Guide de Mayotte : Histoire

Mayotte, le dernier département d'outre-mer français

Mayotte, petit caillou du canal du Mozambique, vieille de 9 millions d'années et grande comme un canton métropolitain, est sans aucun doute le dernier territoire français à demeurer si méconnu de la mère patrie à laquelle elle a choisi d'être rattachée en 1974. L'île au lagon, l'île aux parfums, ou bien encore l'île Hippocampe (en raison de sa forme géologique qui ressemble à celle du célèbre cheval de mer), ont entériné en mars 2009 la départementalisation de leur île qui rejoint le cercle très fermé des DOM. En effet, les Mahorais avaient depuis 35 ans, en permanence, exprimé leur profond désir d'être français et non comoriens. Par trois fois déjà, ils avaient été consultés sur le sujet et, à chaque reprise, ils ont, à plus de 70 % des suffrages, émis le souhait de vivre à l'ombre de la bannière tricolore bercée par une attachante Marseillaise. Le score du dernier référendum est sans appel avec 95 % de oui, petit bémol sur la participation avec 60 % des votants présents aux urnes. La révolution est donc en marche, elle est d'ores et déjà de plus en plus visible en métropole où les médias ont intégré dans leurs lignes éditoriales l'île au lagon, à l'image de TF1 qui, après le journal de 20h chaque jour, livre la météo locale. Ou bien encore les agences de voyages françaises et européennes qui désormais vendent la destination comme l'une des dernières grandes découvertes à réaliser en ce début de millénaire. Mayotte possède le charme de l'Afrique et tout le confort de la France formant un cocktail des plus dépaysants.

C'est pourquoi Hippocampe est en pleine mutation, le niveau de vie augmente, le droit commun français est applicable dans sa quasi-totalité depuis le premier janvier 2008, désormais l'Europe intègre le territoire en tant que dixième région ultra-périphérique (RUP), les infrastructures communautaires se créent avec pour plus bel exemple 5 établissements scolaires du second degré construits entre 2000 et 2007, auxquels il convient d'ajouter les reconstructions et entretiens du parc existant. Aucun département français ne peut se vanter à l'heure actuelle d'un tel programme. Mayotte si !

Ecoles, supermarchés, port marchand, aéroport international, son plus grand lagon fermé du monde qui est devenu une réserve naturelle en 2010, hôtels, banques, restaurants, opérateurs téléphoniques, etc, etc. Le temps du camembert en conserve, le petit Gérard qui arrivait par bateau une fois tous les 6 mois et figurant l'un des liens marquants avec la France est bel et bien révolu. L'île touche enfin son rêve : devenir département français et vivre comme un Français... Mais avant d'arriver à ce fantastique aboutissement, à l'inscription de l'île notamment à la constitution française en mars 2003, les Mahorais auront dû subir de très nombreuses épreuves, lutter, patienter. Leur histoire ne ressemble pas à un conte de fées, même si tout finit bien. De la période animiste swahili à l'islam, de l'installation des Portugais dans l'archipel des Comores à l'ère de domination malgache pour aboutir à la colonisation française et enfin au rattachement à la France, dix siècles se seront écoulés et bien souvent des siècles de souffrances.

Avant d'être française, Mayotte faisait partie intégrante de l'archipel des Comores composé alors de quatre îles soeurs, Grande Comore, Anjouan, Mohéli, Mayotte, aux histoires communes, mais aux attitudes et personnalités différentes. Pour l'anecdote, les Grands Comoriens sont vus par les habitants des autres îles comme des palabreurs, ceux qui font la politique et parlent beaucoup. Les Anjouanais sont quant à eux vus comme des travailleurs, des agriculteurs, tandis que les Mohéliens sont considérés comme des dormeurs et les Mahorais des fêtards.

La vision est bien évidemment réductrice, mais comme dans toute légende, il y a souvent une part de vrai.

En attendant, et pour injecter un peu de magie à ce volet historique, l'archipel, situé entre le continent africain et l'île rouge, la grande Madagascar, constituait un point de passage quasi obligé pour les navigateurs empruntant le canal du Mozambique.

Ils y trouvaient repos, nourriture et eau douce, à une époque lointaine où les seuls moyens de propulsion n'étaient autres que le vent et l'huile de coude. Il est donc permis de dire, sans pour autant fournir de date précise, que cette minuscule zone de l'océan Indien fut très tôt habitée par des tribus nomades, des civilisations grandissantes à la recherche de nouveaux territoires, de nouvelles richesses, à l'image du roi Salomon qui le premier aurait largué les amarres de ces navires quasiment un millénaire av. J.-C.

En effet, Salomon était un marin conquérant qui, marié à la reine de Saba (royaume situé dans l'actuel Yémen, au carrefour des grands empires Perse, d'Inde ou de Chine), parcourait les océans à la recherche des sels et épices, de l'or et des pierres qui élevèrent le mythique temple de Jérusalem.

Il y eut donc beaucoup de passages au fil des siècles, cette partie du monde étant alors l'une des plus développées, l'une des plus riches, l'une des plus puissantes.

Un tout petit peu plus proches de nous, au VIIIe siècle après J.-C., les Austronésiens, originaires de l'archipel Indonésien (Kalimantan et Sulawezi), prirent la mer partant de l'Asie du Sud-Est à l'océan Pacifique, mais aussi l'océan Indien, jusqu'à Madagascar et, par voie de conséquence, les Comores. Le site archéologique de Koungou a fourni des charbons datés par analyse carbone 14 de cette époque.

Au-delà des yeux bridés que l'on retrouve fréquemment aujourd'hui chez les habitants de la région, ces incroyables navigateurs partagèrent leur savoir, leurs connaissances, leur maîtrise de la navigation. C'est la raison pour laquelle, de la Polynésie à la Grande Ile, les embarcations possèdent les mêmes techniques, les mêmes caractéristiques (la pirogue à balancier), tout comme l'agriculture d'ailleurs, avec la culture sur brûlis, l'amour du riz, du lait coco et surtout de la banane...

Chronologie

Du VIIe siècle au XIe siècle après J.-C.> Période swahilie.

Du XIe siècle au XVIe siècle> Islamisation des Comores.

1500-1505> Découverte, installation, et départ des Portugais.

1506> Arrivée des Shiraziens.

1566> Première mosquée à Tsingoni (Mayotte).

Du XVIe au XVIIIe siècle> Installation de Malgaches à Mayotte.

De 1750 à 1820> Razzias malgaches et fortifications des villes.

1841> Mayotte est vendue à la France par le sultan Andriantsouli.

1843> Ratification par Louis-Philippe, avec deux ans de retard, du traité de cession de Mayotte à la France. Cette même année, Mayotte, jusque-là administrée depuis l'île Bourbon, devient dépendance de Nosy-Be.

1845> Passot interdit le recrutement des esclaves à Mayotte.

1847> Abolition " officielle " de l'esclavage.

1864 > Première école publique à Dzaoudzi.

1886> La Grande Comore et Anjouan sont placées sous protectorat français.

1892> Mohéli est placée sous protectorat.

1912> Les Comores prennent le statut de colonie française.

1914> Les Comores sont placées sous la dépendance de Madagascar.

1946> Les Comores sont détachées de Madagascar et deviennent un TOM. Abolition du " travail forcé ".

1953> Visite du général de Gaulle.

1956> Loi-cadre (Deferre) instituant une Assemblée territoriale.

1959> Transfert de la capitale de Dzaoudzi à Moroni. Les Mahorais se rebellent.

Octobre 1969> Zakia Madi est tuée lors d'une manifestation à Mamoudzou.

1974> Consultation des peuples comoriens au sujet de l'indépendance (Mayotte dit non à l'indépendance à 63,8 %).

1975> Les Comores déclarent leur indépendance. Mayotte choisit d'être française et le restera. Blocus et " marche verte " contre Mayotte en représailles.

1976> Deux votes organisés à Mayotte pour confirmer son choix puis son statut. L'île est érigée collectivité territoriale à statut particulier, mais 80 % réclament vouloir devenir DOM. Durant 25 ans, Mayotte va se développer et attendre un nouveau statut jusqu'en 2001. Dans la république des Comores, vingt-cinq années de coups d'Etat et de mercenariat ruinent les trois îles.

Mars 1977 > Younoussa Bamana devient le premier député à Mayotte à l'Assemblée nationale.

Avril 1977> Création, par ordonnance, du Conseil général et des 17 communes de Mayotte.

1986 > Visite du Premier ministre, Jacques Chirac. Intégration de Mayotte dans la loi-programme relative au développement des DOM.

Avril 1989> Premier journal télévisé local diffusé par RFO Mayotte.

Janvier 1994> Mayotte passe de 17 à 19 cantons.

1995> Edouard Balladur instaure un visa aux Comoriens pour Mayotte. La libre circulation inter-îles n'existe plus, c'est le début de l'immigration clandestine de masse.

1997> Anjouan et Mohéli font sécession et déclarent leur indépendance vis-à-vis de l'Union. Anjouan réclame aussi d'être réintégrée à la France, qui refuse. La guerre civile fait rage, l'armée régulière comorienne est repoussée.

1998> Proclamation d'une Constitution autonome à Anjouan.

1999> Un coup d'Etat installe le dernier pouvoir en date. Les pourparlers avec l'OUA pour un règlement pacifique aboutissent à une nouvelle Constitution dans laquelle la Grande Comore et Mohéli sont intégrés. Anjouan refuse et reste rebelle au pouvoir.

1999 > Décès de Zéna M'déré, cofondatrice du Mouvement populaire mahorais.

2000> L'OUA décrète un embargo intégral pour punir Anjouan. Des milliers de morts, guerre, choléra, boat people. A Mayotte, le peuple est consulté au sujet de son avenir.

2001> Les pourparlers aboutissent à la création de l'Union des Comores, un Etat fédéral où les trois Etats seront autonomes : Anjouan, Grande Comore et Mohéli. L'embargo sur Anjouan est levé officiellement en janvier. Parallèlement, Mayotte reçoit le statut de collectivité départementale.

2004> A Mayotte, les pouvoirs exécutifs sont transférés au conseil général. Le conseil général de Mayotte est composé de dix-sept conseillers sous la présidence de Saïd Omar Oili, élu à ce poste le 28 mars 2004. La France qualifie l'immigration clandestine à Mayotte de " fléau ".

Mars 2007> Lettre de Nicolas Sarkozy indiquant que Mayotte a naturellement vocation à devenir un département.

2007> Les actes de la collectivité territoriale auront un caractère exécutoire. C'est la levée de la tutelle de l'Etat.

Mars-avril 2008 > Renouvellement du Conseil général. Adoption, par les conseillers généraux de Mayotte, d'une résolution invitant le gouvernement français à transformer la collectivité en DOM.

Mars 2009 > Référendum pour la départementalisation de Mayotte voté à 95,2 %.

2010> Promulgation d'une loi organique et d'une loi ordinaire relatives à la transformation de Mayotte en département.

Janvier 2010> Nicolas Sarkozy signe le décret de création du parc marin de Mayotte.

Juin 2010 > Ordonnance pour supprimer la polygamie et la justice religieuse.

Septembre 2010 > Signature du consortium de câble sous marin Lion 2 pour le haut débit Internet.

Mars 2011> Renouvellement du conseil général.

Avril 2011 > Entrée en vigueur du nouveau statut, Mayotte devient le 101e département français régi par l'article 73 de la Constitution.

27 septembre 2011 > Premier jour de la grève illimitée contre la vie chère à Mayotte.

10 novembre 2011> Signature de l'accord de fin de conflit entre l'Etat (Denis Robin), l'intersyndicale et le patronat.

7 décembre 2011> Dépôt d'un nouveau préavis de grève par l'intersyndicale. Le collectif des citoyens perdus se désolidarise du mouvement.

2012> Instauration à un niveau de 25 % du montant de la métropole et des DOM pour les prestations sociales. Montée en charge pendant 20 à 25 ans.

Juillet 2012> Création de la Vanilla Island Organisation, label touristique qui regroupe La Réunion, Mayotte, Les Seychelles, Maurice et Madagascar.

11 juillet 2012> Le Conseil européen accepte que Mayotte devienne une Région Ultrapériphérique (RUP). Le droit communautaire et soutien financier direct de l'Union européenne appliqué.

12 octobre 2012 > Organisation du premier salon du tourisme à Mayotte.

7 novembre 2013> Les fonctionnaires en colère au sujet de l'imposition des indemnités sortent dans la rue.

2014 > Mise en place de la fiscalité de droit commun.

1er janvier 2014> Mayotte devient une RUP.

12 avril 2014> Décès de Zaïna Meresse, une des figures marquantes du mouvement des chatouilleuses.

25 mai 2014> Première participation des Mahorais aux élections européennes et élections des deux premiers députés.

Août 2015> Triplé historique au javelot pour les Mahorais aux Jeux des Îles : médaille d'or pour Fahdedine Madi Ali (68,04 m), médaille d'argent pour Ali Soultoini (66,20 m) et bronze pour Zoubert Combo (65,30 m).

15 décembre 2015> La Cour de Justice du Luxembourg (CEJ) a reconnu à Mayotte le droit de déroger aux règlements européens sur un certain nombre de sujets jusqu'en 2031.

2016> Nouveau record national absolu au Centre Hospitalier de Mayotte (CHM) avec 9 514 naissances enregistrées.

Avril 2016> Mouvement de grève générale pour réclamer l'égalité réelle avec la métropole. Il débute le 30 mars. Dans la nuit du 11 au 12 avril, des violences urbaines éclatent.

5 septembre 2016> Décès de Halima Laza Mze, surnommée " le Colonel Laza ", fervente combattante pour le maintien de Mayotte dans la nation française, une des dernières chatouilleuses.

21 septembre 2016> Participation de Mayotte à la 21e conférence des Régions Ultrapériphériques d'Europe (CPRUP) à Funchal (Madère).

Fin 2017 - début 2018> Tenue des " Assises de l'Outre-mer ", rencontres ultra-marines pour établir les besoins et priorités de ces territoires en matière d'environnement, de développement, d'éducation ou encore de sécurité.

Février-mars 2018> Six semaines de grèves contre l'insécurité paralysent le département.

10 septembre 2018> La loi " pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie " est promulguée, durcissant les conditions d'accès à la nationalité française à Mayotte.

L'influence africaine

Les premiers Malgaches et les premiers Comoriens n'étaient pas des Polynésiens et trouvaient leurs origines à l'opposé de l'Indonésie, soit sur le continent africain, tout proche, à quelques centaines de kilomètres à peine. En effet, les Khoisans et les Couchites, qui peuplaient la côte est de l'Afrique depuis près de 60 000 ans, eurent aussi leurs influences avant l'arrivée des Bantous, originaires des grands lacs nés il y a un peu plus de 10 000 ans. Ces trois ethnies composaient certainement la souche généalogique de l'archipel des Comores et donc de Mayotte avant le métissage avec les Indonésiens et l'apprentissage de la mer qu'ils léguèrent. Fort de cette nouvelle capacité de déplacement, le subtil mélange Khoisans - Couchites - Bantous - Austronésiens (Protomalgaches), donnant naissance aux premiers Comoriens, rencontra d'autres peuples mobiles et marchands : les Arabes, alors redoutables négociants, mais qui n'avaient pas encore découvert la grande lumière d'Allah. Le gros de leurs rangs était composé de la population swahilie, qui signifie " côtes " ou bien encore " rivages ". Débuta alors une longue et prospère période d'échanges commerciaux, culturels, donnant lieu à une autre époque de métissage.

Du Portugal à la Perse

Au XVIe siècle, l'histoire s'accélère aux Comores qui voient l'arrivée des Portugais, des sultans chiraziens et des Malgaches. Et également l'arrivée de l'écriture dans cette région du monde, qui permettra à l'histoire de se montrer plus précise.

Les seules informations écrites jusqu'à cette époque étaient en effet parcellaires et incomplètes. Des manuscrits rédigés en arabe, en comorien, en swahili, mais toujours en caractères arabes, autorisent alors la reconstruction des généalogies et la datation des événements, relayés ensuite par les écrits des Occidentaux débarquant dans la région.

En l'an 1488, le navigateur portugais Bartolomeo Dias découvre le passage au sud de l'Afrique qui ouvre la voie vers l'océan Indien : le cap de " Bonne-Espérance " suscite de grands espoirs, une alternative aux périlleuses routes terrestres vers les Indes et ses richesses (d'où le nom de ce cap).

Ce serait ce même navigateur qui aurait débarqué en premier aux Comores, entre 1500 et 1503. La date n'est guère précise, car l'histoire ne semble pas l'avoir retenue. Ils s'installent sur l'île de Grande Comore, déclenchant ainsi un mouvement de fuite d'une partie des habitants vers M'tsamboro, sur la côte nord-ouest de Mayotte.

Mais les Portugais ne restent pas, puisqu'en 1505 ils partent déjà. Pas plus que les Français, Hollandais et Anglais, qui explorent la région et ne trouvent en ces îles que des lieux de relâche. Les premiers navigateurs français qui débarquèrent dans l'archipel furent les frères Parmentier, qui s'arrêtèrent à Grande Comore en 1529 pour le compte d'un armateur de Dieppe.

Bien que vite partis, les Occidentaux laissèrent tout de même à cette époque quelques yeux verts et des cheveux blonds dans le patrimoine génétique comorien.

Quelques centaines d'années auparavant et jusqu'à l'heure des premiers Portugais, les Chiraziens (ou Shiraziens), chassés de Chiraz en Perse, arrivent sur la côte orientale de l'Afrique en plusieurs périodes étalées entre le Xe siècle et le XVIe siècle. Les princes chiraziens s'établissent en un premier sultanat d'abord à Kilwa, au sud de Dar es-Salaam sur la côte tanzanienne, en 975.

Ils bâtissent leur première mosquée à Zanzibar en 1107. En 1506, une flotte conduisant des Chiraziens, sous l'autorité de Mohamed ben Haïssa, débarque aux Comores. C'est-à-dire un an après le départ des Portugais, sans que l'on sache s'il y eut lien de cause à effet.

Au XVIe siècle, les princes chiraziens nouent des alliances avec des chefs locaux comoriens et se marient avec leurs filles pour constituer les premiers sultanats. L'aristocratie chirazienne veut avoir le pouvoir et sera aidée par l'arrivée d'autres princes venant de Zanzibar, du Yémen, d'Oman.

Sans remettre en cause le système swahili de chefferies locales, les Arabes instituent un système de sultanats qui se superpose au système existant. Le sultan est secondé par des vizirs, relais du pouvoir dans certaines régions, puis par d'autres agents administratifs.

L'islamisation fait ainsi son apparition aux Comores et, la richesse venant, les premières mosquées sortent de terre tout comme les maisons en dur. La première mosquée des Comores fut bâtie en 1566 à Mayotte dans la commune de Tsingoni, et les Mahorais, jusqu'à aujourd'hui, n'en sont pas peu fiers. Il y eut ensuite celle de Sima sur l'île étoile, à Anjouan.

Ces années de développement, de changement et de prospérité commerciale ne manquèrent pas d'attirer d'autres peuplades à l'image des Malgaches de l'ethnie sakalave, conduits par leur chef Diwa Mame, et qui s'installèrent dans la presqu'île de Bouéni sur Hippocampe.

Cette nouvelle rencontre écrivit la page d'histoire dite des " sultans batailleurs " qui perdura jusqu'à la colonisation française au XIXe siècle. Les conflits entre les nouveaux arrivants (princes chiraziens et malgaches) et les populations anciennes seront longtemps vivaces. Les Comores, particulièrement fragilisées, ne peuvent endiguer alors les vagues d'immigration malgache pour devenir au cours des XVIIe et XVIIIe siècles à force d'invasions, plus nombreux que les Mahorais d'origine. Or, à partir de 1750, les Malgaches changent de ton, de méthode, et pillent, tuent, enlèvent les habitants de l'archipel et notamment de l'île au lagon pour en faire des esclaves destinés aux îles à sucre françaises, qu'étaient alors La Réunion, Maurice et Rodrigues. Les meilleurs hommes, les plus belles femmes, les enfants furent ainsi sacrifiés sur l'autel du profit des colonies.

La période coloniale

Cette période commence dès 1820, où les Comores, affaiblies et désunies, vont en un demi-siècle devenir une à une françaises. En 1820, la France ne possède plus, dans l'océan Indien, que l'île de La Réunion, les Anglais ayant tout raflé dans cette partie du monde.

Ses vues se portent alors sur les Comores, stratégiquement situées dans le canal du Mozambique et idéales pour conquérir Madagascar par la suite. De plus, les colons réunionnais demandent de plus en plus de terres cultivables et de main-d'oeuvre servile pour satisfaire leur croissance.

En 1832, Andriantsouly, petit roi malgache chassé de son royaume, s'en va quérir l'asile auprès du sultan de Mayotte, Boina Combo. Avec ruse et sans doute filouterie, il réussit à évincer Boina Combo et se pose en sultan de Mayotte.

De Hell, gouverneur de La Réunion (appelée Bourbon à l'époque), envoie son aide de camp, le commandant Passot, prospecter le canal du Mozambique. Il prend d'abord la Petite Ile de Sainte-Marie, fait d'abord escale à Nosy-Bé, au nord-est de la Grande Ile, et en prend possession par don de la reine de cette île en mal de protection.

Cette dernière envoie alors le commandant Passot vers Mayotte, où règne son neveu Andriantsouly. Tyrannique, incompétent, à moitié alcoolique, il est en mauvaise posture à Mayotte et en guerre avec Andriani, le sultan d'Anjouan. Andriantouly se sent aussi très menacé par les troupes de son ennemi Ramanétaka, dirigées localement par un autre sultan malgache : Andriannavi, installé en Grande-Terre.

Et c'est sans difficulté que le commandant Passot réussit à signer un accord qui se conclut par la vente de Mayotte à la France, contre une rente annuelle de 1 000 piastres (5 000 F de l'époque), la défense de l'île de Mayotte et la prise en charge financière de l'éducation de ses enfants en France.

A l'heure où Mayotte était quasiment conquise par les Malgaches, l'accord permit de protéger une partie du peuple comorien de devenir totalement malgache.

Voilà pourquoi Andriantsouly est considéré aujourd'hui par les Comoriens comme le " traître qui a bradé Mayotte ", et par les Mahorais, " l'homme providentiel qui a changé la destinée de l'île ". Son tombeau est situé pointe Mahabou, à Mamoudzou.

Le 25 août 1841, Mayotte devint donc une colonie française. Le 13 juin 1843, le gouverneur de Hell ordonne la prise de possession de l'île au nom du roi Louis-Philippe et, par ce fait, entérine l'accord. L'administration et le drapeau bleu-blanc-rouge s'installent alors sur le rocher de Dzaoudzi.

L'histoire retiendra que, pour une fois, il n'y a pas eu colonisation par la force. Une colonisation qui ne faisait que commencer.

Elle débutera véritablement avec l'arrivée d'aventuriers qui signèrent des traités d'exploitation coloniale avec les sultans à Anjouan dès 1847, à Mohéli en 1865 et à Grande Comore en 1884. Parmi eux, il y eut notamment Léon Humblot en Grande Comore, qui réussit à s'emparer de 520 km2 de terres, soit la moitié de l'île, et ainsi demander sans peine le protectorat de la France en 1886. Les Anglais, qui rôdaient toujours dans la région, tentèrent d'établir un consulat à Anjouan en 1848, mais se firent repousser par les Français qui proclamèrent cette île comme possession, avant même d'y habiter.

Le sultan d'Anjouan, en 1886, céda à la pression militaire et, au bout de 5 jours de menaces, signe le protectorat. Mohéli, qui était sous la domination de Mayotte, est mise sous protectorat français en 1892. Finalement, trois protectorats sont établis sur les trois îles restantes, en accord avec les sultans. En 1897 est instituée la colonie " Mayotte et Dépendances ".

Protectorat colonial

L'intérêt militaire de Mayotte s'étant révélé vite inutile, c'est sur l'agriculture que l'administration va concentrer tous ses efforts. C'est l'ère sucrière, principale richesse de l'océan Indien à cette époque.

Venus de La Réunion, les colons créoles s'adaptent d'abord assez mal à Mayotte, une terre pauvre, au climat insalubre, et ravagée par les invasions malgaches.

A l'époque, Mayotte ne compte que 3 000 habitants, dont une bonne moitié tassée sur Petite-Terre. Mais parallèlement, c'est l'âge d'or du sucre et tous les espoirs sont permis. L'esclavage est officiellement aboli en avril 1847 à Mayotte, soit quelques années après sa prise de possession par la France, et un an avant l'abolition à La Réunion et aux Antilles.

Mais cette abolition eut d'abord des répercussions très négatives, puisque les colons réunionnais plièrent bagages en emportant leurs esclaves. On fit alors appel à des engagés volontaires des îles voisines et des côtes africaines.

Le démarrage attendu arrive en 1850, avec l'ouverture de la première usine sucrière.

A partir de là, les résidents français s'emparèrent progressivement du pouvoir politique, imposèrent la langue française et laissèrent les colons créoles déposséder entièrement les paysans comoriens de leurs terres.

Le rattachement à Madagascar

A la fin du XIXe siècle, les choses ne vont pas très bien aux Comores. Un cyclone en 1898 ravage les cultures, qui sont de plus concurrencées par le sucre de canne antillais et la betterave à sucre, découverte récemment en métropole. Certains domaines se reconvertissent à temps vers le café, le cacao et la vanille, mais dans l'ensemble, l'économie est mise à mal. Côté politique, les Français n'ont pas oublié le but premier de la conquête des Comores, qui servent de tête de pont à la conquête de Madagascar.

Suite à un accord France-Angleterre où les Anglais laissent les Français se placer sur Madagascar en échange de quoi les Français les laissent faire de même à Zanzibar, Madagascar est placée sous protectorat français en 1890. Malgré une guerre de résistance longue et sanglante, Madagascar est finalement totalement colonisée en 1896.

Les îles des Comores n'ont à partir de ce moment plus aucune importance stratégique et sont rattachées à Madagascar en 1908.

C'est l'époque de " Madagascar et Dépendances ". Dès lors, l'archipel sera oublié par la IIIe République de tous les projets de développement, dont les crédits partent pour Madagascar. Les Comores seront laissées en pâture aux sociétés coloniales, développant notamment les cultures d'exportation au détriment des cultures vivrières.

Un chef de province est nommé, comme pour toutes les régions de Madagascar. Basé à Dzaoudzi, il commande toutes les Comores et dépend directement du gouverneur général qui se trouve à Tananarive.

Au niveau local, l'administration coloniale nomme chefs de canton, chefs de villages et cadis. Ils sont bien entendus choisis pour leur loyauté envers la " mère patrie ".

Ce contexte fut source de tensions. Une révolte importante éclate en 1915 en Grande Comore, contre le paiement de l'impôt. Le gouverneur envoie des tirailleurs sénégalais et des gardes malgaches mater la résistance.

Cela n'empêche pas qu'en 1940, à Anjouan, la population se révolte dans le Nyumakélé (arrière-pays) contre le travail forcé pour l'effort de guerre.

Dans le même temps, avec l'effondrement des cours du sucre, les cultures changent. Les îles se couvrent d'ylang-ylang et de cocotiers. Le coprah remplace la canne à sucre dans les exportations. De grandes sociétés commerciales s'implantent, la Société commerciale de Bambao, fondée en 1907, et la SPPM (Société des plantes à parfum de Mayotte) existent encore de nos jours. En 1944, le premier aéroplane se pose aux Comores.

Territoire d'outre-mer de la République

Lassé d'être toujours sous la dépendance de Madagascar, un premier sentiment autonomiste s'éveille au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Saïd Mohamed Cheick, qui réussit en 1945 à se faire élire député à l'Assemblée constituante pour représenter " Madagascar et Dépendances ", demande d'abord une loi qui abolit le travail forcé, qu'il obtint la même année.

Il se bat ensuite pour que les Comores cessent de dépendre de Madagascar et deviennent un territoire d'outre-mer autonome, ce qu'il obtint également, en 1946. Les Comores sont alors directement représentées au Parlement français et, pour la première fois, les décisions sont soumises à l'approbation de conseillers représentatifs des quatre îles.

Les Comores obtiennent leur autonomie administrative en 1947, puis douanière en 1952. Un conseil général basé à Dzaoudzi est créé et devient, en 1952, assemblée territoriale avec pouvoir délibératif sur les questions non politiques.

Pour la première fois, les décisions de l'administrateur supérieur sont soumises à l'approbation de conseillers généraux représentatifs des quatre îles. C'est ainsi que le sort de Mayotte est confié à la diligence de ses quatre représentants : Georges Nahouda, Ibrahim Ramadan, M. Foucault et Toufaïl Mohamed.

Le secrétaire du conseil général est un jeune homme de 20 ans, le petit-neveu de Georges Nahouda. Il accompagne les conseillers dans leurs déplacements à Moroni et rédige les procès-verbaux. Son nom : Marcel Henry.

Les élections législatives de 1957 le portent à la députation. Les relations avec les élus des autres îles sont bonnes dans la mesure où ils sont appelés à siéger côte à côte lors des délibérations.

Les premières dissensions surgissent suite à l'insistance des députés de la Grande Comore, et notamment de Saïd Mohamed Cheikh, à vouloir transférer la capitale de Dzaoudzi à Moroni. Ils obtiennent finalement gain de cause et, le 14 mai 1958, l'assemblée territoriale des Comores vote une motion demandant le transfert de la capitale. Cette motion est ratifiée par le conseil du gouvernement.

Le 28 septembre de la même année, et conformément à sa politique de décolonisation, la Constitution française offre à toutes les colonies et possessions d'outre-mer la possibilité de se prononcer par référendum sur l'indépendance ou sur trois statuts les maintenant au sein de la République française, à savoir : état membre de la communauté française, territoire d'outre-mer ou département d'outre-mer.

Les élus mahorais optèrent pour la troisième proposition, mais ils durent s'incliner face à la majorité qui trancha pour le statut de TOM dans la perspective d'une indépendance à moyen ou long terme. Et lorsque, le 10 juin 1960, les élus de Mayotte votent, avec les autres membres de l'assemblée territoriale, une résolution demandant que le nouveau statut soit " évolutif ", ils pensent à la départementalisation alors que les autres députés visent l'autonomie.

Deux lois d'autonomie interne, en 1962 et 1968, donnent droit aux Comores à deux députés et un sénateur.

La vie politique comorienne, dominée jusqu'en 1970 par le parti de Saïd Mohamed Cheikh, reste très conservatrice et ménage à la fois les hiérarchies féodales et les intérêts coloniaux. En 1970, le prince Saïd Ibrahim lui succède, mais il est renversé par Ahmed Abdallah en 1972.

Ce dernier, commerçant anjouanais, est à l'époque l'homme le plus riche de l'océan Indien, grâce aux importations de riz. A cette époque naissent les premières revendications d'indépendance qui sont formulées à la France par les mouvements Molinaco (Mouvement pour la libération des Comores, mené par Aboubacar Boina) et Pasoco (Parti socialiste des Comores, mené par Ali Soilih). Les relations deviennent alors de plus en plus tendues avec Moroni qui désire l'indépendance et qui met Mayotte à l'épreuve.

Mayotte française et les Comores indépendantes

Le 15 juin 1973, la France signe un accord avec Ahmed Abdallah, président de l'assemblée territoriale, sur le désengagement de la France dans l'archipel, qui se concrétise par la tenue d'un référendum qui aura lieu un an plus tard.

Pour les élections présidentielles de mai 1974, les Mahorais votent au premier tour en majorité pour Valéry Giscard d'Estaing, tandis que les Comores votent pour Chaban-Delmas. Au deuxième tour, Abdallah négocie avec le futur président les 73 000 voix de son archipel, ce dernier lui accordant en échange l'indépendance de l'ensemble de l'archipel.

Se sentant perdue, Mayotte va déplacer la bataille à Paris et exprimera de façon de plus en plus pressante sa volonté de rester française.

En octobre 1974 est votée la loi qui prévoit la tenue d'un référendum pour consulter " les populations comoriennes " en vue de l'indépendance : il est fixé au 22 décembre 1974.

Il convient de relever une note d'une importance capitale : " les populations comoriennes " et non " la population comorienne ". Ce fut un changement de dernière minute, entre l'une des navettes du texte de l'Assemblée nationale au Sénat et qui modifie tout en ouvrant la voie à l'expression individuelle de chacune des îles pour cette indépendance. Il permit ainsi à Mayotte de faire son propre choix.

Dès lors, le débat est ouvert en France, un cas de conscience est posé. L'unité d'un peuple est-elle plus importante que son droit à l'autodétermination ? C'est tout l'enjeu du référendum qui tiendra une partie de la France en haleine.

Les résultats du vote sont sans appel pour ce qui concerne la volonté de Mayotte de rester française, et celle des trois autres îles de devenir indépendantes.

En Grande Comore, 21 personnes votent non sur plus de 70 000 votants ; sur Anjouan, 44 personnes font ce choix, sur Mohéli seulement 5. A Mayotte, 8 783 personnes se prononcèrent contre l'indépendance. Les chiffres, tournés dans plusieurs sens, donnent les mêmes résultats : en pourcentage, sur Grande Comore, 0,02 % de la population refuse l'indépendance, 0,02 % à Anjouan, 0,12 % à Mohéli, 67,82 % à Mayotte.

Mais Mayotte est à l'époque 10 fois moins peuplée que la Grande Comore, contre seulement deux fois moins aujourd'hui et elle ne pèse pas lourd en nombre de votants par rapport au reste de l'archipel.

Bien qu'Hippocampe rassemble 99,2 % des opposants à l'indépendance, le poids de ces votes dans l'ensemble ne représente que 5,44 % du total, et le résultat global (et non île par île) qui se dégage du référendum est donc l'indépendance à 94,56 %.

Le résultat de cette consultation plongea alors le Parlement et le gouvernement français dans de profondes tergiversations. Pierre Messmer, à l'époque en charge des DOM-TOM, tint ces propos en 1972 : " Mayotte, française depuis plus de 130 ans, peut le rester autant d'années qu'elle le désire... "

Mais encore, un argument fit pencher la balance en faveur de " Mayotte française " : l'unité des Comores, si elle était bien réelle géographiquement, au niveau de la religion ou des ethnies, n'avait jamais été réalisée politiquement, hormis durant l'hégémonie française. Ainsi, l'archipel des Comores n'avait jamais constitué une entité politique.

Finalement, le 30 juin 1975, le vote de la loi qui fit suite au référendum de décembre 1974 stipule que les îles des Comores accéderont à l'indépendance après l'acceptation, par un référendum prévu dans chacune des îles, d'une Constitution propre à chaque île. Ceci dans l'espoir de faire voter pour chacune des îles, mais surtout pour Mayotte, un statut d'autonomie interne évitant de se plier continuellement aux décisions de Moroni.

C'est en tout cas le choix qui a été laissé aux habitants des trois autres îles, qui partirent par la suite en masse vers la métropole et La Réunion, constituant la diaspora comorienne. Beaucoup la choisirent tout en votant pour l'indépendance.

Mais Ahmed Abdallah, député pour les Comores, et qui avait bien compris la manoeuvre, ne l'entendit pas de cette oreille et voulut conserver son pouvoir sur toutes les îles de l'archipel. Une semaine plus tard, le 7 juillet, il déclara unilatéralement l'indépendance de l'ensemble de l'archipel des Comores et s'empara du pouvoir le lendemain. La France déclara immédiatement que cette décision était anticonstitutionnelle.

Dès la proclamation d'indépendance, la France dépêcha 200 gendarmes mobiles de La Réunion pour prendre position sur les édifices publics à Moroni. Ils retourneront dans leur cantonnement deux heures plus tard : une action purement provocatrice puisqu'à ce moment régnait le plus grand calme.

La France décide ensuite de diminuer l'aide financière accordée aux Comores au titre de TOM de 7 milliards de francs comoriens à 1 milliard. Ce à quoi les Comores protestèrent tout en ignorant ce que signifiait véritablement l'indépendance...

Seulement, vingt-sept jours après l'indépendance proclamée des Comores, le 3 août 1975, Ahmed Abdallah est renversé par un coup d'Etat du Front national uni. C'est le Comité national révolutionnaire qui le dépose et met en place Saïd Mohammed Jaffar au pouvoir, mais Ali Soilih, derrière, commandait tout depuis le second plan. Ce dernier prendra d'ailleurs la tête de l'Etat le 2 janvier 1976. En septembre 1975, Anjouan, l'île d'origine de Ahmed Abdallah et déjà opposée au nouveau pouvoir, est conquise par les armes.

Mieux accepté par la France que Ahmed Abdallah, Ali Soilih, qui propose un système laïc et social, est propulsé au pouvoir grâce à l'aide de mercenaires français dont le plus célèbre d'entre tous, Bob Dénard, désormais indissociable de l'histoire des Comores.

Il est l'homme de main des services français et de Jacques Foccart, le maître d'oeuvre de la politique post-coloniale gaulliste, celle qui octroie l'indépendance aux anciennes colonies, pour mieux les ferrer ensuite à force de corruption, de coups tordus armés et de dépendance économique. C'est l'époque de " L'Aventure, c'est l'aventure ", de Lelouch, avec des barbouzes, des hommes en Kalachnikov qui se voient roitelets et de la contrebande sur fond de décors de carte postale.

Ali Soilih fonde l'Union démocratique des Comores et met en place une politique dictatoriale de socialisation brutale et forcée, calquée sur le modèle " progressiste " tanzanien et sur le communisme chinois. Il considérait que le développement commençait par la libération idéologique du peuple et par une révolution culturelle en vue de rompre avec un passé " fardeau " nourri par l'assistanat et la corruption.

Les fonctionnaires furent ainsi renvoyés, tandis qu'on brûlait les archives, que l'on supprimait les cultures de rente pour les remplacer par les cultures vivrières, que l'on interdisait le port du voile aux femmes ou qu'on limitait la tenue d'événements trop ostentatoires et dispendieux comme le Grand Mariage. Ce qui pourrait passer pour paradoxal à notre époque dans un pays musulman, mais qui s'inscrivait parfaitement dans la tradition anticléricale du socialisme de l'époque.

Ali Soilih enseignait lui-même la lutte des classes aux paysans, aux pêcheurs, à la jeunesse, aux femmes et aux cadres en vue de les mobiliser " contre les ennemis de la nation : l'Etat français, la bureaucratie, les charlatans et les propriétaires fonciers ".

Moroni, qui n'entendait toujours pas perdre Mayotte, décréta alors un embargo contre l'île rebelle...

Dès lors, l'histoire des quatre îles de l'archipel se scinde. D'un côté, les Comores indépendantes qui s'enfonceront dans la misère et évolueront de coups d'Etat en assassinats politiques. De l'autre, Mayotte, libre et démocratique, prospérera économiquement, évoluant de lois en lois vers une intégration à la métropole toujours plus poussée.

À l'heure de l'embargo

Pour faire face au douloureux embargo mis en place par les trois îles comoriennes indépendantes, Air Comores relia Mayotte au reste du monde. Heureusement, à La Réunion, le Comité de soutien aux Français de Mayotte, en étroite collaboration avec le Comité pour l'autodétermination du peuple mahorais, lance une action pour venir en aide aux Mahorais. Cinq mille affiches, quinze mille tracts, trente articles ou communiqués de presse, plusieurs pétitions et manifestations alertent les parlementaires.

Ainsi, le 22 août 1975, un transporteur venu de La Réunion, l'Ouragan, débarque à Dzaoudzi 300 tonnes de riz, 100 tonnes de sucre, 40 tonnes de farine et d'autres produits de première nécessité. L'accueil fait au navire par la population, chacun agitant son drapeau français, est resté dans les annales.

Ali Soilih tenta encore un coup de force en lançant une " marche verte " sur Mayotte. Le 21 novembre 1975, il atterrit à Petite-Terre avec 160 hommes et occupe la ville. C'est la population mahoraise, les femmes en tête, qui empêcha d'autres avions de se poser en déposant des troncs de cocotiers sur la piste, tandis que les militaires français s'interposèrent et firent échouer la tentative d'occupation de Mayotte par Moroni.

L'histoire vue du côté comorien raconte une " marche rose " et pacifique... Vue du côté mahorais, on se dit que l'on a échappé à ce qui est arrivé à Anjouan trois mois plus tôt. Toujours est-il que la France est fâchée et rapatrie des Comores indépendantes tous ses ressortissants : environ 250 médecins et instituteurs.

Si tant de pays ont dû accéder à l'indépendance au prix du sang versé, comme Madagascar par exemple lors d'une guerre qui l'opposa aux Français, ce fut bien plus facile pour les Comores, qui virent leur indépendance rapidement acceptée par la France, le 13 décembre de la même année 1975.

Cette indépendance des trois îles comoriennes de Grande Comore, Anjouan et Mohéli est formulée, comme le veut la procédure, par une loi. Loi qui implique également la consultation de Mayotte dans les deux mois quant à sa volonté d'intégrer le nouvel Etat comorien et, en cas de refus, une autre consultation deux mois plus tard pour déterminer quel serait alors le statut de Mayotte.

Si la vente de Mayotte à la France par Andriantsouly était contestable dans ses modalités, la volonté de Mayotte de rester française, elle, s'avérait incontestable, et plus encore, indéfectible.

La première consultation, le 8 février 1976, aboutit par un vote quasi unanime (99,4 % des suffrages exprimés) au maintien de Mayotte dans la République.

Lors de la seconde, le 11 avril 1976, où l'on posa cette question très ambiguë " Désirez-vous que Mayotte conserve ou abandonne le statut de territoire d'outre-mer ? ", le vote évitait soigneusement la question de la départementalisation.

Le résultat du vote fut surprenant et à la fois révélateur. 97,47 % des suffrages exprimés s'opposèrent au statut de TOM, soit seulement 90 personnes sur 21 000 inscrites qui votèrent pour la reconduction du statut. Mais 80 % des votes furent considérés comme nuls, les votants ayant déposé dans l'urne un bulletin " sauvage ", imprimé par le MPM, exprimant le souhait de voir Mayotte dotée du statut de DOM.

A la suite de ces consultations, un projet de loi prévoyant la départementalisation de Mayotte fut déposé le 12 mai 1976 à l'Assemblée nationale, puis retiré avant d'avoir été discuté. La loi du 24 décembre 1976 relative à l'organisation de Mayotte a finalement créé une collectivité territoriale à statut particulier sur le fondement de l'article 72 de la Constitution.

Un statut unique et créé sur mesure, à mi-chemin entre DOM et TOM, et réputé être provisoire. Cette loi prévoit en outre une nouvelle consultation des Mahorais dans les trois ans. Il faudra en fait attendre vingt-quatre ans.

Mayotte et l'ONU

Très peu de temps avant l'acceptation de l'indépendance des Comores par la France, ces dernières sont reconnues par l'ONU dès le 12 novembre 1975, par la résolution n° 3385, et expressément constituées de quatre îles. La France, opposée à l'intégration forcée de Mayotte dans ce nouvel Etat et contestant par ailleurs le caractère illégal de l'indépendance autoproclamée, est la seule nation à s'opposer à cette entrée à l'ONU.

La question qui s'était posée sur les bancs du Parlement français, quant à la primauté du droit à l'autodétermination des peuples face à l'unité des entités, se retrouve transposée sur les bancs de l'Assemblée à New York. Mais ici, elle sera rapidement éludée.

L'ONU affirme, en opposition à la France, l'unité inaliénable des Comores, sans tenir le moindre compte de l'avis des intéressés. Et elle n'est pas la seule, suivie de la Ligue arabe, de l'OUA (l'Organisation de l'unité africaine) et des Comores indépendantes bien sûr.

En février 1976, une résolution est approuvée par 9 membres du Conseil de sécurité de l'ONU sur 15, pour faire réintégrer Mayotte aux Comores. Pour la septième fois de son histoire, la France utilise son droit de veto. Le 21 octobre 1976, une autre résolution, cette fois adoptée par l'Assemblée générale de l'ONU, est votée : 110 pays votent oui à cette résolution, un contre (la France) et 28 s'abstiennent, dont les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l'Italie.

Mais les résolutions de l'Assemblée générale, auxquelles tous les Etats participent et où le veto est impossible, ne font qu'exprimer la volonté de la communauté internationale et n'ont pas valeur contraignante au regard du droit international, contrairement aux résolutions du Conseil de sécurité.

Pour l'occupation illégale de l'île comorienne de Mayotte, l'Assemblée générale de l'ONU a condamné régulièrement la France, par plus de 20 résolutions.

Ce sont notamment les résolutions du 31 avril et du 21 octobre 1976, 32/7 du 1er novembre 1977, 34/69 du 6 décembre 1979, 35/43 du 28 novembre 1980, 36/105 du 10 décembre 1981, 37/65 du 3 décembre 1982, 38/13 du 21 novembre 1983, 39/48 du 11 décembre 1984, 40/62 du 9 décembre 1985, 41/30 du 3 novembre 1986, 42/17 du 11 novembre 1987, 43/14 du 26 octobre 1988, 44/9 du 18 octobre 1989, 45/11 du 1er novembre 1990, 46/9 du 16 octobre 1991, 47/9 du 27 octobre 1992, 48/56 du 13 décembre 1993 et 49/18 du 6 décembre 1994 (ouf !) dans lesquelles l'unité et l'intégrité territoriale des Comores ont été chaque fois réaffirmées.

Mais la France demeura fidèle aux Mahorais et à leur décision quasi unanime de rester attachés au pays des droits de l'homme, seule face au monde. Elle tint bon, n'entendit que la voix de ces nouveaux Français et pas les rumeurs qui l'accusaient de vouloir implanter une base militaire sur le canal du Mozambique afin de surveiller la route pétrolière. Il faut savoir que le canal de Suez était alors fermé et que les pétroliers devaient, comme au temps de la route des Indes, contourner l'Afrique. Mais le canal de Suez fut rapidement rouvert et l'histoire montra que Mayotte n'était pas devenue française pour des raisons militaires, mais bel et bien humaines, sentimentales, pour une société de liberté, d'égalité et de fraternité.

Comment pouvait-il en être autrement ? La France pouvait-elle accepter que des Français, même à 10 000 km de la métropole, retombent dans le dénuement, l'ignorance, la peur et la misère ?

De toutes façons et à bien y réfléchir, le cas de Mayotte n'a jamais été prévu par les Nations unies : la déclaration du 14 décembre 1960 sur l'octroi de l'indépendance aux pays et aux peuples colonisés adoptée par l'Assemblée générale des Nations unies ne prend en compte que le cas, quasiment universel, de la colonie qui veut se détacher de sa métropole et n'envisage jamais le contraire.

Ainsi, s'il fallait rendre leur intégrité territoriale à tous les territoires conquis par des puissances étrangères, de gré ou de force, il y aurait notamment Hawaï, la Corse, le Tibet et même l'ensemble des Etats-Unis !

En attendant, l'ONU ne pipe plus mot quant à Mayotte la Française et il n'y a guère plus que les Comoriens eux-mêmes, à l'image d'Ikililou Dhoinine, le Président des Comores qui le 27 septembre 2012 qui, lors d'une allocution à l'Assemblée générale de l'ONU, évoque les problèmes de sécurité de ses ressortissants clandestins à cause du visa imposé par la France et rappelle que Mayotte est un Département d'outre-mer français situé dans l'archipel des Comores.

Mayotte département français d'outre-mer

L'histoire de Mayotte est riche d'enseignements sur la valeur des engagements de l'Etat français vis-à-vis d'elle et de ses choix quant à son appartenance à la République.

En effet, la loi du 24 décembre 1976 a doté Mayotte d'un statut de " collectivité territoriale de la République ". Son article 1er stipulait que ce statut était " provisoire et que la population mahoraise devait être consultée au terme d'un délai d'au moins trois ans selon trois options : le maintien du statut de collectivité territoriale ; la transformation de l'île en DOM ; ou l'adoption d'un statut différent ".

Une seconde loi, du 22 décembre 1979, prorogea cependant le statut de collectivité territoriale et ouvrit un nouveau délai de cinq ans avant une consultation de la population, remettant sur les tapis du vote, les mêmes options précitées.

Ainsi, si la France entendit la voix des Mahorais demandant à demeurer français, elle emprunta toutefois des moyens détournés pour ne pas avoir à exaucer trop vite leur souhait, celui-ci étant l'érection de Mayotte en département français d'outre-mer, au même titre que la Guadeloupe, La Martinique, La Réunion, la Guyane...

Pourtant, dès 1948, date à laquelle La Réunion devint un DOM, l'idée avait germé dans l'esprit des habitants d'Hippocampe d'obtenir, eux aussi, une telle évolution institutionnelle. En 1958, l'instituteur Younoussa Bamana, alors tout jeune, entrait en politique pour non seulement conserver Mayotte française, mais encore faire d'elle la même entité que La Réunion. Ainsi, à Mayotte en 1976, sortie de la colonie, de l'hégémonie comorienne et rattachée à la France, la vie politique et économique n'a déjà plus rien à voir avec celle des Comores indépendantes.

Désormais reconnus comme français, les Mahorais oeuvrent vers une intégration toujours plus poussée à l'espace tricolore. La vie institutionnelle prend forme, et le héros de la lutte contre l'indépendance, le M'zé (le sage), Younoussa Bamana, président du MPM (Mouvement populaire mahorais) qui demande la départementalisation de Mayotte, est élu premier député de cette collectivité, du 12 mars 1978 au 22 mai 1981. Il deviendra par la suite le premier préfet de l'île avant de passer la main aux hauts fonctionnaires de l'Etat. Son parcours se poursuivit du côté du conseil général où il siégea à la présidence durant près de trente années ne laissant ses fonctions que pour faire place à la décentralisation, le 1er avril 2004. Le M'zé s'éteindra le 22 juin 2007 après plus de 56 ans de vie politique, sans pour autant voir son île devenir le DOM dont il rêvait.

Pour revenir au début des années 1970, en France, parmi la population, les hommes d'affaires et les politiques, on se moque partout royalement du sort de cette île sans richesses. Et la question de l'avenir institutionnel de l'île soulève pourtant bien des enjeux, légaux, économiques et sociaux. La question légale est bien sûr celle de l'ONU. Une nouvelle loi votée le 22 décembre 1979 réaffirme que " l'île de Mayotte fait partie de la République française et ne peut cesser d'y appartenir sans le consentement de sa population ". Ce qui a le mérite de réaffirmer la position intangible de la France.

Mais le point qui pose sans aucun doute le plus problème vient de la question économique qui coule de source du fait que la départementalisation coûtera extrêmement cher. Il s'agissait à l'époque d'assumer les choix mahorais et de faire passer une île de l'état de sous-développement à celui d'un pays moderne. Quant à la question sociale, elle relevait du domaine légal : comment faire coexister le droit commun français avec le droit cadial (régi par les cadis, chefs religieux) ? Pouvait-on maintenir la polygamie ou la répudiation des femmes alors qu'elles étaient interdites en France ?

Qui plus est, tout en se dirigeant vers la départementalisation, Mayotte ne voulait pas devenir une Réunion bis, souhaitant conserver ses spécificités et éviter un éclatement social causé par un développement assisté par la métropole.

L'île ne semblait donc pas vouloir choisir entre le développement économique et le maintien de ses structures familiales et culturelles. Néanmoins, Mayotte, vigilante (rahachiri) - telle est sa devise -, comprit que la départementalisation incarnait la sécurité et le développement.

La France, de son côté, prenait son temps d'autant qu'en matière économique, l'île au lagon n'offrait guère de richesses à exploiter. Il était donc urgent d'attendre...

C'est ce que fit la France, en laissant traîner des années un statut que Mayotte espéra pendant 24 ans. Comme exposé plus haut, Mayotte reçut en décembre 1976 un statut particulier, unique et provisoire, qui prévoyait une nouvelle consultation de la population trois ans plus tard. Donc, en 1979, trois ans moins cinq jours plus tard, le Parlement français vota une loi prorogeant de cinq ans le statut de 1976. Ce qui nous mène en 1984, où le référendum est de nouveau reporté... mais cette fois on s'est bien gardé de préciser jusqu'à quand.

Pour mémoire, le 12 février 1976, le journal Le Monde publiait une " Tribune libre " de Pierre Pujo, alors directeur de l'hebdomadaire Aspects de la France et qui racontait l'histoire d'une population qui devait livrer un combat sans merci pour rester française : " Il était une fois une petite île de l'océan Indien qui vivait sous le drapeau de la France depuis cent trente ans. Ses quarante mille habitants se trouvaient bien ainsi et croyaient que cela ne cesserait jamais. Cependant la France, qui était loin et ressentait un peu de lassitude de sa longue et glorieuse histoire, entreprit un jour de se séparer d'eux. Non sans leur adresser d'ailleurs des paroles qui se voulaient réconfortantes : "Je vous aime bien, leur dit-elle, l'attachement que vous manifestez pour moi me touche profondément, mais je ne peux pas vous garder. Cela me donnerait des soucis et, des soucis, j'en désire le moins possible. Au surplus, je ne saurais aller à l'encontre du grand principe de décolonisation, lequel doit faire nécessairement le bonheur des peuples. Le tiers-monde exige que vous soyez décolonisés et je ne vais tout de même pas me brouiller avec lui... (...) Vous serez donc intégrés dans le nouvel Etat qui sera indépendant. S'il vous fait subir une oppression intolérable, ne vous inquiétez pas, vous pouvez compter sur mon soutien moral..." Tel était le langage que tenait à peu près la France, du moins ses représentants officiels, aux habitants de la petite île. Ces derniers en furent dépités, mais ne s'estimèrent nullement convaincus. Ils répondirent à la France : "Vous n'avez pas le droit de nous abandonner. L'Etat auquel vous voulez nous rattacher n'a jamais existé... Nous avons toujours été des citoyens français loyaux. Allez-vous nous livrer à l'oppression de nos voisins qui veulent s'installer sur nos terres ? Ne pouvons-nous plus compter sur vous pour nous défendre ? "

Ainsi, 20 ans plus tard, 1986, Chirac, Premier ministre de la cohabitation, est à Mayotte et évite soigneusement encore une fois le sujet de la consultation, mais apporte au moins de l'argent. Chirac n'a-t-il pas dit " les DOM-TOM, c'est comme les femmes, il faut les aimer. Et quand on les aime, on ne peut rien leur refuser " ?

Il faudra pour les Mahorais patienter jusqu'en 1998 pour que les choses recommencent à avancer, avec la sortie d'un rapport sur les évolutions statutaires que pourrait prendre Mayotte. Suite à ce rapport, une mission ministérielle est déléguée sur place pour discuter d'un document final avec les élus locaux, appelé " accord sur l'avenir de Mayotte ", sorti fin 1999. Mais le texte ne contenant pas la possibilité expresse de devenir département en 2010, Henri Jean-Baptiste et Marcel Henry, quittent le MPM pour fonder un autre mouvement, basé sur la même revendication de 1958 : la départementalisation. Il est nommé MDM (Mouvement départementaliste mahorais).

Le 27 janvier 2000, les députés votent enfin une loi prévoyant une consultation de la population pour juillet. A la question " Approuvez-vous l'accord sur l'avenir de Mayotte signé à Paris le 27 janvier 2000 ? ", 73 % des électeurs mahorais répondent " oui ", avec une participation record de 70 %. Le MDM aura de son côté voté contre, estimant que la départementalisation n'était pas encore acquise et, bien pire que cela, que sa réalisation demeurait encore incertaine. Il fallut donc aux Mahorais patienter 26 ans pour obtenir une partie seulement de leurs rêves en leur permettant d'opter pour le statut de " Collectivité départementale ", un statut dit bâtard, unique en son genre et qui n'a pour but que de préparer les institutions, une nouvelle fois, pour la départementalisation et le droit commun français. Cette dernière consultation des Mahorais fut entérinée par une autre loi, celle du 11 juillet 2001. Ce texte donne des compétences élargies dès fin 2004 au conseil général qui fonctionne désormais selon le principe métropolitain de la décentralisation tout en demeurant toutefois sous la tutelle de l'Etat. L'un des pères illustres de cette décentralisation, en tout cas de sa mise en place cette fois-ci à pas forcés, fut sans aucun doute le préfet Jean-Jacques Brot. Mais l'une des grandes résolutions de la loi de 2001 est la programmation en 2010 d'un ultime référendum visant cette fois à faire passer le cap aux institutions et faire de l'île enfin un DOM. Dès lors ce DOM en phase de réalisation attise de plus en plus les convoitises et prend la forme, pour cette partie de l'océan Indien, d'un véritable eldorado. Chaque jour, des dizaines d'embarcations précaires, appelées kwasa kwasa, de simples barques de pêche à moteur de 9 mètres où jusqu'à 69 personnes peuvent s'entasser, partent des plages de Domoni à Anjouan. Elles traversent alors le bras de mer séparant l'île étoile de Mayotte, large de 73 kilomètres. Souvent surchargées sur une mer parfois démontée, ces petits boat people chavirent très fréquemment faisant chaque année de nombreuses victimes ; les ONG parlent de plusieurs centaines, érigeant cette minuscule partie du canal du Mozambique en plus grand cimetière de l'océan Indien.

Les clandestins fuient la misère des Comores, le manque de structures et de moyens pour la santé, l'éducation, la dictature de présidents d'un autre âge...

Un douanier anjouanais demandait, il y a peu, à un journaliste mahorais : " Mais cela s'arrête quand l'indépendance ? "

En 2004, lors de sa visite officielle à Mayotte, la ministre de l'Outre-Mer, Brigitte Girardin, qualifia l'immigration clandestine de " fléau ", constatant par elle-même les drames qui se jouent tous les jours aux abords du lagon, mais aussi la précarité dans laquelle vivent les clandestins à Mayotte, qui représente aujourd'hui 40 % des 212 600 habitants de l'Hippocampe. Depuis, les moyens de contrôle techniques et humains se sont considérablement renforcés, et une coopération régionale digne de ce nom, tentant de développer l'économie comorienne pour fixer les populations, se met doucement en place. En 2012, un peu plus de 16 000 reconduites à la frontière ont été effectuées, soit une diminution de 10 % par rapport à 2011, le nombre d'enfants qui repartent avec leurs parents est en nette augmentation aussi (6 000 en 2010), signe de changement dans les mentalités des parents qui laissent moins leurs enfants sur place livrés à eux-mêmes, comme c'est malheureusement encore trop souvent le cas. En 2015, c'est plus de 18 000 personnes reconduites, mais la meilleure volonté du monde ne viendra pas à bout des dictateurs, de l'instabilité politique qui règne dans l'archipel des trois autres îles depuis longtemps. De fait, l'Etat français se trouve dans une situation complexe, les écoles sont saturées et les centres de soins débordés. Cette situation amène d'autres problèmes, dernièrement de nouveaux conflits entre les populations autochtones et les immigrés ont émergé. Depuis le début de l'année 2016, un collectif d'habitants a mené des opérations d'expulsion en ciblant les Comoriens (certains en situation régulière) dans les villages de Tsimkoura, Poroani, Choungi et Bouéni. Au mois de mai 2016, plus de 500 " décasés ", vivant dans une grande précarité, ont dû occuper la place de la République de Mamoudzou. Ils ont pu vivre grâce aux dons et à la prise en charge des associations, de la Cimade (association nationale de défense des droits des étrangers) et de la Croix-Rouge, qui bataillent encore pour les reloger et scolariser les enfants. Cette lente montée en tension a abouti à la crise sociale de février 2018 et aux grèves qui ont suivi. Les Mahorais ayant demandé des décisions pour diminuer l'insécurité et pour un renforcement du contrôle de l'immigration, l'Etat a annoncé qu'il mettrait en place de nouvelles mesures et des nouveaux outils pour 2019.

Bob Dénard, le corsaire de la République

Né en 1929, Bob Dénard, dans le monde secret des mercenaires, est devenu une sorte de légende, un " corsaire de la République ", qui a roulé sa bosse pendant 30 ans entre coups tordus et guérillas lointaines, et que le temps a fini par rattraper, à 70 ans. Fils d'un militaire de l'armée coloniale et neveu d'un marin, il a été séduit très tôt par le combat et l'aventure en admirant son père résister à l'occupant nazi.

Il rejoint la Royale après la Libération et se porte volontaire pour l'Extrême-Orient et l'Indochine, mais sa carrière militaire française s'arrête prématurément, le jour où il se retrouve deux mois en prison pour une bagarre. La Royale ne veut plus de lui, mais rencontrant des personnages influents, il devient policier au Maroc en 1958, spécialisé dans la lutte antiterroriste. Il est ensuite mêlé à une affaire trouble de tentative d'attentat contre Pierre Mendès-France, le président du Conseil, mais est acquitté en cour d'assises. Il entre alors dans les réseaux secrets de Foccart, qui effectuent des opérations outre-mer pour le pouvoir gaulliste : commando au Katanga pour défendre le pouvoir, guérillero au Yémen contre les Egyptiens, enrôlé dans l'armée de Mobutu au Congo, impliqué dans la guerre du Biafra, on le retrouve au service d'Omar Bongo au Gabon ; on le voit en Libye, au Kurdistan. Souvent pour les services secrets, parfois pour son propre compte, Bob Dénard écume l'Afrique, sa vraie passion.

Il choisira finalement les Comores, où il se convertira à l'islam, y prendra épouse et s'associera irrémédiablement à l'histoire de l'archipel. Il va consolider le pouvoir du révolutionnaire Ali Soilih qui exilera en 1975 Ahmed Abdallah. Après une tentative de coup d'Etat contre le marxiste Mathieu Kérékou au Bénin en 1977, il revient aux Comores alors qu'Ahmed Abdallah est revenu au pouvoir en 1978. En 1989, il est accusé par la France d'avoir participé à l'assassinat d'Ahmed Abdallah ; d'autres l'accusent d'avoir fait assassiner Ali Soilih et d'être soutenu par l'Afrique du Sud qui avait à cette époque besoin des Comores pour le trafic d'armes. Après l'assassinat d'Ahmed Abdallah, il trouve refuge en Afrique du Sud et ne rentre en France qu'en 1993. Cette même année, Dénard est condamné à cinq ans de prison avec sursis pour sa tentative de coup d'Etat contre le président béninois, la justice béninoise le condamnera à mort. Il prend alors sa retraite dans son village en France. Mais le " chien de guerre " de la République n'en a pas fini, il a des " fourmis dans les jambes ".

L'élection de Jacques Chirac en 1995 lui donne des ailes. Avec ses mercenaires, il fait un dernier coup d'Etat en 1995 qui permet d'installer Taki et Kamal Ahmed Saïd comme co-présidents. La France qui n'apprécie pas intervient 4 jours plus tard et ramène Bob Dénard en prison. Il sera bien sûr placé en liberté provisoire en attente d'un procès pour ce coup d'Etat.

Pour l'instant, il faut solder les comptes du passé : le procès de Bob Dénard, qui a eu lieu en 1999 pour l'assassinat du président Abdallah en 1989, s'est soldé par un non-lieu. Bob Dénard se lance dès lors dans les affaires : il ouvre une société de sécurité, écrit un livre Le Corsaire de la République, crée un site Internet et participe à des débats télévisés.

Bob meurt en octobre 2007 à l'âge de 78 ans. Atteint de la maladie d'Alzheimer, Robert Dénard résidait, les derniers temps de sa vie, dans son village natal de Grayan-et-l'Hôpital (Gironde), où habite aussi sa soeur. Le " chien de guerre " venait d'être condamné en juillet 2007 à quatre ans de prison, dont trois avec sursis, et 100 000 € d'amende par la cour d'appel de Paris pour le coup d'Etat aux Comores de 1995. Il n'aura donc jamais été jugé dans l'archipel comorien... Celui qui aimait se présenter comme le " corsaire de la République " s'était marié à sept reprises et comptait huit enfants.

101e département français

Lors du référendum du 29 mars 2009, les Mahorais ont très majoritairement répondu " oui " à la question : " Approuvez-vous la transformation de Mayotte en collectivité unique, appelée département, régie par l'article 73 de la Constitution, exerçant les compétences dévolues aux départements et régions ? "

Avec le renouvellement de l'assemblée locale au printemps 2011, Mayotte est officiellement le cinquième DOM et la première région mono-départementale ultramarine. Le statut de DOM met fin au système cadial en place à Mayotte depuis l'arrivée des Chiraziens au XVIe siècle. Le droit écrit, laïc et républicain se substitue au juge musulman. Attendus depuis longtemps par les Mahorais, les avantages sociaux de la métropole commencent à s'appliquer, mais dans le même temps, et ceci fait perdre un rictus chronique à la population, la fiscalité aussi va s'appliquer... et à la française, svp ! Le 1er janvier 2014, Mayotte est devenue la neuvième région ultra-périphérique totalement (RUP), avec les quatre autres Dom français (Martinique, Guadeloupe, Guyane et Réunion) et Saint-Martin. Mayotte bénéficie désormais des fonds européens pour le développement régional, la pêche, l'agriculture, l'éducation et la formation, ce qui devrait lui permettre de rattraper son retard de développement, mais l'obtention n'est pas aisée face à la rigueur administrative et aux textes. Pour faciliter les choses, le 15 décembre 2015, la Cour de Justice du Luxembourg (CEJ) a reconnu à Mayotte le droit de déroger aux règlements européens sur un certain nombre de sujets... jusqu'en 2031. En s'appuyant sur ce texte, les présidents des 9 régions ultrapériphériques (dont Soibahadine Ibrahim Ramadan, président du Conseil départemental de Mayotte), présents en septembre 2016 à la 21e conférence des RUP à Madère (Portugal), ont réclamé plus de souplesse, et ont appelé à ouvrir de nouvelles relations entre l'outre-mer et l'UE. Cela devrait permettre d'adapter la réalité de Mayotte aux textes de l'Union, cette spécificité pour l'outre-mer pourrait ouvrir le financement de secteurs non éligibles aux aides.

Figures historiques

Sultan Andriantsouly. Au XVIe siècle, les premiers Européens arrivent, d'abord les Portugais et les Hollandais, suivis des Anglais et des Français au XVIIe siècle. Le XVIIIe siècle est caractérisé par des guerres entre les " sultans batailleurs " des différentes îles des Comores. Le sultan de Mayotte Andriantsouly, proclamé à ce titre en janvier 1840 est alors en guerre avec le sultan Andriani et recherche la protection de la France en lui cédant l'île le 25 avril 1841 contre une rente annuelle de 1 000 piastres. C'est le commandant Passot, envoyé par le gouverneur de Bourbon (La Réunion), qui représenta la France (celle-ci voyait là une chance de compenser la perte de l'île Maurice contre les Anglais). La position de Mayotte dans le canal du Mozambique était aussi stratégique pour la marine militaire dans la région.

L'histoire a retenu le serment de sang passé en 1824 entre le prince sakalave et le sultan de Mayotte Mawana Madi Boina Combo Ier. Converti à l'islam, Tsilevalouha devient Andriantsouly ; il met les pieds pour la deuxième fois à Mayotte le 15 juillet 1832. Il habitait M'tsapéré, ville Antalahotsi. Il décède le 26 septembre 1845 et devient Ndramanavaka-Rivo. Le sultan est inhumé sur le promontoire de Chou'a qui prend le nom de Mahabou à Mamoudzou (tombeau royal).

Ce lieu sacré a été victime en octobre 1995 d'actes de profanation. Une cérémonie de restauration du ziara fut organisée en 1996. Le site a recouvert son caractère de lieu de rite (pratique sakalave au sud du site, shengue musulman au nord du mausolée) après que le conseil général a investi pour sa remise en état.

Zaîna Meiresse. Chef de file de la milice féminine des Chatouilleuses. Sa devise " La France, pour être libre ! Les Comores, nous n'en voulons pas ! " et sa méthode de protestation contre les ministres comoriens, à base de chatouilles, resteront à jamais gravées dans les mémoires.

Entre 1960 et 1970, les Mahoraises luttent et protestent pour le maintien de Mayotte française. Pour se faire entendre suite au départ massif en 1966 de nombreux fonctionnaires mahorais vers les Comores, Zaîna et d'autres filles décident de s'attaquer aux hauts fonctionnaires comoriens en visite sur Mayotte en les chatouillant cruellement bien. Le mouvement perdure encore aujourd'hui sous d'autres formes. Zaîna Meiresse a été pendant 4 ans conseillère générale. Chevalier de la Légion d'honneur en 2004, elle a été promue au grade d'officier de la Légion d'honneur en 2013 par décret du Président de la République. Elle nous a quitté le 12 avril 2014, pour rejoindre sans aucun doute les anges chatouilleurs.

Jean-Jacques Brot. Il fut sans aucun doute l'un des plus grands préfets de Mayotte (2002-2005). Les Mahorais se souviennent encore de sa très forte personnalité partagée entre pouvoir central et proximité. Souvent en tête de ligne lors de mouvements sociaux qui furent nombreux durant ses fonctions sur Hippocampe, il est l'un des pères de la décentralisation, mais aussi de la privatisation des Hydrocarbures qui étaient alors régis par l'armée. Mais il incarne également, avec Mansour Kamardine alors député, le redémarrage du bouleversement des institutions en direction de la départementalisation. " Préfet travail " comme le nomment encore les Mahorais, il est impossible de regarder la Mayotte actuelle sans songer à lui tant ses actions furent nombreuses et salutaires. Il fut, en 2005, promu préfet des Deux-Sèvres, de Guadeloupe, puis d'Eure-et-Loir. Agé de 59 ans, père de cinq enfants, diplômé d'HEC (Hautes études commerciales) et de l'Institut d'études politiques, après avoir été Préfet de Vendée puis du Finistère, il a démissionné en juillet 2014 du poste de Haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie.

Prince Saïd Ibrahim. Fils de sultan, le prince Saïd (1911-1975) gravit les échelons de l'administration coloniale dès 1938, après avoir été écrivain-interprète. Il est affecté aux services du Haut-Commissariat à Madagascar, puis gouverneur de Première Classe. Abandonnant ses fonctions, il rentre dans la lutte politique en devenant chef du " Parti Blanc " qui s'oppose au " Parti Vert " de Saïd Mohammed Cheikh dès 1951. En 1959, les Comores reçoivent deux sièges à l'Assemblée nationale, et les deux hommes siègent côte à côte. De 1958 à 1970, il est président de l'Assemblée territoriale, puis de la Chambre des députés des Comores, grâce à une alliance avec le " Parti Vert " et, à la mort de Saïd Mohamed Cheikh, il devient président des Comores, mais pas pour très longtemps : il sera renversé deux ans plus tard. Le prince meurt en 1975 ; l'aéroport de Moroni porte son nom.

Henry Jean-Baptiste. Né le 3 janvier 1933 à Fort-de-France (Martinique). Après des études et une carrière brillante, ce natif de La Martinique devient en 1986 député (UDF-MPM) de Mayotte.

En 1999, avec le sénateur Marcel Henry, il fait scission avec le MPM pour créer le MDM (Mouvement départementaliste mahorais). Fervent partisan du rattachement de Mayotte à la France, il exercera ce poste jusqu'en 2002, succédé par Mansour Kamardine. Il est actuellement Conseiller référendaire à la Cour des comptes.

Commandant Pierre Passot. Cette personnalité mahoraise incontournable est née le 29 novembre 1806 à Cluny (Saône-et-Loire) et morte en 1855. Le 14 juillet 1840, date hautement symbolique, il arrive sur l'île au lagon à bord du navire de guerre La Prévoyante et place l'île de Nosy Be (Madagascar) sous la protection de la France, après en avoir fait la proposition à son supérieur le contre-amiral Anne Chrétien Louis de Hell, gouverneur de l'île Bourbon (La Réunion).

Il ancre en 1841 le navire de guerre Le Colibri dans le sud de Nosy Be et signe avec la reine Sakalava Bemihisatra Tsiomeko un traité par lequel elle cède définitivement la totalité de l'île à la France. Ce traité a pour but de soustraire l'île de l'influence merina alors grandissante et de fournir aux Français un port dans le canal de Mozambique. Pierre Passot fonde le chef-lieu de Nosy Be et le baptise Hell-Ville, du nom de son supérieur.

Le 25 avril 1841, le sultan Andriantsouly, roi sakalava, cède l'île de Mayotte à la France représentée par le capitaine Passot. Celui-ci l'achète contre une rente viagère personnelle de 1 000 piastres. La vente est entérinée par le roi Louis-Philippe de France en février 1843.

Le 13 juin 1843, le capitaine Passot prend possession de l'île de Mayotte au nom du roi. La population de Mayotte s'élève alors à 3 000 habitants. Le 1er juillet 1847, Pierre Passot, commandant supérieur de Mayotte, promulgue l'arrêté local qui proclame la liberté des esclaves de Mayotte. Le point culminant de Nosy Be a été baptisé mont Passot en son nom. Une rue de Hell-Ville, chef-lieu de Nosy Be, porte également son nom.

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