Guide d'Iran : Histoire

Détail d'un bas-relief au palais de Darius.
Détail d'un bas-relief au palais de Darius.

L'ancienne Perse a une histoire longue et particulièrement riche. Berceau de l'une des civilisations les plus anciennes du monde, celle-ci couvre des milliers d'années, depuis les civilisations antiques du plateau iranien, la civilisation des Mannéens en Azerbaïdjan, de Shahr-i Sokhteh (" Ville brûlée ") dans le Sistan, et l'ancienne civilisation de Jiroft, suivie du royaume d'Elam, de l'Empire achéménide, des Parthes, des Sassanides et ainsi de suite jusqu'à l'actuelle République islamique d'Iran. Riche, mouvementée et prestigieuse, l'histoire de l'Iran puise ses racines plus de 2 000 ans avant le Christ, lorsque des tribus indo-européennes, dites aryennes, venues du nord de l'Europe et du Caucase, s'installent sur les terres fertiles du plateau iranien. Le mot Iran provient d'ailleurs du mot persan arya, qui signifie " aryen ".

Chronologie

7 000 ans av. J.-C.

-4 000/-2000 > Age du Bronze

-1 200 > Age du Fer. Apogée du royaume élamite

-844 > première mention du peuple iranien dans des textes assyriens

-825 > apparition des Mèdes

-728 > fondation de l'Empire mède par Deioces

-722 > fondation d'Hamadan

-700/-330 ans av. J.-C. - Achéménides

-648 > les Assyriens détruisent la Suse élamite

-640/-600 > Cyrus Ier

-630/-533 > fondation du zoroastrisme

-612/-606 > les Mèdes et les Babyloniens renversent les Assyriens. Destruction de Ninive

-600/-599 > Cambyse Ier

-599/-530 > Cyrus II le Grand défait les Mèdes à Pasargade en -550

-530/-522 > Cambyse II conquiert l'Egypte en -527

-522/-486 > Darius Ier le Grand. Bisotun, Suse, Persépolis. L'empire de Darius s'étend de l'Indus au Nil et au Danube

-490 > victoire des Grecs à Marathon

-486/-464 > Xerxès Ier

-480/-479 > victoire des Grecs à Salamine et à Platée

-464/-425 > Artaxerxès Ier

-420/-404 > Darius II

-404/-358 > Artaxerxès II

-336/-330 > Darius III

-330 > Alexandre le Grand détruit Persépolis et s'empare de l'empire

-323 > mort d'Alexandre

312 av. J.-C./224 ans apr. J.-C. - Séleucides et Parthes

-312/-281 > Séleucos Ier Nicator fonde la dynastie grecque séleucide

-250 > la dynastie parthe arsacide s'empare du Khorassan

-161/-138 > Mithidate Ier fonde l'Empire parthe

-129 > défaite des Séleucides

-87/224 > déclin de l'Empire parthe

224/651 apr. J.-C. - Sassanides

224/241 > Ardachir Ier défait les Parthes et fonde l'Empire sassanide, dont la capitale est Ctésiphon.

241/273 > Shahpur Ier envahit l'Empire romain. Capture de Valérien en 260.

250/300 > conversion de l'Arménie au christianisme

272/273 > Hormuzd Ier

273/293 > Bahram Ier puis Bahram II

283 > Rome s'empare de Ctésipho, de l'Arménie et du nord de la Mésopotamie

302/379 > Hormuzd II puis Shapur II

363 > Shahpur II récupère l'Arménie et le nord de la Mésopotamie

379 > paix avec Rome

379/420 > Ardachir II, Shahpur III, Bahram IV, Yazdegird Ier

410 > prise de Rome par Alaric

420/438 > Bahram V

425 > raid des Huns dans le Khorassan

438/497 > Yazdegird II, Hormuzd III, Firuz, Balash, Kavad

489 > fondation de l'église nestorienne

499/531 > apogée des Sassanides

531/579 > Khosro Ier

570 > naissance de Mahommet

579/528 > Hormuzd IV, Khosro II

608 > les Sassanides attaquent Byzance

614 > Khosro II s'empare de Damas et de Jérusalem

622 > An I de l'Hégire

632 > mort de Mahommet

632/651 > Yazdegird III

635 > Arabes à Damas

636 > défaite perse à Qadisia

637 > prise de Ctésiphon

661/1036 apr. J.-C - Iran islamique

661 > mort de l'imam Ali à Kufa

661/750 > califat ommeyade gouverné de Damas

744/749 > révolte chiite

750/1257 > califat abbasside gouverné de Bagdad

756/1031 > califat occidental de Cordoue

861/872 > dynastie tahiride

872/903 > dynastie safaride

903/999 > dynastie samanide

935/1055 > dynastie bouyide

950/1020 > Ferdowsi, poète

962/1040 > dynastie ghaznavi à l'est

980/1036 > Avicenne, philosophe et physicien

1037/1335 apr. J.-C. - Seldjoukides et Mongols

1037 > invasion seldjoukide

1055 > fin de la dynastie bouyide

1063/1072 > Alp Arsalan

1073/1092 > Malik Shah, apogée des Seldjoukides

1090/1257 > les Assassins, ismaïliens, terrorisent le nord de l'Iran

1117/1157 > Sanjar. Fin de la domination seldjoukide

1136/1230 > Attar, poète mystique

1140/1202 > Nizami, poète

1184/1291 > Saadi, poète

1207/1273 > Rumi, poète. Fondation des derviches tourneurs

1219/1227 > Gengis Khan envahit l'Iran

1256/1265 > Hulagu Khan

1258 > sac de Bagdad, fin de la dynastie des Abbassides

1260 > les Mongols s'emparent d'Alep et de Damas

1265/1284 > Abaqa, Arghun, Gaikhatu, Baidu

1295/1304 > Ghazan se convertit à l'islam

1304/1335 > Abu Said. Chute des Ilkhan

1320/1389 > Hafez, poète

1380/1500 apr. J.-C. - Timurides

1380/1393 > Tamerlan conquiert l'Iran suspension de l'Eglise nestorienne

1397 > Tamerlan envahit l'Inde

1405 > mort de Tamerlan. Règne de Shah Rokh

1411/1492 > Jami, poète

1447/1452 > Ulugh Beg

1452/1466 > Abu Said le Timuride

1500 > chute des Timurides

1502/1736 apr. J.-C - Safavides

1502/1524 > Ismaïl Ier. L'Iran se convertit au chiisme

1514/1555 > guerre contre la Turquie

1524/1587 > Tahmasp Ier, Ismaïl II, Mohammad Khodabandeh

1587/1629 > Abbas Ier trasnfère sa capitale à Ispahan, apogée des Safavides

1629/1722 > Safi Ier, Abbas II, Sulayman Ier, Husain

1722 > prise d'Ispahan par les Afghans

1722/1732 > Tahmasp II

1724 > Mahmoud s'empare de Chiraz, massacre des princes safavides

1732/1736 > Abbas III

De 1729 à aujourd'hui

1729/1747 > Nadir Quli fonde la dynastie afsharide

1747/1750 > Adil, shah Rokh l'Afsharide

1750/1779 > Karim Khan fonde la dynastie zand

1779/1794 > Ali Mourad, Jafar, Lutf Ali Khan

1795/1797 > Fonde de la dynastie qajar

1797/1834 > Fath Ali Shah

1812 > cession de territoires à la Russie qui s'empare de Tabriz en 1817.

1834/1896 > Mohammad Shah, Nasser od-Din Shah

1896/1906 > révolution constitutionnelle

1907/1909 > Mohammad Ali Shah

1908 > apparitions du nationalisme

1909 > Anglo-Iranian Oil Company

1909/1923 > Ahmad Shah. Reza Khan Premier ministre en 1923

1924/1925 > fin de la dynastie qajar

1925/1941 > Reza Khan fonde la dynastie pahlavi et devient Reza Shah

1941 > invasion des Forces alliées. Reza Shah abdique en faveur de son fils Mohammad Reza

1941/1979 > Mohammad Reza Shah

1943 > la conférence de Téhéran réunit Churchill, Roosevelt et Staline

1951 > Mossadegh Premier ministre. Nationalisation du pétrole

1952 > fuite du shah

1953 > 19 août : arrestation du docteur Mossadegh

1959 > accords de défense avec les Etats-Unis

1963 > opposition de Khomeiny à la " révolution blanche "

1967 > couronnement du shah et de sa femme Farah

1969 > tensions avec l'Irak à propos du Shat al-Arab

1971 > le 2 500e anniversaire de la monarchie iranienne est fêté

1978/1979 > la vague islamique pousse le shah à fuir hors d'Iran en janvier

1979 > 1er avril - le pays entérine la République islamique dirigée par l'Ayatollah Khomeiny

1980 > Bani Sadr, premier président. Rupture des relations les Etats-Unis, début de la guerre contre l'Irak

1981 > démission de Bani Sadr. Attentats politiques. Khamenei est élu 3e président, après Rajai assassiné

1985 > réélection de Khamenei

1987 > grande offensive contre l'Irak

1988 > cessez-le-feu avec l'Irak

1989 > 3 juin - mort de Khomeiny. Khamenei lui succède, Rafsandjani est élu président

1993 > réélection de Rafsandjani

1997 > Khatami est élu président, il est réélu en 2001

1999 > soulèvement et émeutes de la jeunesse après la fermeture du quotidien libéral Salâm. La révolte se propage à l'ensemble du pays.

2000 > victoire écrasante des réformateurs aux législatives.

2001 > Khatami, réformateur, remporte une seconde fois les élections présidentielles. Attentats du 11 septembre aux Etats-Unis.

2002 > le président états-unien, George Bush, place l'Iran, l'Irak et la Corée du nord sur un " axe du mal ".

2003 > Chirine Ebadi, avocate au barreau de Téhéran et militante des droits de l'Homme, est lauréate du Prix Nobel de la Paix. Parallèlement, le gouvernement iranien accède à toutes exigences de l'AIEA relatives à son programme nucléaire. Victoire des conservateurs aux élections municipales.

2004 > victoire des conservateurs aux élections législatives.

2005 > Mahmoud Ahmadinejad, ultra conservateur, est élu président de la République Islamique d'Iran. Reprise de la conversion d'uranium au sein de l'usine d'Ispahan.

2009 > second mandat de Mahmoud Ahmadinejad. Sa victoire est vivement contestée et entraîne une vague de manifestations dans le pays pendant plusieurs semaines. De nombreux étudiants sont arrêtés, parmi eux, Clotilde Reiss une Française accusée d'avoir participé au mouvement de contestation de la réélection de M.Ahmadinejad.

2013> élection du réformateur et modéré Hassan Rohani à la présidence de la République. Début d'une ouverture vers l'Occident et d'un léger assouplissement des moeurs.

2015> signature de l'accord sur le nucléaire.

Janvier 2016> conformément à l'accord de 2015, la plupart des sanctions frappant l'Iran sont levées en échange d'une limitation du programme nucléaire de ce dernier.

2016> Hassan Rohani, effectue une visite officielle à Paris. C'est la première visite d'un chef de l'Etat iranien en France depuis 1999.

Janvier 2017> mort de l'ancien président Akbar Hachémi Rafsandjani.

Février 2017. Le réalisateur iranien Asghar Farhadi décroche l'Oscar du meilleur film étranger avec Le Client. Ne pouvant légalement se rendre sur le territoire américain en raison de la loi anti-immigration de Trump, Farhadi choisit de boycotter la cérémonie.

Avril 2017. Le conseil des gardiens de la Constitution rejette la candidature d'Ahmadinejad pour les prochaines présidentielles, témoignant du refus de la société iranienne de revenir en arrière.

Mai 2017. Le président Hassan Rohani se succède à lui-même en obtenant 57 % des voix contre le conservateur Ebrahim Raisi. Le vote traduit le désir de changement et d'ouverture du peuple iranien. Le Président américain choisit contradictoirement ce moment pour durcir de nouveau le ton face à l'Iran.

Juin 2017. L'Iran fait à son tour l'objet d'attentats revendiqués par Daech. Le mausolée de l'Ayatollah Khomeini et le Parlement national sont visés par des bombes qui font près de vingt morts.

Janvier 2018. Depuis la fin décembre, une vague de manifestations secoue l'Iran, réclamant des réformes économiques et sociales. Les affrontements font plus d'une vingtaine de morts et conduisent à un millier d'arrestations.

Février 2018. Le ton monte entre Israël et l'Iran qui s'affrontent en Syrie. En avril, Israël mènera des frappes sur des cibles iraniennes en Syrie.

Avril 2018. Le président Macron se range aux côtés du président Trump et se dit en faveur de la rédaction d'un nouvel accord sur le nucléaire. " Appliquez d'abord ce que vous avez déjà signé " rétorque Rohani, qui déplore ce retournement de veste français.

Mai 2018. Trump annonce son retrait de l'accord sur le nucléaire iranien et la reprise des sanctions envers le régime de Rohani.

Octobre 2018. La Cour internationale de justice demande à Washington de lever les sanctions contre l'Iran pour ce qui concerne les biens humanitaires, en particuliers les médicaments et le matériel médical.

Novembre 2018. Entrée en vigueur des nouvelles sanctions américaines. En Iran, lors de la finale de la Ligue des champions asiatique, 1000 femmes sont autorisées à assister au match dans les tribunes. Une première dans le pays.

Les origines

En Mésopotamie, la région qui s'étend du golfe Persique au cours moyen des fleuves Euphrate et Tigre, la phase de développement technique (pierre polie, céramique) des sociétés préhistoriques du Néolithique (de 8 000 à 5 000 av. J.-C.) correspond à une économie productive (agriculture, élevage) qui commence deux à trois millénaires plus tôt qu'en Europe. La première ville de Suse fut construite vers 4 000 ans avant notre ère. Les occupants sumériens étaient un peuple d'origine asiatique à qui l'on doit la première civilisation historique élaborée en fondant de puissantes cités-Etats : Lagash, Ourouk et Our sur l'Euphrate. La naissance de l'écriture se produisit vers 3 300 à Ourouk et vers 3 000 à Suse, qui fera partie de l'Elam, une civilisation d'origine indo-européenne apparue dans la partie sud-ouest du plateau iranien vers 2 200. La dynastie d'Our (ou Ur, selon la Bible, patrie d'Abraham) vint mettre fin à l'empire d'Akkad, et fut à son tour ruinée (en 2 025) par les Amorrites et les Elamites. Aux côtés des cités-Etats de Sumer et d'Akkad (2 325-2 160), de l'empire d'Assyrie, des royaumes de Mari et de Babylone, ce fut l'un des plus brillants foyers de civilisation. Ce sont des Amorrites, sémites de l'Ouest, qui fondent, vers 1830, la première dynastie de Babylone (la " Porte de Dieu " en sémitique), dont le représentant le plus fameux est Hammourabi (1728-1686). Le célèbre Code des Lois, gravé sur une stèle de basalte noir retrouvée en 1902, est conservé au Louvre. Les premiers rois de Babylone se distinguent par de nombreux travaux, fortifications, canaux, temples. C'est le signe de l'enrichissement de leur cité qui exploite un riche terroir et dont les notables pratiquent l'activité bancaire et le grand commerce. Le développement de l'agriculture, principale ressource de l'économie babylonienne, dépend d'une bonne irrigation. On élève des ovidés et bovidés, l'âne a toujours été connu, mais l'emploi du cheval ne se répand qu'à partir des Kassites, un peuple venu des monts Zagros. La rareté des matières premières importantes (bois de construction, pierre, métaux) gêne l'essor de l'artisanat qui ne dispose que de matériaux locaux (argile, roseaux, peaux, laine, lin). Ces besoins créent un intense trafic commercial qui se déploie par voie de terre et par voie fluviale. Les " rois de la totalité " de cette grande monarchie centralisée, prétendent à une domination universelle. Mais des royaumes étrangers à la région (Assour, Mari, l'Elam) tentent d'imposer leur suzeraineté en basse Mésopotamie.

Glossaire

Achémènes. Dynastie perse (de 550 à 330 av. J.-C.) qui doit son nom à un ancêtre mythique, Achéménès. Le dernier grand roi achéménide, Darius III, fut vaincu par le Macédonien Alexandre le Grand.

Alamut. La montagne d'Alamut abrite le château des Assassins, place-forte inexpugnable qui résista deux siècles avant d'être rasée, en 1246, par les hordes mongoles de Hulagu, petit-fils de Gengis Khan. Mais l'esprit de la secte survécut.

Harem. A l'origine, haram, qui signifie " interdit ", désigne un lieu, un espace privé, un périmètre dont l'accès est interdit, comme les appartements des femmes dans les pays musulmans.

Immortels. Ou les " Dix Mille ", 10 000 archers et piquiers de la garde royale du roi achéménide Cyrus, appelés Immortels parce que chaque soldat tué était immédiatement remplacé.

Iran. Remplace officiellement le nom plus ancien de Perse depuis 1935. Ce mot renvoie à celui d'Iraniens, le nom des premières tribus aryennes qui envahirent le pays au IIe millénaire av. J.-C.

Iskandar. Il s'agit du conquérant Alexandre le Grand, dont la figure mythique est à l'origine de nombreux récits. Il apparaît dans la littérature iranienne, notamment dans le Shah Nameh de Ferdousi et dans un des poèmes épiques de Nizami, le Iskandar Nameh.

Khan. Titre honorifique d'un chef mongol (comme Gengis Khan), d'un prince turc et, par extension, d'un chef tribal ou d'un seigneur féodal.

Parthes. Ancien peuple nomade apparenté aux Scythes, installé au début du IIIe siècle av. J.-C. dans le nord-est de l'Iran, le Khorassan. Leur roi, Arsace, profitant de la faiblesse de l'empire des Séleucides, constitua un empire qui, à la fin du IIe siècle av. J.-C., s'étendait de l'Indus jusqu'à l'Euphrate, marquant la frontière avec l'Empire romain.

Pahlavi. Langue parlée en Perse sous les Sassanides (224-642 ap. J.-C.), et retranscrite dans une écriture voisine de l'araméen qui véhicula les textes sacrés zoroastriens.

Persan. Ou encore farsi (parsi pour les Indiens). C'est le nom du persan moderne, parlé en Iran et noté en caractères arabes. D'un point de vue purement linguistique, l'iranien désigne l'ensemble des dialectes dont on use en Perse, au Caucase, en Afghanistan, au Baloutchistan, aux confins de l'Inde et du Pamir ; mais le persan (farsi) est uniquement la langue qui, parmi tous ces dialectes, prédomine en qualité de véhicule d'une littérature écrite. Si la langue persane s'est formée dans la province de Fars, au sud de la Perse proprement dite, la littérature qui en fut l'expression durable se développa non seulement dans tout ce pays, mais aussi dans le nord de l'Afghanistan et, plus tard, dans l'Inde, où elle se maintient encore parmi les lettrés.

Perse. Ancien nom de l'Iran, depuis les grands rois achéménides jusqu'en 1935.

Perses. Le peuple perse, qui fait partie de la dernière vague indo-européenne ayant envahi l'Iran, apparaît dans l'histoire lorsqu'il entre en contact avec les Assyriens. Bien avant notre ère, le pays de Parsoua était situé dans la cuvette du lac Urumyieh, et le pays de Parsoumash, dans les monts Bakhtiari, se trouvait vers l'actuelle ville de Khorramabad, au nord de Suse.

Satrape. Dans chaque province de l'empire des Achéménides, un satrape commandait les troupes qui assuraient le maintien de l'ordre. Il était également chargé de faire rentrer les impôts - tributs et dons - et de surveiller les communautés politiques locales.

Savak. Police politique du dernier shah d'Iran.

Sassanides. Dynastie perse (224-651) qui s'appliqua à restaurer la grandeur de l'Empire achéménide, dont son ancêtre mythique, Sasan, est considéré comme le descendant.

Scythes. Peuple appartenant au groupe iranien et formé de tribus en grande majorité nomades, installées à partir du VIIIe siècle av. J.-C. en Russie méridionale où elles développèrent, au contact des Grecs installés sur les rives de la mer Noire, une civilisation particulièrement brillante.

Shah. Synonyme de roi, titre usuel pour les monarques en Perse.

Shah Nameh. Epopée nationale iranienne. La version la plus célèbre et la plus illustrée est celle écrite par Ferdousi vers l'an 1000.

Transoxiane. Région d'Asie centrale où sont situées les cités antiques de Samarkand et de Boukhara, où naquit, en 980, Avicenne.

Vizir. Dans les pays islamiques, ministre du sultan et chef de l'administration. Grand vizir : Premier ministre dans l'Empire ottoman.

XIIIe-XIIe siècles av. J.-C. : apogée des Élamites

L'empire d'Hammourabi, qui englobe toute la Mésopotamie, fait place, vers 1530, à une domination kassite assez mal connue. Les Kassites annexent le Pays de la Mer (région d'accès difficile, aux bouches de l'Euphrate et du Tigre sur le golfe Persique). On peut, dès lors, donner à la basse Mésopotamie le nom de Babylonie.

Vers 1330, les Kassites conquièrent l'Elam, mais ce pays, se réunifiant la fin du siècle, échappe à la domination babylonienne. C'est le début d'un conflit chronique entre les trois royaumes, Elam, Babylone, Assour (capitale méridionale de l'Assyrie), dont les deux derniers se disputent le pays à l'est du Tigre qui permet de contrôler les caravanes venant d'Iran. A partir de 1170, la Babylonie végète, plus ou moins vassale de l'Assyrie.

L'attaque de l'Assyrie en 1156 affaiblit la dynastie kassite de Babylone, au point de la laisser sans défense devant les Elamites venus piller les riches cités de la basse Mésopotamie. Le dernier roi kassite est emmené captif en Elam, en 1153, ainsi que le butin dérobé dans les temples babyloniens... que les archéologues français retrouveront à Suse au début du XXe siècle. C'est également l'ère du bronze récent à Suse.

Des rois de langue sémitique prennent la tête d'un soulèvement national contre les Elamites qui tentaient de se maintenir dans leur conquête. Après l'installation de la dynastie d'Isin à Babylone, celle-ci réussit à se faire restituer en 1136 les statues de Mardouk et de Tasarpanitoum enlevées par les Assyriens en 1203. Mais à peine ces idoles ont-elles réintégré leurs sanctuaires, qu'elles sont enlevées par un nouveau raid des Elamites (1129). Nabuchodonosor Ier (1129-1106), troisième roi de la dynastie d'Isin, fait campagne dans le Zagros central, gagne et tue le roi d'Elam, puis ramène à Babylone les statues du couple divin. A la suite de cette revanche éclatante, l'Elam tombe dans une anarchie qui durera quatre siècles.

900-539 av. J.-C. – Empires néoassyrien et néobabylonien

Sur le pourtour de la basse Mésopotamie, et spécialement au Pays de la Mer - le traditionnel refuge des insoumis -, l'esprit guerrier est maintenu par l'arrivée continuelle de nombreux nomades, parmi lesquels on remarque, à partir de 900, de nombreux Arabes. L'appui de ces auxiliaires incite les rois de Babylone à reprendre la guerre traditionnelle contre l'Assyrie, au moment où cette dernière se relève. Les souverains de l'Assyrie ne peuvent supporter indéfiniment les attaques de la basse Mésopotamie contre leur propre royaume. Pour mettre fin à cette anarchie dangereuse et, éventuellement, pour devancer une intervention de l'Elam qui vient de se réunifier, le souverain d'Assyrie se fait proclamer roi de Babylone en 729. Lors du changement de règne, le trône babylonien est capté par le Chaldéen (le Mérocach-Baladan de la Bible), roi du Pays de la Mer, qui est protégé par les Elamites. Mais l'Assyrien Sargon (722-705), ayant assuré sa domination sur le reste de l'Asie occidentale, s'empare de Babylone, qui sera sans cesse soulevée par des prétendants chaldéens appuyés par l'Elam.

Les Elamites seront vaincus par les Assyriens du roi de Babylone, Assourbanipal (669-633), défaite qui se terminera par le sac de Suse en 646. Au VIIIe siècle av. J.-C., les Mèdes et les Perses gravissent le plateau iranien.

C'est vers le VIIe siècle qu'on situe généralement la naissance supposée de Zoroastre (ou Zarathoustra), réformateur du mazdéisme qui fonde le zoroastrisme à partir du culte aryen d'Ahura Mazda dans le haut pays élamite, à l'époque de la première grande monarchie purement aryenne de la Perse orientale, les Kavis. Le dernier roi des Kavis fut aussi le protecteur de Zoroastre.

673-550 av. J.-C. – L’avènement des Mèdes

En 673, Phraorte, chef de tribu, réunit sous un commandement unique les Mèdes, et fonde la capitale Ecbatane, signifiant littéralement lieu de rassemblement (l'actuelle ville d'Hamadan).

Ayant été envahi par les Assyriens, l'Elam affaibli se trouve remplacé par la Médie fondée par le roi Cyaxare (625-585), qui pose les bases d'une nouvelle puissance iranienne. Il garde Ecbatane comme capitale. Après un accord d'alliance avec Babylone, scellé par le mariage du Chaldéen Nabuchodonosor (626-605) avec la fille de Cyaxare, des hostilités sont engagées par ces deux pays contre l'Assyrie. Malgré l'intervention tardive de l'Egypte en faveur des Assyriens, Assour (capitale méridionale de l'Assyrie) tombe en 614 et Ninive (autre capitale d'Assyrie) en 612. Le pharaon Néchao est battu sur l'Euphrate en 605 et contraint d'évacuer la Syrie par Nabuchodonosor II (605-562) qui succède bientôt à son père. La redoutable puissance de l'Empire assyrien une fois abattue, la Babylonie connaît une seconde et brève période de splendeur sous Nabuchodonosor qui reconstitue un grand empire néobabylonien. Le nouveau roi, qui ne parvient pas à détruire l'Egypte, détruit le royaume de Juda en 587 et oblige Tyr à capituler. Sa domination sur l'ensemble du couloir syrien et le nord de l'Arabie lui permet de contrôler le grand commerce qui fait de nouveau la fortune des villes de basse Mésopotamie et surtout de Babylone. Nabuchodonosor n'aura que des successeurs médiocres.

Contre la menace des Iraniens, l'isthme entre l'Euphrate et le Tigre au nord de Babylone est barré par un canal et une muraille, le mur des Mèdes.

610-585 : règne de Cyrus Ier.

585-559 : règne de Cambyse Ier.

585-550 : Astyage, dernier roi mède.

549-330 av. J.-C. : dynastie des Achéménides (Perses)

En 549 avant le Christ, le roi des Perses, Cyrus II, défait le dernier empereur des Mèdes et assimile son royaume au sien. Après avoir défait Crésus, Cyrus II devient empereur d'un royaume couvrant l'ensemble de l'Asie mineure actuelle. Poursuivant ses conquêtes, il prendra Babylone en -539, puis la Syrie et la Phénicie. Ses descendants prendront aussi l'Egypte et étendront les frontières de l'empire des Achéménides jusqu'à la Grèce, qu'ils perdront à la bataille de Salamine, en -480. A l'est, le royaume s'étend jusqu'à la vallée de l'Indus.

558-529 av. J.-C. – Règne de Cyrus II le Grand

Il renverse le roi Astyage (son grand-père), et fonde, en 550, l'Empire perse des Achéménides qui s'étend sur l'ensemble de l'Iran actuel et une partie de l'Asie centrale. Après avoir réalisé l'union des Mèdes et des Perses, Cyrus le Grand opère des offensives foudroyantes qui lui livrent la Lydie gouvernée par le roi Crésus (547) ainsi que la Babylonie. En 539, une dernière campagne des Perses amène leur souverain dans Babylone, où le conquérant se proclame roi. La prise de Babylone par les Perses marque le début de son déclin. Non content d'avoir acquis les pays les plus riches et les plus évolués de l'Asie occidentale, Cyrus unifie à son profit la Perse, réserve de soldats éprouvés pour sa cavalerie supérieure. L'Empire achéménide, " l'Empire de la démesure ", s'étend alors de l'Indus à l'Anatolie et à la Palestine sur la Méditerranée. L'introduction des monnaies d'or et d'argent transforme l'économie ; une banque à l'époque connaissait l'usage de chèques et de comptes courants. Des canaux souterrains d'irrigation sont creusés. Cyrus le Grand mourra au combat en 530, au cours d'une expédition militaire sur ses frontières nord-est, dans la steppe sauvage du Nord-Est.

530-522 av. J.-C. – Règne de Cambyse, fils de Cyrus le Grand

Il achève la conquête de l'Orient ancien en soumettant la lointaine Egypte (campagne de 525 à 522). Il meurt en 522, au moment où triomphe une révolte menée par son frère Bardya. Mais l'aristocratie persane l'assassine secrètement, et un mage usurpe sa place. Darius Ier découvre le complot, assassine l'usurpateur à son tour et accède au trône.

522-486 av. J.-C. – Darius Ier

Il mène des campagnes en Libye et en Scythie (513). Après avoir conquis de nombreux royaumes, Darius Ier règne sur un véritable empire de la démesure qui s'étend sur 5 millions de km, allant des plaines de l'Indus à l'est, jusqu'en Grèce à l'ouest, et comptant près de 40 millions d'habitants. L'Empire perse reprend les méthodes des grands Etats qui l'ont précédé : l'Elam qui avait guidé les débuts du royaume d'Anshan ; l'Assyrie, premier exemple d'une domination " universelle " ; Babylone dont Cyrus le Grand avait maintenu l'administration expérimentée.

Darius parachève l'organisation administrative amorcée par ses deux prédécesseurs en découpant l'empire en une vingtaine de satrapies. L'impôt permet de collecter d'énormes richesses qui s'entassent dans les palais royaux. Le roi fait frapper la première monnaie royale en 510, la célèbre darique d'or à l'archer couronné, réservée au recrutement des mercenaires et à l'achat des consciences dans le monde grec. En dehors de la création du réseau routier qui favorise le commerce, Darius réalise, vers 500, la mise en eau du canal du Nil au golfe de Suez qui débouche sur la mer Rouge (une voie d'eau qui avait déjà été utilisée par les pharaons), et commandite le voyage d'exploration de Scylax de Caryanda, qui descend l'Indus, contourne l'Arabie et gagne l'Egypte par la mer Rouge. Avec son administration centrale, ses structures politiques, sociales et culturelles, l'Empire perse achéménide, à la brillante civilisation, est alors à son apogée. Cette époque de l'ancienne Perse est considérée comme la période la plus glorieuse de l'histoire du pays. Darius fait reconstruire Suse vers 521, et fonde la prestigieuse capitale de Persépolis (dont on peut encore voir les grandioses vestiges). Mais le lourd fardeau des impôts excessifs provoque d'incessantes révoltes provinciales dont celle de l'Ionie. Pour mieux tenir les cités grecques d'Asie, Darius entreprend de soumettre la totalité du monde hellénique qui n'est composé que d'un morcellement de villes indépendantes, ce qui augure mal de leur résistance. C'est le début d'un conflit, alors marginal, entre la Perse et la Grèce, connu sous le nom de guerres médiques. Darius n'envoie qu'une petite armée qui soumet les Cyclades en 500-493, mais se fait battre à Marathon en 490.

Glossaire

Achémènes. Dynastie perse (550-330 av. J.-C.) qui doit son nom à un ancêtre mythique, Achéménès. Le dernier grand roi achéménide, Darius III, fut vaincu par le Macédonien Alexandre le Grand.

Alamut. La montagne d'Alamut abrite le château des Assassins, place forte inexpugnable qui résista deux siècles avant d'être rasée, en 1246, par les hordes mongoles de Hulagu, petit-fils de Gengis Khan. Mais l'esprit de la secte survécut.

Harem. A l'origine, haram qui signifie " interdit ", désigne un lieu, un espace privé, un périmètre dont l'accès est interdit comme les appartements des femmes dans les pays musulmans.

Immortels. Ou les " Dix Mille ", les 10 000 archers et piquiers de la garde royale du roi achéménide, Cyrus, appelés immortels parce que chaque soldat tué était immédiatement remplacé.

Iran. Remplace officiellement le nom plus ancien de Perse depuis 1935. Ce mot renvoie à celui d'Iraniens, le nom des premières tribus aryennes qui envahirent le pays au IIe millénaire av. J.-C.

Iskandar. Il s'agit du conquérant Alexandre le Grand, dont la figure mythique est à l'origine de nombreux récits. Il apparaît dans la littérature iranienne, notamment dans le Shah Nameh de Ferdousi et dans un des poèmes épiques de Nizami, le Iskandar Nameh.

Khan. Titre honorifique d'un chef mongol (Gengis Khan), d'un prince turc et, par extension, d'un chef de groupe de tribus, ou d'un seigneur féodal.

Parthes. Ancien peuple nomade apparenté aux Scythes, installé au début du IIIe siècle av. J.-C. dans la région Nord-Est de l'Iran, le Khorassan. Leur roi, Arsace, profitant de la faiblesse de l'empire des Sélucides, constitua un empire qui, à la fin du IIe siècle av. J.-C., s'étendait de l'Indus jusqu'à l'Euphrate, marquant la frontière avec l'Empire romain.

Pahlavi. Langue parlée en Perse sous les Sassanides (224-642 ap. J.-C.), et retranscrite dans une écriture voisine de l'araméen qui véhicula les Ecritures zoroastriennes.

Persan. Ou encore farsi (parsi) est le nom du persan moderne, parlé en Iran et noté en caractères arabes. Au point de vue purement linguistique, l'iranien désigne l'ensemble des dialectes dont on use en Perse, au Caucase, en Afghanistan, au Baloutchistan, aux confins de l'Inde et du Pamir ; mais le persan (farsi) est uniquement la langue qui, parmi tous ces dialectes, prédomine en qualité de véhicule d'une littérature écrite. Si la langue persane (farsi) se forma dans la province de Fars, au sud de la Perse proprement dite, la littérature qui en fut l'expression durable se développa non seulement dans tout ce pays, mais aussi dans le nord de l'Afghanistan et, plus tard, dans l'Inde, où elle se maintient encore parmi les lettrés.

Perse. Ancien nom de l'Iran, depuis les grands rois achéménides jusqu'en 1935.

Perses. Le peuple perse, qui fait partie de la dernière vague indo-européenne ayant envahi l'Iran, apparaît dans l'histoire lorsqu'il entre en contact avec les Assyriens. Bien avant notre ère, le pays de Parsoua était situé dans la cuvette du lac Urumyieh, et le pays de Parsoumash, dans les monts Bakhtiari, vers l'actuelle ville de Khorramabad, au nord de Suse.

Satrape. Dans chaque province de l'empire des Achéménides, un satrape commandait les troupes qui assuraient le maintien de l'ordre. Il était également chargé de faire rentrer les impôts - tributs et dons - et de surveiller les communautés politiques locales.

Savak. Police politique du dernier shah d'Iran.

Sassanides. Dynastie perse (224-651) qui s'appliqua à restaurer la grandeur de l'Empire achéménide, dont on dit que son ancêtre éponyme Sasan est le descendant.

Scythes. Peuple appartenant au groupe iranien et formé de tribus en grande majorité nomades, installées à partir du VIIIe siècle av. J.-C. en Russie méridionale où elles développèrent, au contact des Grecs installés sur les rives de la mer Noire, une civilisation particulièrement brillante.

Shah. Synonyme de roi, titre usuel pour les monarques en Perse.

Shah Nameh. Epopée nationale iranienne. La version la plus célèbre et la plus illustrée est celle écrite par Ferdousi vers l'An mille.

Transoxiane. Région d'Asie centrale où sont situées les cités antiques de Samarkand et de Boukhara, où naquit, en 980, Avicenne.

Vizir. Dans les pays islamiques, ministre du sultan et chef de l'administration. Grand vizir : Premier ministre dans l'Empire ottoman.

486-465 av. J.-C. – Règne de Xerxès Ier, fils de Darius

Poursuite des travaux à Suse et à Persépolis où Xerxès imprime sa marque. Ecrasement de la révolte égyptienne en 486, suivi de la seconde guerre médique en 480. Xerxès, à la tête des armées des 46 nations de son empire, attaque la Grèce et incendie Athènes, mais il subit finalement des défaites en mer Egée à Salamine et à Platées. Une nouvelle coalition des Grecs, dirigée par Athènes, poursuit la lutte de libération des cités helléniques des îles et du littoral asiatique. Mais c'est là peu de chose pour le grand empire menacé par des crises intérieures : révoltes nationales en Egypte et en Babylonie (dont la ville est démantelée en 479), intrigues de palais, insubordination des satrapes issus des grandes familles. Cependant, tant que dure le règne de Xerxès Ier, roi qui avait suscité chez les soldats tant d'actes de bravoure, la façade de l'empire reste imposante. A la suite d'une intrigue de palais en 465, Xerxès est assassiné par son propre fils sans avoir pu soumettre les Grecs. Après Xerxès, viendra la décadence.

465-424 av. J.-C. – Règne d'Artaxerxès Ier, fils de Xerxès

Artaxerxès Ier monte sur le trône après avoir fait assassiner son père et ses deux frères par un capitaine des gardes, dont il se débarrasse aussitôt. Suite aux soulèvements en Egypte, Périclès envoie la flotte athénienne pour les soutenir en 460. Artaxerxès riposte en expédiant de l'or en Grèce, où une coalition se forme contre Athènes et dont l'armada est détruite sur les bords du Nil. La fière cité de Pallas tente un dernier effort contre la Perse, mais après la mort de Cimon, en 449, elle accepte un compromis avec les Perses en signant la paix de Callias. Artaxerxès renonce au littoral occidental de l'Asie Mineure et des îles, tandis qu'Athènes s'engage à ne plus aider les rebelles d'Egypte. Mais les guerres médiques ne sont pas terminées pour autant. La guerre du Péloponnèse (431-404), qui coupe en deux le monde hellénique, va permettre aux satrapes d'Anatolie de reprendre du terrain en occupant les cités d'Asie révoltées contre la domination athénienne. A sa mort en 424, Artaxerxès Ier laisse 18 fils. Il est remplacé successivement par Xerxès II (45 jours) et par Sogdianos (6 mois) qui empoisonne le précédent et est tué par Darius II.

423-406 av. J.-C. – Règne de Darius II

Il s'assure définitivement le trône en se débarrassant de ses frères, laisse gouverner sa soeur et épouse la féroce Parysatis. Athènes commençant à perdre sa suprématie maritime, Darius exploite la situation en finançant la flotte spartiate qui récupère quantité de villes helléniques d'Asie. Finalement, le commandement en Asie Mineure est confié au fils cadet du roi, Cyrus le Jeune, artisan de la victoire définitive de Sparte en 405. Mais les troubles en Egypte continuent.

405-359 av. J.-C. – Règne d'Artaxerxès II

A la mort de Darius II, son fils aîné Artaxerxès II Mnémon, faible de caractère, épargne la vie de son frère Cyrus qui conspire contre lui. Celui-ci, pour essayer à nouveau de s'emparer du trône, organise un corps expéditionnaire grec, les Dix Mille, mais perd la vie à la bataille de Counaxa, près de Babylone, en 401. Artaxerxès II cherche alors à récupérer les provinces perdues : l'Egypte révoltée depuis 405 et Chypre dominée par Euagoras de Salamine passé à la rébellion en 390. Le Chypriote finira par capituler, mais une série d'échecs aux portes de l'Egypte, qui échappe à la domination perse en 399, provoque le soulèvement général des satrapes d'Asie Mineure de 360 à 350. La monarchie n'est sauvée que par la division de ses adversaires. Artaxerxès II, qui continue les travaux de construction de nouveaux palais à Persépolis, aura 115 fils de ses 360 concubines. Quelques-uns tenteront d'abréger son règne. Le fils aîné tué, un autre fait supprimer deux de ses frères avant de succéder à son père sous le nom d'Artaxerxès III.

359-338 av. J.-C. – Règne d'Artaxerxès

Il reconquiert l'Egypte en 343, mais inquiet de l'ascension de la Macédoine, il soutient secrètement les adversaires du roi Philippe II de Macédoine, et ne se démasque que lors du siège de Périnthe sur le détroit, sauvée par les Perses en 340. Mais l'impérieux monarque meurt empoisonné par l'eunuque Bagoas.

338-336 av. J.-C. – Règne d'Artaxerxès IV

Préparatifs des Macédoniens contre les Perses dès 338. L'eunuque Bagoas fait boire également la coupe fatale à Artaxerxès IV, deux ans après son accession au trône. L'eunuque faiseur de rois choisit alors l'arrière-petit-fils de Darius II.

336-330 av. J.-C. – Règne de Darius III Codoman

Darius III se débarrasse de son encombrant protecteur Bagoas en lui faisant boire le breuvage qui celui-ci lui destinait. Quant à Philippe II de Macédoine, il envoie une armée pour libérer les cités grecques de l'Asie Mineure, mais sa progression est arrêtée par son assassinat en 336.

Son héritier, Alexandre, reprend le projet et annonce une grande expédition pour venger les Grecs des injures faites par Xerxès aux temples grecs d'Athènes. Darius III est battu sur le Granique à Gaugamèles en Cilicie et en Assyrie en 331, pour finalement être assassiné par ses propres satrapes en 330. C'est la fin de la monarchie universelle des Achéménides dont héritera Alexandre le Grand.

330-247 av. J.-C. – Règne d'Alexandre le Grand et Dynastie des Séleucides

Après s'être lentement effrité au fil des siècles, l'immense empire des Achéménides s'effondrera, finalement, sous les assauts du Macédonien Alexandre le Grand en 331 avant J.-C. Sous Alexandre, la Perse connaîtra une importante influence grecque, encouragée par des politiques d'intégration et de rapprochements culturels. A la mort d'Alexandre, son empire est divisé en trois royaumes : l'Egypte, l'Europe et la partie orientale de l'empire. Cette dernière, qui comprend l'actuel Iran, sera confiée à Seleucus Ier. Son descendant, Antiochius III, tente tant bien que mal de contenir cet immense territoire, dont les nombreuses ethnies réclament leur indépendance. Mais sous les assauts des Parthes, qui restaurent leur indépendance dans l'est de la Perse en -247, l'Empire séleucide devient lentement la propriété des Parthes.

Conquête foudroyante de l’Empire perse et de l’Inde

Au printemps 334, débarquement d'Alexandre qui passe l'Hellespont avec 35 000 hommes contre les 120 000 soldats et mercenaires de l'armée perse. Les chefs perses sont divisés. Darius III préfère livrer à Alexandre une bataille rangée qui a lieu sur le Granique (en face de l'actuelle Istanbul). Alexandre remporte sa première bataille en Asie. A Gordion, il tranche le noeud gordien, geste qui lui promet la possession du monde...

Un an lui suffit pour libérer les villes grecques (sur la côte asiatique). A l'automne 333, à Issos près d'Alep en Syrie, Alexandre affronte une nouvelle fois le grand roi. La fuite de Darius lui donne la victoire. Au lieu de le poursuivre, Alexandre occupe la côte syrienne pour neutraliser la flotte perse. Il s'empare de Tyr, puis de Gaza et marche sur l'Egypte où il est accueilli comme un libérateur en 331. Le 20 janvier, il fonde sa première colonie grecque, Alexandrie. En été, il franchit l'Euphrate, puis le Tigre. Darius, à Babylone, a constitué une armée puissante, dotée de chars équipés de faux et pourvue d'éléphants. Alexandre force la victoire à Gaugamèles (331), près de Babylone-Bagdad. Darius s'enfuit à nouveau. Alexandre entre à Babylone et prend le titre de roi d'Asie. En 330, il occupe Suse, pour ensuite entrer à Persépolis, qu'il fait incendier pour se venger du sac d'Athènes par Xerxès, avant de prendre Pasargades, où il fait restaurer le tombeau de Cyrus. Au printemps, il marche sur Ecbatane où s'est enfermé Darius. Le grand roi s'enfuit et Alexandre occupe, sans coup férir, la dernière capitale du royaume perse. L'existence de deux satrapes entreprenants, Bessus et Narbazane, menace Alexandre. Il se lance à leur poursuite à travers les montagnes iraniennes. Les satrapes fuient après avoir assassiné Darius III en juillet 330. Alexandre, qui se considère comme son héritier légitime, lui fait rendre les honneurs royaux. Pendant 3 ans, dans une Perse hostile et farouchement attachée à son indépendance, Alexandre livrera ses plus âpres combats. Après l'Hyrcanie (Turkménistan), il gagne, au printemps 329, la Bactriane (au nord de l'Afghanistan), où il s'empare de la Sogdiane (Ouzbékistan), et le pays de Cyrus qu'il venge en faisant massacrer la population. Il arrive à Marcanda (Samarkand) où il décide de la fondation d'Alexandrie Eskhate (Extrême) sur le Sur-Daria, pour garder la frontière et faire respecter ses conquêtes par les Barbares. Alexandre peut alors inaugurer sa politique de fusion. Il épouse la fille du roi Oxyarte, la belle Roxane, selon le rite perse et incorpore des Orientaux dans son armée. Une nouvelle époque commence. Alexandre, qui adopte le costume d'apparat des rois perses, renvoie chez elles les troupes grecques de la Ligue.

327-325 : Alexandre en Inde

Il prend la tête d'une armée de 60 000 hommes, accompagnés par autant de femmes et d'enfants. Au cours de l'été 326, une terrible bataille l'oppose au puissant roi Porus et à ses éléphants. La victoire lui livre tout le Pendjab. Il entend parler du Gange pour la première fois. Mais les soldats, terrassés par les pluies et la dureté des combats, s'opposent à de nouvelles conquêtes. Alexandre doit s'incliner. Il fait dresser 12 autels autour d'une colonne portant l'inscription : " Ici s'est arrêté Alexandre ". L'armée reviendra par terre et par mer. Une flotte de 800 bâtiments rentre en longeant la côte. De son côté, il traverse le désert de Gédrosie avec le reste de l'armée, marchant de nuit pour fuir la chaleur torride et la pénurie d'eau. En décembre 325, il atteint Kerman, avant de faire la jonction avec sa flotte à proximité d'Hormuz. A Suse, en février 324, Alexandre édicte des mesures politiques capitales : " Fusion des peuples macédoniens et perses par des mariages massifs, pour fonder l'unité du royaume sur une égalité naturelle ". Dix mille soldats et officiers, richement dotés par le roi, épousent des femmes perses. Alexandre s'unit à Statira, fille de Darius. Durant l'hiver 324, à partir d'Ecbatane, Alexandre organise l'exploration de l'Arabie et celle de la Caspienne. De Babylone, où il rentre en février 323, il entreprend de grands travaux, reçoit des ambassadeurs venus de fort loin : de Carthage, d'Italie de Gaule, peut-être de Rome... Mais ce grand destin est arrêté prématurément. Frappé par la malaria, Alexandre est emporté en douze jours. Il meurt le 13 juin 323, à l'âge de 33 ans seulement.

312-247 av. J.-C. – Dynastie des Séleucides (Grecs)

Après la mort prématurée du conquérant Alexandre à Babylone, son espoir de bâtir un empire universel réunissant l'Orient à l'Occident s'évanouit au milieu des disputes de ses généraux, puis de leurs successeurs. La Perse revint à Séleucos, fils de l'un des généraux de Philippe II de Macédoine, qui avait pris part à l'expédition. En 305 av. J.-C., Séleucos Ier se proclame roi, et règne sur la partie asiatique de l'empire d'Alexandre. Avec ces Grecs qui gouvernent la Perse, le coeur du royaume devint une " nouvelle Macédoine ". Suse a tous les aspects d'une cité grecque. C'est dans le domaine religieux que la résistance de l'Orient est la plus nette. Après cette courte période d'hellénisation superficielle, la Perse est promptement rétablie. En 247, après seulement 75 ans, une dynastie nationale, celles des Parthes arsacides, y règne de nouveau.

Les empires hellénistiques en Perse

Les successeurs de Séleucos règnent pendant une période brève avant d'être battus par les Parthes, fondateurs d'une nouvelle dynastie. L'Empire séleucide (312-64 av. J.-C.), qui règne sur la partie asiatique de l'empire d'Alexandre, sera sur la fin réduit à la seule Syrie, annexée à son tour par Pompée en 64 av. J.-C. Antiochos Ier fondera Antioche sur l'Oronte en 300 (il fonde 70 cités, dont 16 Antioche au nom de son père). Si Antiochos III demeure le plus grand des rois séleucides, Antiochos IV (175-164 av. J.-C.) devra compter avec la montée en puissance de Rome. Il se heurte également à la résistance des juifs, dirigés par la famille des Maccabées. En 167 av. J.-C. débute une guerre qui conduira à l'émancipation de la Judée en 104 av. J.-C.

247 av. J.-C.- 224 ap. J.-C. – Empire des Arsacides (Parthes)

Dans la première moitié du IIIe siècle, des tribus iraniennes apparentées aux Scythes font irruption en Perse. Appelées Parthes par les historiens, elles auraient émigré de la région de la mer d'Aral pour s'installer au Khorassan.

Les Parthes fondent, en 247, un nouvel Etat : la dynastie arsacide qui prétend se rattacher aux Achéménides. Conduits par leur roi Arsace Ier, qui donnera son nom à la dynastie, ces nomades vont profiter de l'incapacité des Séleucides à maintenir leur autorité sur les régions orientales pour envahir le territoire séleucide vers 250. Les descendants d'Arsace, pas moins de 29 rois, régneront pendant près de cinq siècles. Mais toute leur histoire est faite de luttes incessantes. Les Romains sont souvent les attaquants. Ils disputent aux Parthes l'Arménie, sorte d'Etat-tampon, gouverné par une branche de la famille des Arsacides.

Le véritable fondateur de l'Empire parthe arsacide sera Mithridate Ier (171-138). C'est avec lui que les Parthes envahissent les régions de l'Ouest, causant le départ précipité d'Antiochos IV.

Vers 159, Mithridate attaque Eucratidès, un lieutenant du dernier grand Séleucide, et lui enlève une partie de ses possessions afghanes. Cette époque mouvementée voit de nombreuses monnaies frappées par les anciens lieutenants d'Alexandre. Mais peu de vestiges nous restent de cette période (principalement exhumés à Taxila, dans l'actuel Pakistan), peut-être parce que les nomades ont ravagé les provinces dont ils ont chassé les habitants. Si l'on se rappelle que c'est pour les empêcher de pénétrer en Chine que le premier empereur chinois, Shi Huangdi (221-210), fit achever la Grande Muraille, on peut mesurer quels périls leurs hordes représentaient pour les contrées civilisées de l'époque. Ainsi, le royaume de Bactriane disparaît vers 90. Les Scythes règnent sur la partie orientale de l'Afghanistan jusque vers 60 de l'ère chrétienne. Devenus sédentaires, ils s'attachent aux traditions gréco-iraniennes qui étaient depuis longtemps celles des populations fixées en Afghanistan.

Le grand souverain des Parthes, Mithridate, s'empare de la Médie, s'avance en Mésopotamie et entre dans la cité royale de Séleucie où il est reconnu comme roi. La Perside (l'actuelle province du Fars) forme, avec la Mésopotamie et Ctésiphon, l'Empire parthe qui s'étend de l'Euphrate à l'Iran oriental et à l'Asie centrale, se dressant face au monde gréco-romain. Pendant les trois siècles et demi qui suivront, les Parthes resteront la force politique majeure du Proche-Orient antique, et les principaux adversaires des Romains. L'affrontement avec les Romains oblige le roi parthe à déplacer sa capitale de Parthie en Babylonie où fut créée Ctésiphon (au sud-est de l'actuelle Bagdad) pour des raisons stratégiques.

Une ambassade chinoise arrive dans la capitale parthe. La route de la soie jouera un rôle de premier plan dans l'activité économique de cet empire aux ressources essentiellement agricoles et commerciales. Dès cette époque, les routes caravanières font de la Perse un pays transitaire des denrées orientales vers la Mésopotamie, la Syrie et l'Empire romain.

Trois faits importants de cette période déclinante pour les Séleucides, qui seront absorbés par Rome : la formation, en basse Mésopotamie, du royaume de Characène par l'Arabe Hyspaosine ; l'entrée de l'Arménie sur la scène internationale, enjeu constant entre Rome et les Parthes ; les incursions des Scythes d'Asie et l'invasion des Huns.

Les premières guerres se soldent pour Rome par de graves échecs, soit que l'infanterie des légions ne peut résister aux assauts de la cavalerie parthe très mobile, soit qu'attirés dans les montagnes de l'Arménie, les Romains ne peuvent supporter les dures conditions climatiques.

Le Romain Crassus, à la tête d'une armée de 42 000 hommes, attaque la Mésopotamie avec Séleucie pour objectif. Victoire parthe contre Rome à Carrhes en 53. L'infanterie romaine est détruite par les 10 000 cavaliers parthes. Crassus trouve la mort parmi 20 000 soldats, et 10 000 autres sont prisonniers et emmenés à Merv. César, qui a bien vu le danger, prépare une grande expédition en Arménie avec Octave, mais il est assassiné avant d'avoir pu mettre à exécution son projet.

Ce projet est repris par Antoine, alors que le roi parthe, Pacore, envahit la Syrie et s'avance en Judée jusqu'à Jérusalem (récupérée par Rome en 37). En 36, Antoine, allié au roi d'Arménie, décide, avec une armée de 100 000 hommes, d'entreprendre le siège de la capitale de la Médie, Atropatène. Mais tous ses engins et son matériel de guerre, demeurés en arrière, sont détruits par les Parthes. Le roi d'Arménie déserte avec une partie des forces alliées. La campagne se transforme en retraite sanglante, à l'image de celle des Dix Mille. Antoine perd 35 000 hommes. Après un séjour en Egypte auprès de Cléopâtre, Antoine aura plus de succès en s'assurant le contrôle de l'Arménie par la ruse. Faisant prisonnier le roi, il le livre à la cruauté de Cléopâtre qui le fait mettre à mort. Cette lutte entre les trois parties en cause se poursuit jusqu'en 20 av. J.-C., jusqu'à la remise aux Romains des étendards et au retour des prisonniers dont les Parthes s'étaient emparés au cours des campagnes de Crassus et d'Antoine. Mais le don fait par Auguste à Phraate IV (40-2 av. J.-C.) d'une esclave nommée Musa se révèle être un cadeau empoisonné. Celle-ci, devenue reine, tue le roi parthe pour permettre à son fils de régner.

Tout au long du IIe siècle, la capitale parthe de Ctésiphon subira des assauts répétés des Romains. Tant que la lutte se situait en Arménie, le danger était moins grand. Ainsi la conquête de l'Arménie par Trajan qui en fait une " provincia romana ", est-elle suivie de la prise de Ctésiphon en 115. Dès lors, le désordre qui s'installe dans le pays profitera aux Perses sassanides d'Ardachir Ier qui tuera de sa propre main le dernier des Artaban - comme on peut le voir encore sur un bas-relief à Naqsh-e Rostam.

En 216 naît Mani, fondateur du manichéisme (216-277). La dynastie des Parthes est renversée en 225 par les Sassanides quand le dernier roi de leur dynastie, Artaban V, est vaincu par Ardachir Ier.

224-642 – Empire des Sassanides (Perse)

Après les Achéménides, le royaume des Sassanides est le deuxième plus grand empire qu'ait connu la Perse dans l'Antiquité. Nés dans les régions centrales de la Perse, où les Parthes avaient moins d'influence, les Sassanides renversent les Parthes et érigent un empire au pouvoir très centralisé, qui règne pendant plus de 400 ans sur l'Asie mineure, la Mésopotamie et une partie du Moyen-Orient. Tout comme les Parthes avant eux, les Sassanides ont dû combattre régulièrement les troupes romaines, à qui ils ont ravi la ville d'Antioche, capitale des provinces asiatiques de Rome, en plus de capturer l'empereur romain Valérien en 258. Cette période, sorte de retour à l'âge d'or des Achéménides, est considérée comme une transition entre la Perse hellénisée imprégnée de culture grecque et la Perse islamisée pénétrée par la culture arabe. L'Empire perse sassanide faisant partie d'un monde nouveau, formait un des quatre grands empires de l'époque avec Byzance, la Chine et l'Inde. La Perse est alors marquée par l'extension du christianisme, en Mésopotamie d'abord, et par l'apparition de nouvelles religions qui voient le jour dans le pays (comme le manichéisme) ou y pénètrent (comme le bouddhisme). Ce foisonnement de religions conduit le zoroastrisme à s'organiser en une religion d'Etat. C'est la fin d'un monde où la cohabitation des croyances était possible... La langue pahlavie (le moyen perse) devient la langue littéraire. L'art de la cour royale glorifie le Roi des Rois qui fit construire palais, temples du feu, forteresses, ponts et barrages. Il nous reste de nombreux vestiges, dont des reliefs rupestres de l'époque sassanide, dans l'actuelle province du Fars.

Ardachir Ier (226-241) n'était à l'origine qu'un prince local en Perside, près de Persépolis, sorte d'attaché au temple d'Anahita qui devait sa couronne au roi parthe. En 224, Ardachir fomente une révolte, puis combat et tue de sa propre main Artaban IV, dans la plaine d'Hormuzdagan. Il fonde la dynastie des Sassanides, du nom de son ancêtre légendaire, Sassan. Ardachir Ier soumet la Babylonie et la capitale de Séleucie-Ctésphon, tout comme, huit siècles plus tôt, Cyrus le Perse avait pris l'Empire mède des mains d'Astyage. L'Etat sassanide, fortement centralisé, résiste à Rome, puis à Byzance.

Shahpur Ier, fils d'Ardachir, règne de 241 à 272. Il s'illustre par plusieurs victoires remportées sur les Romains à qui il arrache d'importants territoires en Syrie. Il triomphe de l'empereur Gordien, oblige Philippe l'Arabe à faire la paix et capture Valérien qui est fait prisonnier à Edesse en 260. Ses victoires sont suivies de la déportation de populations, lesquelles seront à l'origine des premières communautés chrétiennes en Perside (Fars). L'usage du grec demeure sous Shahpur Ier, qui fait graver dans cette langue, à côté du parthe et du pehlvi, le mémorial de ses victoires sur les Romains.

Bahram Ier (273-276) est le second fils de Shahpur Ier et le frère de Hormazd Ier auquel il succède. Le relief du rocher de Shahpur le représente recevant son investiture de la main du dieu Ohrmazd. C'est sous son règne qu'a lieu l'exécution de Mani, depuis longtemps persécuté et accusé d'être un prosélyte de la religion manichéenne. En effet, c'est sur dénonciation du grand mage Kirdir, chef suprême du zoroastrisme érigé en religion d'Etat, que Mani est jeté en prison où il meurt en 277.

Bahram II (276-293) se trouve en guerre avec Rome dès le début de son règne. L'empereur Carus pénètre jusqu'à Ctésiphon, toutefois, sa mort subite en 283 évite une défaite à la Perse. Un traité est signé par lequel Rome obtient la possession de l'Arménie et de la Mésopotamie. Bahram II a laissé des bas-reliefs intéressants à Naqsh-e Rostam, où il est représenté avec sa famille, et au rocher de Shahpur qui illustre une scène de triomphe.

Le long règne de Shahpur II (310-379), fils posthume de Hohrmadz II, est marqué par de nouvelles guerres contre Rome et par l'adoption du zoroastrisme " orthodoxe ", utilisé comme moyen d'unification. Shahpur ouvre les hostilités en 337 en violant la paix qui avait été conclue avec Dioclétien en 297. L'affrontement commence autour des places fortes en Mésopotamie, mais malgré les victoires éclatantes qu'il remporte sur Constantin II, Shahpur n'arrive pas à étendre ses possessions territoriales. La conversion de Constantin II et de l'Empire romain à la foi chrétienne entraîne pour les chrétiens de Perse de nouvelles persécutions. A la suite d'une rébellion des habitants de Suse qui comprenaient alors une majorité de chrétiens nestoriens, Shahpur II détruit la ville. L'alliance qu'il parvient à nouer avec les tribus de l'Asie centrale lui assure une série de succès et, en 363, l'empereur Julien est battu et tué. Shahpur II a été également un mécène généreux et attentif aux arts et aux sciences de son époque. Son nom restera bien plus célèbre par la fondation de l'école de médecine de Djunday-Shahpur, où viendront étudier tous les savants d'Orient, que par ses exploits guerriers.

Bahram IV (388-399), fils de Shahpur III, est surnommé Kerman-Shah (roi du Kerman) en raison de la vice-royauté qu'il a exercée sur cette province. C'est avec lui que Théodore règle la question de l'Arménie ; le pays sera séparé en deux, la partie orientale soumise à la Perse et la partie occidentale à Constantinople.

Le Ve siècle est marqué par le règne très populaire de Bahram V (421-438). Une popularité due sans doute à son désintéressement des affaires dont il laisse le soin aux dignitaires. Ses prouesses guerrières, ses amours, ses exploits à la chasse lui valent d'être immortalisé dans la littérature persane. Son surnom de " Gur ", littéralement " l'Onagre ", lui vient, selon la légende, du fait qu'il aurait transpercé d'un même trait de flèche un onagre et un lion qui avait sauté sur le dos de l'onagre ! A l'incitation du clergé, des persécutions de chrétiens éclatent dans le royaume. Yazdegird II (438-457) obligera par la suite les chrétiens d'Arménie à embrasser la foi zoroastrienne.

Kavadh Ier (488-497) favorise un mouvement revendicatif dirigé par Mazdak (un manichéen hérétique), adepte d'une secte manichéenne prônant un idéal " socialiste " qui réclame l'abolition des inégalités. Il doit en conséquence renoncer à son trône.

Le règne du grand souverain Khosro Ier (531-579) marque le VIe siècle sassanide. Le faste et le luxe de sa cour restent légendaires. De 591 à 628, c'est le règne de Khosro II, " le Victorieux ". Les fastes de sa cour sont restés célèbres. Après avoir dû solliciter l'aide de l'empereur byzantin Maurice pour recouvrer son trône, il épouse une princesse chrétienne, Shirin. Khosro II guerroie jusqu'à Jérusalem, où il s'empare de la sainte Croix qu'il rapporte à Ctésiphon. Sa mort est suivie de règnes éphémères et de troubles, à la faveur desquels les armées arabes, dès 636, déferlent sur la Perse.

622 marque l'an I de l'Hégire. L'année de la fuite du Prophète de La Mecque pour Médine. En 624, le prophète Mahomet a une révélation lui ordonnant de changer l'orientation de la qibla, direction pour prier jusqu'alors la direction de Jérusalem, pour celle de la Kaaba, la Pierre Noire, à La Mecque. Prise de Damas et de Jérusalem par les Arabes musulmans, en 637, qui préservent les lieux saints chrétiens mais font expulser les juifs.

Yazdegird III (632-651) sera le dernier des rois sassanides. Les armées et le trésor de l'empire se trouvent épuisés par de nombreuses guerres. La population ne peut plus supporter les impôts écrasants. Ayant enlevé la Syrie et l'Egypte aux Byzantins et l'Irak aux Sassanides, les armées arabes pénètrent en Perse ; l'écroulement final de l'Empire sassanide se produit en 642. Bibi Shahrbanu, fille légendaire du dernier roi sassanide, devenue l'épouse de Hossein, l'imam martyr, est particulièrement populaire auprès des Iraniens en raison de son ascendance perse.

Islam entre guerres intestines et métissages

Entre 632 et 656, les trois califes successifs recueilleront l'appui de l'ensemble des musulmans. Le dernier d'entre eux, Othman, meurt pourtant assassiné. Ali, gendre de Mahomet, lui succède. Dès lors, l'antagonisme s'accentue entre les Perses, partisans de ce dernier, et les Syriens, fermes soutiens des Omeyyades. Ali ne parviendra pas à résoudre la crise.

Après cinq années de règne, il est à son tour tué, en 661, sur ordre du gouverneur de Syrie, qui s'autoproclame calife. La communauté musulmane éclate alors pour se scinder entre chiites (partisans du calife Ali et de sa descendance), sunnites (partisans des Omeyyades, parents du calife Othman) et kharidjites (" ceux qui se sont séparés ", retirés du conflit).

En 680, Hossein, fils d'Ali, meurt lui aussi sous les coups des Omeyyades, entraînant une vaste révolte chiite conduite par Mokhtar. Le concept messianique du Mahdi (imam caché) émerge à cette occasion. Il donnera naissance à une doctrine politico-religieuse d'une importance considérable pour l'islam iranien.

Avec le transfert du califat de Damas à Bagdad, en 750, le Nord-Est iranien se rallie à l'islam. La fusion des deux cultures sera très tôt scellée par une fusion ethnique et linguistique.

La pensée iranienne apporte à la littérature d'expression arabe, une très riche thématique qu'elle a elle-même empruntée en partie à l'Inde. En art, notamment en architecture, l'influence sassanide sur les Arabes sera considérable.

642 – 903 : les dynasties arabes

Après la défaite de l'armée perse à Nehavand (642) face aux Arabes, l'Iran tombe entre les mains de ces derniers. A l'exception de la région Caspienne et centre-asiatique, le pays est contrôlé par les Arabes. Malgré la résistance de quelques aristocrates et des milieux zoroastriens, l'islamisation sera rapide. L'islam arrive en Perse vers l'an 637, après que les Omeyyades, des Arabes fidèles et descendants du prophète Mahomet, ont annexé l'Asie mineure et le Moyen-Orient à leur empire. Celui-ci s'étendra, à son apogée, des rives de l'Indus jusqu'à la côte atlantique de l'Espagne en passant par tout le nord de l'Afrique. Sous la dynastie des Omeyyades, le pouvoir est très centralisé et exercé par des califes qui instaurent un système de succession héréditaire aux fonctions du pouvoir. Exerçant une politique d'arabisation importante sur la population persane, les Omeyyades y font fleurir la culture arabe, l'écriture et surtout l'islam. En Perse, tous les pouvoirs et les avantages sont conférés à une aristocratie arabe qui exclut systématiquement les non-arabes, et d'avantage encore les non-musulmans. Cette ségrégation établie à travers l'Empire arabe contribuera plus tard à la naissance du chiisme, une branche de l'islam à laquelle les Perses de l'époque se rallieront massivement. En l'an 747, les Perses se révoltent et renversent la dynastie omeyyade.

661-750 – Dynastie des califes arabes omeyyades (Damas)

L'empire des Omeyyades, basé à Damas, s'étend à la plaine de l'Indus à la Transoxiane et à l'Espagne. Miné par des querelles intestines, il finira par tomber sous les coups des Abbassides. Au moment où le calife Othman rassemble l'ensemble des textes dictés par le Prophète à ses compagnons pour constituer la forme définitive du Coran (644), les Arabes parviennent aux frontières de l'Inde. Le calife établit des garnisons militaires sur le territoire perse et y nomme des gouverneurs de provinces qui remplacent les satrapes, en leur donnant l'ordre de maintenir le système administratif des Sassanides. L'islam se propage rapidement, les convertis bénéficiant d'allégements d'impôts. En 680, près de vingt ans après l'assassinat d'Ali, son fils Hossein tombe à son tour sous les coups des soldats omeyyades, et meurt en martyr au combat à Kerbala, en Irak. Aujourd'hui encore, cette date donne lieu à des célébrations tragiques dans l'ensemble du monde chiite. Les Perses soutiennent dès lors, contre les califes omeyyades, les droits des descendants d'Ali et de Hossein, associé pour ce dernier par la tradition perse à l'époux de la fille du dernier roi sassanide. Au milieu du VIIIe siècle, le califat de Damas, essentiellement arabe, est renversé au profit du califat de Bagdad qui, s'appuyant sur des généraux et des ministres perses, remet en usage le cérémonial et les pompes de la monarchie sassanide.

749-1258 – Les califes des Abbassides (Bagdad)

Mort en 653, Abbas est un des oncles de Mahomet. Il donne son nom à la dynastie des Abbassides qui règne du VIIIe au XIIIe siècle (jusqu'au début du Xe siècle en Perse). En 749, miné par des querelles intestines, le dernier Omeyyade est déposé au profit de l'oncle du Prophète, Abu al-Abbâs, fondateur de la dynastie des califes abbassides, qui transfert le califat à Bagdad. De 766 à 809, c'est le règne du calife Harun al-Rachid, qui se débarrasse des Barmakides. Fondation d'Alamut, le château des Assassins, au VIIe siècle. Les gouverneurs provinciaux ne tardent pas à se déclarer indépendants et à fonder leurs propres dynasties. Leurs représentants demeureront de moins en moins sous l'influence du calife de Bagdad ; la Perse n'est alors qu'une province de l'immense Etat califien. De 821 à 873, la petite dynastie des Tahirides se taille un empire. Et de 867 à 903, les Safarides du Sistan, qui dominèrent l'est du pays aux IXe et Xe siècles, paraissent un instant prêts à réunifier la Perse - mais ce sera désormais le temps des Samanides.

892-999 – Les Samanides (Perses)

De descendance purement perse, les Samanides créent à Boukhara, siège de leur pouvoir, une grande bibliothèque. Balkh, Merv et Nishapur s'imposent comme de grands centres culturels islamiques. Dans la première moitié du Xe siècle, Naçr II attire à sa cour le génial Avicenne, le grand médecin Rhazès et plusieurs poètes dont Roudaki. Les Zyarides (928-1077) maintiennent péniblement leur autorité dans la région qui borde la mer Caspienne. On compte parmi eux quelques princes lettrés. Après s'être emparés de Bagdad, les Bouyides (945-1055) règnent en véritables " maîtres du palais " sur la Perse occidentale et font prévaloir le chiisme duodécimain à Bagdad, siège du califat. En prenant Chiraz et d'Ispahan, ils consacrent la réémergence et renaissance de l'identité perse. Aux Xe et XIe siècles, le chiisme paraît être sur le point de dominer le monde musulman.

1038-1500 : les dynasties turco-mongoles

Après l'arrivée des tribus nomades turkmènes seljoukides en Perse, les Turcs et les Mongols se disputeront âprement l'Asie centrale et le Moyen-Orient. Au cours de cette période, la Perse connaîtra le règne des Turcs, mais aussi celui des puissants conquérants mongols de Kubilaï Khan et des descendants de son fils, Gengis Khan, qui dévaste le pays en 1220. Au règne des Mongols succèderont plusieurs décennies de luttes intestines, qui engendreront à leur tour une succession de règnes, dont ceux des Tamerlan, des Timourides et des Ak-Koyunlu.

1038-1194 – Empire des Seldjoukides (Turcs)

La pénétration turque et la constitution du vaste empire des Seldjoukides constituera l'un des âges d'or de la Perse islamique. Contenus en Asie centrale par la dynastie chinoise des Sung, les Turcs émigrent en effet vers le Moyen-Orient par populations entières. La première vague correspond à celle des Seldjoukides. Récemment convertis à l'islam sunnite, ils prennent Bagdad aux Bouyides en 955, exerçant de facto aux côtés des califes le pouvoir temporel en tant que grands sultans. Première grande dynastie turque de l'Orient méditerranéen, les Seldjoukides sont à l'origine du peuplement turc de l'Asie Mineure et ouvriront la voie aux Ottomans. Leur empire s'étend à l'Iran, l'Irak, la Syrie, l'Arménie et l'Asie Mineure. A partir du XIIe siècle, leur pouvoir s'effrite cependant. Seul le sultanat de Rum survivra en Anatolie jusqu'en 1308. Lors de leur règne, les Seldjoukides devront notamment faire face à montée en puissance de mouvements chiites hérétiques comme les Assassins, adeptes de l'ismaélisme, qui, à partir de leurs repaires du nord de la Perse (Alamut) et de Syrie, mènent une campagne de terreur systématique contre les princes musulmans sunnites. En 1092, les Assassins font alliance avec les croisés contre les Seldjoukides, qui ne réussiront jamais à éliminer l'organisation secrète dirigée par Hassan Sabbah entre 1090 à 1124. Seuls les Mongols, au XIIIe siècle, parviendront à en venir à bout après avoir rasé leur forteresse d'Alamut.

Toghrul Beg (1038-1063) est le fondateur des Seldjoukides. Après s'être emparé de Hamadan en 1064, il fait de Rayy sa capitale. Toghrul Beg, comme tous les Seldjoukides, embrasse l'islam sunnite. Il apparaît alors comme le défenseur de l'orthodoxie religieuse face à l'islam chiite des vizirs bouyides qui dominent à Bagdad. Le neveu de Toghrul Beg, Alp Arslan, lui succède. Un de ses premiers actes de sultan est de nommer comme vizir Nizam al-Molk, un Persan sunnite dont le rôle sera capital dans la mise sur pied d'une administration de l'Etat, originale. Dès 1064, Alp Arslan occupe l'Arménie. En 1071, les Byzantins sont écrasés par les Seldjoukides à Mantzikert.Malik Shah (1072-1092), fils d'Alp Arslan, s'empare de la Transoxiane et soumet le Kerman révolté (1079). Les Seldjoukides ont représenté une société essentiellement turque, mais avec Malik Shah tout change. Etant le premier à ne pas porter un nom turc, il est aussi l'artisan d'un début d'intégration des Turcs au monde arabo-persan. Dans ce mouvement, le rôle du tout-puissant vizir Nizam al-Molk est considérable. Son Siyaset Nameh (" Livre de la Politique ") jette les bases de l'administration seldjoukide. Malik Shah et son vizir mettent en place une vigoureuse administration, dont les cadres sont essentiellement Perses et Arabes. L'armée de son côté est dirigée par les Turcs. En Asie mineure, les Seldjoukides utilisent le système administratif créé par leurs cousins de Perse et de Mésopotamie, accentuant le rôle du sultan et de sa famille (les provinces sont gouvernées par les fils et les frères du sultan). Malik Shah et Nizam al-Molk s'emploient à établir l'autorité des grands Seldjoukides sur l'Irak, la Perse et le Turkménistan. Ils s'attachent également à assurer la suprématie de l'orthodoxie sunnite face à l'islam chiite, n'hésitant pas à persécuter ces derniers. Chrétiens et juifs bénéficieront, en revanche, d'un traitement de faveur. En Anatolie, le mystique Al-din Rouli (dont les disciples ont créé par la suite la confrérie des derviches tourneurs) connaît une grande audience au XIIIe siècle.

Le soufisme recrute alors un certain nombre d'adeptes. En Anatolie, la pénétration turque est facilitée par la défaite des Byzantins en 1071. Souleyman, qui a des vues sur l'Orient, se déclare indépendant du sultan seldjoukide. La première croisade, en 1097, triomphe des Turcs et les repousse vers le plateau central, au bénéfice des Byzantins qui réoccupent l'Asie Mineure occidentale. Mais contre la seconde vague de croisés, en 1101, les Seldjoukides et autres Turcs s'allient et interdisent tout passage à travers l'Anatolie. A l'apogée de la Perse seldjoukide, sa suzeraineté s'étend de l'Asie Mineure au Turkestan. Sur le plan culturel, le règne de Malik Shah est une période brillante marquée en particulier par la construction de la mosquée du Vendredi à Ispahan et par l'oeuvre du grand encyclopédiste Omar Khayyâm. Après la mort de Malik Shah (1092), l'Empire seldjoukide est rapidement démembré. Quatre Etats apparaissent : l'Irak, le Khorassan, le Kerman et la Syrie (avec les villes d'Alep et de Damas où les émirs seldjoukides doivent lutter contre l'invasion des croisés). Les Mongols ne tarderont pas à déferler.

1258-1335 – Dynastie des Ilkans (Mongols)

En 1215, les shahs du Kharezm prennent aux Seldjoukides le Khorassan, les régions de Rayy et d'Ispahan, mettant également aux pas les gouverneurs des autres provinces de la Perse. Aux Ghourides, ils enlèvent l'Afghanistan, aux Qara-Khitais, la partie de la Transoxiane qu'ils possédaient. Or, Gengis Khan au même moment parvient à établir en Mongolie la suprématie des aristocrates sur les masses populaires, tout en ralliant à sa cause plusieurs princes musulmans. Il prend et anéantit Boukhara avec l'ensemble de ses habitants. Samarkand tombe à son tour. Les Mongols infléchissant leur offensive vers le Caucase, la Géorgie, la Chine, les pays musulmans sont momentanément épargnés. Le massacre d'une caravane par les Kharezmiens sert de prétexte à l'invasion mongole en Perse.

En 1221 arrivent en Perse les premières armées mongoles de Gengis Khan. De terribles massacres suivent la prise des grandes villes. Le shah persan, traqué, meurt. Les généraux mongols conquièrent le reste de la Perse. L'hiver qui interdit le passage des montagnes sauve Bagdad, mais la Russie du Sud et la Bulgarie sont ravagées. Le petit-fils de Gengis Khan, Hulagu, avance en 1256 vers l'ouest. Il liquide d'abord les positions fortifiées des Assassins, toujours redoutables en dépit de l'amoindrissement de leur puissance politique et religieuse. Puis, après avoir traversé la Perse, il saccage Bagdad et fait exécuter le dernier Abbasside, Al Mustasim, en 1258. Ce faisant, il met fin au califat et fonde dans la foulée la dynastie des Ilkhans. La Perse, après les dévastations de l'invasion mongole, reprend un rôle de premier plan.

A la fin du siècle, le plus remarquable de ces Ilkhans, Ghazan (1295-1304), se convertit au chiisme et ne reconnaît plus la suzeraineté de l'empereur mongol païen. Bienfaisant, réorganisateur de la justice et des finances, il attire les savants à sa cour. Il favorise le commerce et embellit sa capitale Tabriz. Lui-même et son successeur entretiennent des relations diplomatiques avec les souverains d'Occident, notamment Philippe le Bel. L'Ilkhan Uldjeytu (1304-1317) parviendra à faire imposer brièvement le chiisme en Perse. En 1335, c'est la mort du dernier Ilkhan mongol, suivie de désordres. Jouets de leurs gouverneurs et de leurs émirs, la dynastie ilkhanide s'effondre. La première phase de la période mongole s'achève. Les Timourides prendront rapidement le relais.

1370-1506 – Dynastie des Timourides (Turcs)

Un siècle et demi après Gengis Khan, des nomades de Transoxiane envahissent la Perse sous la conduite de Timour Lang, dit Tamerlan ou le " Boiteux ", fils d'un chef de clan turc né à proximité de Samarkand en 1336. Il rêve de reconstituer l'empire de Gengis Khan et s'allie au roi de Balkh pour chasser les Mongols de la Transoxiane (1370). Dans la foulée, il s'empare de la Perse en 1381-1387, vainc la Horde d'Or en 1387-1396 et les Ottomans en 1402. Ses vastes conquêtes le conduisent de la Volga à Damas, et de Smyrne au Gange, semant la mort et le chaos sur son passage. Seuls les Sayyids (ou descendants du Prophète) sont épargnés par ce tyran superstitieux. Mais en dépit de la cruauté de ses campagnes militaires, il ne cessera jamais de promouvoir la culture et les arts. Lettrés, artisans et butins feront beaucoup pour le prestige de Samarkand, sa capitale.

Après la mort de Tamerlan en 1404, son fils cadet, shah Rokh, parvient après d'âpres combats à s'affirmer comme son véritable héritier. L'Orient islamique s'impose alors comme un remarquable ensemble culturel. En 1420, shah Rokh exerce une suzeraineté nominale sur l'Inde et la Chine. Les principaux rivaux des Timourides, les confédérations turkmènes, sont installés à l'ouest. A leur tête les Moutons-Noirs, pro chiites, et les Shaybanides (1500-1598). L'un des descendants de Timour, Baber, repoussé de Ferghana par les Ouzbeks, conquiert l'Afghanistan, puis fonde l'Empire moghol après une victoire remportée sur le sultan de Delhi en 1524.

1501-1722 : dynastie des Safavides (Perses)

La Perse safavide, instauratrice du chiisme comme religion d'Etat, sécurise les frontières de l'Empire menacées par les Ottomans à l'ouest et les Ouzbeks à l'est. Des mausolées princiers grandioses et somptueusement décorés sortent de terre. La tradition perse en matière de faïence s'affirme parallèlement aux décors épigraphiques des ateliers de Samarkand. La dynastie des Safavides issue du cheik Safi al-Din (1242-1334) fonde à Ardebil la confrérie des Safaviya (Safawi). Ses ancêtres étaient de souche iranienne, probablement kurde. La confrérie prospère en jouissant de la faveur de Tamerlan. Un autre des chefs safavides, Haydar, est tué en 1488 en allant combattre les infidèles, des chrétiens du Caucase. Le sang de ces martyrs (chaadi) renforce l'esprit de cohésion de la confrérie.

L'un des fils de Haydar, Ismaïl, à la tête de ses armées bat, en 1501, les Moutons-Blancs, s'ouvrant les portes Tabriz où il prend le titre de shah. Descendant du grand mystique Safi al-Din, Ismaïl Ier fait à son tour proclamer le chiisme doudécimain, opposé tant au chiisme extrémiste qu'au sunnisme. Théocratie, l'Etat fondé par Ismaïl Ier s'appuie sur les 12 imams, affirmant définitivement l'originalité de la Perse. Durant dix ans, Ismaïl Ier va s'employer à conquérir la Perse et l'Irak, et à imposer la nouvelle confession. La réaction des pouvoirs sunnites ottomans à l'Ouest et ouzbeks à l'Est, fixe bientôt la Perse chiite dans ses frontières actuelles. La dynastie safavide redonne son indépendance à la Perse, mais le choix chiite l'isole dans le monde islamique. Ismaïl Ier prolonge la politique d'alliance menée par les Moutons-Blancs avec Venise, de manière à prendre les Ottomans à revers. Il se rapproche, dans le même but, des Portugais établis dans le golfe Persique.

Shah Abbas Ier (1588-1629), dit Abbas le Grand, transfert la capitale à Ispahan. C'est l'apogée de la dynastie safavide et de la civilisation persane. Les travaux de transformation de la ville s'accompagnent de l'apparition de merveilleuses mosquées, comme la Grande Mosquée du roi. L'art safavide constitue l'art persan par excellence, aboutissement des principales tendances des arts mongol et timouride. Continuateurs de la politique étrangère des Moutons-Blancs, les Safavides reçoivent, non seulement d'Europe mais aussi d'Orient, des ambassades de plus en plus nombreuses. Inaugurées sous Abbas le Grand, les relations franco-persanes conduisent à l'établissement de missions (capucins, carmes, jésuites). Contemporaine de Louis XIV en France, la brillante cour de shah Abbas le Grand entretient des échanges culturels considérables avec l'Europe. Les lettres de voyage publiées par Chardin, et d'autres Européens visitant la Perse, connaissent un franc succès en France.

Néanmoins, en dépit des succès militaires et des réalisations prestigieuses manifestes sous le règne de shah Abbas le Grand, les signes du déclin ne tardent pas à se manifester. Le confinement des princes dans le harem n'est pas pour rien dans cet affaiblissement. Shah Safi (1629-1642), alcoolique et cruel, fait périr, outre des gens de sa famille, des chefs civils et militaires de valeur. Il laisse les populations accablées d'impôts et les provinces militairement affaiblies. Shah Abbas II (1642-1666) entreprend trop tardivement la réorganisation de l'armée. Sulayman (1666-1694), inaugure une période de persécutions contre les chrétiens et les juifs. Sous shah Sultan Husayn (1694-1722), dernier souverain safavide, ces persécutions s'étendent aux zoroastriens, aux sunnites et aux soufis extrémistes. La révolte afghane renverse le dernier des Safavides en 1722 (un pouvoir safavide nominal subsistera cependant jusqu'en 1786). La bataille de Golnabad ouvre Ispahan aux troupes de Mahmoud. Après un terrible siège de six mois, le shah remet la couronne à Mahmoud (1722-1725). Le pays sombre ensuite dans un terrible chaos, dont profitent Russes et Ottomans, les Afghans ne contrôlant qu'Ispahan et le sud du pays.

Un XVIIIe siècle turbulent

Nadir Shah Afshar, un Turkmène du Khorassan, bien que sunnite, est proclamé roi en 1736. Il chasse les envahisseurs afghans et reprend aux Russes et aux Turcs les provinces perdues. Rétablissant la puissance de l'Empire perse, il envahit l'Inde moghole (sac de Delhi en 1739). Après son assassinat en 1747, le pays sombre de nouveau dans le chaos. Vient ensuite le temps de la courte dynastie des Zand (1750-1794). Après le régime tourmenté de Nadir Shah, la Perse connaît une période de calme et de modération sous le règne de Karim Khan Zand, fondateur de la dynastie, qui se déclare régent (vakil) au nom du Safavide Ismaïl III. Souverain de fait de la Perse occidentale, il exerce un pouvoir éclairé et transfère la capitale à Shiraz. Il jouit encore d'un très grand prestige dans le pays, où sa mémoire est célébrée dans de nombreux récits populaires. Les relations commerciales avec la Grande-Bretagne et l'Inde, via Bushehr, port du golfe Persique, sont par ailleurs encouragées. La dynastie des Zand prend fin avec avec l'exécution de Lotf Ali Khan Zand, après six années de guerre contre Agha Muhammad Khan Qadjar, qui se fait couronner en 1796.

1794-1925 : dynastie des Qasjars (Turcs)

Les Qadjars, un clan établi à Astarabad (Gorgan), forment la dernière grande dynastie turkmène de l'Empire. Tout au long de leur règne, la Perse, objet de toutes les convoitises, sera le théâtre des rivalités entre la Russie et la Grande-Bretagne. L'emprise de l'autocratie qadjar - qui favorise la pénétration économique et culturelle étrangère - entraîne l'opposition des religieux. Réfugiés dans les lieux saints chiites de l'Irak, les grands dignitaires prêchent la révolte contre le régime. Agha Muhammad Khan Qadjar, le " cruel eunuque " fondateur de la dynastie, après avoir conquis le Nord du pays, réimpose le contrôle persan sur le Khorassan, tenu nominalement par shah Rokh, le petit-fils aveugle de Nadir Shah, et renverse les Zand de Chiraz. Après sa sanglante invasion de la Géorgie en 1795, il se proclame shah à Téhéran, en 1796 avant d'être assassiné lors de sa nouvelle campagne contre la Géorgie en 1797. Sous le règne de son neveu, Fath Ali Shah (1797-1834), la Perse est au centre des conflits d'intérêts entre grandes puissances. A la rivalité franco-anglaise, succède la rivalité anglo-russe, dès l'abandon par Napoléon de ses projets orientaux. Les Anglais entendent protéger la route des Indes. Les Russes souhaitent, quant à eux, atteindre le golfe Persique, en contournant l'Empire ottoman, et mettre la main sur la Géorgie. Le tsar l'emporte finalement sur le Shah raflant les territoires perses du Caucase, les provinces caspiennes, les districts d'Erevan et de Nakhitchevan après la signature des traités de Golestan (1813) et de Torkmantchai (1828). Les Anglais favoriseront l'accession au trône de Muhammad Shah (1834-1848). Sous son règne, les Ismaëliens se soulèvent et le babisme (foi bahaï) émerge. De nouvelles concessions, littéralement bradées aux Russes et aux Anglais, engendrent un grand ressentiment populaire. Après un bon début de règne, des intrigues courtisanes conduisent à la destitution de Nasir al-Din Shah (Naseroddin, 1848-1851, puis à l'assassinat de cet homme intègre et capable, par un disciple du réformateur musulman persan, Djamal al-Din Asadabadi, dit al-Afghani. L'un des principaux artisans de son élimination, Mirza Agha Khan Nuri (1851-1881), lui succède. Sous son vizirat, la répression du babisme se durcit très nettement. La constitution d'un premier cabinet ministériel persan entraîne la prolifération des fonctions administratives et un développement considérable de la vente des offices. Avec les contacts directs entre fonctionnaires persans et commerçants occidentaux, la corruption se généralise. Les extravagances des souverains qadjars - voyages en Europe, dépenses somptuaires pour l'entretien de ses palais - favorisent l'emprise étrangère sur l'économie nationale. Excédés par l'influence et la pénétration extérieure, les bazaris (bourgeoisie marchande), associés au clergé chiite, se soulèvent contre les concessions étrangères. En réaction, les Russes mettent sur pied la première armée professionnelle moderne du pays en 1881.

Sous le règne de Muzaffar al-Din Shah (1896-1907), la population manifeste son désir d'ouverture démocratique. Le processus de réforme institutionnelle s'enclenche irrémédiablement. Cette révolution pacifique impose au pouvoir l'institution d'un régime parlementaire, et aboutit, en 1906 (un an après l'échec de la révolution russe), à l'adoption d'une Constitution. Sous le règne de Muhhamad Ali Shah (1907-1909), la souveraineté persane n'est plus que nominale. La constitution de l'Anglo-Persan Oil Company (future British Petroleum), en 1909, témoigne bien de cette mise sous tutelle économique. Les Britanniques au sud et les Russes au nord contrôlent de facto le territoire. Ces derniers appuient, en 1908, le rétablissement du régime absolutiste à Téhéran. Mais des révoltes éclatent, particulièrement à Ispahan où le chef de l'importante tribu des Bakhtiyaris conduit le mouvement. Dans le même temps, le déficit des caisses du Trésor oblige le Shah à demander un nouveau prêt au tsar. Pour s'assurer que la Perse, constamment proche de la banqueroute, rembourse une telle somme, les autorités de Saint-Pétersbourg exigent, et obtiennent, de prendre en charge les douanes persanes et de se rembourser directement sur les recettes fiscales perçues. Durant la révolution constitutionnelle (1905-1911), l'action des religieux est décisive. Se posant en défenseurs d'un islam authentique et en garants de l'indépendance nationale, ils constituent avec leurs alliés traditionnels (bourgeoisie marchande et petit peuple du bazar) une menace directe pour le shah. Après divers mouvements de révolte, les constitutionnalistes tiennent pendant un an, de 1908 à 1909, les forces royalistes en échec à Tabriz. La marche combinée sur Téhéran d'éléments nationalistes venus de Guilan et d'Ispahan force finalement Muhammad Ali Shah à abdiquer, en 1909, et à se réfugier chez ses protecteurs russes.

Poursuite du contrôle étranger sous le règne d'Ahmad Shah (1909-1925), dernier roi qadjar, qui accède au trône encore enfant. En dépit du rétablissement du régime constitutionnel, le pays reste au coeur des luttes d'influences étrangères. Durant la Première Guerre mondiale, Allemands et Turcs tentent de s'imposer avant d'être chassés par les Britanniques. Des armées turques, russes et anglaises livrent bataille sur le sol de la Perse demeurée pourtant neutre dans ce conflit. Les récentes découvertes pétrolières aiguisent encore les appétits. Après la fin de la guerre, éclatent des rébellions locales et des mouvements séparatistes en liaison avec la Révolution russe.

1925-1979 : dynastie des Pahlavis (Perses)

A la fin de la Première Guerre mondiale, les Anglais tentent toujours d'étendre leur contrôle sur le pays, alors que les troupes soviétiques maintiennent leur influence dans les provinces septentrionales de l'Iran. En 1921, Reza Khan, officier persan originaire de la région Caspienne, prend le pouvoir à Téhéran et obtient quatre ans plus tard la déposition du dernier souverain qadjar. Autoproclamé shah d'Iran, il fonde la dynastie des Pahlavis. Sous le titre de Reza Shah Pahlavi (1925-1941, shah signifiant " souverain "), il entreprendra la modernisation du pays, à l'instar de Mustafa Kemal dans la Turquie voisine. En 1935, la Perse prend officiellement le nom d'Iran. Par une politique volontaire de centralisation et de contrôle effectif du pays (mise en place d'infrastructures modernes, développement des services médicaux et hospitaliers, instruction publique destinée, interdiction du port du tchador), Reza Shah crée les conditions d'un essor exceptionnellement rapide. Téhéran se développe à un rythme inégalé dans le Moyen-Orient. La capitale attire l'aristocratie foncière provinciale et absorbe une grande immigration rurale. Lors de la Seconde Guerre mondiale, l'Iran proclame sa neutralité mais, à la suite du refus du shah d'expulser les ressortissants allemands, les armées britannique et soviétique saisissent l'occasion pour pénétrer dans le pays en août 1941. En septembre, avant d'être déporté à l'île Maurice par les Britanniques, Reza Shah est contraint d'abdiquer en faveur de son fils aîné, Mohammad Reza, le dernier shah d'Iran. En 1953, la population iranienne est aux abois. Les émeutes se multiplient et la contestation contre le régime du shah s'amplifie, à tel point que ce dernier doit quitter le pays pendant trois jours. Le shah était, à cette époque, un excellent client et un allié fidèle des Etats-Unis et de Londres dans la région. Craignant que, son dictateur écarté, l'Iran ne verse dans le communisme soviétique, les Américains et les Britanniques soutiennent secrètement le shah et l'aident à renverser le gouvernement du premier ministre Mossadgeh. Ce dernier est condamné à mort, puis gracié après le retour du shah aux commandes de l'Etat.

1979 à nos jours : République islamique d'Iran

L'Iran devient dès lors une dictature musclée et autoritaire. Profitant des revenus pétroliers substantiels du pays, le shah tente de calmer les Iraniens en lançant un ambitieux programme de développement social et de modernisation du pays que l'on baptisera la " Révolution blanche ". En dépit des efforts du shah, seule une petite partie de la population profite des avantages de la croissance économique et des fruits du progrès, au détriment du reste de la population, écrasée par la dictature. Dans ce contexte de domination de l'État, les discours religieux et révolutionnaires de la haute autorité religieuse du pays, l'ayatollah Khomeiny, gagnent en popularité. En 1963, pris à parti pour la virulence de ses propos à l'endroit de la dictature du shah, l'ayatollah Khomeiny est arrêté et emprisonné par la police du dictateur (la Savak). Les rues de Téhéran s'embrasent dès le lendemain. La population proteste. L'ayatollah sera expulsé vers l'Irak, et trouvera ensuite refuge en France.

Le dernier shah d'Iran (1941-1979)

Dès son accession au trône, Mohammad Reza Pahlavi promet une vaste réforme agraire en faveur des paysans, libère les prisonniers politiques et se ménage le soutien de l'armée. Mais durant la totalité de son règne, jusqu'en 1979, l'influence étrangère restera extrêmement forte.

En 1942, malgré l'opposition de plusieurs députés iraniens, un traité d'alliance est signé entre l'Iran, la Grande-Bretagne et l'Union soviétique. Le nouveau shah reçoit Roosevelt, Churchill et Staline à Téhéran en 1943 et obtient d'eux que soit respectée l'intégrité territoriale de l'Iran.

Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, en 1945, des révoltes éclatent en Azerbaïdjan et au Kurdistan. Les Britanniques se retirent du pays. Les Soviétiques, qui occupent le Nord de l'Iran à la fin de la guerre, cherchent, dans les premiers mois de 1946, à promouvoir, à leur profit, un gouvernement autonome en pays kurde et en Azerbaïdjan. Téhéran reprend néanmoins rapidement le contrôle de la zone. Le Shah se tourne alors vers les Etats-Unis pour contrebalancer l'influence des Soviétiques, dont il redoute une intervention. Les Américains, de plus en plus présents en Iran, participent au développement des forces militaires iraniennes.

Le " monarque à la valise "

Ayant échappé à plusieurs attentats, le shah est convaincu d'être placé sous protection divine et de remplir une mission. Il fait interdire le Parti communiste iranien et accomplit son premier voyage aux Etats-Unis, au cours duquel il sollicite une aide économique et surtout le renforcement des forces armées de l'Iran (aviation, armes blindées).

Après l'assassinat du Premier ministre Ramzara, en 1951, Mossadegh, leader nationaliste, prend le relais et fait voter à l'unanimité la nationalisation de l'industrie pétrolière au grand dam de l'Anglo-Iranian Oil Company. Le Shah est même brièvement contraint à l'exil, en 1953, accusé d'avoir vendu les intérêts du pays aux Anglo-Saxons. Ces derniers, bien décidés à reprendre la main, orchestrent un coup d'Etat et renversent Mossadegh. Le Shah regagne dans la foulée Téhéran.

Despote " éclairé ", il intervient directement dans l'établissement des programmes de développement et les projets de réformes sociales. Mais la situation économique et sociale reste difficile, malgré l'aide financière considérable des Etats-Unis. Le rôle du Parlement est réduit au minimum et le Shah se heurte finalement à ses propres alliés politiques. En 1962, il tente une nouvelle relance avec la " révolution blanche ", un programme ambitieux d'alphabétisation du peuple et d'émancipation de la femme.

Les réformes agraires, limitant les grands domaines à 120 hectares en zone aride et à 30 hectares en zone fertile, s'adressent en particulier à la population rurale, majoritaire dans le pays. Mais les paysans qui reçoivent des terres n'ont pas de matériel pour les cultiver. La chute de la production est telle qu'il faut importer de tout, même du blé.

Cette redistribution des terres et les réformes relatives aux femmes provoquent la colère des grands propriétaires fonciers et des milieux religieux qui, en 1963, organisent des soulèvements en différentes régions du pays. Le Premier ministre est assassiné par les fedayin opposés à la politique gouvernementale. En 1964, l'ayatollah Khomeiny, très critique à l'égard du gouvernement, doit s'exiler en Turquie, puis à Nadjaf, en Irak.

Une longue et sévère répression s'abat parallèlement sur les milieux de gauche, accusés d'un attentat contre le shah. La Savak, police politique, intensifie sa campagne de terreur. A partir de la fin de l'année 1965, une série de procès s'engage contre des intellectuels et des étudiants.

L'empereur du pétrole, Roi des Rois à l'image des Achéménides

S'étant fait de lui-même l'image d'un héros national, le " monarque à la valise " s'autoproclame en 1971 Shahinshah, Roi des Rois, à l'occasion de la célébration du 2 500e anniversaire de l'Empire perse à Persépolis. Le peuple rejette pourtant en bloc la débauche de richesses accompagnant ces festivités. Si la rentrée massive de pétrodollars, à partir de 1973, permet d'entreprendre un vaste programme d'expansion industrielle et une politique de modernisation, les Iraniens restent très critiques à l'égard du régime.

Atteint d'un cancer, le Shah accélère les réformes, mais se heurte à l'opposition frontale des religieux, des conservateurs et des progressistes. Sa très mince base populaire vole en éclats. La répression policière se fait de plus en plus impitoyable. A partir de 1976, la nouvelle augmentation des cours du pétrole au sein de l'Opep, si elle assure une certaine prospérité économique, ne bénéficie généralement qu'à la nouvelle bourgeoisie d'affaires également désireuse de changements.

Les commerçants du grand bazar de Téhéran rejoignent progressivement le camp des religieux contestataires, traditionnellement divisés en deux grands courants, l'un modéré demandant surtout l'application de la Constitution, l'autre radical exigeant l'abdication de la monarchie.

La chute du système monarchique en Iran

En 1977, l'Iran doit faire face à une brusque dégradation de la situation économique. Le coût de la vie connaît une hausse considérable, suite à la mévente du pétrole. Le gouvernement réduit encore les dépenses sociales pour financer les projets de construction et les commandes d'armement. Logiquement, l'opposition pousse son avantage.

Les manifestations se multiplient dans les grandes villes. Pour la première fois, des slogans exigent le retour de l'ayatollah Khomeiny. Ce dernier, installé depuis 1978 en France, à Neauphle-le-Château, organise la contre-offensive.

A la suite d'un article publié en 1978, dans lequel le Shah accuse Khomeiny d'être un agent à la solde des Britanniques, de violentes émeutes éclatent à Qom, prémices de la révolution islamique. Les soulèvements, soutenus par les autorités religieuses, se multiplient dans l'ensemble du pays. A partir d'octobre 1978, des mouvements de grèves paralysent les administrations et le secteur industriel.

Les exportations pétrolières, dont dépend l'économie entière, sont touchées. Le 8 septembre, la manifestation du Vendredi noir, place Maleh à Téhéran, dégénère. L'armée ouvre le feu sur la foule, tuant 200 personnes. En décembre, le shah tente de sauver la situation en nommant Chapour Bakhtiar Premier Ministre.

Mais, le 16 janvier 1979, il est contraint de quitter le pays avec sa famille pour l'Egypte. Son départ est accueilli avec enthousiasme par le peuple iranien.

Dès le 1er février, l'ayatollah Khomeiny est accueilli triomphalement après un exil de 14 ans. L'instauration de la République islamique est proclamée le 1er avril, la monarchie est abolie.

1979 : la Révolution iranienne

En 1978, la répression brutale du régime en place ne suffit plus à contenir la colère des Iraniens, qui manifestent toujours plus nombreux dans les grandes villes du pays. Ils seront jusqu'à 1 million à manifester et à réclamer la tête du shah dans les rues de Téhéran à la fin de 1978. Le règne de Mohammad Rêza Pahlavi vit ses derniers instants. Le shah est condamné à la peine capitale par les autorités religieuses iraniennes, qui portent l'ayatollah Khomeiny à la tête de l'Etat. Le shah devra fuir le pays le 16 janvier 1979, pour sauver sa vie. Il vivra le reste de ses jours en exil en Egypte, aux Etats-Unis, au Maroc et finalement au Mexique. Il meurt au Caire en juillet 1980.

Dix jours après le départ du shah, le 1er février 1979, l'ayatollah Khomeiny effectue un retour triomphal en Iran après 14 ans d'exil. La Révolution islamique déferle sur le pays comme un raz-de-marée. Après quelques jours de résistance, l'armée se range finalement du côté de la révolution. Le 12 février, le Premier ministre Chapour Bakhtiar est destitué. Le 1er avril verra l'instauration de la République islamique d'Iran, approuvée par 98 % des votants, et qui met fin à 2 500 ans de monarchie. Sous le régime théocratique de l'ayatollah Khomeiny, le mode de vie occidental, le capitalisme à l'américaine et tout ce qui incarne le shah est banni, proscrit, renversé. La volonté de l'ayatollah Khomeiny et la loi coranique deviennent la seule façon de vivre en Iran. Le 4 novembre 1979, les comités islamiques imposent l'occupation de l'ambassade des Etats-Unis à Téhéran, où 52 Américains sont retenus en otages pendant 444 jours, jusqu'en janvier 1981. Les relations sont rompues entre les deux pays. Dès lors, les Etats-Unis sont désignés comme le " Grand Satan ", l'ennemi à combattre.

Les élections portent au pouvoir Bani Sadr, islamiste modéré, élu premier président de la République d'Iran en janvier 1980. Tiraillé entre un gouvernement faible et les puissants comités islamiques se réclamant de Khomeiny, l'Iran vacille. Fidèles à la pensée traditionnelle chiite, un grand nombre d'ayatollahs refusent la fusion du politique et du religieux, estimant que seul l'imam caché peut rétablir la justice sur terre. Dans ce contexte, le grand ayatollah Qumi rejette publiquement la Constitution de la République islamique d'Iran, et soutient Bani Sadr dans sa lutte contre les fondamentalistes. Khomeiny et Bani Sadr s'opposent violemment au sujet de l'occupation de l'ambassade des Etats-Unis. Ce dernier, désavoué, est destitué le 21 mars 1981 avant de se réfugier en France. Il sera remplacé par un proche de Khomeiny, Ali Khamenei, élu président en octobre 1981. Le pouvoir théocratique ainsi consolidé, les religieux prennent les commandes de l'Etat. L'ayatollah Khomeiny s'attache à détruire les structures du régime impérial pour mettre en place une république islamique, en s'appuyant sur les chefs religieux chiites et sur les pasdarans (littéralement les " gardiens de la Révolution ", une milice armée). La féroce répression intérieure menée par les pasdarans s'intensifie avec des milliers d'arrestations et d'exécutions, visant successivement les Moudjahidins du peuple (extrême-gauche islamique, écrasée en 1982), le Toudeh (Parti communiste), les séparatistes kurdes et l'opposition modérée.

1980-1988 : la guerre Iran-Irak

A l'automne 1979, la Révolution islamique inquiète plusieurs pays voisins de l'Iran, particulièrement l'Irak, dont la population est majoritairement chiite, le même courant religieux que les Iraniens. Or, l'Irak est, à l'époque, une dictature dirigée par le parti Baas de Saddam Hussein, et ce dernier demande une révision des traités entre les deux pays, traités régissant notamment le contrôle de la région pétrolifère stratégique du Chatt al-Arab et du Khouzistan iranien. Téhéran refuse net. Tirant avantage de l'état d'affaiblissement généralisé de l'armée iranienne, Saddam Hussein lance une offensive majeure contre l'Iran le 22 septembre 1980. Encouragé par le charisme de leur nouveau chef, les Iraniens résistent avec acharnement aux Irakiens. En 1982, l'ayatollah Khomeiny rejette toutes les démarches de paix qu'on lui propose et persiste dans la voie de la guerre. Le grand ayatollah Qumi, auteur d'une fatwa contre Khomeiny, est placé en résidence surveillée à Machhad. Le conflit s'enlise dans une guerre de positions. Plusieurs atrocités, comme l'usage d'armes chimiques, seront commises au cours de cette guerre. La séparation gauche-droite entre mollahs s'officialise à Qom en 1984. Lors des élections législatives, le taux de participation ne dépasse pas les 10 %. Au cours de cette même année, un système de rationnement est mis en place pour les produits de première nécessité. Le Koweït demande en 1987 aux cinq grands des Nations unies d'assurer la protection des navires et autres pétroliers dans le détroit d'Ormuz, et au-delà. Le monde arabe manifeste son unité contre l'Iran, et se prononce résolument pour une intervention américaine. Ronald Reagan menace ouvertement Téhéran en cas d'extension du conflit au golfe Persique.

Epuisé par la guerre et le blocus économique occidental, l'Iran accepte le cessez-le-feu, sous l'égide de l'ONU. On revient aux frontières communes antérieures au conflit. Dès l'armistice, un programme de réhabilitation est mis en oeuvre. Les privatisations de ce premier plan quinquennal auraient dû permettre de reconstruire et développer le tissu industriel, mais la crise financière et le climat politique freinent le processus. Véritable traumatisme national, le conflit aura causé la mort de 1,2 million de personnes et n'aura, en définitive, strictement rien rapporté ni à l'Iran ni à l'Irak. Les mutilés et blessés de guerre se comptent par centaines de milliers.

Khomeiny meurt le 4 juin1989. Ali Khamenei, désigné à vie, lui succède. Peu avant son décès, Khomeiny prononce une fatwa contre Salman Rushdie, écrivain britannique d'origine indienne et auteur des Versets sataniques. A la suite de la disparition de l'ayatollah Khomeiny, certaines prérogatives du Velayat-e faqih seront restreintes. Des amendements constitutionnels renforcent les attributions du président de la République au détriment de celles du " guide suprême ". Un Conseil de discernement, placé au-dessus du conseil de surveillance de la Constitution, est mis en place. Certains membres du clergé estiment que le guide suprême doit être démocratiquement désigné pour un mandat limité, sans pouvoir temporel. Du vivant de Khomeiny, aucun de ces débats n'auraient été imaginable.

L'après-guerre

Ali Akbar Hachemi Rafsandjani, soutenu par le clergé conservateur et les puissants bazaris, est élu président de la République en 1989. En août 1990, l'attaque irakienne contre le Koweït, à l'origine de la guerre du Golfe, offre à l'Iran une victoire diplomatique inattendue. Pour s'assurer de la neutralité iranienne, Bagdad renonce en effet à ses revendications sur le différend de la région du Chatt el-Arab. L'Iran tente de se réinsérer dans son environnement régional. Mais l'Arabie Saoudite, inquiète de l'expansion de la révolution iranienne au monde musulman, alimente des contre-feux et finance la guerre sainte (djihad) avec l'appui inconditionnel des Etats-Unis. La guérilla islamiste menée en Afghanistan, satellite à l'époque de l'URSS, reste à cet égard un cas d'école. Le Conseil des ministres iranien autorise en 1991 la privatisation des sociétés publiques. Le programme des privatisations ne sera pourtant jamais réellement mis en oeuvre. Chapour Bakhtiar, exilé en France, est assassiné la même année. Rafsandjani est réélu à la présidence en 1993. L'ouverture de trois zones franches (Qeshm, Kich et Chahbahar) amorce un début d'ouverture économique. Le débat débute timidement entre religieux. Des tables rondes s'organisent dans les universités. S'appuyant sur la Constitution, 134 intellectuels présentent une pétition pour la liberté d'expression en 1994. A travers le IIe plan quinquennal (1995-2000), l'Etat iranien s'efforce de développer les secteurs clés. Des sociétés pétrolières étrangères sont autorisées à investir sur son territoire. Dans la foulée, les Etats-Unis promulguent la loi dite d'Amato prévoyant des représailles contre les entreprises étrangères qui investiraient plus de 20 millions US$ dans le domaine des hydrocarbures iraniens. Le groupe français Total passe outre et reprend l'exploitation des champs offshore de Sirri.

Les Talibans, religieux afghans sunnites et intégristes proches d'Oussama Ben Laden, s'emparent de Kaboul et évincent le président afghan, Burhanuddin Rabbani, allié de Téhéran. Au cours de la prise de la ville de Mazar-e Sharif, dans le nord de l'Afghanistan, huit diplomates iraniens sont exécutés. En réaction, Téhéran masse des troupes aux frontières de l'Afghanistan, en vue d'un éventuel conflit. L'Iran refuse de reconnaître la légitimité des talibans, privilégiant Rabbani et son ex-ministre de la Défense, Ahmad Shah Massoud.

L'avènement des réformateurs

Mohammad Khatami, ancien ministre de la Culture démissionnaire suite à des divergences avec le " guide suprême ", est élu à la présidence de la République en 1997. Ce réformateur l'emporte très largement avec 69 % des voix. Les femmes et la jeunesse (60 % de la population iranienne a moins de 30 ans) constituent le gros de ses électeurs. De grands espoirs naissent dans le pays et une ouverture politique semble s'amorcer.

L'Iran bat les Etats-Unis lors de la Coupe du monde de football 1998 en France. Des millions d'Iraniens descendent dans la rue manifester leur joie. Parallèlement, Téhéran réclame la levée du gel de ses avoirs financiers (8 milliards de dollars) bloqués dans les banques états-uniennes par Washington depuis la révolution en 1979. Les réformes intérieures stimulent la renaissance du cinéma, de la presse et du débat intellectuel. Opposés à cette évolution, les conservateurs toujours à la tête des secteurs-clés de l'Etat (justice, armée, police) s'emploient cependant à user de tous les recours pour freiner le processus. Un certain nombre de journaux sont fermés et leurs adversaires les plus gênants sont traduits en justice. Le vice-président réformateur, Abdullah Nouri, ancien proche de Khomeiny, est victime de cette chasse aux sorcières. Son procès, diffusé à la télévision, permet néanmoins à ce dernier de se défendre publiquement.

Le président réformateur Khatami se rend en Italie et en France en 1999, premières visites d'un chef d'Etat iranien en Europe depuis la révolution islamique. En juillet, des milliers d'étudiants se soulèvent à Téhéran contre la fermeture du quotidien libéral Salâm. Des dizaines de jeunes sont tués et plus d'un millier d'entre eux sont arrêtés. La révolte se propage à l'ensemble du pays. Le guide suprême, Ali Khamenei, conscient de l'impopularité croissante du régime, opte pour la prudence. Plus d'une centaine de policiers seront traduits devant les tribunaux. En novembre de la même année, une trêve s'amorce dans les relations bilatérales Iran-Afghanistan après que l'Iran eut rouvert ses frontières commerciales avec l'Afghanistan pour permettre des importations de nourriture dans ce pays dévasté par la guerre et la sécheresse. En février 2000, les élections législatives du sixième Majlis (Parlement) confirment la popularité des réformateurs, en dépit des manipulations de dernière minute. Les conservateurs relèveront en effet l'âge légal du vote à 16 ans au lieu de 15, réduisant de 1,5 million le nombre d'électeurs potentiels, généralement acquis aux réformateurs. Des villes traditionnellement conservatrices, comme Machhad et Ispahan, passent aux mains des réformateurs réunis sous le Front du 2 Khordad, date de l'élection, le 23 mai 1997, du président Khatami. Pour les fêtes du Norouz, en mars, Madeleine Albright présente ses excuses à l'Iran pour le coup d'Etat orchestré par les Etats-Unis, en 1953, et lève l'embargo sur une partie des exportations (tapis, pistaches, caviar). C'est le premier geste significatif des Etats-Unis depuis la rupture des relations diplomatiques en 1981.

En mai 2001, l'Iran est candidat à l'adhésion à l'OMC. La nouvelle administration états-unienne dirigée par le président républicain Bush, élu sur la base de résultats contestés, s'y oppose. En août, Khatami remporte à nouveau les élections présidentielles avec 78 % des suffrages. Un nouveau projet de loi destiné à faciliter l'investissement étranger est déposé. Dans la foulée, l'Union européenne et Téhéran se rapprochent après la signature d'un accord de coopération économique, formalisé par la visite officielle hautement symbolique du ministre iranien des Affaires étrangères à Bruxelles, où il s'entretient avec le président Prodi, le haut représentant de l'Union pour la politique extérieure, Javier Solona, et le commissaire européen aux relations extérieures, Chris Patten. L'assassinat, le 9 septembre 2001, du commandant Massoud conduit l'Iran à fermer ses frontières avec l'Afghanistan. Deux jours plus tard, le 11 septembre 2001, les Etats-Unis sont frappés par une série d'attentats sans précédent.

2002 à nos jours : l'amorce d'un nouveau cycle

Le président américain George W. Bush place l'Iran, l'Irak et la Corée du nord sur un " axe du mal ". Des événements contradictoires s'enchaînent au cours de cette période. En octobre 2003, le prix Nobel de la paix est attribué à l'Iranienne Shirin Ebadi, avocate au barreau de Téhéran et militante des droits de l'Homme. Au cours du même mois, la firme Renault décide de réaliser le premier investissement industriel étranger de grande ampleur et le gouvernement iranien accède à toutes exigences de l'AIEA relatives au programme nucléaire iranien, à l'issue d'une visite sans précédent des ministres français, allemand et britannique.

Parallèlement, les conservateurs l'emportent lors des élections municipales de 2003 et des législatives de 2004. Mahmoud Ahmadinejad, ultra conservateur, est ainsi élu maire de Téhéran avec un taux de participation extrêmement faible de 24 %. Les élections présidentielles de 2005 confirment les précédents résultats. Rafsandjani est battu au second tour par Ahmadinejad, soutenu par le guide suprême Ali Kamenei. Shirin Ebadi, elle-même, refuse de prendre part au scrutin, en raison de l'invalidation par le conseil des Gardiens de la plupart des candidats réformateurs. Le 8 août 2005, l'Iran reprend la conversion de l'uranium au sein de son usine d'Ispahan, soixante ans jour pour jour après le bombardement atomique par les Etats-Unis de la ville japonaise de Nagasaki, qui causera la mort de 40 000 personnes.

La volonté de l'Iran, dès 1985, de s'équiper de l'arme nucléaire résulte d'un souci de défense dans un contexte régional tendu (Irak, Israël...). La levée de boucliers des pays occidentaux contre le nucléaire militaire iranien s'est suivie d'une période d'embargo économique de plus en plus drastique contre l'Iran et de très longues négociations qui ont finalement abouti en juillet 2015, après 12 ans de discussions.

Mahmoud Ahmadinejad est réélu en 2009 à la présidence de la République. Sa victoire est cependant vivement contestée par l'opposition et la jeunesse qui brave les interdits pour manifester. Beaucoup sont arrêtés, parmi eux Clotilde Reiss, une Française accusée d'espionnage. Sa détention puis son assignation à résidence pendant plusieurs mois à l'ambassade de France jettent un froid entre l'Iran et la France. Clotilde Reiss a été libérée en mai 2010 en contre-partie, vraisemblablement de la libération d'Ali Vakili Rad, assassin de Chapour Bakhtiar à Paris en 1991, ce qui accrédite à tout le moins le rôle de " source d'information " de Clotilde Reiss. La jeune étudiante Neda Agha-Soltan, tuée par balles lors d'une manifestation post-électorale à Téhéran le 20 juin 2009 est quant à elle devenue le symbole emblématique de la résistance iranienne face à l'oppression du pouvoir.

Depuis 2013 le président de la république est le modéré Hassan Rohani. L'actualité récente est également marquée par la guerre en Syrie et le soutien du gouvernement chiite de Téhéran à Bachar el Assad. Hassan Rohani déclarait en juin 2015 que son pays soutiendrait le régime de Damas jusqu'au bout. Téhéran considère les rebelles en Syrie comme des terroristes soutenus financièrement et logistiquement par les pays sunnites de la zone (au premier rang desquels la Turquie, le Qatar, et l'Arabie Saoudite) et leurs alliés dans la région (Israël et États-Unis).

Le récent accord sur le nucléaire conclu le 14 juillet 2015 après 12 ans d'embargo économique et 21 mois de négociations ouvre une nouvelle ère pour l'Iran. La volonté de développer les relations économiques internationales et notamment le tourisme devraient changer la donne également. Comme un symbole de la reprise et de la normalisation des relations diplomatiques entre la France et l'Iran, Hassan Rohani effectue une visite officielle à Paris fin janvier 2016. C'est la première visite d'un chef de l'Etat iranien en France depuis 1999. Elle est concomitante à la levée d'une partie des sanctions européennes et américaines.

Néanmoins, l'élection de Donald Trump fin 2016 vient poser un voile d'inquiétude sur les accords. Farouche opposant au rapprochement avec l'Iran, le nouveau président américain avait promis de " déchirer l'accord " une fois élu. C'est chose faite en mai 2018. Les entreprises européennes qui étaient revenues en Iran sont également menacées de sanctions et préfèrent toutes se plier à la volonté de Trump en quittant l'Iran. C'est le cas de Total qui venait d'initier son retour, mais également de Peugeot, implanté depuis les années 1990 en Iran, parti en 2012 et revenu dès 2016, et qui y fabriquait depuis 500 000 voitures par an. Le constructeur automobile met la clef sous la porte en juin 2018. Airbus ou Siemens, qui visaient également d'importants marchés en Iran, renoncent. L'Iran, en guise de réponse, annonce sa volonté d'augmenter sa capacité d'enrichissement d'uranium et en informe l'Agence internationale de l'énergie atomique.

Nucléaire iranien : ce que disait l'accord de 2015

Après 21 mois de discussions, et un marathon de 17 jours de négociations en Autriche, entre l'Iran et les grandes puissances du groupe P5+1 (Etats-Unis, Allemagne, France, Grande-Bretagne, Russie et Chine), l'accord sur le nucléaire iranien était enfin conclu en 2015. Un grand moment d'histoire ! Cet accord limitait le nucléaire iranien pendant au moins dix ans en échange de la levée des sanctions économiques et financières. L'Iran avait notamment accepté un accès - limité - à des sites militaires. Le texte stipulait que le programme nucléaire iranien ne pouvait avoir de débouchés militaires. Téhéran avait ainsi accepté de réduire, pendant 10 ans, ses capacités nucléaires. En échange, les sanctions économiques et financières américaines et européennes avaient été levées en janvier 2016 - mais il était prévu qu'elles pourraient être rétablies rapidement si l'Iran violait l'accord. L'embargo sur les armes était maintenu pendant cinq ans, mais Téhéran pourrait importer ou exporter des armes avec l'aval de l'ONU. La télévision iranienne a même diffusé, fait rarissime, un discours du président Obama où celui-ci insistait : " L'Iran n'est plus sur le chemin de la bombe atomique ". Peu après, le président iranien Hassan Rohani a surenchéri clairement à la télévision : " L'Iran ne cherchera jamais à avoir l'arme nucléaire ". Après deux ans et demi de joie et d'espoir du peuple iranien, Trump a soufflé la bougie et l'Iran replonge dans l'incertitude !

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