Guide des Seychelles : Population et langues

Population

" Les Seychelloises ont juste assez de français pour avoir de jolies formes, d'anglais pour avoir de bonnes manières, d'asiatique pour être exotiques et d'africain pour avoir un charme sauvage. " Difficile de trouver plus bel éloge de la femme seychelloise que celui d'Alec Vaugh ! Il rend également hommage à la créolité et au métissage d'un peuple qui, n'ayant guère plus de deux siècles d'existence, se trouve être l'un des plus jeunes au monde. C'est le fruit d'un étonnant brassage puisqu'on est là à la croisée de tous les chemins planétaires, les Seychelles multipliant les racines qui fondent leur identité. Toutes les cultures du monde se sont aventurées par là... et y ont déposé leurs semences. Français, Anglais, Indiens, Chinois et descendants d'esclaves déportés de force de l'Afrique continentale et de Madagascar ont donné lieu à un melting-pot riche en nuances, à une amusante gamme de termes désignant les variantes de ce peuple qui compose une véritable ode au métissage. On parlait ainsi de " Grands Blancs " pour nommer les quelques descendants des colons d'origine française, et de " Mozambiques " à propos des descendants d'origine africaine ou malgache. L'expression " Blancs coco " désigne les Blancs pauvres et illettrés qui récoltaient les noix de coco dans les plantations, alors que " Blancs rouillés " ou " Rougeons " évoquent des gens légèrement métissés.

La patronymie. Mais dans ce merveilleux melting-pot on trouve aussi des créoles mulâtres, des créoles chinois et des créoles malabars, c'est-à-dire des métis d'origine européenne, chinoise ou indienne. Toutefois, les Seychellois d'origine indienne se marient rarement hors de leur ethnie, où les mariages sont encore arrangés par les familles. Les actuels descendants des Grands Blancs ne souffrent pas de discrimination, car il n'existe pas de racisme aux Seychelles. Les habitants sont liés par la langue créole, la religion, principalement catholique, et un fort sentiment national comme seuls savent le susciter les petits pays, a fortiori insulaires. Toutes les combinaisons ethniques ont donc été possibles et, en deux cents ans, un peuple à nul autre pareil s'est constitué, le peuple seychellois. A Victoria, il suffit de s'installer à la terrasse du Pirates Arm pour constater l'incroyable brassage racial. En sirotant un cocktail, on peut en savourer un autre, visuel celui-là, des jeunes Seychellois qui se donnent rendez-vous dans l'un des rares endroits de la capitale où l'on puisse prendre un verre. Difficile de deviner les origines précises de ces jeunes créoles ! Les filles peuvent s'appeler Janet Vénus ou Joséphine Cupidon, Marie Jolicoeur ou Julianne Labiche, Hortense Ladouceur ou Elizabeth Labonté, Lisette Lajoie ou Emeline Larue.

Ou bien encore Francine L'Espérance ou Zita Lespoir, Céline Cadeau ou Agnès Louange, Sheila Confiance ou Dania Constance, Simone Bibi, Florence Dodo ou Jessie Capricieuse. Héritage de la première vague de colons, les Seychellois portent en effet majoritairement des patronymes français.

Il suffit d'ouvrir l'annuaire téléphonique, et de le parcourir comme un livre, pour découvrir un florilège bien de chez nous, avec, de temps en temps, un Ak-Koon (chinois), un McQueen (britannique), un Tamatave (malgache) ou un Thamarajah (indien) venant s'intercaler entre Daphné Folette, Philibert Radegonde, Bernardin Rosalie, Julienne Gédéon, Brenda Vieille, Charlie Zéphirin ou Jimmy Rosette. Sans oublier les Dubois, Dufour, Dubuisson, Dumoulin, Duprès, Duval et autres qui côtoient les de Charmoy Lablache, de Commarmond, de Saint-Jorre, d'Offay, d'Unienville, Charmoy de Lestang et Michaud de Lestang qui rappellent les origines aristocratiques de nombre de pionniers.

On ne s'en lasse vraiment pas... Ce n'est pas tous les jours qu'on croise des gens qui s'appellent Létourdie ou Léveillé, Reine ou Soleil, Nourrice ou Baron, Télémaque ou Jupiter, Rideau ou Octobre, Souffre ou Accouche !

Dans l'état civil local, les touristes pourront également puiser des idées de prénoms pour leur progéniture à venir, le choix étant là aussi très cosmopolite : en ce domaine, le Seychellois se montre plus que jamais ouvert sur le monde. Aux vieux prénoms de France comme Ariette, Désiré, Gertrude, Herminie, Joséphine, Melchior, Philomène, Marguerite, Théophile, Adrienne, Hypolite, Rénald, Justin ou Rogatien s'ajoutent d'autres venus de toute la planète : Edwina, Giovanni, Greta, Maxwell, Shiva, Joyce, Olga, Gulam, Rajaran, Rosalita, Tasiana, Ibrahim, Phiroz, Shafik ou Yvana. Le Seychellois sait aussi faire preuve d'originalité avec Agnella, Astre, Castor, Edouarine, Florina, Frankline, Jeanne d'Arc, Maxwell, Mélitine, Person, Sultanne, Théoline, Violet... A La Digue, on a même refusé (chose rare !) un Pénis Radegonde ! En tout cas, la liste reste ouverte au gré du hasard et de la fantaisie dont feront preuve monsieur Aimable et mademoiselle Capricieuse, monsieur Saint-Ange et mademoiselle Binette quand ils auront des " pti baba ".

Langues

Les Seychelles et le français. La langue française, par le nombre de ses pratiquants, oscille entre la neuvième et la onzième place au monde. Au total, 126 millions d'hommes parlent le français comme langue maternelle ou seconde langue d'usage courant et cent autres millions parlent le français comme langue étrangère. En outre, on compte 27 000 francophones seychellois, 6 000 000 francophones belges et 250 000 Louisianais francophones. Lancé par le géographe Onésime Reclus à la fin du XIXe siècle, le terme de francophonie a été repris par le président sénégalais Senghor, qui eut l'idée de l'appliquer " pour faire quelque chose ensemble afin de défendre la langue et la culture françaises ". Un sommet francophone a d'ailleurs lieu chaque année dans un des pays frères. Si l'aura de la France n'est plus ce qu'elle était autrefois, la politique francophone française demeure néanmoins très active. Dotée d'un ministère délégué à la Francophonie, la France est le pays qui fait le plus pour le rayonnement de sa langue dans le monde.

Notre pays entretient de bonnes relations avec les Seychelles, pays, certes, peu peuplé, mais situé au sein d'un contexte géographique on ne peut plus francophone avec la relative proximité de La Réunion, de Madagascar et de l'île Maurice. Ainsi, la France et les Seychelles ont signé en juillet 2000 un protocole de financement d'un projet d'appui à la lecture publique et à la promotion du livre français.

A l'école, l'apprentissage de l'écriture et de la lecture s'effectue dans la langue maternelle, le créole, et les enfants commencent à apprendre l'anglais à partir de la deuxième année du cycle primaire. En perte de vitesse, le français était obligatoirement la troisième langue enseignée jusqu'à il y a peu, une fois l'anglais assimilé. Mais les jeunes parlent de moins en moins le français sur l'archipel. Si, en théorie, créole, anglais et français sont les trois langues officielles, force est de constater que le français tient toujours un rôle important dans le domaine religieux, tandis qu'il est détrôné par l'anglais dans l'administration et par le créole dans la vie quotidienne. Un vieux Seychellois saura mieux répondre à vos questions qu'un jeune, qui parlera plus spontanément anglais. Apparemment, toute une génération (celle qui a aujourd'hui 25-30 ans) se désintéresse du français. La mondialisation à l'anglo-saxonne a évidemment contribué au recul de la première langue coloniale des Seychelles. La prochaine génération devrait en revanche mieux maîtriser le français, désormais enseigné dès la maternelle. " Pendant longtemps, le français a été confisqué par les Grands Blancs et l'Eglise. Aujourd'hui, il a définitivement perdu son aura de langue élitiste pour gens cultivés. Maintenant dépoussiéré, il est une langue plus immédiate et appelée à reprendre de l'importance ", souligne un décideur (à la fois français et seychellois) du ministère de la Culture, où, là comme dans tous les bureaux, on travaille à l'anglaise, pour la comptabilité notamment. L'anglais a gagné du terrain, mais tant dans la presse écrite qu'à la radio et à la télévision, un semblant d'équilibre entre les trois langues est toutefois maintenu. Mais les liens de la fraternité linguistique ou ceux de la nécessité économique (coopération dans les domaines de la pêche et de l'éducation, notamment) ne sont pas les seuls.

L'Alliance française compte à Victoria quelque trois mille adhérents, son siège, Bois de Rose Avenue, ayant pour cadre un beau bâtiment de style néocolonial. On peut non seulement y acheter les plus grands magazines français, reçus le lundi, et en feuilleter d'autres, mais aussi choisir l'un des quelque cinq mille livres de la bibliothèque.

Maintes vidéos sont aussi disponibles, forcément à la gloire de la langue de Molière et du vicomte Jean Moreau de Séchelles (le contrôleur général des finances de Louis XV, qui donna son nom à cette nouvelle possession... où il ne vint jamais). Le français fait l'objet de cours, que suivent plusieurs centaines de Seychellois, l'Alliance française propose encore un film par mois et le ministère de la Culture organise en mars la Semaine de la Francophonie, ponctuée d'animations illustrant l'attachement des Seychellois à la langue, à la culture et à l'art de vivre français. Et TV 5 est diffusé aux Seychelles.

La créolité. Il aura fallu attendre quelques années supplémentaires pour que le créole devienne une langue à part entière, enfin pleinement considérée comme l'expression d'une véritable culture populaire. Mais une réelle prise de conscience était en train de s'opérer du côté de ceux qui voulaient le pouvoir. Cependant, c'est la Dominique, petite île des Caraïbes, qui prit l'initiative de mettre à l'honneur cette langue du coeur en célébrant la première journée créole, en 1981. Quatre ans plus tard, en 1985, l'idée d'une journée créole internationale fut acceptée par la majeure partie des pays de langue créole. Cette même année, aux Seychelles, Danielle de Saint-Jorre, alors secrétaire exécutive de l'association Bann Zil Kreol (les Iles créoles), lançait l'idée d'une série d'activités s'étalant sur plusieurs jours. La Journée créole devint la Semaine créole, puis le Festival créole. Depuis, chaque automne à la fin octobre, les Seychelles deviennent un carrefour du dialogue et de l'amitié créoles. Des représentants de la diaspora créole s'y retrouvent pour un festival haut en couleur qui décline toutes les facettes de la culture créole francophone, de la littérature à la cuisine, de la musique à l'architecture, de la mode à la danse, de l'artisanat au théâtre, etc. Durant neuf jours de fête et de dialogue, on découvre le patrimoine créole, et l'on se familiarise avec les multiples richesses d'expression de la kiltir kreol (culture créole). Patrick Pillay, qui fut à la fin des années 1990 un charmant et humaniste minis Lazenes ek Kiltir (ministre de la Jeunesse et de la Culture), a contribué à donner un véritable élan populaire à ce festival devenu la principale manifestation culturelle et festive de l'île de Mahé. Ainsi, programmé tous les ans, le Festival créole rassemble un public considérable dès la soirée d'ouverture.

De defile lanmod (défilé de mode) en konkour discour (concours de discours) et de leksposition zwe tradisyonnel (exposition de jouets traditionnels) en konferans (conférence) sur kreolite dan lemonn, lemonn dan kreolite (la créolité dans le monde, le monde dans la créolité), en passant par sware literer (soirée littéraire) en kozri plibik (causerie publique), le lancement du festival est riche en événements...

Une soixantaine de rendez-vous constituent l'affiche de ce festival dont les temps forts sont un dimans kreol bor lanmer (dimanche créole au bord de la mer), une sware kreativite (soirée créativité) donnée par les élèves de Mahé, et bien sûr lanimasyon dan lavil (l'animation dans la ville), couronnée le samedi par laserenad (la sérénade), ce défilé bon enfant ayant réuni en mizik (musique), dans un long cortège de chars animés, pas moins de quinze cents personnes ziska stad (jusqu'au stade), où nombre de chanteurs et musiciens de l'océan Indien vont jusque très tard se succéder sur une immense scène. Et comme d'habitude, les festivités prennent fin le lendemain soir jusqu'à bonmatin (au petit matin) sur les parquets antiques de Lenstiti Kreol (l'Institut créole), avec un bal à l'ancienne comme au temps du kamtolé. Quelle affiche attachante, à la fois culturelle et festive, tournée autant vers ban vieyar (les vieillards) que vers lazenes (la jeunesse). Au nom de la tradisyon... en mouvement ! Sans cesser d'entretenir sa riche mémoire, le monde créole tente aussi de s'inventer un avenir et de mieux ancrer sa solidarité dans le paysage culturel mondial. Le festival kreol, c'est aussi le pari du naturel, de la spontanéité créative à l'ère des réseaux informatiques et du multimédia.

Nou pre, nou lwen. A travers le monde, séparés par les océans et les continents, plus de quinze millions d'hommes, dont deux millions de Français, ont en effet en commun une langue, ce qui n'exclut pas des spécificités locales. Des peuples gommant les frontières se retrouvent unis, malgré la dispersion géographique, par une même culture et des racines identiques, celles de peuples nouveaux issus de la migration et du métissage. C'est ainsi que Maurice, Rodrigues, La Réunion, la Dominique, la Guadeloupe, la Martinique, Haïti, Sainte-Lucie, la Guyane et la Louisiane se donnent annuellement rendez-vous aux " zil Sesel ". Ecrivains, linguistes, chercheurs, peintres, musiciens, chanteurs, danseurs et autres artistes de ces différentes communautés deviennent, le temps d'un festival, les ambassadeurs culturels du monde créolophone, avec, pour slogan " Nou pre, nou lwen " (nous près, nous loin) - autrement dit, nous sommes proches même si nous sommes éloignés. Dès lors, ce forum constitue un rendez-vous majeur de la créolité, financé pour un tiers par l'Etat, pour un tiers par le secteur privé et pour un tiers par l'aide institutionnelle (Union européenne, Agence de la Francophonie, Commission de l'océan Indien, etc.). C'est un rendez-vous important pour un peuple dont la jeune génération a tendance à s'américaniser. Aussi ce festival entend-il lui rappeler sa véritable identité. Il est vraiment intéressant de découvrir les Seychelles lors de cette grande manifestation durant laquelle le peuple seychellois affirme, conforte et célèbre son appartenance à une langue et à un mode de vie communs. Vitrine du monde créole en général et des Seychelles en particulier, ce festival réunit avant tout un peuple fier de sa culture et content de pouvoir vivre sa créolité au quotidien.

La langue créole. " Si ou servi kapot (Durex) toultan, e si ou servi li byen, ou kapab protez ou ek partner kont maladi transmet par seks enkli Sida ". De base lexicale française, et s'écrivant phonétiquement, le kreol seselwa est vraiment facile à comprendre. Si la première lecture ne semble pas évidente, il faut relire à voix haute cette fois, ce qui donne : " Si vous vous servez des capotes (Durex) tout le temps, et si vous vous en servez bien, vous pouvez vous protéger ainsi que votre partenaire contre les maladies sexuelles y compris le sida. " Le créole des îles de l'océan Indien apparaît à La Réunion (nommée alors Bourbon) au début du XVIIIe siècle, lors de la colonisation. De même que Maurice (alors île de France), La Réunion sera terre d'accueil et d'espérance pour beaucoup de cadets des familles nobles auxquels le fameux droit d'aînesse ne laisse que trois possibilités : l'armée, la religion ou l'aventure dans les colonies. Ces îles sont des terres d'accueil, mais aussi de misère pour de nombreux esclaves. Issus de diverses tribus ayant chacune leur dialecte, les travailleurs forcés adoptent le parler du colon, en le simplifiant et en le déformant à cause d'évidentes difficultés de prononciation. La langue créole naît surtout de la nécessité de dialogue entre d'une part les esclaves provenant des côtes africaines et malgaches, et de l'autre le maître européen. Elle est aussi liée à l'organisation de la répartition des tâches au sein des plantations avec un dialogue à deux niveaux : du maître au contremaître (souvent métis) et du contremaître à l'esclave. Toutes ethnies mêlées, les esclaves, coupés de leurs racines et unis malgré eux par l'isolement et la pauvreté, abandonnent progressivement la langue de leurs ancêtres pour adopter l'héritage linguistique provincial de leurs maîtres, le français en l'occurrence, métissé de quelques mots africains et indo-portugais. Le terme créole a d'ailleurs deux étymologies, l'une portugaise, de crioulo, l'autre espagnole, de criollo, toutes deux issues du latin criare qui signifie " celui qui est élevé sur place ", c'est-à-dire l'enfant des premiers immigrants européens. Plus tard, ce mot désignera la population noire et son sens s'étendra à toute personne native du Nouveau Monde, avant que les linguistes ne l'emploient pour désigner la langue née de la colonisation. Ce terme porte donc en lui les blessures du déracinement, les morsures du fouet, mais aussi les promesses d'un peuple nouveau. Coutumes et cultures, rythmes et intonations diverses composent un pot-pourri pittoresque et mélodieux, première étape d'un parler local. Ensuite, le créole s'éparpille dans les autres îles de l'océan Indien, suivant les pérégrinations des hommes. Bien que les événements historiques et politiques leur fassent subir des évolutions séparées et des caractéristiques linguistiques différentes, ces différents créoles gardent un air de famille. A La Réunion, qui est toujours restée sous le giron français, le cousinage est flagrant. A l'île Maurice, le créole s'est enrichi d'indianismes. Aux Seychelles, la langue est vraisemblablement la plus proche de son état originel, mais il est difficile de l'affirmer devant l'absence de documents écrits, car le créole était avant tout une langue parlée. Le créole est le seul moyen d'expression et de communication de tout un peuple de travailleurs qui s'organise socialement.

La société coloniale, qui voit dans ce parler bâtard une pacotille exotique permettant aux maîtres de transmettre les ordres aux esclaves, le bannit des écoles, de l'église et, bien sûr, de toutes les institutions.

Néanmoins, fortement enraciné dans la culture populaire, ce parler que les colons appellent sans aucune considération du petit nègre, continue à se développer spontanément, parallèlement au français et à l'anglais, jusqu'à devenir une langue à part entière. En 1944, une réforme de l'institution publique donne, bien malgré elle, un sérieux coup de pouce à l'avancement du créole. Pour promouvoir l'anglais dans le système scolaire, le français est supprimé. Par conséquent, la langue la plus populaire, au sens strict du terme, en profite pour mieux s'implanter. En 1967, avec le suffrage universel, la politique fait son entrée dans la vie publique. Pour séduire leur électorat, les politiciens doivent parler en créole, qui conquiert du même coup la radio et les journaux, et obtient virtuellement le statut de langue officielle. Au moment de l'indépendance du pays, en 1976, le créole sert de langue de travail au même titre que les deux autres langues officielles, l'anglais et le français. En 1977, le peuple entonne un hymne national en créole. Le gouvernement étend l'usage de la langue à tous les domaines de la vie.

En 1978 paraît une proposition pour une orthographe rationnelle et donc phonétique de cette langue avant tout orale, qui, en 1981, se voit élevée pour la première fois au rang de langue officielle. Deux ans plus tard, Danielle de Saint-Jorre et Guy Lionnet publient un dictionnaire regroupant quelque six mille termes seychellois, tandis que sont édités les premiers livres en créole. L'Institut créole sera créé en 1986. " Nous avons longtemps vécu à tort avec l'idée que le créole était une langue bâtarde alors qu'il est un idiome à part entière, d'une incontestable richesse puisqu'on traduit aussi bien Le Petit Prince qu'Antigone. Ceux qui s'obstinent à le considérer comme un français corrompu devraient admettre, s'ils suivaient leur principe, que le français lui-même fut, au départ, une corruption du latin. Le contexte sociologique dans lequel français et créole se sont développés est d'ailleurs sensiblement le même ", soulignait Danielle de Saint-Jorre. Première langue nationale de la République des Seychelles, le kreol seselwa est donc un français revu et corrigé ayant trouvé sa propre identité et constituant le principal ciment de tout un peuple.

Une langue " zoli zoli ". Quel délice pour un Français d'entendre la mélodie du créole ! Quel plaisir aussi d'y retrouver des mots de vieux français comme doutance pour soupçon, espere (espérer) pour attendre, marmay (marmaille) pour enfant, rode (rôder) pour chercher, veye (veiller) pour regarder, gagne (gagner) pour avoir, reste (rester) pour habiter, gete (guetter) pour regarder, kose (causer) pour parler, taye (tailler) pour courir. On reconnaîtra sans difficulté les termes des marins qui débarquèrent ici, tels akoste (accoster) pour appuyer contre, amare (amarrer) pour attacher, pare (parer) pour être prêt, bor (bord) pour direction. On sera surpris par quelques anglicismes comme benzine pour essence, diary pour agenda, driver pour conducteur, sennglas (sunglasses) pour lunettes de soleil, dobliyousi (water-closet). Vous constaterez également des mots d'origine swahilie (kafoul, coque de la noix de coco) ; d'origine indienne (kalou, vin de palme) ; d'origine malgache (farfar, claie pour fumer le poisson). Sans article, sans genre, sans pluriel et avec seulement trois temps - le passé, le présent, le futur, soit mon ti ale, mon ale, mon per ale (je suis allé, je vais, j'irai) - et sans véritable conjugaison, la grammaire créole s'apprend relativement facilement. Quant au vocabulaire, il semble apparemment évident avec un système de négations : un kos pas (cause pas) est un muet ; d'associations : une abeille est une mous dimyel (mouche du miel), une bebet prive (bébête privée) est un animal domestique ; d'images : une fanm gro vant (femme gros ventre) est une femme enceinte, une ponm zenou est la rotule, un kolodan (colle aux-dents) est un nougat ; d'onomatopées : gnongnon pour violon, kotkot pour poule ; de déclinaisons à partir d'un même mot : bato a vwal (voilier), bato diri (cargo amenant le riz), bato lager (bateau de guerre), bato peser (bateau de pêcheur), bato plezans (bateau de plaisance), bato sovtaz (canot de sauvetage). C'est un langaz zoli zoli ayant tous les atouts pour susciter des vocations linguistiques avec son vokabiler imagé foisonnant d'odeurs et de couleurs. En tout cas, c'est le meilleur des passeports pour entrer en Créolie !

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