Découvrez l'Argentine : Les enjeux actuels

Une nature sauvage spectaculaire à l'image de ses plateaux andins, de ses steppes désertiques et de ses glaciers reculés, voici que cet immense territoire hostile longtemps indompté est devenu un eldorado touristique cachant une autre réalité : les tribulations d'un pays en prise avec des crises économiques à répétition. Avec un PIB de 646 milliards de dollars en 2023, l'Argentine est la 3e puissance économique d'Amérique du Sud, derrière le Brésil et le Mexique. Bien que le pays dispose de nombreuses richesses naturelles et d'une main-d'œuvre très qualifiée, la baisse de la demande chinoise, la baisse du prix des matières premières et le marasme économique du Brésil ont entraîné une baisse conséquente de ses échanges commerciaux et donc de sa croissance économique dans les années 2000. À l'aube de cette nouvelle décennie, l'Argentine tente de se relever d'un passé toujours douloureux entre renouveau politique et dérapage économique.

Des ressources naturelles qui stimulent l’économie

L'économie argentine trouve son salut dans sa puissance agricole, qui représente 10,7 % du PIB. L'Argentine est un grand producteur de viande, de laine, de vin, de produits halieutiques. La flambée des prix des produits agricoles est un vecteur essentiel d'une remise à flot de l'économie tout entière. Le soja, destiné aux consommateurs asiatiques et aux biocarburants, est la nouvelle mine d'or des agriculteurs argentins qui placent leur pays au 3e rang mondial des producteurs de soja, derrière les États-Unis et le Brésil, hélas avec force usage de glyphosate et de déforestation. Pays riche en ressources énergétiques, il se classe premier producteur de gaz d'Amérique latine, quatrième de pétrole, troisième d'électricité. Cette dernière ressource repose essentiellement sur la production thermique et la production hydroélectrique. Sur le territoire on recense également quelques mines d'or, d'argent, de cuivre, de plomb, de zinc, de fer, d'étain, de tungstène, de mica, d'uranium, de sel. Le secteur industriel connaît un développement important et participe pour plus du tiers du PIB. L'automobile, le textile, le conditionnement des aliments, la minoterie, le caoutchouc, le ciment, le papier constituent les principales industries du pays. Le secteur tertiaire a suivi la même tendance que l'industrie. Il contribue aujourd'hui à 66 % du PIB. La progression du tertiaire est en constante augmentation, notamment dans les services de secteurs de pointe comme le développement de logiciels, les calls centers, le nucléaire, le tourisme et récemment les biotechnologies.

Le projet de traité de libre-échange UE-Mercosur vise à supprimer la quasi-totalité des droits de douane, permettant d'intensifier les échanges de biens et de services entre les deux blocs. Au total, entre 40 et 45 milliards d'euros d'importations et d'exportations seraient en jeu pour un marché d'environ 780 000 millions de consommateurs. L'Argentine voit d'un bon œil cet accord, notamment pour ses secteurs agricole et agro-industriel, qui pourraient exporter soja, blé, maïs et surtout viande bovine en grande quantité. La France s'inquiète, elle, des effets d'une concurrence agricole énorme et à des prix plus bas, de l'augmentation des émissions de gaz à effet de serre et de l'impact sur ses réglementations agricoles internes, craignant l'arrivée sur le marché européen de produits non conformes ayant des risques pour la santé des consommateurs. Toutefois, le traité est encore loin d'être adopté car il faut obtenir l'accord des 27 pays de l'UE avant celui du Parlement européen pour qu'il soit enfin approuvé, après de longues années de négociation.

Un territoire fragile aux ressources convoitées

Aujourd'hui, une précieuse ressource attire les convoitises : le lithium. Si l'Argentine a l'avantage de couvrir un immense territoire, elle semble aussi en sursis tant l'abondance de ses richesses naturelles attire les compagnies nationales et étrangères. Avec la demande énergétique mondiale en augmentation, le pays s'est révélé être un marché de première importance. Depuis plusieurs décennies, le nord de la Patagonie est criblé de puits de gaz et de pétrole. Chemin faisant, l'Argentine est devenue le premier producteur de gaz naturel en Amérique latine avec 37,1 km3 en 2017. Ses richesses naturelles détournées par différentes politiques économiques ont bien failli lui faire du tort : lors de la crise de 2001, le gouvernement argentin a même étudié la possibilité de céder la Patagonie aux États-Unis en échange de l'annulation de l'énorme dette contractée auprès du Fonds Monétaire International ! Pollution massive, exploitations des sols et catastrophes écologiques, les paysages sont peu à peu défigurés par les plus grandes entreprises mondiales venues s'installer dans la région au cours de ces dernières décennies. Entre projets de barrages hydroélectriques, parcs nationaux rognés et extractions minières, tous les grands du secteur sont présents : Total, YPF, Tecpetrol, Chevron, Exxon… Et malgré l'intervention de différentes associations et ONG, dénonçant un mépris des règles environnementales et des droits des peuples autochtones, l'industrie pétrolière opère sans aucun contrôle. Ainsi, dans l'immense exploitation du gisement de gaz de schiste de Vaca Muerta, dans la province de Neuquén, Greenpeace a déjà alerté sur les dysfonctionnements de cette plateforme ouverte en 2010 sur le territoire mapuche. Le gouvernement a déjà reçu deux mises en garde de l'ONU, mais les décrets environnementaux sont malheureusement modifiés au profit des entreprises. Suivant sa politique antiétatique annoncée dans sa campagne, Javier Milei a privatisé début janvier 2025 la société métallurgique Impsa, une première privatisation qui en annonce d'autres prochainement, ce qui pourrait avoir des conséquences économiques dramatiques pour le pays.

Enjeux politiques et sociaux

Depuis 2018, l'Argentine traverse une profonde crise économique et réussit néanmoins à obtenir le plus gros prêt de l'histoire du FMI : 57 milliards de dollars ! À peine deux mois après avoir obtenu l'aide du FMI, Buenos Aires s'inquiète : le peso a perdu la moitié de sa valeur depuis janvier 2019 et continue sa chute. Le fait d'avancer les fonds du FMI qui était déjà prévu dans tous les calculs ne changera rien à la situation, la confiance que les marchés internationaux ont donnée au gouvernement a en partie disparu : les marchés demandent maintenant des résultats. Paralysée durant la crise du Covid, l'Argentine, qui a subi l'un des plus longs confinements au monde, a été fragilisée, s'enfonçant dans une crise encore plus profonde. En défaut de paiement, elle n'a pas remboursé le FMI dans les temps impartis et s'est endettée sans compter (88 % de son PIB). Aujourd'hui les caisses de l'État sont vides, l'inflation a dépassé plus de 100 % en un an et un Argentin sur deux vit sous le seuil de pauvreté. Le FMI confirme qu'il est impossible de rembourser sa dette. Véritable balancier économique et politique, l'Argentine ne semble pas pouvoir sortir de la crise qu'elle traverse depuis plus de vingt ans. Le 10 décembre 2019, le président néolibéral Mauricio Macri est sanctionné par les urnes et cède la place à Alberto Fernández, nouveau président de centre-gauche ayant obtenu 47 % des suffrages. En récession depuis plus d'un an avec plus de 37 % d'inflation, l'Argentine assiste au retour du péronisme. Face à une situation économique catastrophique et une politique sociale en perdition, les objectifs d'Alberto Fernández sont de taille. Mais la crise économique s'aggrave, le taux de pauvreté touche plus de 40 % de la population et l'inflation atteint 150 % à la fin de son mandat. Très impopulaire dans les sondages, il n'est pas candidat à sa réélection. C'est Javier Milei, économiste ultralibéral, qui lui succède, en remportant les élections avec 55,5 % des suffrages. Souhaitant une "thérapie de choc" pour relever son pays, il a adopté des mesures d'austérité budgétaire importantes, comme la dévaluation du peso de plus de 50 % ou des coupes pour de nombreuses subventions. Un an après son arrivée au pouvoir, malgré une hausse de la pauvreté et du chômage, le bilan s'avère fructueux avec un premier excédent budgétaire depuis 2008 et un taux d'inflation le plus bas depuis 2021 (2,7 %). Il reste encore de nombreux défis à relever pour Javier Milei pour sortir l'Argentine de cette crise devenue pérenne. Le FMI aurait-il trop prêté à l'Argentine ? Deux conditions sont nécessaires pour une sortie de crise : obtenir une nouvelle échéance en renégociant le coût d'intérêt de la dette et réformer les dépenses publiques pour pouvoir dégager des fonds pour rembourser la dette.

Place du tourisme

Représentant près de 9 % du PIB de l'Argentine en 2023, le tourisme tient une place importante dans l'économie du pays. Depuis 2006, l'Argentine est de plus en plus fréquentée par les voyageurs internationaux, attirés par ses nombreux atouts et un taux de change favorable. Hors la crise du Covid, le pays enregistre des records, comptabilisant toujours plus de touristes : 4 millions de touristes étrangers en 2006, 5,8 millions en 2011, plus de 6 millions en 2015 et 7,4 millions en 2019. Les Brésiliens et les Chiliens forment la majeure partie de ces visiteurs avec plus de 60 %, les Européens et les Nord-Américains ne constituant que 15 % du total. En 2017, le pays enregistrait une hausse annuelle de 5,7 % et l'Institut national du Tourisme prévoyait de doubler l'arrivée des touristes internationaux d'ici 2020… Mais la fréquentation touristique est stoppée nette par l'épidémie du Covid-19 et le pays ferme ses frontières durant deux longues années. Très affecté par la pandémie, le secteur du tourisme a perdu des millions de dollars en Argentine, ce qui n'a pas permis de freiner la crise économique. Dès l'ouverture des frontières en avril 2022, quelque 1,5 million de touristes visitent le pays au second trimestre. La reprise est encourageante, et en 2023, le pays retrouve quasiment son taux de fréquentation d'avant-Covid, avec 6,7 millions de visiteurs.

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