre, reste neutre pendant le second conflit mondial. Mais, à la fin des conflits, la Russie de Staline menace la souveraineté turque sur les détroits du Bosphore et des Dardanelles et revendique des droits sur les provinces orientales de la Turquie. Dans le contexte de guerre froide naissante, la Turquie opère un rapprochement avec l'Occident. Ankara signe la charte des Nations unies et adhère à la doctrine Truman (1947). Elle reconnaît l'Etat d'Israël en 1948 et est admise au Conseil de l'Europe. La Turquie est ensuite intégrée à l'Otan avec la Grèce. Sur le plan de la politique intérieure, la Turquie s'oriente vers le multipartisme, comme en témoigne la création du Parti démocrate en 1946. Le développement de l'économie s'accélère avec l'ouverture aux capitaux étrangers et la modernisation de l'agriculture.

Le Parti républicain du peuple (PRP), fondé en 1946, remporte les élections de 1950, et Adnan Menderes devient Premier ministre. La fin du parti unique constitue une période charnière : la bureaucratie kémaliste doit s'accommoder d'une classe moyenne bourgeoise composée de grands marchands et des riches propriétaires terriens. Revenant sur la laïcité du pays pour satisfaire un électorat très croyant composé de paysans, le gouvernement démocrate glisse progressivement vers un pouvoir personnel.

Le coup d’État et la mise en place d’un pouvoir militaire

L'opposition devient effervescente et, en 1960, soutenue par les étudiants, l'armée kémaliste intervient.

Le 27 mai 1960, le général Gürsel renverse le gouvernement et installe un gouvernement provisoire. Cette intervention militaire est qualifiée de coup d'Etat progressiste. La Turquie entame une longue période pendant laquelle l'armée sera fortement présente dans la vie politique. Les leaders du Parti démocrate sont exécutés, dont Adnan Menderes (aujourd'hui, un des principaux boulevards à Istanbul a été renommé Menderes Caddesi).

La modernisation politique se poursuit cependant. Une constitution libérale, qui reconnaît notamment le droit de grève, est promulguée en 1961. Le Parti de la justice, qui succède au Parti démocrate, gagne les élections de 1965, avec Süleyman Demirel qui devient Premier ministre. Le syndicalisme se développe (les mouvements de gauche aussi) en même temps que l'économie. Mais, en 1971, l'armée intervient à nouveau dans la vie politique en faisant pression sur le pouvoir civil pour obtenir la démission de Demirel et la mise en place d'un régime d'exception.

Une fois la loi martiale établie, une forte répression est exercée sur les intellectuels. Les affrontements sanglants entre les extrémistes de droite et de gauche sont l'expression de la radicalisation des partis au début des années 1970, les nouvelles mouvances islamistes menaçant gravement la laïcité. A la situation politique fragile s'ajoutent le soulèvement kurde et une grave crise économique due à la crise pétrolière de 1973.

La Turquie se trouve alors dans une situation chaotique. En septembre 1980, l'armée s'arroge le pouvoir par un coup d'Etat, mais ce coup de force initié par le général Kenan Evren instaure un régime de dictature militaire en rupture avec les libertés démocratiques. Devenu chef de l'Etat, Kenan suspend la Constitution, interdit les partis politiques et les regroupements syndicaux. La presse est muselée et une nouvelle Constitution promulguée en 1982 est dictée par les militaires dans le but de maintenir une certaine stabilité : toutes les décisions prises par le Parlement doivent avoir l'aval de l'armée, un Conseil de sûreté nationale composé de civils et de généraux est créé. Cette Constitution est encore en vigueur aujourd'hui. Cependant, les élections de 1983 ramènent un civil au pouvoir : Turgut Özal devient Premier ministre, à la tête du Parti de la mère patrie (ANAP, orienté à droite).

Le retour de la démocratie civile et la montée de la mouvance religieuse

Turgut Özal sera la personnalité éminente de la vie politique turque pendant dix années. Premier ministre, puis président de la République de 1989 à 1993 (date de sa mort), ce technocrate, qui a fait ses études aux Etats-Unis, s'allie à l'armée, ce qui lui garantit une certaine stabilité. Musulman convaincu et pratiquant, il est aussi le partisan du libéralisme économique. C'est lui qui entame l'ouverture de l'économie au secteur privé et à l'extérieur. Il place la Turquie au centre des échanges du Moyen-Orient, en développant des relations commerciales avec les pays de la région (Iran et Irak). Malgré une inflation qui reste forte, l'économie se redresse de manière spectaculaire.

En contrepartie, les laissés-pour-compte sont nombreux et les fossés sociaux se creusent de plus en plus. Le contexte général favorise la montée du radicalisme religieux, dans les classes défavorisées mais aussi dans les plus hautes strates de l'Etat. Soucieux de l'image du pays à l'extérieur, Turgut Özal pose officiellement la candidature de la Turquie à l'entrée dans la Communauté européenne en 1987, et soutient les Etats-Unis dans la première guerre du Golfe menée contre l'Irak de Saddam Hussein, en ouvrant son ciel et ses bases aux avions américains.

A la mort de Turgut Özal, en 1993, Süleyman Demirel est élu à la présidence et confie, pour la première fois en Turquie, le poste de Premier ministre à une femme, Tansu Çiller. Les divers problèmes que celle-ci devra affronter sont de taille : une situation économique catastrophique, la guerre au Kurdistan et la montée du radicalisme religieux. Finalement, les fondamentalistes remportent les élections de 1995 avec le parti du Refah. En 1996, son chef, Necmettin Erbakan, devient Premier ministre pour une année, au terme de laquelle, las de ses multiples provocations (visites d'Etat en Libye, en Iran...), l'armée le pousse à démissionner. Cherchant à revenir à une politique laïque, en 1997, Demirel nomme le leader de l'opposition Premier ministre, Mesut Yılmaz, qui dirige une alliance hétéroclite.

L’instabilité de ces dernières années

En 1999, Bülent Ecevit, 74 ans, vétéran de la politique et chef du parti de gauche, prend place à la tête du gouvernement. Acteur important de la politique turque depuis un demi-siècle, il revient au pouvoir après une première expérience au poste de Premier ministre en 1974 durant laquelle sa décision d'envahir Chypre l'a rendu très populaire. Homme de gauche à l'intégrité reconnue (son nom n'est jamais cité dans les multiples affaires de corruption qui secouent le pays), menant une existence simple loin des sphères du pouvoir, il se veut proche des paysans, ouvriers et chômeurs, mais modifie quelque peu son discours après la chute du bloc soviétique. Il défend alors doucement la privatisation, lutte pour obtenir des crédits du FMI et se rapproche des Etats-Unis. Il met en sourdine les problèmes de la Turquie avec la Syrie, l'Iran et la Grèce, mais ne renie pas son amitié avec Saddam Hussein.

Le 16 février 1999, il annonce avec fierté la capture d'Abdullah Öçalan, leader du PKK et de la lutte pour l'autonomie kurde, en guerre contre Ankara depuis 1984. Cette action d'envergure permet à son nouveau parti (depuis 1985), le PSD créé par sa femme Rahşan, de faire un bond aux législatives de 1999. La popularité d'Ecevit se trouve encore renforcée quand il déclare la candidature de la Turquie à l'entrée dans l'Union européenne. Mais, dans le même temps, l'économie replonge à cause d'un krach boursier dû à un différent entre Ecevit et Ahmet Necdet Sezer, élu le 5 mai 2000 à la présidence de la République. Ecevit est diminué par la maladie et son absence de la vie politique devient une source d'instabilité qui l'oblige à convoquer des élections législatives anticipées. Le 3 novembre 2002, le Parti de la justice et du développement (AKP islamiste) de Tayyip Erdoğan obtient la majorité absolue à la Grande Assemblée nationale avec 34,4 % des voix. Les partis traditionnels (CHP, PSD) sont écrasés et Ecevit démissionne. L'AKP se défend d'être un parti religieux dans un pays ayant acquis une culture laïque, où les islamistes sont depuis longtemps surveillés de près. Erdoğan lui-même ne refuserait pas, dit-on, une petite bière de temps en temps et préfère qualifier son parti de " démocrate conservateur " ayant pour chef " un musulman essayant de se conformer à sa religion ". Malgré les soupçons que suscitent son passé et quelques déclarations " extrêmes ", malgré sa gestion d'Istanbul à la tête de la mairie et des procès concernant des affaires de corruption ou de favoritisme en cours, Erdoğan assure qu'il est un partisan de l'Union européenne, du marché commun et un défenseur de la laïcité, après avoir fait une campagne électorale aux accents résolument populistes.

Ces dernières années ont vu la révision de la Constitution et de plusieurs amendements par le gouvernement afin, dans un premier temps, de limiter l'exercice du pouvoir militaire et, dans un second temps, de traduire en justice des hauts gradés militaires, suscitant ainsi la colère du mouvement kémaliste.

Vers l’Union européenne

En 2002, la peine de mort est abolie. Le 30 novembre de la même année, l'état d'urgence est levé pour la première fois depuis quinze ans, il a été imposé au pays pour lutter contre la rébellion kurde dans le Sud-Est anatolien (Kurdistan). Cette mesure fait partie des conditions de l'Union européenne pour l'ouverture de négociations sur l'adhésion de la Turquie. L'année durant, 2004 voit naître de nombreuses réformes entreprises par le gouvernement de Recep Tayyip Erdoğan (premières émissions télévisées en langue kurde, libération d'élus kurdes, abolition des tribunaux d'exception...) qui vont dans le sens des exigences européennes, en matière de droits de l'homme notamment. Le gouvernement s'oppose à plusieurs reprises au président de la République concernant des sujets délicats tels que Chypre, l'AKP souhaitant une solution rapide à ce problème. En avril 2004, un référendum est organisé à Chypre : à la surprise générale, les Turcs chypriotes se prononcent en faveur de la réunification (64,91 %), tandis que les Chypriotes grecs rejettent le plan Annan. Réunie le 9 novembre 2005 à Bruxelles pour évaluer les progrès effectués par les pays candidats à l'adhésion, la Commission européenne a estimé que la Turquie bénéficiait d'une " économie de marché viable ", à condition qu'elle poursuive sa stabilisation économique et ses réformes.

Le pays doit donc continuer sur le long chemin de l'intégration dans l'Union européenne, et plus particulièrement sur le plan politique. En décembre 2006, Ankara, pour éviter une suspension des négociations d'adhésion de la Turquie à l'UE, a proposé d'ouvrir (temporairement) un port et un aéroport aux Chypriotes grecs. Mais l'armée turque a manifesté sa vive opposition à cette proposition, accentuant la méfiance de l'UE, alors que celle-ci devait se prononcer sur le sort des négociations d'adhésion.

Pour entrer dans l'Union européenne, la Turquie doit tout d'abord terminer les négociations avec la Commission européenne sur chacun des 35 chapitres de l'acquis communautaire qui regroupent l'ensemble du droit de l'Union. Mais depuis 2005, seuls 13 des 35 chapitres de négociations ont été ouverts. Dix-huit autres restent bloqués pour des raisons politiques. Et ce, suite aux tensions avec la France mais également face au refus de la Turquie d'appliquer l'union douanière à la partie grecque de l'île de Chypre, membre de l'Union depuis huit ans mais que l'Etat turc ne reconnaît toujours pas. Mais aussi parce que pendant son mandat présidentiel, Nicolas Sarkozy a refusé l'ouverture des négociations sur d'autres chapitres comme la politique économique et monétaire. Si François Hollande est plus ouvert sur le sujet, le chemin vers l'UE est encore long. Et le dernier rapport annuel de la Commission européenne rendu public le 10 octobre 2012 encourage le gouvernement turc à redoubler d'efforts notamment en termes de droits de l'homme et de protection des minorités. Depuis, la France a levé en 2013 son blocage sur le chapitre 22 concernant la politique régionale. Cet accord doit permettre, la levée de l'obligation de visa imposée par Bruxelles aux ressortissants turcs. Paris s'est également dite prête en octobre dernier à ouvrir les chapitres 23 et 24 qui couvrent les domaines des droits fondamentaux et de la justice. Affaire à suivre...

Quelques grandes figures historiques

Soliman, Ombre de Dieu sur Terre

Soliman est le sultan qui a régné le plus longtemps (1520-1566). C'est sous son règne que l'Empire ottoman a connu sa plus grande expansion. Soliman, surnommé le Législateur des Turcs, n'en a pas moins mené treize campagnes militaires. Décrit par ses contemporains comme un être bienveillant et mélancolique, le fils de Selim Ier et de Hafsa Hatun est né le 6 novembre 1494 sur les rives de la mer Noire. Adolescent, il se consacre avec passion à l'étude et aux exercices physiques. Il apprend l'arabe, le persan, l'arithmétique, la musique, approfondit sa connaissance du Coran et s'instruit dans l'art de l'orfèvrerie. Lorsqu'il monte sur le trône en 1520, le jeune sultan, qui vit depuis son enfance loin du pouvoir central, est jugé par les notables turcs comme un homme médiocre et sans caractère, des préjugés qui seront très vite démentis. Le début de règne de Soliman est marqué par l'abrogation des lois arbitraires promulguées par son père.

Il autorise à nouveau le commerce avec l'Orient et indemnise les négociants dont les marchandises ont été confisquées. Il n'augmente pas le don de joyeux avènement, cette étrenne que les sultans ont pris l'habitude d'accorder aux janissaires. Par ces initiatives, Soliman montre dès sa prise de pouvoir que l'Etat est gouverné avec force et justice, avec rigueur et raison. S'appuyant sur ces principes, il exerce son pouvoir avec, à ses côtés, un cercle restreint de personnes de confiance.

Cohérent dans ses choix politiques, animé d'un fort sentiment de justice, il réussit à instaurer un véritable équilibre au sein d'un empire composé d'une multitude de peuples. Pour donner une solide structure à un territoire aussi vaste, le sultan entreprend des changements substantiels dans le domaine juridique. Il adopte une législation séculière qui intègre le droit musulman. Dans le domaine militaire, le Magnifique est un homme d'action. Belliqueux sans être belliciste, il organise plusieurs " augustes campagnes ". A la tête de l'armée, il conquiert ainsi l'île de Rhodes, l'Irak, Belgrade, la Transylvanie et la Hongrie. Une seule ville lui résiste, Vienne, qu'il assiège en 1529.

Il meurt le 10 septembre 1566, loin d'Istanbul, dans la puszta hongroise, alors qu'il tente de conquérir Szigetvá. Soliman fascine ses contemporains, et les observateurs occidentaux reconnaissent ses qualités humaines et politiques. Mécène, amoureux des arts, il conduisit la Sublime Porte à sa plus grande expansion territoriale et à son plus haut degré de splendeur.

Hürrem Sultan, une poigne de fer dans un gant de velours

Même s'ils la jugent de manière différente, tous les observateurs du monde ottoman s'accordent à noter l'importance du rôle que Hürrem, la favorite de Soliman, joue dans la carrière du Magnifique. Née entre 1500 et 1506 (sous le nom d'Alexandra Lisowska), elle est arrachée aux siens dès l'enfance, lors d'un raid tartare. Conduite dans le palais du gouverneur de Crimée, où elle reçoit une éducation assez raffinée, elle est ensuite envoyée dans la capitale ottomane et offerte à Soliman.

Les premières années passées dans le harem sont pour la jeune fille un rude apprentissage. Quatrième dans l'ordre hiérarchique des kadın (qui veut dire " femme " aujourd'hui), Hürrem doit se soumettre aux volontés de la Sultane Mère et des autres femmes. Elle doit notamment le respect à l'altière Gülbahar, sultane d'origine albanaise, qui donne naissance au Grand Seigneur le prince Mustafa (1515), considéré comme l'héritier du trône. En dépit de ses redoutables concurrentes, la jeune fille s'impose par la jovialité de son caractère. Le nom de Hürrem que lui donne Soliman signifie d'ailleurs " la Souriante " (les Européens l'appellent Roxelane ou Roxane, par rapport à ses origines russes). Intelligente, ambitieuse, douée d'une profonde connaissance de l'âme humaine, elle entre vite dans les bonnes grâces du sultan.

Bernardo Navagero, ambassadeur vénitien, révèle l'épisode qui aurait permis à Hürrem d'occuper le devant de la scène. Apprenant les liens qui se nouent entre Hürrem et le sultan, Gülbahar, candidate au rôle de valide, adresse des paroles injurieuses à l'odalisque et la maltraite. Quelques jours plus tard, Soliman appelle la " Russe " auprès de lui, mais la jeune fille refuse de paraître devant le souverain pour ne pas l'offenser par son aspect. Intrigué, le Magnifique l'appelle à nouveau et la jeune fille lui raconte les faits.

Gülbahar, sommée de s'expliquer sur ce sujet, confirme la querelle et maintient ses arguments. Le monarque se met en colère, reproche à Gülbahar sa morgue et l'éloigne du palais. Après que Soliman a chassé de sa cour cette puissante rivale, le destin de Roxelane semble tout tracé. La favorite russe vole de succès en succès : bouleversant une tradition bien établie depuis plusieurs générations, le sultan l'épouse officiellement vers 1530 et cesse, dès lors, toute relation avec les autres kadın. Dix ans plus tard, la sultane profite d'un incendie pour quitter le vieux sérail et s'installer à Topkapı. Déterminée, voire brutale dans l'exercice du pouvoir, elle laisse son nom à un hammam très élégant qu'elle fait bâtir à Istanbul, face à la basilique Sainte-Sophie. Elle meurt en 1558 et sera ensevelie sur la troisième colline de la ville, dans un petit mausolée entouré de roses.

Atatürk

Atatürk est né en 1881 dans le quartier de Kocakasım, à Salonique, dans une maison rose de trois étages située sur la rue d'Islahhane. Son père se nomme Ali Riza Efendi et sa mère Zübeyde Hanım. Hafiz Ahmed Efendi, son grand-père paternel fait partie des nomades de Kocacık qui ont quitté Konya et Aydin pour s'installer en Macédoine aux XIVe et XVe siècles. Sa mère, Zübeyde Hanım, est la fille d'une vieille famille turque installée dans la ville de Langasa près de Salonique. Ali Riza Efendi, qui travaille comme officier de milice, clerc des fondations pieuses et commerçant de bois de charpente, se marie avec Zübeyde Hanım en 1871. Quatre des cinq frères et soeurs d'Atatürk meurent en bas âge, seule sa soeur Makbule Atadan survit jusqu'en 1956. Mustafa commence l'école du voisinage de Hafız Mehmet Efendi et plus tard, sur la volonté de son père, il est transféré à l'école de Şemsi Efend. Il perd son père en 1888 puis reste à la ferme de son oncle maternel pendant un moment et revient à Salonique pour achever ses études. Il s'inscrit à Rüştiye de Mülkiye de Salonique (école secondaire civile) et se voit bientôt transféré (en 1893) à l'école secondaire militaire. Tandis qu'il étudie dans cette école, son professeur de mathématiques, également nommé Mustafa, ajoute le prénom de Kemal au sien. Plus tard, après avoir achevé ses études au lycée militaire de Manastır entre 1896 et 1899, il commence l'école de guerre d'Istanbul dont il reçoit un diplôme en 1902 avec le grade de lieutenant. Il se présente plus tard à l'académie militaire et reçoit un diplôme le 11 janvier 1905 faisant de lui un capitaine. Entre 1905 et 1907, il sert à Damas dans la 5e armée. En 1907, il est promu au grade de Kolağası (capitaine ancien) et rejoint la 3e armée située à Manastır. Il est commandant d'état-major dans " l'Armée de Mouvement " (Hareket Ordusu) qui est entrée à Istanbul le 19 avril 1909. Il est envoyé en France en 1910 où il participe aux manoeuvres de Picardie. En 1911, il commence à travailler sous les ordres du commandement de l'état-major à Istanbul. Mustafa Kemal remplit des fonctions dans les régions de Tobruk et de Derne avec un groupe de ses amis pendant la guerre déclenchée par l'attaque italienne de Tripoli. Il remporte la bataille de Tobruk le 22 décembre 1911 contre les Italiens et il est nommé commandant de Derne le 6 mars 1912. Quand la guerre balkanique commence en octobre 1912, Mustafa Kemal rejoint la bataille avec des unités de Gallipoli et de Bolayır. Ses contributions à la reprise de Dimetoka et d'Edirne sont considérables. En 1913, il est nommé attaché militaire à Sofia. Toujours rattaché à ce poste, il est promu au grade de lieutenant-colonel en 1914. Le poste d'attaché militaire se termine en janvier 1915. A ce moment-là, la Première Guerre mondiale a commencé et l'Empire ottoman y est inévitablement impliqué. Mustafa Kemal est envoyé à Tekirdag avec pour mission de former la 19e division. Mustafa Kemal fait preuve d'héroïsme à Çanakkale, et fait admettre aux puissances alliées qu'il n'y a " pas de passage aux Dardanelles ! ". Quand les flottes anglaises et françaises essaient de frayer leur voie vers le détroit de Dardanelles le 18 mars 1915, elles subissent une lourde défaite et elles décident alors de placer des unités terrestres sur la péninsule de Gallipoli. Les forces ennemies, qui débarquent à Arıburnu le 25 avril 1915, sont arrêtées à Conkbayırı par 19e division commandée par Mustafa Kemal.

Celui-ci est promu au grade de colonel après cette victoire. Les forces anglaises attaquent Arıburnu de nouveau les 6 et 7 août 1915. Mustafa Kemal, en tant que commandant des forces d'Anafartalar permet la victoire d'Anafartalar, les 6 et 7 août 1915. Cette victoire est suivie de celle de Kireçtepe le 17 août, et de la deuxième victoire d'Anafartalar le 21 août.

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