Guide du Cambodge : Histoire

Chronologie
Temple du Bayon.
Temple du Bayon.
Chronologie du site d'Angkor et principaux événements en Occident

Rois khmers

Dates de règne

Monuments

Rois de France et évènements correspondants

Monuments occidentaux correspondants

Lutte entre le Fou-Nan et le Tchen-La (de 545 à 627)

Bhavavarman Ier

Vers 550

511 :
mort de Clovis

537 : Ste-Sophie, Constantinople

Mahendravarman,
frère du précédent

vers 600

Les guerres fratricides des Mérovingiens (561-613)

Içanavarman Ier,
fils du précédent

616-626 ?

Sambor Prei Kuk

622 : l'hégire (Mahomet fuit à Médine)

Tchen-La unifié (de 627 à la fin du VIIe siècle)

Bhavavarman II

639

mort de Dagobert Ier, roi des Francs

Jayavarman Ier

657-674

Scission Tchen-La d'Eau - Tchen-La de Terre (VIIIe siècle)

Période angkorienne (du IXe au XVe siècle)

Jayadevî (reine)

681-713

732 : bataille
de Poitiers

785 : mosquée
de Cordoue

Jayavarman II

802-854

Edifices
des Koulens

800 : sacre de Charlemagne

Jayavarman III,
fils du précédent

854-877

Indravarman Ier, neveu de Jayavarman II

877-889

Bakong,
Preah Ko

875,
Charles le Chauve

Yaçovarman,
fils du précédent

889-900 ?

1res villes d'Angkor
Lolei, Bakeng

910 :

Abbaye de Cluny

Içanavarman II

925

Jayavarman IV, beau-frère de Yaçovarman Ier

921-944

Koh Ker

Rajendravarman,
beau-fils du précédent

944-963

Enceinte royale, Pré Rup,
Mebon oriental

Jayavarman V,
fils du précédent

968-1001

Banteay Serey

987,
Hugues Capet

Suryavarman Ier, usurpateur

1002-1049

Takeo

1037 :

Abbaye de Caen

Udayadityavarman II

1049-1066

Baphuon

1066 : bataille d'Hastings

Jayavarman VI, usurpateur

1082-1107

Beng Mealea

1099 : prise
de Jérusalem

Suryavarman II

1113-1152

Angkor Wat

1152 : Frédéric Barberousse

1145 : cathédrale de Chartres

Jayavarman VII, fils de Dharanindravarman II

1181-1201

Murailles d'Angkor, Thom, Bayon, Preah
Khan, Ta Prohm..

1180 :
Philippe Auguste

1190 : ND de Paris
1200 : Sorbonne

Indravarman II,
fils du précédent

1201-1243

Réaction brahmanique et
bûchage des images bouddhiques

1226 :
Saint Louis

1210 : cathédrale de Reims

Jayavarman VIII

1243-1295

1284 :
Philippe le Bel

1245 :
Sainte-Chapelle

Crindravarman, gendre du précédent

1295-1307

Monument 487,
temple Mangalârtha

Abandon d'Angkor en 1432

Chronologie

Les origines

Ier-IIe siècles. Période formative, avec de nombreuses influences indiennes en Indochine et en Insulinde.

225-550. Selon les annales dynastiques chinoises, le royaume du Fou-Nan, situé à Oc-Eo, domine alors le golfe du Siam.

A partir de 550. Début de la période baptisée pré-angkorienne par les historiens et archéologues.

Debut du VIIe siècle. Le Fou-Nan est conquis par son ancien vassal, le Tchen-La. La capitale du nouveau royaume est Icanapura, l'actuelle Sambor Preï Kuk.

Entre 710 et 715. Division du Tchen-La en Tchen-La de terre et Tchen-La d'eau. Ce dernier, aussi appelé Kambuja, correspond au Cambodge et à la Cochinchine.

VIIIe siècle. Période trouble sous domination javanaise.

Periode angkorienne

802-850. Sur le Phnom Kulen, Jayavarman II se proclame souverain universel pour libérer le royaume du Kambuja de la tutelle javanaise. Il redonne l'unité à son royaume et organise le culte de Devaraja, c'est-à-dire Shiva, auquel il veut être assimilé. Première dynastie de la période angkorienne.

850-877. Règne de Jayavarman III, fils de son prédecesseur.

877-889. Règne d'Indravarman, grand bâtisseur et premier créateur de lac artificiel (Baray) et du système d'irrigations perfectionné qui est à l'origine de l'essor économique.

889-900. Fils d'Indravarman, Yaçovarman est considéré comme le fondateur de la première Angkor, Yaçodharapura. Il y crée un immense bassin (Baray oriental), quatre fois plus étendu que le lac de son père. La capitale de l'empire ne quittera plus Angkor, sauf brièvement entre 921 et 944 sous le règne de l'usurpateur Jayavarman IV.

944-968. Retour à Angkor sous le règne de Rajendravarman II. Construction par le brahman Yajnavarâha du temple de Banteay Srei, considéré comme le début du classicisme khmer. Conquête du royaume voisin du Champa.

XIe siècle. Querelles de successions et début de la deuxieme grande dynastie de la période angkorienne avec Suryavarman Ier. Ses grandes fondations se trouvent hors d'Angkor, notamment avec les complexes de Preah Vihear et de Phnom Chisor.

1080-1107. Début de la troisième dynastie avec Jayavarman VI. Commence alors l'apogée de la puissance khmère, avec une période de grande extension territoriale et de construction effrénée.

1113-1150. Sous le règne de Suryavarman II, édification d'Angkor Vat, le plus prestigieux des monuments, le chef d'oeuvre du classicisme khmer.

1150-1181. Période trouble, avec usurpation du trône, invasion des Chams et saccage d'Angkor.

1181-1218. Retour des Khmers au pouvoir avec l'intronisation de Jayavarman VII, fervent bouddhiste. Angkor est libérée, le Champa annexé. Triomphe du bouddhisme du Mahayana (grand véhicule) et multiplication des constructions de temples : Ta Prohm, Preah Khan, Bayon... Ce dernier est considéré comme l'art baroque khmer.

XIIIe siècle. Début du déclin de l'empire. Evacuation du Champa, fin de domination sur Sukhothai et la Malaisie. Les abdications se succèdent, même si selon le voyageur chinois Tchéou Ta Kouan, le royaume semble rester encore prospère.

XIVe-XVe siècles. Décadence d'Angkor. Plus aucun temple ne sera construit, et le système complexe d'irrigation est laissé à l'abandon. En 1431, Angkor est délaissée au profit de Tuol Basan, puis de Chatomukh (Phnom Penh). Domination siamoise intermittente.

Période post-angkorienne

1515-1566. Règne d'Ang Chan Ier et premier contact avec les Européens. En 1525, il défait l'armée siamoise à Siem Reap (d'où le nom donné au lieu, littéralement "Siam écrasé"). Installation de la capitale à Longvek.

Fin du XVIe siècle. Sous le règne de Satha Ier, tentatives infructueuses de mainmise espagnole.

XVIIe siècle. La capitale est déplacée à Oudong. Premiers contacts avec les Annamites (Vietnamiens) et nombreuses querelles de succession. Prei Nokor devient Saigon en 1698.

XVIIIe siècle. Série d'abdications au trône et de cessions territoriales aux Vietnamiens dans le détroit du Mékong. Le Cambodge est en pleine déliquescence entre ses deux puissants voisins, le Vietnam et le Siam.

1796-1834. Règne d'Ang Chan II. Les incursions territoriales et les annexions arbitraires se mulitplient côté siamois et annamite pour obtenir la domination sur le Cambodge.

1841-1846. Le Cambodge n'existe plus comme entité politique, annexé au nord par le Siam et sur le reste de son territoire par le Dai-Viet.

1847-1859. Règne d'Ang Duong, adoubé par les deux puissances étrangères. Rapprochement avec les Français.

Période du protectorat francais

1860-1904. Règne de Norodom, fils d'Ang Duong. Le 11 août 1864, il signe un traité de protectorat avec la France de Napoléon III. En 1865, la capitale est installée définitivement à Phnom Penh. Plusieurs provinces autrefois annexées par le Siam sont récupérées, dont Steung Treng.

1904-1927. Règne de Sisowath, demi-frère de Norodom. Le Siam restitue par traité Battambang, Sisophon et Siem Reap. La culture de l'hévéa est introduite par les Français en 1920.

1927-1941. Règne de Monivong. En septembre 1940, la France vaincue doit se soumettre à l'occupation japonaise du Cambodge.

1941-1955. Règne de Sihanouk. Dès 1945, il proclame l'indépendance du Cambodge peu avant la capitulation japonaise. La France et le Général Leclerc regagnent l'Indochine et parviennent à un accord avec le Premier ministre Monireth pour intégrer le Cambodge à une Federation Indochinoise. Le 9 novembre 1953, Sihanouk obtient l'indépendance définitive de son pays.

Le Sangkum

1955. Sihanouk abdique au profit de son père, Suramarit. Il crée alors le parti unique du Sangkum (Communauté Socialiste Populaire). Du 18 au 24 avril se tient la Conférence de Bandung, en Indonésie, à laquelle Sihanouk participe.

1964. Rapprochement avec Zhou Enlai, Premier ministre de la République populaire de Chine.

1969. En raison de difficultés économiques grandissantes, le " gouvernement de sauvetage " du Général Lon Nol se voit confier la tâche de redresser le pays. Sihanouk est tenu à l'écart du pouvoir.

1970. La République Khmère est fondée. Le Général Lon Nol, soutenu par les Etats-Unis, en devient le président en 1972.

1975. Les Khmers rouges lancent l'offensive sur Phnom Penh. Le 17 avril, 700 000 morts plus tard, la capitale leur appartient.

Le Kampuchéa démocratique

1975. Sihanouk accepte puis démissionne du poste de chef de l'Etat. Il est remplacé par Khieu Samphan. Pol Pot se fait connaître en tant que Premier ministre. Les folies des Khmers rouges prennent vite une ampleur effrayante.

1977. Tournée diplomatique de Pol Pot, alias Saloth Sar, en Chine et en Corée du Nord. Offensive vietnamienne sur le long de la frontière, Phnom Penh rompt ses relations avec Hanoi.

1978. Après une année de violences le long de la frontière, le Vietnam décide de lancer ses divisions sur le Cambodge en décembre. C'est la débandade côté Khmer rouge. Le 7 janvier 1979, le régime de Pol Pot est à terre.

Occupation vietnamienne

12 Janvier 1979. Instauration de l'éphémère République Populaire du Kampuchéa (RPK).

1981. En exil à Pyongyang, Sihanouk crée le parti Funcinpec. La constitution de la RPK est publiée.

1985. Hun Sen devient Premier ministre. Il rencontrera le prince Sihanouk en France à plusieurs reprises en 1988 pour préparer le retour du monarque déchu.

1991. Le Cambodge est placé sous la tutelle de l'ONU. L'Apronuc a pour mission d'organiser les élections générales. Sihanouk rentre au Cambodge.

1993. Succès des élections générales. Sihanouk est appelé à remonter sur le trône pour la seconde fois.

Le Royaume du Cambodge

1994. Les Khmers rouges sont déclarés hors-la-loi par le nouveau Parlement. Certains, comme Ieng Sary, négocient leur retour auprès de Phnom Penh.

1998. Mort de Pol Pot dans le dernier bastion Khmer rouge d'Anlong Veng. Un an plus tard, Ta Mok, puis Douch, deux figures de l'horreur Khmère rouge, sont arrêtés.

2000. Un accord est signé avec l'ONU pour la mise en place d'un tribunal international pour le jugement des principaux dirigeants Khmers rouges.

2004. Le 7 octobre, Norodom Sihanouk annonce depuis Pékin qu'il abdique pour la seconde fois. Son fils Sihamoni est intronisé nouveau roi du Cambodge.

2006. Le 4 juillet s'ouvrent les tribunaux pour juger les Khmers Rouges. Ta Mok meurt la même année sans avoir été jugé.

2008. L'inscription sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco du temple de Preah Vihear dégénère en crise frontalière entre le Cambodge et la Thaïlande. La même année, aux élections législatives, le parti populaire cambodgien du Premier ministre remporte largement les élections. L'opposition conteste les résultats.

2012. Douch, le tortionnaire de la prison de Tuol Sleng (S21), est condamné à la réclusion à perpétuité. L'ancien roi Sihanouk meurt à Phnom Penh en octobre, à bientôt 90 ans. Il aura traversé l'un des siècles les plus mouvementés de l'histoire du Cambodge.

2013. Ieng Sary meurt en détention à l'âge de 87 ans. Les élections législatives de juillet sont une nouvelle fois remportées par le Parti du Peuple Cambodgien (CPP), malgré une opposition de plus en plus audible. Hun Sen, âgé de 62 ans, déclare vouloir rester au pouvoir jusqu'à ses 74 ans...

2014. Nuon Chea et Khieu Samphan, deux des plus grands dirigeants du gouvernement khmer rouge, sont condamnés à la prison à perpétuité le 7 août 2014.

2016. La répression contre les droits à la liberté d'expression, d'association et de réunion pacifique s'est accentuée à l'approche des élections communales de 2017 et législatives de 2018.

2017. Dissolution du parti d'opposition à Hun Sen, accusé de comploter pour renverser le gouvernement. Et ce malgré les nombreuses critiques de la communauté internationale.

2018. Victoire écrasante et sans surprise du Parti du peuple Cambodgien aux élections législatives, puisque les principales figures de l'opposition étaient en prison ou en exil.

2019. Nouvelle vague d'arrestation dans l'opposition : 8 dirigeants du Cambodian National Rescue Party (CNRP) ont été visés par des mandats d'arrêt.

Des origines à nos jours
Figures historiques du XXe siècle

Norodom Sihanouk. Figure entrée de son vivant dans la légende... Imaginez un poète devenu roi, Gabriele D'annunzio resté maître de Fiume et continuant à gouverner sous les acclamations de la foule massée sous son balcon. C'est ce que fut Sihanouk et bien plus encore. Choisi par la France parce qu'elle le croyait malléable, le jeune souverain se révéla très tôt un politique habile en même temps qu'un personnage extravagant. Nombreux sont les journalistes qui le dénigrèrent, le surnommant " le prince changeant ". Il faut pourtant remonter à Jayavarman VII pour trouver un souverain qui eut son rayonnement. Sihanouk est le premier roi qui aima vraiment son peuple et fit quelque chose pour lui. Il est vrai qu'il avait des manières peu banales de montrer cet amour : il s'adressait aux foules du haut de son hélicoptère en lançant des rouleaux de tissus au-dessus des têtes, discourait pendant des heures à la radio, ou travaillait comme un simple paysan au milieu de ses sujets afin de les intéresser à quelque nouvelle technique. Sihanouk avait un véritable contact humain avec ses Cambodgiens. Il était Smadech Euv, " Monseigneur Papa ", un papa bizarre et fantasque, certes, mais de ceux qu'on aime par-dessus tout parce qu'ils donnent du corps aux rêves. Car Sihanouk incarne le rêve cambodgien. Il a su arracher l'indépendance aux Français sans rompre le lien avec l'ancienne nation protectrice ni faire basculer son pays dans la guerre, mais il a également su moderniser le pays, multipliant écoles, universités et infrastructures économiques. Pour cela, il usa et abusa de l'aide étrangère, se faisant tour à tour charmeur puis filou (le stade olympique ne fut jamais payé). Il utilisait et renversait les alliances politiques au gré de ses humeurs, tantôt non aligné puis pro-chinois (lui qui pendant des années avait traqué les communistes cambodgiens), farouchement anti-américain et toujours francophile. Le prince, en dépit de ses foucades, avait une obsession : maintenir son pays le plus longtemps possible en dehors de la guerre. Les Américains ont ruiné ce rêve. Quoi que l'on fasse, le Cambodge ne sera plus jamais le petit paradis de l'époque du Sangkum, cette pièce de théâtre permanente dont Sihanouk était l'acteur principal, lui qui s'autoproclamait meilleur journaliste, meilleur saxophoniste, meilleur footballeur, meilleur cinéaste du royaume... Tyran sympathique et enjoué, il lui arriva de dévaluer le dollar de sa propre autorité après avoir lu un article d'un journal américain qui lui avait déplu. Un militaire français de haut rang en poste à Phnom Penh dira de lui : " Le roi est fou, mais c'est un fou génial. " Un être de chair, entier, avec tous les défauts et toutes les qualités, héritier d'une monarchie vieille de plus de 2 000 ans, avait porté l'imagination au pouvoir. Il décède en 2012.

Pol Pot. " Frère Numéro 1 ", de son vrai nom Saloth Sar, il fut le chef politique du mouvement Khmer rouge. Cet étudiant boursier en France, sans doute trop assidu à la formation dispensée par le Parti communiste français où il avait adhéré en 1952, mit plus de trois ans pour rater tous ses examens en radio-électricité à Paris. Il repartit pour le Cambodge afin de mettre en oeuvre sa conception de la lutte des classes. Pol Pot est le prototype même de l'homme d'appareil qui ne se mit jamais en avant, même pendant la période où il était au pouvoir, laissant périr sa famille dans les camps et n'hésitant pas à faire assassiner la plupart de ses vieux camarades du parti : un monstre froid en quelque sorte... Il est mort dans son lit le 15 avril 1998, à la frontière thaïlandaise, après avoir été destitué quelques mois auparavant par d'anciens frères d'armes soucieux de se refaire une virginité. Il fut brûlé comme une vieille ordure sur un tas de pneus.

Hun Sen. Ancien officier khmer rouge, M. Hun Sen a fui vers le Viêt-Nam en 1977 pour échapper aux grandes purges internes qui éclaircirent les rangs du régime polpotien dont il faisait partie. Revenu au Cambodge avec l'armée vietnamienne, il occupa de hautes fonctions sous le régime de M. Heng Samrin avant de devenir lui-même Premier ministre, poste qu'il occupe toujours, de façon quasi ininterrompue, grâce à une grande habileté (fourberie ?) politique. En presque 40 ans de pouvoir, il a placé de nombreux proches à des postes de responsabilité, en vue d'un retrait de la vie politique qu'il envisage lui-même pour... 2025 ! Certains bruits de couloir feraient même état de la volonté de Hun Sen de se faire nommer à vie ! Sans aller aussi loin, il a remporté les élections législatives de juillet 2013, son Parti du Peuple Cambodgien ayant été reconduit au pouvoir d'une courte tête, remportant 68 sièges au Parlement sur les 123 en jeu. L'opposition, de son côté, enrage et crie à la fraude électorale. Pour les élections de 2018, Hun Sen n'a même pas pris de gants : il a simplement dissout l'opposition, accusée de comploter contre sa personne. La victoire fut donc large et l'ancien Khmer rouge dirige le pays d'une main de fer, en arrêtant régulièrement les figures d'opposition. Dernière vague d'arrestation : en mars 2019, avec des mandats d'arrêt visant huit opposants du Cambodian National Rescue Party (CNRP).

Les bombardements de la Seconde Guerre mondiale

" Cinq cent trente-neuf mille cent vingt-neuf tonnes de bombes ont été larguées sur le Cambodge alors que le Japon avait reçu cent soixante mille tonnes de bombes entre 1942 et 1945. Le Cambodge détient le triste record de pays le plus bombardé depuis la Seconde Guerre mondiale. "

Raoul M. Jennar, Les Clés du Cambodge.

Le Cambodge, pays le plus miné au monde ?

Réponse de Jean-Pierre Billault, colonel en retraite et ancien responsable de l'unité de déminage basée à Siem Reap de 1994 à 2005 :

" Cette affirmation est totalement fantaisiste. Elle vient de ce que, à la fin des années Apronuc, les besoins en déminage restaient évidents bien que très difficiles à évaluer. Une formule forte, destinée à marquer les esprits et à susciter une vague de compassion mondiale afin de récolter des fonds pour le déminage a alors été trouvée : "Au Cambodge, il y a une mine par habitant ! " A cette époque, le pays comptait six millions d'habitants. Cela faisait donc six millions de mines. Si cette affirmation a frappé l'opinion au-delà des espérances, elle était bien heureusement fausse. En 1995, les autorités les plus compétentes du gouvernement estimaient que le Cambodge comptait au maximum un million de mines. [...] Les travaux conduits depuis 1992 par les différentes organisations de déminage relèvent une moyenne de six mines pour un hectare, tant les contours de zones minées sont incertains et la densité du minage généralement peu élevée. Cela donne un total de 390 000 mines... On est loin des six millions ! Le plus étrange, c'est qu'après bientôt vingt années de déminage, les chiffres restent les mêmes, comme s'il y avait toujours six millions de mines au Cambodge. [...] Fort heureusement, le nombre d'accidents par mines ne cesse de décroître et ce de façon spectaculaire. [...] Aujourd'hui en 2012, on dénombre un à deux accidents par an. Au train où vont les choses, d'ici cinq à dix ans, toutes les zones minées auront été nettoyées ".

Extrait de 100 Questions sur le Cambodge, de Frédéric Amat et Jérôme Morinière (Editions Tuk-Tuk, 2012).

Si l'optimisme de Jean-Pierre Billault permet de relativiser les chiffres communiqués par le gouvernement, sept ans après cet interview, le problème reste entier et l'on compte chaque année entre une dizaine et vingtaine d'accidents mortels, ainsi qu'une soixantaine de blessés plus au moins grave. Les enfants sont les premières victimes, et les équipes de démineurs prennent toujours des risques importants. Ces dernières années, le CMAC (Cambodian Mine Action Centre) a noté une augmentation du nombre d'explosions, surtout à cause de la déforestation et de l'urbanisation au nord-ouest du pays, près de la frontière thaïlandaise, car de nombreuses mines restent toujours ensevelies. 624 km2 du territoire cambodgien serait encore très dangereux. Et ce, sans compter les obus américains qui n'ont pas explosé lors de la guerre du Vietnam, à l'est du royaume. Le gouvernement estime que la plus grande majorité des mines restantes seront désamorcées d'ici 2025.

Royaume du Fou-Nan

C'est au début de l'ère chrétienne que la région de la vallée du Mékong est entrée dans l'histoire. Les carnets des voyageurs chinois de l'époque évoquent alors fréquemment l'existence de la thalassocratie du Fou-Nan, un empire situé à Oc-Eo sur le golfe du Siam (à côté de l'actuelle ville vietnamienne de Ha-Tien), au confluent des influences de l'Inde et de la Chine. Ce double apport culturel et économique fut déterminant pour le royaume founanais ; du IIIe au VIIe siècle, il était devenu la grande puissance de la région, entretenant des relations suivies avec la Chine tout en ayant largement adopté le modèle culturel indien.

Le Tchen-La

Vers le milieu du VIe siècle cependant, un certain nombre d'États vassaux du Fou-Nan décidèrent de secouer le joug. Le plus puissant d'entre eux, le Tchen-La, se proclama indépendant et, petit à petit, grignota le territoire de son ancien suzerain jusqu'à l'annexer complètement au début du VIIe siècle. La capitale du nouveau royaume devint Içanapura, que l'on appelle maintenant Sambor Preï Kuk, et dont les vestiges se trouvent près de la ville khmère de Kompong Thom. Mais au VIIIe siècle, le royaume se scindait en deux États rivaux : le Tchen-La de Terre (correspondant à l'actuel Laos) et le Tchen-La d'Eau, ou Kambuja (correspondant au Cambodge et à la Cochinchine).

Kambuja, le Tchen-La d’Eau

Si elle lui permettait de commercer avec les pays étrangers, son ouverture sur la mer rendait en revanche l'État de Tchen-La d'Eau assez vulnérable aux invasions étrangères. Elles ne manquèrent d'ailleurs pas de déferler de Sumatra et surtout de Java dont il devint progressivement le vassal, cela d'autant plus facilement que des querelles dynastiques divisaient le pays. Mais c'est aussi de Java que devait venir le salut. Un jeune prince khmer y avait vécu en exil après avoir été écarté du pouvoir ; il revint au pays, s'y fit couronner roi et régna sous le nom de Jayavarman II. Il affranchit le Cambodge de toute suzeraineté vis-à-vis de Java et fonda la royauté khmère, en 802, sur la montagne du Phnom Kulên, à quelques kilomètres au nord-est de l'actuel site d'Angkor. Érigeant le premier linga royal sur la pyramide de Rong Chen, il instaura le culte du dieu-roi, le Devaraja.

Période angkorienne

Nid d'aigle inexpugnable, le Phnom Kulên était en revanche très difficile à mettre en valeur et en culture, c'est pourquoi, après une cinquantaine d'années, Jayavarman II décida de transférer sa capitale dans la plaine et fonda Hariharalaya, dans la région de Roluos, où il s'éteignit en 854. Son neveu, Indravarman Ier, construisit la pyramide de Bakong et initia le système d'irrigation et d'agriculture intensive qui allait faire la puissance du royaume. L'oeuvre d'Indravarman Ier fut ensuite largement développée par son fils Yaçovarman Ier qui créa la Puri, la capitale, une vraie ville en dur, aux limites précises. Cette première Angkor fut Yaçodharapura, qui devint le centre d'un gigantesque empire s'étendant jusqu'au Viêt-Nam, au Laos et à la Thaïlande actuels. Chaque roi devant créer sa propre capitale, les constructions se multiplièrent autour du site initial et, pendant les siècles de gloire et de combats épiques qui suivirent, Angkor resta capitale royale pratiquement sans interruption, sauf de 921 à 944, lorsque le roi Jayavarman IV émigra à Koh-Ker, à 100 km au nord-est. Rajendravarman, son gendre, restaura la cité royale, édifiant les temples du Mébon Oriental et de Pré Rup, puis il partit en campagne contre le royaume du Champa dont il saccagea le temple de Po Nagar.
Batailles contre Cham, Birmans, Siamois, Vietnamiens et construction de nouveaux temples se succédèrent ensuite à un rythme effréné. Suryavarman II construisit l'immensément célèbre Angkor Wat, défit les Cham et s'empara de leur capitale Vijaya en 1145, puis fut à son tour vaincu par eux en 1149. Après sa mort en 1152, le royaume traversa des années difficiles, les Cham ravageant Angkor en 1177.
La puissance et la gloire des Khmers furent restaurées par l'accession au trône, en 1181, de Jayavarman VII. Ce souverain fut indéniablement le plus grand roi bâtisseur du Cambodge. Sous son règne, les plus beaux temples se multiplièrent, tels le Bayon, le Preah Khan, le Ta Phrom, les portes d'Angkor Thom. Il fut peut-être le légendaire roi lépreux évoqué par Tchéou Ta Kouan ; est-ce à cause de cette infortune qu'il fit édifier 102 hôpitaux à travers tout le pays ainsi que d'innombrables gîtes d'étape le long des routes dont il couvrit le Cambodge ? La stèle de Say Fong, relatant son édit sur les hôpitaux, nous apprend " qu'il souffrait des maladies de ses sujets plus que des siennes, car c'est la douleur publique qui fait la douleur des rois et non leur propre douleur ". Conquérant émérite, il annexa le Champa et guerroya à l'infini pour étendre la puissance des Khmers. Mais la grandeur est éphémère et fatigue les peuples ; comme Alexandre et Napoléon, Jayavarman VII condamnait son peuple à mort en même temps qu'il marquait l'Histoire de son empreinte.
La décadence du royaume khmer, pris en tenaille entre Siamois et Vietnamiens, se poursuivit jusqu'au milieu du XIXe siècle. Réduit comme une peau de chagrin, le Cambodge n'est alors virtuellement qu'une " Atlantide en sursis ". Le roi Ang Duong, qui sut obtenir un répit de ses ennemis, réorganisa le royaume, accueillit les premiers explorateurs et militaires français, tenta par deux fois, mais sans succès, d'intéresser Napoléon III au sort du Cambodge, et allait prêter main-forte aux troupes françaises lancées à la conquête de la Cochinchine lorsqu'il fut surpris par la mort.

Décadence du royaume angkorien

La mort de Jayavarman VII sonnait le glas de son royaume. Après sa disparition, quasiment plus aucun temple ne fut construit. Le système d'irrigation extrêmement complexe n'était plus entretenu en raison des invasions siamoises répétées qui ravagèrent Angkor aux XIIIe et XIVe siècles. En 1431, la cour finit par abandonner définitivement une capitale devenue trop dangereuse. Mais Phnom Penh, Lovek et Oudong eurent à souffrir des querelles dynastiques et furent également dévastées par les armées étrangères. Une alliance avec les seigneurs Nguyên de Hué permit aux Khmers de se débarrasser de leurs ennemis Cham, mais attira la convoitise des Vietnamiens pour la Cochinchine (delta du Mékong) et les plaines du Cambodge. Au XVIIe siècle, ces derniers s'emparèrent de Prey Nokor, qui deviendra plus tard Saïgon et que les soldats de l'infanterie coloniale française prendront à leur tour le 17 février 1854 avec la collaboration de la population d'origine cambodgienne, hostile au pouvoir de Hué.

Le Cambodge du protectorat

Le roi Norodom, fils et successeur d'Ang Duong, signa le 11 août 1863 avec l'amiral de la Grandière, gouverneur de Cochinchine, un traité qui plaçait le Cambodge sous le protectorat de la France. Mais les relations entre le roi, qui entendait bien gouverner à l'ancienne sous protection française, et les administrateurs coloniaux, qui voulaient développer l'économie du Cambodge à leur profit, se dégradèrent. Le 17 juin 1884, le gouverneur Thomson imposa par la menace un traité qui plaçait le Cambodge sous l'administration directe de la France. Une rébellion éclata, dirigée en sous-main par Norodom qui, en échange de l'arrêt des hostilités, obtint l'abrogation de certaines clauses fiscales et judiciaires. Elles furent réintroduites en 1897, lorsque Paul Doumer imposa à nouveau une administration directe au vieux souverain. En près d'un siècle de présence coloniale, les Français ont tout de même réussi à éviter la disparition pure et simple du Cambodge, voué au même sort que le Champa, et à lui faire restituer plusieurs provinces, dont Siem Reap, berceau de la civilisation khmère. Dans cette partie d'échecs, il avait d'abord fallu compter avec l'influence des Anglais installés en Malaisie et en Birmanie. L'accord franco-britannique du 14 juillet 1884 avait finalement reconnu le bassin du Mékong comme " zone française ", ce qui n'empêcha pas les fourbes Siamois de s'avancer à travers le Laos. En réaction, une flottille française remonta la rivière Chao Praya jusqu'à Bangkok (juillet 1893). Ce blocus obligea la cour du Siam à renoncer à toute revendication sur la rive gauche du Mékong tandis que les Français gardaient en otage les provinces de Chantaboun et de Paknam. Des troupes occupèrent Chantaboun jusqu'à la convention de 1904 restituant au Cambodge les provinces côtières de Trat et de Koh Kong ainsi que celle de Steung Treng, assorties des régions de Melou Preï et Tonle Repou, territoires cédés par le Siam au Laos et réintégrés au Cambodge par la France. La convention de 1904 conduisit au traité de 1907 : en échange de la province de Trat, le Siam rétrocédait au Cambodge les provinces de Battambang, de Sisophon et de Siem Reap. Lorsque le roi Sisowath put finalement se rendre à Angkor pour reprendre possession du territoire khmer de ces ancêtres, il déclara que c'était là " la plus grande gloire de son règne ". C'était la concrétisation du rêve de feu son père, le visionnaire roi Ang Duong, qui avait voulu le protectorat de la France pour rétablir l'intégrité de son pays. Par ailleurs, l'annexion par les Vietnamiens du Kampuchéa Krom (riches plaines du delta du Mékong) ne fut pas remise en question. Mais la cession à bail de la région de Prey Nokor (Saigon) à la cour de Hué par le roi Chey Chettha II (marié à une princesse annamite) remontait à 1623. Et la cession définitive, par le roi Outey II, des provinces de Soctrang et Travinh constituant la Cochinchine, remontait à 1758. Les provinces de Mytho et Vinlong avaient été abandonnées en 1730 par le roi Satha II. Celles de Sadec et Chaudoc le furent, en 1756, par le roi Ang Tong. La présence de la France en Annam et Cochinchine avait néanmoins mis un coup d'arrêt à l'expansionnisme des Vietnamiens. En dehors de ces considérations territoriales, la France a permis au Cambodge de retrouver sa mémoire historique (et du même coup sa conscience nationale) par la découverte des vestiges d'Angkor. Lorsque les premiers explorateurs découvrirent Angkor à la fin du XIXe siècle, l'âge d'or de l'ancienne capitale était tombé dans l'oubli depuis des siècles. Tout au plus les habitants de la région savaient-ils vaguement que la forêt abritait de vieux temples. Des archéologues passionnés ont alors patiemment dégagé de la jungle et reconstruit l'ensemble des temples : un travail objectivement admirable qui a restauré du même coup la mémoire collective des Khmers. Les travaux de l'Ecole française d'Extrême-Orient font désormais partie de l'histoire du peuple khmer. On peut reprocher au protectorat d'avoir trop peu développé le Cambodge, contrairement au Viêt Nam. Les infrastructures indispensables ont été mises en place sans forcer le développement intensif : routes, voies de chemin de fer, voies navigables... Seuls l'urbanisation des villes et le développement de l'hévéaculture (région de Kompong Cham) furent privilégiés. Mais, sur le plan administratif, les fonctionnaires cambodgiens restèrent peu nombreux, moins efficaces au travail que les Annamites, paraît-il. C'est donc d'un pays peu autonome que le roi Sihanouk hérita en 1953, au terme de sa " croisade royale pour l'Indépendance ". Son objectif était néanmoins de faire entrer le Cambodge dans le concert des nations modernes.

Le Sangkum

Lourd héritage, donc, que celui du protectorat. Des bases étaient jetées, mais l'essentiel restait à faire. Le jeune roi Sihanouk commence alors par abdiquer au profit de son père, en 1955, afin de pouvoir se lancer à corps perdu dans la politique. Redevenu prince, il fonde un grand mouvement, le Sangkum Reastr Niyum, la Communauté socialiste populaire, sorte de parti unique auquel la dizaine de partis politiques antérieurs se rallient, et qui remporte largement les élections. Rarement dans l'histoire, on vit un chef d'Etat faire front dans tous les domaines avec autant de fougue, d'imagination et de succès. Le prince est partout, a un avis sur tout, se pique de dons cinématographiques, musicaux, sportifs et, surtout, il communique d'une façon quasi charnelle avec ses concitoyens dont les plus humbles le vénèrent comme leurs ancêtres vénéraient les dieux-rois d'Angkor. L'économie du Cambodge avait toujours été au service de l'Indochine française, donc de la métropole. Le prince va par conséquent s'attacher à diversifier les partenaires, à les mettre en concurrence, il va mécaniser l'agriculture qui devient bientôt excédentaire ; l'agroalimentaire et le textile sont des secteurs en pleine croissance, collèges, lycées et universités fleurissent un peu partout. Le pays devient un immense laboratoire dont Sihanouk est le " savant fou ", aux méthodes empiriques mais souvent inspirées. Il construit de toutes pièces le port en eaux profondes de Sihanoukville, transforme l'aéroport de Siem Reap en aéroport international, développe le tourisme, le chemin de fer, le réseau routier... La liste des réalisations du Sangkum est infinie, mais elle s'inscrit cependant dans un contexte international extrêmement difficile : la guerre froide et l'embrasement général de l'Indochine où les Américains accumulent les faux-pas meurtriers. Marchant sur des oeufs, Sihanouk adopte une politique de neutralité vis-à-vis des blocs, mais la situation au Viêt Nam et les bombardements massifs des Américains sur les provinces cambodgiennes frontalières forcent le prince à se tourner vers la Chine, seule capable, selon lui, de protéger le Cambodge. La situation intérieure du pays commence à se dégrader, l'enthousiasme des premières années du Sangkum ayant fait long feu devant les problèmes causés par la carence en cadres de qualité, la corruption des fonctionnaires et les manifestations d'étudiants... Droite pro-américaine et gauche manipulée par les Khmers rouges multiplient les incidents, relayées par les services secrets américains qui barbouzent joyeusement dans le but de déstabiliser le prince.

République khmère

Ce qui devait arriver arriva. Profitant d'un voyage du prince en France, son chef d'état-major, le général Lon Nol, le fit destituer par les deux assemblées à l'initiative des services américains qui souhaitaient depuis longtemps avoir les coudées franches au Cambodge afin de pouvoir mater les unités viêt-congs et sud-vietnamiennes qui avaient trouvé refuge dans les provinces de l'Est du pays. Immédiatement, le Cambodge bascule dans la guerre. Appelés par Lon Nol, les Américains interviennent massivement, tandis que les Khmers rouges font provisoirement cause commune avec le prince Sihanouk, qui prend la tête du FUNC (Front uni national du Cambodge). Paralysé par la guérilla et une extrême corruption, le pays meurt de faim, un Lon Nol baveux et tremblotant bredouille des incantations bouddhistes pendant ses cinq minutes de lucidité quotidienne et envoie ses soldats faire la guerre avec des tatouages rituels et des foulards de couleur, tandis que les Américains bombardent le pays de 4 000 m de hauteur. 700 000 morts plus tard, les Khmers rouges prennent Phnom Penh. Nous sommes le 17 avril 1975, et le Cambodge entre dans la nuit.

Kampuchéa démocratique

1975 devient l'Année zéro du régime Khmer Rouge. En 1976, le Cambodge devient le Kampuchéa Démocratique et Pol Pot est nommé Premier ministre. Pol Pot met en place un régime totalitaire dont l'une des premières actions est l'élimination de tous les individus liés au gouvernement précédent. Tout de suite après, les hordes de Pol Pot vident les villes, symboles de la " pourriture capitaliste ", et déportent la population vers les campagnes. La vie de famille est abolie, les enfants sont séparés de leurs parents et envoyés en brigades de travail volantes, ceux qui restent apprennent à dénoncer les éléments " réactionnaires " de la cellule familiale, une mère à qui on tue un enfant doit retenir ses larmes sous peine d'être considérée comme une contre-révolutionnaire et abattue à son tour. Mégalomanes délirants, les Khmers rouges, sous l'autorité de Pol Pot, ont décidé de restaurer la grandeur d'Angkor, mais en autarcie complète et avec des moyens de fortune, car ils ont systématiquement détruit la plupart des machines. Les Cambodgiens deviennent alors de véritables esclaves. Levés bien avant l'aube, ils doivent aller travailler toute la journée pour élever des digues inutiles qui sont emportées aux premières pluies, la malnutrition est générale, la rééducation politique est permanente, tout le monde doit sans cesse déclamer son autocritique, on traque les " bourgeois ", les intellectuels (toute personne portant des lunettes est considérée comme faisant partie de cette catégorie) ; les éléments ethniquement différents sont systématiquement massacrés comme l'avaient été, dès le début, les fonctionnaires et soldats de l'ancien régime, les pagodes et les mosquées sont rasées, les statues du Bouddha dynamitées ; on adopte un nouveau langage révolutionnaire car rien ne doit plus subsister du passé. Le moindre prétexte suffit pour emprisonner quelqu'un et le torturer à mort pendant des semaines en le forçant à avouer des crimes qu'il n'a pas commis. Les plus belles femmes sont mariées de force à des invalides de guerre. Beaucoup se suicident, les gens meurent comme des mouches, et la machine s'emballe davantage. Les théoriciens du régime avaient annoncé des objectifs de production énormes et totalement irréalistes. Bien entendu, c'est le contraire qui se produit, l'économie du pays s'effondre complètement, et il faut trouver des coupables, c'est donc dans leurs rangs que les Khmers rouges vont les chercher. On assiste alors à des purges énormes où des communistes de la première heure s'accusent d'avoir, depuis toujours, travaillé pour la CIA et le Viêt Nam ; la torture est systématique et les exécutions aussi. Paradoxalement, c'est la xénophobie et l'attitude agressive des Khmers rouges vis-à-vis du Viêt Nam voisin qui sauvera les Cambodgiens de l'extermination totale : excédé par les razzias des Khmers rouges sur son territoire, le régime de Hanoï lance ses divisions sur le Cambodge à la fin du mois de décembre 1978. En 1979, à la chute du régime, Pol Pot prend à nouveau le maquis. Il est inculpé de génocide par contumace par un " Tribunal Révolutionnaire du Peuple ".

Occupation vietnamienne

C'est un pays peuplé de fantômes hagards que découvrent les bo doïs (soldats de l'armée vietnamienne). Les chars vietnamiens bousculent sans peine une armée khmère rouge en pleine déroute. Les fuyards se réfugient dans les montagnes. L'occupation vietnamienne va durer dix ans. Les Vietnamiens attendaient depuis trop longtemps ce qu'ils considéraient comme un droit : l'annexion du Cambodge au grand Viêt Nam. Un gouvernement de complaisance et le tour était joué, mais c'était sans compter la guérilla. Khmers rouges et Sihanoukistes s'allièrent donc une fois encore pour faire face à un ennemi commun, et le prince reprit son bâton de pèlerin pour tenter de convaincre les démocraties de lui prêter main-forte. Mais les démocraties ne prêtent qu'aux riches et, pendant dix ans, la guerre n'en finit pas, alimentée en armes par les Russes, les Chinois, les Américains et autres philanthropes. Après 1979, les services secrets américains fournirent armes et conseillers militaires aux Khmers rouges pour les soutenir dans leur lutte contre les Vietnamiens. Un haut fonctionnaire américain déclarait alors : " Ce que nous ne pouvons pas faire nous-mêmes, nous le faisons faire par les Khmers rouges "... Machiavélique. Les Vietnamiens durent quitter le pays en 1989 parce que l'occupation leur coûtait fort cher et qu'il leur fallait donner des gages de bonne volonté avant d'ouvrir leur pays ruiné à l'économie de marché. A l'instigation du prince Sihanouk et de la France, des accords furent signés à Paris, en 1991, entre toutes les factions cambodgiennes. Ils prévoyaient un désarmement général et la tenue d'élections libres sous les bons auspices de l'ONU.

De l’Apronuc à nos jours

Beaucoup de mal a été dit et écrit sur l'autorité provisoire des Nations unies au Cambodge (Apronuc). Des millions de dollars furent dépensés en pure perte, et le mode de vie des Cambodgiens a subi des modifications non négligeables. Mais ils ont pu voir aussi que des soldats pouvaient faire autre chose que tuer, piller et violer, qu'ils savaient aussi rire et faire sauter des gamins sur leurs genoux. Les élections de mai 1993 ont constitué un formidable espoir, et beaucoup de gens ont été déçus, certes, mais la plupart d'entre eux s'imaginaient qu'ils pourraient renouer sans transition avec l'époque du Sangkum. Grand perdant des élections de 1993, le Parti du peuple cambodgien en a dénoncé le résultat comme le produit d'une conspiration internationale, et les fiefs des provinces de l'Est ont annoncé leur sécession du Cambodge. Afin d'éviter la guerre civile, les royalistes du Funcinpec ont alors accepté un gouvernement de coalition. Il y eut deux Premiers ministres et chaque ministère fut affublé d'une double casquette : quand le ministre était d'une couleur, le secrétaire d'Etat était d'une autre. Evidemment, ce système a tout paralysé, sauf la corruption... Durant cette période, la déforestation, déjà massive sous les Vietnamiens, devint frénétique : des catastrophes écologiques majeures ont même été annoncées pour les prochaines années. Le Tonlé Sap, dont les ressources de pêche faisaient vivre le Cambodge depuis toujours, commença de s'envaser sous l'effet des pluies de ravinement que la forêt ne contenait plus. Le fond est depuis remonté d'un mètre et les pêcheurs ne font que le dixième des prises d'il y a vingt ans. A Ratanakiri, région jusque-là préservée, la déforestation sous contrôle de l'armée n'a pris fin (provisoirement ?) qu'après les élections de 1998. Ces années virent heureusement la disparition de la prépondérance khmère rouge. En restant en marge des élections et du nouveau développement social, les Khmers rouges avaient scellé leur sort. Attirés par une vie paisible, de nombreux soldats communistes ont déserté, réduisant à néant l'armée de l'ex-Kampuchéa démocratique. Le ralliement des Khmers rouges de Païlin et d'Anlong Veng, s'il a donné lieu à d'immondes tractations et blanchi des bourreaux avérés, a mis du moins un terme à cette dernière guerre d'Indochine, sur le terrain. Jusqu'en juillet 1997, où la violence éclata de nouveau, c'était à qui obtiendrait la reddition des plus méchants et des plus nombreux. Le prince Ranariddh, très actif dans ce domaine, dut bientôt reprendre le chemin d'un exil doré, pendant que ses troupes encore loyales se retranchaient dans la jungle à la frontière thaïe. Un an et demi de marasme s'ensuivit avant que Hun Sen accepte le principe d'un retour de l'opposition pour de nouvelles élections... qu'il gagna. Ce qui aboutit finalement à la formation d'une nouvelle coalition.

" Pour la première fois de sa carrière, en 1999, Hun Sen disposait de tous les atouts et dirigeait seul un gouvernement reconnu par la communauté internationale. Le mouvement khmer rouge avait été neutralisé politiquement. Rien ne s'opposait à ce que le Cambodge réalise les progrès attendus. [... ] Mais le pays a continué de s'appauvrir sous l'égide d'une minorité extrêmement riche face à une immense majorité vivant au-dessous du seuil de pauvreté. Une économie maffieuse s'était développée. Et si le Cambodge avait connu cinq années de remarquable stabilité politique, celles-ci n'avaient pas été mises à profit pour renforcer l'état de droit ou l'indépendance de la justice, faire reculer l'impunité, revaloriser la fonction publique, élever le niveau de vie des provinces. Le meilleur maire que Phnom Penh n'ait jamais connu avait été limogé. [... ] La classe politique, tous partis confondus, s'est avérée majoritairement irresponsable. " (Raoul Marc Jennar, docteur en études khmères).
Depuis cet amer constat, peu de choses ont changé au Cambodge. Les hommes politiques ont continué à s'enrichir au plus vite et à vendre leur pays au plus offrant : concessions forestières, minières, immobilières, licences de casino... et invariablement, les pauvres refusant de quitter leur terre sont expulsés par l'armée ou la police, leurs maisons rasées par des bulldozers... Certains personnages puissants obtiennent ainsi illégalement, par subterfuges ou par la force, les propriétés qu'ils convoitent. A noter que la plupart de ces notables sont d'anciens Khmers rouges ou des individus d'obédience vietnamienne.
Les syndicalistes et militants d'opposition sont systématiquement muselés, emprisonnés et taxés de lourdes amendes. Accusés de divulguer de fausses informations, ils sont condamnés par des tribunaux aux ordres. En revanche, les assassinats d'opposants ne sont jamais élucidés. Des milliers de jeunes entrant chaque année sur le marché du travail ne trouvent pas d'emploi, ce qui a pour effet d'augmenter la prostitution et de favoriser la délinquance. La conscription a été rétablie, pour mobiliser les jeunes. Mais il y a tout de même plus de 800 généraux cambodgiens, soit 1 pour 15 hommes du rang (record mondial !). Jamais l'écart entre riches et pauvres n'a été aussi important. La précarité des petites gens est extrême et une simple maladie peut précipiter une famille entière dans la misère. Aucune forme d'expression démocratique n'est tolérée par le pouvoir : ceux qui ont contesté l'accord secret sur les frontières, passé entre Hun Sen et le Viêt Nam, ont été jetés en prison. Hun Sen tiendra fermement le gouvernail tant que les Cambodgiens préfèreront baisser la tête en espérant qu'il ne leur arrivera rien de fâcheux. Mais pour combien de temps ?

Le Cambodge aujourd’hui

Les années 2000 ont été marquées par le procès d'anciens dirigeants khmers rouges. Précisons quelques repères chronologiques. Plusieurs événements concourent en 1997 à la demande d'aide du gouvernement cambodgien aux Nations unies afin de traduire en justice les anciens responsables du régime du Kampuchéa démocratique. L'année précédente en effet, on assistera à la reddition d'anciens dirigeants khmers rouges contre une amnistie royale et à la montée en puissance de certaines associations faisant du lobbying conjugué à une intensification de la pression internationale. L'ensemble de ces événements décideront le gouvernement à agir. Suite à de longues tractations, en 1999, Hun Sen et l'ONU arrivent à un accord visant à mettre en place une structure juridique cambodgienne spécifique répondant aux normes internationales. C'est ainsi que sont créées en 2001 les chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens (CETC) pour " juger les crimes commis sous le Kampuchéa démocratique ". Loin de mettre tous les protagonistes d'accord, il faut attendre juillet 2006 pour que les juges (17 cambodgiens et 12 internationaux) prêtent enfin serment.
Depuis lors, Ta Mok, dit " le boucher ", est mort en 2006 à l'âge de 80 ans sans avoir été jugé et Douch, patron sanguinaire de la prison de Tuol Sleng S21, a été condamné en 2012 à la réclusion à perpétuité. Ieng Sary, ex-ministre des affaires étrangères, est mort en détention en mars 2013 à l'âge de 87 ans. Quant à Ieng Thirith, ex-ministre des affaires sociales et veuve de Ieng Sary, elle a pour sa part été libérée. Elle a perdu la raison et a été déclarée inapte à être jugée. En novembre 2018, les procès de Nuon Chea, " frère numéro deux ", et de Khieu Samphan, l'ex-chef de l'Etat du Kampuchéa démocratique, ont enfin donné leur verdict. Les chefs d'accusation retenus contre les deux derniers accusés étaient les suivants : crimes contre l'humanité, crimes de guerre et génocide. Nuon Chea et Khieu Samphan avait déjà été condamnés à la prison à vie en 2014 pour crimes contre l'humanité, notamment pour avoir ordonné l'évacuation forcée de la population de Phnom Penh, en avril 1975.
Le tribunal a jugé que Nuon Chea, étant " chargé de l'exécution des ordres donnés par Pol Pot ", était " responsable, en tant que dirigeant, pour tous les crimes, ce qui inclut les crimes de génocide contre les membres de l'ethnie cham ". Quant à Khieu Samphan, il a été jugé coupable pour les crimes commis à l'encontre de la minorité vietnamienne.
Les interrogations concernant la pertinence du procès ont souvent déclenché des polémiques, et nous n'en résumerons que les principales. Tout d'abord, il s'agissait de juger un petit nombre d'acteurs du régime dont il est difficile à l'un ou à l'autre d'imputer l'entière responsabilité. De plus l'accusation de génocide posait un problème de fond car la définition fait grand débat dans le cas de ce régime. La notion d' " autogénocide " a un temps été proposée, mais ne prenait en compte les massacres sur les minorités religieuses. Ensuite, une succession d'accords au nom de la réconciliation nationale avait mené à des promesses d'amnistie et de réintégration dans la vie civile. Par conséquent nombre d'anciens Khmers rouges vivent aujourd'hui en totale liberté... Et la question fondamentale : dans quelle mesure le peuple cambodgien interprète l'ensemble du procès ?
On peut néanmoins espérer qu'aux termes de ces nombreux débats, les historiens mettront un jour de l'ordre dans cette période sombre de l'histoire de l'Humanité, et que comme le souhaite Rithy Panh dans son livre L'élimination, " avec le travail du temps, [on puisse] comprendre, expliquer, se souvenir - dans cet ordre précisément ".
Toujours dans le sillage du procès des Khmers rouges, une loi controversée contre le négationnisme du génocide a été entérinée par le Premier ministre Hun Sen en juin 2013, soi-disant afin de tirer les leçons de cette période et faire en sorte qu'elle ne se répète plus. Certainement une bonne chose en soi, mais avec des zones d'interprétation encore très floues... Alors, véritable instrument de mémoire ou simple outil de chasse aux sorcières politique ? Seul l'avenir le dira.

La médiatisation de ce procès dans le monde entier a surtout permis à Hun Sen de mener sa propre politique sans être inquiété outre mesure par d'éventuelles sanctions internationales. Inspiré par le modèle politique chinois -dictature à parti unique et économie ultra-libérale - Hun Sen n'a pas hésité à museler l'opposition en arrêtant régulièrement ses principaux opposants. Aujourd'hui, le Parti du peuple cambodgien est de facto un parti unique. Dans chaque village, petite ville ou quartier de Phnom Penh, vous verrez partout les officines de son parti, mais jamais celui de ses opposants. Un climat politique qui a rapproché Hun Sen de Pékin : le gouvernement chinois multiplie les investissements au Cambodge et est devenu l'interlocuteur privilégié du Premier ministre. Les opposants et les activistes dénoncent cette " colonisation " économique de la Chine. Ceci dit, le pays a réellement besoin d'infrastructures et seuls les capitaux chinois semblent en mesure de répondre à ce manque.

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