Guide d'Iran : Religion

Mosquée Agha Bozorg, Kashan.
Mosquée Agha Bozorg, Kashan.
Religions préislamiques

Les tribus indo-européennes, 2000 ans avant notre ère, importèrent leurs cultes en s'implantant sur place. La plupart reconnaissaient le dieu Ahura Mazda (ou Ormazd), à l'origine du mazdéisme. La connaissance actuelle du mazdéisme est basée en grande partie sur la comparaison de textes anciens iraniens et indiens, à l'héritage aryen commun. Les cultes iraniens présentent en effet une parenté étroite avec l'ancienne religion indienne telle qu'elle apparaît dans les Vedas. Ces similitudes apparaissent bien dans les noms, les fonctions des dieux et la division tripartite de la société (prêtres/mollahs, guerriers/pasdarans et agriculteurs/éleveurs).

Glossaire

Ahura Mazda (ou Ormuzd). " Seigneur sage " en avestique, le dieu suprême du mazdéisme est le principe du Bien, auquel s'oppose Ahriman, l'esprit du Mal.

Achoura. Jour de l'assassinat de Hossein, fête religieuse chiite commémorant son martyr (par autoflagellation).

Assassins. Déformation de hachichiyyin (les " enivrés de haschisch "). Ces Ismaéliens formaient une secte musulmane chiite, fondée au XIe siècle et se distinguant des chiites fatimides par la pureté de leur idéal religieux. Ils sont célèbres pour leurs terroristes kamikazes que leur maître spirituel envoyait dans tout l'Empire seldjoukide répandre la terreur et la mort.

Atesgah. Autel du feu zoroastrien.

Avesta. Recueil de textes sacrés de la religion mazdéenne réformée par Zoroastre. Durant les conquêtes d'Alexandre le Grand, l'Avesta fut partiellement traduit par les Grecs. Les textes sacrés furent à nouveau compilés lors de la domination parthe et sous les Sassanides.

Babisme. Doctrine enseignée en Iran au XVIIIe siècle par le Bab, une tentative de réforme de l'islam par le biais d'une inteprétation moins rigoriste et plus ouvert.

Baha'isme. Secte issue du babisme.

Calendrier. L'année lunaire débute le 21 mars, avec le Norouz, les fêtes de la nouvelle année persane. Le calendrier de l'Hégire débute en 622, l'année où le prophète Mahomet fuit La Mecque pour rejoindre Médine.

Calife. Littéralement " successeur ". Titre pris, après la mort de Mahomet, par les successeurs qui furent à la tête de la communauté islamique.

Charia. La loi canonique de l'islam, régissant la vie religieuse, politique, sociale et individuelle. Elaborée au cours des premiers siècles de l'islam, la charia a plusieurs sources : le Coran, la sunna (ou Tradition) et les hadith qui recueillent les propos du Prophète et de ses compagnons. En outre, s'y greffe la jurisprudence, le fiqh, c'est-à-dire le droit élaboré par les docteurs de la Loi pour ajuster les textes sacrés aux différents contextes culturels.

Diw (ou daevas). Mot persan désignant, en général, les esprits du mal et des ténèbres. Ils apparaissent fréquemment dans l'épopée iranienne dans laquelle certains prennent un caractère bénéfique.

Djinn. Selon la conception musulmane, esprit malfaisant formés de feu et de vapeur, imperceptible à nos sens et doué d'intelligence.

Djihad. La guerre sainte au nom d'Allah. Le mot désigne le combat intérieur du fidèle pour atteindre la perfection individuelle, impliquant par extension le combat pour l'islam, une croisade. Le djihad apparaît dans le Coran en trois acceptions principales : dépassement dynamique de l'être, entreprise guerrière stricto sensu et ascension spirituelle.

Duodécimains. Les Iraniens actuels sont dits Chiites duodécimains, car ils croient à une succession de douze imams issus de la lignée de Mahomet, en comptant Ali et ses deux fils, le douzième étant l'imam caché.

Espandre. Graines parfumées qui, en brûlant, chassent les mauvais esprits.

Fatwa. Décret religieux rendu par un dignitaire ecclésiastique, et fondé sur la charia, le droit religieux musulman. L'une des plus célèbres fatwas est celle lancée par l'imam Khomeiny, peu avant sa propre mort, contre l'écrivain Salman Rushdie. En 1998, le gouvernement iranien retira sa caution de l'édit, sans l'abroger. Selon la loi islamique, seule la personne qui a promulgué le décret peut le révoquer... Ce soit-disant " retrait " de la fatwa est donc assez mensonger.

Faqih. Littéralement " savoir ", un docteur en théologie, juriste de la Loi musulmane (voir Veylat-e faqih).

Gathas. Hymnes que Zoroastre composa en l'honneur de son dieu, Ahura Mazda, et faisant partie du livre saint, l'Avesta. Ils évoquent, sur bien des points, les hymnes védiques de l'Inde.

Hadith. Commentaires, paroles ou actes du prophète Mahomet. D'abord rapportés de façon orale, les recueils les plus importants furent constitués au IXe siècle. Les hadith font autorité, après le Coran, en matière de foi islamique.

Hajj. Le pèlerinage à La Mecque que tout musulman doit s'efforcer de faire au moins une fois dans sa vie. Désigne aussi, par extension, les personnes âgées dans le monde arabe.

Hégire. Ere de l'islam qui commence en 622 de l'ère chrétienne, date à laquelle Mahomet s'enfuit de La Mecque et rallie Médine. Du mot arabe hijra qui veut dire " exil, fuite, émigration ", mais désigne aussi la rupture d'une relation, d'un lien brisé. C'est donc en 622 que débute le calendrier islamique lunaire qui compte douze mois pour une année de 355 jours (onze années sur trente sont augmentées d'une journée). Ses dates ne coïncident donc pas avec celles de notre calendrier solaire, dit julien.

Hezbollah. Le " Parti de Dieu ", un groupement de musulmans fondamentalistes de la ligne dure, qui avaient déclenché la vague du militantisme islamique dans le monde moderne. Toujours présents en Iran.

Hodjatoleslam. Littéralement " preuve de l'islam ". Dans l'islam chiite, titre donné aux théologiens docteurs en jurisprudence, hiérarchiquement au-dessous de l'ayatollah.

Imam. Littéralement " celui qui se tient devant ", pour conduire la prière et donner l'exemple aux fidèles. Chef de la communauté religieuse chiite. En persan, on dit emam, et il désigne dans la terminologie chiite les douze descendants du Prophète. Les emams sont ceux qui poursuivent l'oeuvre du Prophète, les seuls qui sont autorisés à interpréter le Coran.

Imamzade (mausolée). Désigne à la fois le descendant d'un imam chiite et, par extension, le tombeau d'un saint personnage, lieu de dévotion auprès duquel se rendent souvent des pèlerins (bien que le culte des morts ait été explicitement condamné par le Prophète).

Islam. Littéralement " soumission ". Religion et civilisation des Musulmans.

Ismaéliens. Membres d'une secte chiite qui n'admet que sept imams, dont le dernier était Ismaïl. Le renommé Hassan Sabbah, le Vieil Homme de la Montagne, était ismaélien. C'est lui qui lançait ses jeunes fanatiques, à partir de sa forteresse, le château des Assassins, répandre la terreur et le sang dans tout le monde musulman au XIe siècle. Plus près de nous, les célèbres Agha Khan sont des descendants de ces Ismaéliens.

Madrasa. Collège de droit pour étudiants en théologie islamique. La madrasa est une institution d'enseignement religieux supérieur, fondée au XIe siècle. Sous contrôle de l'Etat, elles servaient à fixer l'orthodoxie sunnite. La première madrasa chiite a été fondée vers 1050 par le savant Tusi à Nadjaf, en Irak. Parmi les plus célèbres de l'époque, figurent celles fondées par le vizir seldjoukide Nizam al-Molk, notamment à Bagdad, Nishapur et Ispahan. Les iwans des mosquées servaient de salles de cours. Les étudiants logeaient dans des cellules superposées sur les deux niveaux des murs encadrant la cour des mosquées.

Mages. Prêtres officiants du zoroastrisme qui formaient une caste sacerdotale et savante de l'Iran ancien, héritée des Mèdes, avec des privilèges politiques et religieux. Ils entretenaient le feu sacré, préparaient le haoma, une boisson légendaire, et exposaient les morts aux oiseaux de proie. A la conquête arabe, suite à l'introduction de l'islam, ils émigrèrent en Inde.

Mazdéisme. Religion de l'Iran antique, réformée par Zoroastre. Le mazdéisme est une religion dualiste, fondée sur le Bien et le Mal. Le monde est le théâtre d'une lutte opposant le principe du mal (Ahriman) et le principe du bien (Ahura Mazda). Le livre sacré du mazdéisme est l'Avesta.

Mithra. Dieu iranien de nature solaire, que l'on retrouve dans la religion indienne à l'époque védique, 1300 avant notre ère. Son culte se répandit, à l'époque hellénistique, en Asie Mineure, d'où il passa, au Ier siècle av. J.-C. à Rome, où il fut l'un des plus importants cultes à mystères. Le culte de Mithra, dont les éléments essentiels étaient l'initiation comprenant sept degrés et le banquet sacré, présentait certaines similitudes avec le christianisme, dont il était parfois le rival.

Mollah. Docteur de la Loi coranique dans l'islam chiite et membre du clergé présent auprès du fidèle pour toutes les célébrations. Mollah est synonyme d'ouléma chez les sunnites.

Moharram. Le mois de deuil dans le chiisme commémorant le martyre d'Hossein en 680, toujours respecté aujourd'hui.Le neuvième mois lunaire, le Moharram, a une signification particulièrement importante pour les chiites. C'est le mois de deuil qui commémore le martyre de Hossein. Les journées de Tasua (la veille du martyr) et de l'Achoura (le jour même du martyre), respectivement les 9 et 10 Moharram, sont célébrées dans toutes les villes d'Iran par de grandes commémorations accompagnées de processions de fidèles qui se frappent la poitrine ou se flagellent.

Moudjahidin. Celui qui mène le djihad (guerre sainte) pour défendre l'islam au nom d'Allah. Plus politisé, le fedayin est le résistant palestinien menant une action de guérilla. Les Moudjahidins du peuple, appelés mounafeghine ou " hypocrites " en Iran, sont le principal mouvement d'opposition armée au régime iranien, basé en Irak. D'une structure militaire stalinienne, ce mouvement n'a pas de représentation dans la diaspora iranienne. L'organisation, qui a compté jusqu'à 16 000 combattants entraînés, a perdu beaucoup de sa capacité d'initiative et de sa combativité en retirant les combattants du sol iranien et en les envoyant dans des camps en Irak. Les moudjahidins sont devenus une sorte de secte, entièrement dévouée à son chef et sans influence en Iran, leur combat aux côtés des Irakiens ayant achevé de les discréditer.

Muezzin. " Celui qui lance l'appel à la prière ". Fonctionnaire d'une mosquée chargé d'appeler, du haut du minaret, aux prières quotidiennes de l'islam.

Musulman. Littéralement " celui qui se soumet à Dieu ".

Nadjaf. Haut lieu universitaire et site sacré du chiisme. Situé actuellement en Irak, il fut isolé du monde chiite à l'époque du régime baasiste de Saddam Hussein.

Oulema. Docteur de la charia chez les Sunnites, synonyme de mollah chez les Chiites.

Qibla (ou qebla). La direction de La Mecque.

Ramadan. Le mois sacré des Musulmans. Ce neuvième mois du calendrier lunaire islamique est une période de jeûne et de privations (abstention de nourriture, de boisson et de tabac du lever au coucher du soleil). L'incidence sur les voyages est variable : les bureaux sont ouverts moins longtemps, certains sites peuvent être fermés. Les restaurants, en dehors de ceux des grands hôtels, sont également fermés. Cependant, les voyageurs sont exemptés de cette règle, ainsi que les Musulmans qui voyagent ou qui accompagnent les touristes étrangers.

Soufisme. Courant ascétique de l'islam qui privilégie le rapport mystique et affectif avec Dieu. Le terme dérive de l'arabe suf (laine) dont étaient fait les vêtements portés par les soufis.

Sourate. Chapitre du Coran.

Sunnites. Successeurs de Mahomet par élection, et non par hérédité.

Vali. Dirigeant religieux.

Verset. Chacune des divisions numérotées d'une sourate (chapître) du Coran.

Veyalat-e Faqih. Littéralement " magistère du maître religieux ", doctrine qui établit l'autorité d'un " guide suprême " (actuellement l'ayatollah Ali Khamenei, successeur de l'imam Khomeiny) non élu. Son autorité est au-dessus de celle du président de la République, désigné, lui, par les urnes. Dans les années 1960, l'ayatollah Khomeiny a commencé à théoriser le projet d'un régime du théologien. En partant de la spécificité chiite de l'imamat, il crée la notion de velayat-e faqih : toute personne dont l'autorité intellectuelle et spirituelle est reconnue peut diriger la communauté de croyants en l'absence de l'imam caché. Ainsi, Khomeiny, en arrivant au pouvoir, abandonne-t-il son titre honorifique d'ayatollah au profit de celui d'imam. De même, dans la Constitution de la République islamique d'Iran, l'Article 5 stipule qu'en l'absence de l'imam caché, il revient au velayat-e faqih de guider le peuple. Pourtant, le projet de Khomeiny ne fit pas l'unanimité au sein des autorités religieuses, dont la majorité refusa de participer à la vie publique et politique. Khomeiny fut vivement critiqué par les grands ayatollahs de l'époque. Fidèles à la pensée traditionnelle chiite, ils refusèrent la fusion du politique et du religieux, et estimèrent que seul l'imam caché pouvait rétablir la justice sur Terre.

Wahhabisme. Communauté puritaine musulmane fondée en Arabie par Muhammad Ibn Abd al-Wahhâb (1703-1792). Le wahhabisme avait pour but de restaurer la religion islamique dans sa pureté originelle et de rassembler tous les Arabes en un Etat conforme aux préceptes du Coran. Ce mouvement politico-religieux, écrasé par les Ottomans, a été restauré à partir de 1902 dans les régions de l'actuelle Arabie saoudite.

Zam-Zam. La source sacrée de La Mecque. Egalement la marque d'une boisson, un substitut du Coca-Cola ou du Fanta de fabrication locale, commercialisé par la très religieuse Fondation des Déshérités.

Zoroastrisme. Synonyme de néo-mazdéisme, ancienne religion iranienne polythéiste réformée par le prophète Zoroastre qui vécut au VIIe siècle avant notre ère. L'homme, par la pureté de sa vie et de ses pensées, doit contribuer au renforcement de la puissance du Bien pour que diminue celle du Mal. Nietzsche a fait de Zarathoustra le porte-parole de ses idées sur le " surhomme ". La plus importante communauté de Zoroastriens en Iran vit à Yazd, ville-oasis en bordure du désert central.

Le mazdéisme

Du nom d'Ahura Mazda, le " Seigneur sage ", créateur du monde. Religion antique, elle préfigure le zoroastrisme (le prophète Zoroastre la réforme vers le VIIe siècle av. J.-C.). Selon elle, l'Homme, comme la Terre et le Ciel, aurait été créé par Ahura Mazda. Les écrits de l'Avesta, livre sacré du mazdéisme, affirment que les Mèdes et les Perses provenaient des régions qu'Ahura Mazda avait créées pour eux, et dont Ahriman, principe du Mal, les avait chassés ; le triomphe final devant revenir à Ahura Mazda. La dynastie achéménide, fidèle au mazdéisme, ne manquera pas de représenter les cérémonies rituelles. A la vue des superbes bas-reliefs, on notera la présence récurrente du roi debout face à l'autel du feu surplombé par un personnage ailé et un disque lunaire, symboles d'Ahura Mazda. " Ahura Mazda est le cercle entier du ciel, son corps est un corps de lumière. Ahura Mazda est le plus grand des dieux, qui établit cette terre d'ici, qui établit ce ciel là-bas ", répètent à l'envi les textes des rois perses. Le roi était à la fois le commanditaire du sacrifice, réalisé par les mages (prêtres du mazdéisme), et son principal bénéficiaire. Au cours du sacrifice, le mage couvrait sa bouche en croisant les côtés, longs et flottants, de son bonnet, de manière à ne pas souiller le feu du culte par le souffle humain.

Le panthéon du mazdéisme. Les Indo-Iraniens divisaient le monde divin en deux classes rivales : les ahuras et les daevas. Les anciens Iraniens en vinrent à tenir les daevas pour des démons, seul Mazda méritait qu'on l'honorât. Au sommet du monde divin, le dieu suprême Ahura Mazda régnait alors sur plusieurs catégories divines, celles du plus vieux panthéon indo-iranien. Ses compagnons conservaient une place dans le culte en tant que saints immortels, sortes d'archanges, dont la liste reproduit celle des anciennes divinités. A signaler également, Mithra, dieu de la justice, et Anahita déesse des eaux, de la pureté, de la légitimité et instigatrice de la famille royale antique. Les daevas étaient dirigés par Ahriman, l'esprit des ténèbres. A l'instant où Ahura Mazda créa la lumière, Ahriman fit l'ombre, les animaux et les plantes nuisibles. Livré tour à tour à ces deux principes, l'homme, soutenu par les ahuras, harcelé par les daevas, devait vivre selon la loi du dieu. Après la mort, l'âme quittait le corps avant le jugement céleste. Le pont Chinvat, jeté par-dessus l'abîme, autorisait ou non le passage. Jugé coupable, votre âme rejoignait l'abîme, considérée comme pure, vous étiez admis auprès d'Ahura Mazda.

L'Avesta

Pendant très longtemps, l'Avesta, livre saint des Mazdéens, était appris par coeur par les prêtres et transmis oralement. Rédigé en avestique, langue d'Iran oriental proche du sanskrit, l'ouvrage est constitué de plusieurs sections : les Yasht ou hymnes retracent de nombreux mythes païens d'origine pré-zoroastrienne ; le Vispered ; le Vendidad ou la " loi contre les démons " ; le Jeune Avesta ; et les Gathas, prières zoroastriennes ajoutées à l'époque du Prophète. L'un des premiers commandements de l'Avesta est ainsi formulé : " Celui qui fait produire le blé à la terre, celui qui cultive les fruits des champs, celui-là cultive la pureté. Il fait avancer la loi d'Ahura Mazda. " Parmi les mythes évoqués dans les Yasht, des récits d'origine très ancienne appartiennent probablement à l'ère païenne indo-iranienne. Ces Yasht sont étroitement liés aux hymnes indiens antiques (les Vedas), datant de 1700 av. J.-C., période antérieure à la migration des tribus nomades en Iran. Ils retracent les exploits héroïques accomplis par les dieux, les rois et les guerriers contre des ennemis à la fois surnaturels et humains. De nombreux mythes pré-zoroastriens sont repris dans le Livre des Rois de Ferdowsi, Shâh Nâmeh, achevé au XIe siècle. L'Avesta actuel date du XIIIe siècle et ne propose qu'une fraction de l'original. Il sera traduit pour la première fois en 1771 par un Français, Anquetil du Perron, enrichi d'autres traductions, notamment celle de James Darmesteter publiée en 1887.

Zoroastre (ou Zarathoustra)

Réformateur du mazdéisme. C'est probablement vers 600 avant J.-C., avant la fondation de l'Empire perse par Cyrus le Grand (546 av. J.C.), qu'émerge le prophète Zoroastre, mi-savant, mi-prophète. Né dans la région du grand lac sacré d'Orumiyeh, il réformera le mazdéisme. Refusant les pratiques sacrificielles sanglantes, Zoroastre rejette également l'usage de la violence cruelle et désordonnée. Notoirement obscurs, les textes zoroastriens se prêtent à de multiples interprétations. La diffusion de la doctrine de Zoroastre n'élimina pas pour autant le mazdéisme traditionnel. Prônant le libre choix individuel entre bien et mal, le zoroastrisme repose sur un postulat de pureté des éléments naturels.

La diffusion du zoroastrisme

Un syncrétisme s'opère sous les Achéménides. Le culte s'impose comme religion d'Etat de l'Empire perse durant la période sassanide (224-642) sous l'influence du prêtre Kirdir, deuxième personnage sous le règne du roi Bahram II. Kirdir ne se bornera pas à promouvoir le zoroastrisme, il s'attaque également aux religions " hérétiques ", notamment le christianisme, le judaïsme et le manichéisme. Ce dernier, fortement structuré et doté d'un corps de doctrines rédigé par son fondateur, Mani, menaçait en effet la prépondérance des Zoroastriens avec sa prétention à l'universel. Kirdir n'épargna pas non plus les branches du zoroastrisme, tels que les Maguséens (astrologues chaldéens) et les Zervanites. Suite à la conquête arabe en 642, l'ensemble du pays se convertit à l'islam. Persécutés, les Zoroastriens fuient alors dans les montagnes ou émigrent au nord-ouest de l'Inde, où ils constituent toujours une communauté prospère de 100 000 membres, les Parsis. On estime à 200 000 le nombre de Zoroastriens dans le monde, dont 100 000 sont regroupés en Iran. Essentiellement installés dans les provinces de Yazd (communauté la plus importante avec 10 000 individus), de Kerman et d'Ispahan, ils ont maintenu leurs traditions depuis des siècles, en dépit des persécutions consécutives à la conversion du pays à l'islam.

Aisément identifiables, les femmes zoroastriennes portent des foulards à fleurs rouges sur fond blanc et des robes de couleurs vives. Active et évoluée, la minorité zoroastrienne a essaimé à Téhéran et entretient des relations suivies avec son homologue indienne.

Autel du feu. Dans le culte mazdéen et zoroastrien, le feu qui symbolise Atra, le fils d'Ahura Mazda, est un symbole de pureté qu'il convient de ne pas souiller. Ahura Mazda ne devant bénéficier d'aucun sanctuaire ou statue, les mages entretenaient le feu sacré au coeur des autels.

Tour du silence. Les Zoroastriens refuseront longtemps d'enterrer leurs morts par souci de ne pas souiller la terre. Suivant cette même logique, l'incinération sera également prohibée. Durant des siècles, ils exposeront leurs dépouilles au sommet des fameuses tours du silence (dakhme), les vautours se chargeant d'éliminer les corps. Interdite par les autorités, cette pratique prendra fin au cours du XXe siècle. Les enterrements sont désormais autorisés à condition de dédoubler les tombes d'une couche de ciment, destinée à empêcher toute pollution des sols.

Islam

Avec près de 1,3 milliard d'adeptes à travers le monde, l'islam (littéralement " soumission ") est la deuxième religion de l'humanité après le christianisme. Fondée au VIIe siècle dans la péninsule Arabique, elle repose sur les préceptes religieux du Coran, révélé selon la tradition au prophète Mahomet par Allah à partir de 610. L'islam, s'il ne dispose pas de clergé à proprement parler, compte en revanche des guides religieux, interprètes de la loi coranique et gardiens de son application. Deux branches principales à retenir au sein du monde musulman : les Sunnites et les Chiites. Ils partagent la plupart des obligations religieuses, comme la proclamation de l'unicité de Dieu, les prières quotidiennes, l'aumône faite aux déshérités, le jeûne durant le Ramadan et le pèlerinage à la Mecque. A ces principes, les Chiites ajoutent une certaine tolérance quant aux représentations picturales humaines et à l'imamat. Selon eux, les imams, descendants du Prophète, sont les seuls habilités à interpréter le Coran, du fait de leur connaissance des secrets révélés à Ali par le Prophète.
Cinq actes essentiels, les Cinq Piliers de l'islam, supportent la vie religieuse des croyants musulmans :

La profession de la foi (chahada) : " Il n'y a d'autre dieu qu'Allah, et Mahomet est son Prophète ".

La prière rituelle 5 fois par jour (3 fois chez les Chiites).

Le jeûne du Ramadan.

Le pèlerinage à La Mecque (le hajj) au moins une fois dans sa vie.

L'aumône rituelle.

Le sunnisme, courant majoritaire de l'islam, regroupe la majorité des Musulmans (90 %). Il s'appuie sur la sunna (la Tradition) et les hadîth, paroles et actions de Mahomet. La doctrine sunnite met l'accent sur le calife, désigné par élection, qui doit incarner le pouvoir temporel de l'Etat où vit la communauté musulmane. Au fil du temps, la plupart des Musulmans dans le monde ont rejoint la mouvance sunnite, courant orthodoxe de l'islam, à l'exception de l'Iran, où la grande majorité reste chiite. Les Chiites, moins attachés à la lettre de la sunna, centrent leur doctrine sur la position spirituelle de leurs chefs, les imams issus de la même lignée que le Prophète. Les Chiites constituent environ 10 % de la communauté musulmane, regroupée surtout en Iran, mais aussi en Irak, au Liban, dans la péninsule Arabique, en Afghanistan, au Pakistan et en Inde. Les Chiites se réclament d'Ali, le très charismatique cousin et gendre de Mahomet, qu'ils vénèrent comme un saint.

Le schisme entre chiites et sunnites

La scission dans le monde musulman apparaît quelques années après la mort du Prophète, en 632. Ce dernier n'ayant pas laissé d'instructions claires relatives à sa succession, un conflit éclate entre les différentes parties en présence. Abu Bakr, le compagnon le plus proche de Mahomet est finalement élu calife, devenant de facto le nouveau chef de file des Musulmans. Ali, cousin du Prophète, dont beaucoup soutenaient la candidature, est écarté et doit patienter jusqu'en 656 avant d'être élu à son tour, devenant le quatrième calife. Ses disciples seront désignés sous l'appellation de Chiites (littéralement " les partisans d'Ali "). Le règne d'Ali sera néanmoins de courte durée. Il est assassiné à Kufa, en 661, par l'armée du gouverneur de la Syrie, Muawiyah bin Abu Sufyan, un lointain membre de la famille du Prophète. Ce gouverneur s'autoproclame calife et fonde la dynastie des Omeyyades (661-750) à Damas. La division entre les deux factions musulmanes rivales est définitivement consommée. Sunnites et Chiites entrent en guerre. Le fils d'Ali, Hossein, prend la tête de la rébellion avant d'être tué avec les siens, en 680, à Kerbala (sud de l'Irak) par les armées du calife omeyyade. Les Chiites l'élèvent au rang de martyr et célèbrent encore aujourd'hui sa mort le dixième jour (l'Achoura) du neuvième mois (le Moharram).

Chiites imamites duodécimains

Les différentes sectes chiites imamites identifient l'imam avec le Mahdi de tous les musulmans. Pour les Chiites duodécimains, reconnaissant la lignée de douze imams descendants du Prophète, le Mahdi, disparu en 874, représente le douzième imam. Depuis cette date, ils vivent dans l'ère de l'Occultation majeure, en attendant la résurrection de l'imam messianique. Le Mahdi (" bien dirigé ") reste en son absence le seul chef légitime de la communauté, et les gouvernements temporels qui se succèdent ne font qu'agir en son nom. Plusieurs branches du chiisme ne reconnaissent pourtant pas cette succession. Le schisme se produit lors de la succession du sixième imam, mort en 765. Celui-ci désigna son fils Ismaïl comme successeur, qui mourut finalement avant son père. A la mort du père, le choix se porta sur Musa, un fils issu d'une union avec une esclave. Une partie de la communauté refusa cette décision : ce sont les Ismaéliens, ou Chiites septimains, qui ne reconnaissent que sept imams (voir " Assassins "). En résumé, les Chiites duodécimains reconnaissent douze imams ; les Ismaéliens n'en reconnaissant que sept ; les Druzes, quant à eux, sont issus des Chiites fatimides ; les Alaouites voient en Ali l'incarnation de la divinité ; les Zaydites, enfin, revendiquent le pouvoir par les armes. Chez les Chiites duodécimains, la guerre est interdite, à l'exception d'un retour du douzième imam sur Terre. En son absence, aucun peuple musulman ne peut lancer une guerre d'agression ; il est uniquement permis d'entreprendre des guerres défensives pour défendre l'islam : le djihad ou la guerre sainte. Pendant des siècles, la survie du chiisme demeura précaire. Des communautés chiites dispersées s'étaient établies dans quelques centres comme Qom en Iran et Nadjaf en Irak, où les madrasas dispensaient un enseignement conforme aux croyances imamistes.

Au XVIe siècle, sous les Safavides, le chiisme duodécimain est imposé comme religion de l'Etat perse. La majorité de la population se convertit. A partir de 1925, les Pahlavis, dans leur volonté de modernisation du pays, s'opposèrent frontalement au pouvoir religieux. Mais, en 1979, ce dernier l'emporte avec l'instauration de la République islamique. L'ayatollah Khomeiny prend alors le titre d'imam et impose la théocratie conformément au principe du Velayat-e faqih (primauté du religieux sur le politique). Des mollahs se sont cependant opposés à une fusion des pouvoirs temporels et spirituels, estimant qu'en l'absence du douzième imam, aucun pouvoir politique ne saurait être exercé par un religieux.

Martyrs (chaadi) et saints chiites

A l'image des saints et des martyrs chrétiens, la vie des imams chiites emplit la conscience populaire persane. Aujourd'hui encore, le plus célèbre épisode du martyrologue chiite, la tragédie de Kerbala, est commémoré dans les sermons, les représentations théâtrales et les tableaux des peintres naïfs.

Ali. Quatrième calife (imam) de l'islam. Cousin et gendre de Mahomet, dont il avait épousé la fille Fatima. A la mort du prophète Mahomet, une partie de la communauté musulmane, les Chiites, opte pour Ali. Il sera élu calife en 656 et assassiné en 661. Son tombeau à Nadjaf, en Irak, demeure l'un des principaux centres spirituels des Chiites.

Fatima. Fille préférée des sept enfants de Mahomet et de sa première femme Khadija. Née à La Mecque, Fatima épousa Ali, cousin de Mahomet. De leur union naquirent deux fils, Hassan et Hossein. Fatima, objet de vénération de la part des Musulmans, même non chiites, entre dans un vaste système de cosmologie gnostique où l'archétype éclipse la réalité historique. Elle représente la Femme éternelle, l'éternel féminin auquel est suspendu le salut de l'humanité par la vertu du pur amour. Son tombeau à Qom attire un grand nombre de pèlerins.

Hossein. Martyr du chiisme et fils cadet d'Ali. En 680, Hossein décide de venger l'assassinat de son père. Quittant Médine avec toute sa famille et une escorte de 100 fantassins et 40 cavaliers pour rejoindre, à Kufa, les partisans qu'Ali avait laissés dans cette ville, il parvint non sans peine à Kerbala, au coeur de l'Irak, dans une plaine desséchée. Sa caravane, cernée par les troupes de Yazid, calife de Damas, est anéantie. Hossein périt en martyr, conformément aux prédictions du Prophète. Son tombeau est situé en Irak, à Kerbala. Chaque année, la commémoration de sa mort (Achoura) donne lieu à des célébrations tragiques dans l'ensemble du monde chiite.

Reza. Le huitième imam des Chiites, Ali Reza, est également mort en martyr, en 817, dans le petit village de Sanabas, à proximité de Machhad dans le nord-est de l'Iran. Le grand calife Harun al-Rashid, avant sa mort à Tus en 809, divise l'Empire abbasside entre chacun de ses fils. Par calcul politique, l'un de ses fils, al-Mamun, choisit à son tour pour héritier le huitième imam des Chiites, Ali Reza. En 816, ce dernier doit rejoindre al-Mamun dans sa capitale Merv, l'actuelle Mary, au Turkménistan. Lors d'une halte dans le village de Sanabad, l'imam Ali Reza meurt subitement après un repas avant d'être inhumé à Tus aux côtés de son propre père, Harun al-Rashid. Rapidement, la rumeur d'un empoisonnement d'Ali Reza par le calife circule. La tombe de l'infortuné imam, à Machhad, draine nombre de pèlerins chiites après Nadjaf et Kerbala, situés en Irak.

" Imam caché ", ou Mahdi. Les Iraniens contemporains, adeptes de la succession de douze imams issus du prophète Mahomet, sont dits Chiites duodécimains. Le dernier et douzième imam, Mohammed al-Muntazar ou le Mahdi, aurait mystérieusement disparu en 874. Depuis qu'a été décrétée, en 941, sa " Grande Occultation ", l'imam caché est attendu comme le Messie de la fin des temps. Mahomet aurait dit : " Après moi, il y aura des califes, des émirs ; après les émirs, des rois superbes ; c'est alors que viendra le Mahdi, il sortira de ma famille et il remplira le monde de justice ". Cependant, la notion de mahdi reste suspecte auprès de nombreux musulmans. Les Wahhabites d'Arabie saoudite et les Senoussis de Libye refusent de s'y référer, la jugeant contraire à la sunna.

Ismaël. Au VIIIe siècle, le descendant de Hassan refuse de laisser son fils Ismaël prendre le titre d'imam, Ismaël ayant, en violation des lois du Coran, absorbé du vin. Parce qu'il est aimé de son peuple, Ismaël devient un symbole de résistance. On lui attribue des miracles. Héritier de ces califes qu'on assassinait tout au long de ce VIIIe siècle, il est l'objet d'un culte passionné qui, en 772, se mue en véritable adoration. Ses fidèles, poursuivis comme traîtres, sont contraints de quitter Médine et, semblables aux disciples du Christ, prennent les routes du monde pour porter en Syrie, au Maghreb, en Inde, la parole d'Ismaël. L'empire spirituel des Ismaéliens est né.

Hassan Sabbah (Xe siècle-1124). Le " Vieil Homme de la Montagne ", maître de la secte ismaélienne des Assassins. En 1090, Hassan Sabbah s'empare de la forteresse d'Alamut qui deviendra le centre inexpugnable de la secte. A sa mort, il laissa le pouvoir à Buzurg-ummid, qui eut un fils, Muhammad. C'est le fils de Muhammad, Hassan II, qui se proclama non seulement dai (chef de la propagande), mais aussi calife représentant de l' " imam caché " et chef d'une nouvelle lignée d'imams visibles dont descendent les Agha Khan.

Aga Khan III (1877-1957). Fils unique d'Aga Khan II, il succéda à son père à l'âge de 8 ans comme imam des Ismaéliens. Proche des Britanniques par sa famille, le jeune Aga Khan reçoit une éducation teintée d'influence anglaise. Sa mère, appartenant à une grande maison iranienne, lui transmet également la tradition musulmane. En 1906, il s'impose à la tête de la Ligue des musulmans de l'Inde, dont le rôle sera déterminant dans la création de l'Etat pakistanais. Aga Khan rendra également d'importants services aux Alliés lors de la Première Guerre mondiale et oeuvra activement pour la création de la Société des Nations (précurseur de l'O.N.U.). De nombreux reproches lui seront adressés relativement au faste et au luxe dont il s'entoure. Les cérémonies décennales où il se fait remettre l'équivalent de son poids en or (1936), en diamants (1946), en platine (1954), son écurie de chevaux de course célèbre dans le monde entier, etc., ne sont pas étrangers à ces critiques. Il publiera un ouvrage politique intitulé L'Inde en évolution en 1918. Ses Mémoires seront éditées en 1954. De son côté, Ali Khan, son fils, se taille une réputation de richissime séducteur en se mariant à plusieurs reprises, notamment avec la star hollywoodienne Rita Hayworth.

Le Ta'zieh ou la Passion de Hossein

Cet épisode d'une grande force tragique fait l'objet d'un nombre important de tableaux naïfs dans le théâtre iranien. Il décrit le martyre du fils nouveau-né de Hossein, Ali Assgher, auquel l'ange Gabriel, déguisé en derviche, apporta de l'eau et qui, une fois mort, fut gardé par un lion versant des larmes. Il raconte également le martyre d'Abbas, frère de Hossein, qui, allant chercher de l'eau pour étancher la soif de sa famille, eût les mains coupées. L'assassin de Hossein, Shemr, réclame ensuite le califat à Yazid. Le calife de Damas se repend en entendant les paroles de sainte Zeinab. Le récit s'achève par la terrible vengeance de l'émir Mokhtar contre les bourreaux de Hossein, sujet riche en inventions d'une rare cruauté.

" Quand Hossein tomba sur la terre de Kerbala, le sol se mit à tressaillir et une clameur sortit du ciel. Dix hommes de l'armée ennemie descendirent de cheval, dégainèrent leur glaive et avancèrent. Chacun d'eux prétendait devancer les autres pour décapiter Hossein et pour recevoir en récompense un présent et une robe d'honneur. Mais chaque fois que l'un d'eux approchait, Hossein, ouvrant les yeux, le regardait et l'homme reculait, saisi de honte. Enfin, deux maudits vauriens - Sinan Ben Anas et Shemr, fils du cuirassier - allèrent de l'avant. Sinan voulait arriver le premier, mais il fut devancé par Shemr qui s'accroupit sur la poitrine de Hossein. Ouvrant les yeux, celui-ci lui dit : " Qui es-tu ? " Le maudit se nomma. " Ecarte de ton visage ton voile de mailles ", dit Hossein. Dès qu'il eût découvert son visage, Hossein vit que ses dents, identiques à celles du porc, débordaient de sa bouche. " Certes, voici un signe véritable ", dit-il. Puis il lui ordonna de mettre à nu sa poitrine ; ce qu'il fit, et Hossein vit les marques de la lèpre. " C'est bien l'autre signe ; mon aïeul le Prophète a dit vrai ", reprit-il ; et il ajouta : " la nuit dernière, j'ai vu en songe le Prophète d'Allah. Il m'a déclaré que le lendemain, je le rejoindrai et que mon meurtrier aurait l'aspect que tu as, ces signes qu'il m'a montrés se retrouvent sur toi. Allons Shemr, à l'oeuvre ! Sais-tu quel jour on est aujourd'hui ? - Je le sais, c'est vendredi, jour de l'Achoura. - Sais-tu quelle est cette heure ? - Oui, certes ; c'est le moment de psalmodier le prône et de s'acquitter de la prière en assemblée. - A cette heure, les prédicateurs de la communauté fondée par mon aïeul Mahomet psalmodient le prône et c'est ainsi que tu te comportes avec moi ! Shemr ! sur ma poitrine où le Prophète a mis sa face, tu es accroupi ; cette gorge qu'il a baisée, tu vas la frapper de ton glaive. Shemr ! lève-toi ; libère ma poitrine - car voici le temps de faire oraison - pour que je me tourne vers La Mecque et que je prie sans même avoir accompli l'ablution rituelle. Ce que j'ai hérité de mon père Ali, c'est de recevoir comme lui le coup mortel au cours d'une oraison. Donc, pendant que je prierai, agis à ton gré ! " Shemr, s'étant levé, dégagea la poitrine de l'imam, qui eut encore la force de se tourner vers La Mecque et de se mettre en prière. Shemr, n'ayant pas la patience d'attendre que la prière fût terminée, lui fit boire le breuvage du martyre assistée de Dieu. " Certes, nous appartenons à Dieu, et nous retournerons à Lui ". Au même instant, un tumulte éclata dans les saints lieux de l'univers invisible. Les pauvres pécheurs poussèrent un gémissement vers le monde de la Toute-Puissance. Le Soleil qui éclaire le monde perdit sa splendeur, et la Lune, parure de l'Univers, tomba dans le puits de l'obscurité totale. Les anges répandirent leur plainte dans les espaces aériens. Des alentours de Kerbala, les djinns éclatèrent en pleurs. La robe du ciel fut tout ensanglantée. Les mers firent monter jusqu'au zénith les flots de leur tristesse. Les monts exprimèrent leur affliction par des accents douloureux en des sons déchirants. "

Le Jardin des martyrs (La Passion de Hossein)

Congrégations religieuses

Soufisme. Le terme de soufisme, dérivé de l'arabe suf (la laine dont se vêtaient la plupart des adeptes), regroupe l'ensemble des courants mystiques de l'islam. Il apparaît vers les VIIIe et IXe siècles pour désigner les membres d'une confrérie chiite de Kufa. Divers, le soufisme correspond grosso modo à la division apparue entre sunnisme et chiisme opposés sur le rôle et la place donnés à Ali, gendre du prophète Mahomet. La tendance au mysticisme se manifeste dès les premiers temps de l'islam. Dans leur quête de Dieu, les soufis choisissent leur propre voie et appellent à renoncer aux biens terrestres. D'une expérience originale et personnelle, la pratique mystique s'est peu à peu muée en méthode enseignée par un guide spirituel (pir, murshid) à des disciples (murid) au sein d'une confrérie (tariga). Le derviche (darwish), quant à lui, se distingue des autres soufis par sa tenue, son refus de se mêler à la société et le recours à la mendicité. Témoignage éclatant de l'islam spirituel, ce courant s'oppose à toute interprétation littérale du religieux et prône l'ascèse de l'esprit, à l'instar de l'assomption extatique vécue par le Prophète. Dans la plupart des cas, la méditation se réduit à la technique de la litanie (dhikr) par laquelle l'orant " se souvient " de Dieu, en répétant sans fin son nom. Dans les confréries, ces oraisons s'accompagnent souvent d'inspirations et d'expirations, de concentration mentale, de gestes rythmés, de danses, de musiques lancinantes, et même d'exploits parapsychiques (transe, télépathie, marche sur le feu, bilocation, lévitation). Ces techniques ont provoqué, au Xe siècle, une violente réaction orthodoxe des plus conservateurs qui y voyaient une déviation conduisant à l'interprétation personnelle du Verbe de Dieu.

Derviche tourneur (ou mawlawiya). Du persan darwich qui veut dire " mendiant ". Un poète mystique de langue persane, originaire de Balkh, Mawlana Djalal Rumi (1207-1273) était le plus célèbre de ces maîtres invisibles. Il fonda à Konya, dans l'actuelle Turquie, l'ordre des Mawlawiyas, connus en Occident sous le nom de derviches tourneurs en raison de leur danse caractéristique. Il existait à l'époque de très nombreux monastères derviches, ou takya, en Turquie mais aussi en Syrie, en Egypte et dans l'ensemble de l'Empire ottoman, même jusqu'à Vienne. La célèbre danse tournoyante constitue un véritable office liturgique dont tous les gestes ont un sens symbolique. Les derviches sont vêtus de blanc (symbole du linceul) et enveloppés d'un manteau noir représentant la tombe (la pesanteur terrestre). Ils s'en libèrent comme pour une nouvelle naissance. Leur haute toque est l'image de la pierre tombale. Les trois tours initiaux symbolisent les trois étapes rapprochant de Dieu : voie de la science (sharia), celle qui mène à la vision (tariqa), et le chemin qui conduit à l'union (haqiqa). Les derviches dansent en étendant leurs bras comme des ailes, la main droite tournée vers le ciel pour y recueillir la grâce, la gauche vers la terre pour l'y répandre. En dansant autour d'eux-mêmes, ils tournent autour de la salle : ce tour représente le cercle de l'existence en symbolisant la loi de l'univers, les planètes gravitant autour du Soleil et tournant autour d'elles-mêmes. Les tambours symbolisent les trompettes du Jugement. Le cercle des danseurs est divisé par le milieu en deux demi-cercles. L'un représente l'arc de descente des âmes dans la matière, et l'autre, l'arc de remontée des âmes vers Dieu. La flûte de roseau est le symbole de l'âme exilée de sa patrie céleste. Le chanteur psalmodie alors le Coran : c'est la parole de Dieu qui arrive en réponse aux derviches. Le symbolisme mystique des derviches représente les âmes tournant autour de la Réalité suprême sans pouvoir l'atteindre. La confrérie n'a jamais perdu les caractéristiques que lui avait imprimées son fondateur : esprit de large tolérance, ne faisant aucune différence entre les religions, amour de la science et de la beauté sous toutes ses formes. La littérature, la musique, la danse, la poésie et les traditions artistiques (calligraphie notamment) des derviches tourneurs exercèrent leur influence sur la culture, non seulement de l'Anatolie, mais de l'ensemble de l'Empire ottoman. En 1925, par ordre d'Atatürk, toutes les confréries derviches ont été supprimées en Turquie, et la takya de Konya a été transformée en musée. Il existe encore des centres derviches en Egypte, à Chypre, en Libye, au Liban et en ex-Yougoslavie.

Ismaéliens. Fondé au VIIIe siècle à Kufa (Irak), l'ismaélisme n'est pas considéré comme une secte, mais comme un mouvement au sein du chiisme. Pour les Ismaéliens, le 7e imam Ismaïl doit reparaître un jour comme le Mahdi, ou Messie, et fera régner la justice en punissant les oppresseurs des descendants d'Ali. A l'instar des autres musulmans chiites, les Ismaéliens sont en effet partisans d'Ali et de ses descendants. Aujourd'hui, les Ismaéliens, appartenant à la branche chiite de l'islam, sont environ 15 millions dans le monde. Ils vivent dans plus de 25 pays différents, dont l'Iran, la Syrie, l'Inde, le Pakistan, l'Afghanistan, plusieurs pays d'Afrique de l'Est, le Royaume-Uni, l'Amérique du Nord, et certaines régions de la Chine, le Xinjiang notamment. Le pouvoir qu'exerce leur imam actuel - le prince Karim Agha Khan, 49e de la lignée - sur ses fidèles est total, aussi bien sur le plan civil que spirituel. Ils lui doivent une obéissance absolue et leurs dons réguliers entretiennent les nombreuses oeuvres de bienfaisance de l'imam, directeur de sociétés et mécène (universités, hôpitaux, prix d'architecture, etc.). (Voir Agha Khan et Assassins.)

Babisme. Branche différente du chiisme et tentative de réforme de l'islam dans un sens moins rigoriste et plus ouvert. Elle est fondée au XIXe siècle à Shiraz par Ali Mohammad Chirazi, reconnu par ses disciples comme étant le Bab - " Porte vers la Vérité " - et l'initiateur d'un nouveau cycle prophétique débutant le 23 mai 1844, mille ans après l'occultation du douzième imam. Parmi les nombreux écrits du Bab, qui se considérait comme l'imam caché, le Bayan, littéralement " l'Annonce ", un texte bref en arabe, plus long en persan, qui constitue le livre sacré du mouvement. Ce texte abroge diverses dispositions de la loi coranique, établit une nouvelle qibla ou direction de la prière vers la demeure du Bab au lieu de La Mecque, insiste sur l'attente du Mahdi et sur la valeur symbolique des nombres, notamment le 19. L'enseignement baha'i est essentiellement moral et social. L'accent est mis sur la lutte contre les préjugés de tout genre, sur la réduction des inégalités sociales (les babis prônent l'abolition de la polygamie), l'unité du genre humain, l'égalité universelle, l'unité de toutes les religions, la réalisation de la paix mondiale... Il n'existe ni culte public ni sacrements ou rites particuliers, les seules obligations religieuses se réduisant à des réunions communautaires, un jeûne de type islamique, l'abstention de toute boisson alcoolique, ainsi que des prières et des ablutions. La dynastie qadjar réprimera très durement le mouvement. Emprisonné en 1847, le Bab sera jugé par une commission de religieux chiites et exécuté à Tabriz le 9 juillet 1850. Après bien des vicissitudes, sa dépouille mortelle fut ensevelie dans un mausolée sur le mont Carmel. En 1852, après l'attentat babi qui faillit être fatal au jeune Naseroddin Shah, une répression féroce s'abat sur les adeptes du babisme. Des dissensions à l'intérieur de la communauté voient alors le jour, entraînant sa scission en deux groupes distincts : les Azalis et les Baha'is. Les Azalis, devenus minoritaires, jouent un rôle important lors de la révolution constitutionnelle de 1905-1911. Le gouvernement les exile finalement à Chypre, et les Baha'is à Saint-Jean-d'Acre d'où ils essaimèrent dans le monde entier, notamment en Europe et aux Etats-Unis.

Bahaïsme. Bon nombre d'éléments de la doctrine du Bab ont été repris par le baha'isme. Bien que se déclarant scientifique et anti-dogmatique, la religion professe des doctrines théologiques : Dieu est une entité transcendante et inconnaissable. La création est éternelle, sans commencement ni fin. Les prophètes sont des manifestations (et non des incarnations) divines successives. Les prophètes traditionnels de l'islam, du zoroastrisme, du christianisme et même du judaïsme sont reconnus. Après Mahomet, vient le Bab avec qui finit le cycle adamique et commence le cycle baha'i. D'autres prophètes mieux adaptés à un stade d'évolution ultérieure de l'humanité pourront émerger après le Bab. Cet avatar de l'islam, hérétique selon les autorités religieuses du pays, n'est pas reconnu par le gouvernement iranien. La République islamique, jugeant les Baha'is apostats, les a privés du droit de se réunir, droit généralement accordé aux minorités religieuses comme les Chrétiens, Zoroastriens et Juifs.

Imamzade ou le mausolée chiite

Bien que le culte des morts ait été explicitement condamné par le Prophète, on construit, en Iran, des mausolées sur certains lieux de sépulture, notamment ceux des saints chiites. Des premiers mausolées, qui datent du Xe siècle, il reste aujourd'hui deux types de constructions : les mausolées à dôme et les tours. Les plus beaux exemples de construction à dôme sont situés hors du territoire iranien ; il s'agit notamment des mausolées d'Ismail le Samanide à Boukhara, et d'Arab-Ata à proximité de Samarkand.

Des mausolées en forme de tour, le plus spectaculaire demeure sans doute le Gonbad-e Kavus, érigé en 1006, dans le nord-est de l'Iran. Bâtie sur un plan en étoile, cette tour de 51 m de haut se distingue par la pureté de ses lignes et la grande maîtrise de la technologie de la brique dont elle témoigne. Le mausolée du sultan Uldjatu Khodabendeh à Soltaniyeh, à proximité de Zanjan, élevé en 1304, rappelle des monuments antérieurs de l'Iran oriental, tels le tombeau de Sanjan à Merv ou le Gonbad-e Haruniye à Tus. Ces mausolées-mosquées se distinguent par leur taille imposante et l'élévation de leur dôme. D'autres sites constituent également des lieux de pèlerinage chiite majeurs : le tombeau de Fatima à Qom, celui de son frère l'imam Reza à Machhad et, plus récent, celui de l'ayatollah Khomeiny au sud de Téhéran. Ali et Hossein, quant à eux, sont enterrés à Kerbala et Nadjaf, en Irak. Au coeur de ces villes saintes, les mausolées sont intégrés à de vastes complexes comprenant une grande mosquée à quatre iwans et plusieurs madrasas.

Chrétienté

L'histoire du christianisme en Iran va de pair avec celle de la communauté arménienne. Diverses communautés chrétiennes - dont des Nestoriens et des Baptistes - s'établissent à partir du Ier siècle en Arménie et en haute Mésopotamie. Après la conquête arabe, les chrétiens assimilés aux gens du Livre ne subiront pas de persécutions majeures. L'Eglise nestorienne accroît même le nombre de ses fidèles en Asie centrale, où elle se maintiendra jusqu'aux conquêtes mongoles. De nos jours, les Arméniens et les Syriaques sont officiellement reconnues comme étant des minorités religieuses par la Constitution de 1906 puis par celle de 1979. Ils peuvent appliquer leurs propres règles en ce qui concerne le mariage, le divorce et l'héritage. Pour le reste, les Chrétiens doivent appliquer dans la vie de tous les jours la charia et ne doivent notamment pas porter de vêtements distinctifs, ne peuvent pas consommer d'alcool et doivent se conformer à la séparation des sexes en public.

Nestoriens

Doctrine du patriarche Nestorius de Constantinople (380-451), prêtre d'Antioche, déclaré hérétique par le concile d'Ephèse en 431. Au lieu d'attribuer à l'unique personne du Christ les deux natures, divine et humaine, Nestorius enseignait qu'en Jésus-Christ coexistaient deux personnes, l'une divine, l'autre humaine. Nestorius, exilé à la Grande Oasis d'Egypte, mourut en 451. Sa doctrine lui survécut cependant par l'accueil qu'elle reçut dans l'Eglise perse qui l'adopta officiellement une cinquantaine d'années plus tard. Le nestorianisme fit preuve d'originalité en dégageant les moeurs chrétiennes des courants ascétiques : de 484 à 544, le mariage fut obligatoire pour le clergé, évêques inclus. Dès le haut Moyen Age, la pensée de Nestorius rayonna de son berceau mésopotamien et d'Asie centrale, jusqu'en Inde et en Chine. Les bouleversements politiques de l'Asie du XIVe siècle mirent fin à ce christianisme demeuré partout minoritaire. Etouffé en Chine par un changement de dynastie, il perdit du terrain dans le reste de l'Asie suite à l'islamisation des Mongols, des Turcs, et à la répression féroce de Tamerlan. Replié surtout dans le Kurdistan, le nestorianisme entra alors dans une période obscure de deux siècles. Au XVIe siècle, l'Eglise nestorienne s'affaiblit encore. Un groupe dissident, qui ralliera plus tard l'Eglise romaine, donne naissance à la communauté chaldéenne catholique. Demeuré sans appui étatique tout au long de son histoire, le nestorianisme survit essentiellement en Iran et en Irak. Il se réduit à quelques milliers de fidèles.

Chaldéens

Pratiques liturgiques adoptées par l'ancienne Eglise nestorienne de Chaldée (nom donné à la Babylonie depuis le VIIIe siècle). Ce rite est en usage principalement en Iran, en Irak et en Syrie, ainsi qu'en Inde, où il a été introduit dès le VIe siècle par des missionnaires nestoriens.

Judaïsme

Les Juifs sont implantés en Iran depuis la dynastie achéménide (Ve siècle avant J.-C). Le pays abrite à Hamadan le tombeau de la reine Esther, et à Suse celui du prophète Daniel. La communauté juive iranienne compte parmi l'une des minorités reconnues par la Constitution - pour les Musulmans, les Juifs sont des gens du Livre. Les Juifs d'Iran disposent de leurs propres écoles, de leurs propres hôpitaux et de 56 synagogues à travers le pays. Depuis l'instauration de la Révolution islamique, 40 000 d'entre eux ont cependant quitté le territoire. Ils sont désormais 25 000, essentiellement regroupés à Téhéran, Ispahan et Shiraz.

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