Guide des Îles Anglo-Normandes : Politique et économie

Politique
Structure étatique : le bailliage

Les îles Anglo-Normandes font partie de la couronne britannique, mais non du Royaume-Uni. La reine d'Angleterre en est la souveraine en tant qu'héritière du dernier duc de Normandie. Cette particularité leur procure bien des avantages, notamment celui de pouvoir conserver leur statut de " paradis fiscal ". Si les habitants sont avant tout des Jersiais ou des Guernesiais, les îles sont cependant placées sous la tutelle du Parlement à Londres pour toutes les questions concernant les Affaires étrangères et la Défense. Toutes les autres questions de politique générale sont régies selon les propres règles administratives des deux bailliages, sortes d'unités administratives. Au bailliage de Jersey sont rattachés les Minquiers et les Ecréhous, et le bailliage de Guernesey comprend les îles d'Aurigny, Sercq et Herm. Chaque bailliage a deux personnalités à sa tête : le bailli, nommé à vie par la reine, et le lieutenant gouverneur, représentant de la reine, en général un officier de l'armée britannique. Les compétences du bailli sont très vastes. Il est le chef à la fois du législatif, de l'exécutif et du judiciaire, ce qui fait beaucoup pour un seul homme. Toutefois, il n'administre pas seul et, contrairement à ce qu'en disent certains, les îles ne sont plus des Etats féodaux car elles se sont largement démocratisées. Les pouvoirs du bailli sont contrebalancés par les Etats (en anglais " the States of Deliberation " ou plus simplement " the States "), composés de représentants élus au suffrage universel. Ils émettent des ordonnances et des décrets et décident d'adopter ou non telle ou telle loi du Royaume-Uni. Toutefois, les lois que votent les " States " ne peuvent que modifier une autre loi et doivent faire l'objet d'une approbation de la Couronne britannique - c'est le cas, par exemple, en ce moment pour l'approbation à Guernesey du mariage pour les personnes du même sexe. Les îles ne connaissent pas de parti politique, ni cabinet, ni Premier ministre. Les représentants sont élus pour 3 ans et sont tous affectés, selon leurs compétences, à l'une des diverses commissions responsables de l'administration des îles. A l'occasion du 50e anniversaire de la victoire du 8 mai 1945, le prince Charles fit une visite de courtoisie au " fief " de Sercq. Il porta un toast à la reine d'Angleterre, mais bien mal lui en prit, car cela fut considéré comme une offense. Il présenta même des excuses publiques pour ne pas avoir porté son toast... au duc de Normandie !

Police et justice

Aurigny, Sercq et Herm ont assuré leur propre sécurité jusqu'à la première moitié du XXe siècle. Le chef de la paroisse, le connétable et son bras droit, le vingtenier, étaient assistés de plusieurs policiers honoraires. Ils parvenaient ainsi à résoudre de petits conflits entre voisins et quelques querelles conjugales. Mais ces policiers étaient fort démunis lorsqu'ils devaient faire face à de grosses affaires. Ils faisaient alors appel à la police salariée de Saint-Hélier, à Jersey, ou de Saint-Peter-Port, à Guernesey. Mais ce système ne fonctionnait pas très bien. Le manque quasi total de coordination entre policiers honoraires et policiers salariés gênait beaucoup le déroulement des enquêtes et faisait même capoter certaines affaires. Après les années 1950, les Etats des îles établirent des services de police très efficaces ainsi qu'un commissariat central. Ils attribuèrent aussi à la police salariée davantage de pouvoir. Dans le bailliage de Jersey comme dans celui de Guernesey, le représentant suprême de la justice est le bailli. Il préside la Cour royale, assisté de son substitut et d'un jury d'officiers municipaux. Celle-ci est compétente pour juger les criminels arrêtés sur les îles dépendant de leur bailliage (d'ailleurs, pour la petite histoire, Herm possède la prison la plus petite au monde et elle compte aujourd'hui 1 prisonnier). N'allez donc pas croire que le fait de vous trouver sur une petite île vous donne tous les droits ! En effet, les policiers honoraires ont le pouvoir de vous interpeller ou de vous inculper en cas de délit.

Économie

Pendant des siècles, l'économie locale dépendait de l'agriculture, de la pêche et de la fabrication de pulls - les fameux " jersey ". Mais la situation a changé de façon drastique depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Aujourd'hui, ce sont les secteurs financiers et touristiques qui représentent, avec 80 % du PNB, la part la plus importante de l'économie des îles. Leur statut particulier et leur réputation de havre fiscal attirent de nombreuses sociétés, qui s'y domicilient pour profiter de ces avantages.

Ce statut représente un certain avantage, mais les îles, entourées par l'Union européenne, doivent de plus en plus tenir compte de nouvelles règles économiques internationales, se plier à des standards, à des lois (droits de l'homme, droits des immigrés). Et leur principal problème est de ne pas pouvoir se faire entendre. Telle est la limite de leur particularisme. Cet excès d'indépendance et de différences ne permet pas aux îles d'être suffisamment présentes lors de débats internationaux, de faire entendre leurs voix et de défendre leurs intérêts. Pire, Jersey et le bailli de Guernesey ont bien du mal à travailler ensemble et à s'exprimer d'une même voix. L'avenir obligera peut-être les îles à mettre en commun leurs forces en matière d'affaires étrangères, afin de continuer à " exister ".

Principales ressources
Bouchots en baie de Jersey.
Bouchots en baie de Jersey.

Le sous-sol de ces rochers granitiques qui composent l'archipel Anglo-Normand est dépourvu de matières premières, ce qui le rend dépendant de la France et de l'Angleterre. Les îles doivent ainsi importer leur électricité, leur alimentation ainsi que leurs biens de consommation. La centrale EDF de Flamanville, dans la Manche, alimente Jersey en électricité, alors que Guernesey la produit à partir d'une centrale thermique dont le combustible est importé de Grande-Bretagne. De même, les îles ont dû aménager leurs réserves d'eau potable. Chacune s'est équipée de nombreux " réservoirs ", des étangs artificiels. Jersey a même dû se doter d'une usine de dessalement d'eau de mer. Cette absence d'autonomie nuit à l'économie des îles, qui pourtant reste une des plus florissantes du monde comme le démontre le PIB du bailliage de Guernesey qui s'élève à quelque 2 milliards de livres.

Agriculture. En 1880, l'île de Jersey comptait 2 600 fermes. Elle n'en compte plus que 500 aujourd'hui. Néanmoins, en dehors du tourisme et des revenus financiers, l'économie des îles profite toujours de ce sol fertile qui, avec le climat tempéré, permet la culture des primeurs. Les pommes de terre sont plantées en février pour être récoltées en avril, ce sont des pommes de terre précoces qui, avec les tomates, les choux et les fleurs, fournissent la matière des exportations. Pourtant la vente des primeurs ne représente qu'environ 2 % du PIB. Depuis la guerre, l'agriculture s'est modernisée, la culture en serre s'est beaucoup développée, une prolifération un peu anarchique qui a parfois altéré le paysage. Les serres empiètent souvent largement sur la campagne, particulièrement à Guernesey où on les trouve partout. Elles sont de toutes tailles, grandes ou parfois minuscules, lorsqu'elles sont collées à une maison individuelle. La densité surprenante de la population, en plus des serres, ne laisse donc pas beaucoup de place à la campagne guernesiaise. Dans les années 1960 et 1970, la culture principale y était celle de la tomate, la Guernsey Tom, qui couvrait 15 % de la surface totale de cultures. Au début des années 1980, à cause de la concurrence, sa production a connu une baisse importante. Les agriculteurs ont dû cultiver de nouveaux produits et notamment se reconvertir dans la culture des kiwis et des fleurs. Les serres ont également été modernisées et sont aujourd'hui contrôlées (température et hygrométrie) par des ordinateurs. Chaque année, plus d'un million de bottes sont exportées en Grande-Bretagne ou vers l'étranger. Des fermes aquacoles ont également été créées, notamment pour la culture des huîtres.

Les vaches et les boeufs ont été également élevés pour la viande et pour la traite. A partir du XVIIIe siècle, les laitages de l'archipel, au goût si particulier, étaient tellement appréciés au Royaume-Uni qu'on effectua une sélection plus sévère des animaux pour créer des races portant le nom des îles. Les produits laitiers continuent à être exportés, même si le nombre de têtes tend à baisser chaque année. C'est aussi une industrie importante, car les îles sont autonomes en ce qui concerne le lait, le beurre, le yaourt ainsi que la crème fraîche vendus sur les îles et qui sont tous fabriqués à la laiterie d'Etat.

La pêche. L'économie des îles, c'est aussi la mer et son exploitation. Le touriste pressé d'arriver ne prend pas toujours le temps pendant la traversée - s'il prend le bateau - de regarder la mer. Les chalutiers à la pêche sont pour lui des objets esthétiques, les petites bouées rouges en mer, marquant la place des casiers, sont tout au plus une curiosité. Et les groupes de chalutiers regagnant ou quittant le port ne sont qu'un spectacle splendide. Mais derrière ces objets, ces bateaux, des milliers d'emplois et la survie de familles sont en jeu. En simplifiant, les îles Anglo-Normandes se trouvent au coeur d'un carré de 120 km de côté environ, ce qui représente plus d'un million d'hectares de mer. Si, sur terre, il est plus facile de délimiter un champ, de trouver des repères tels qu'un fleuve ou une chaîne de montagnes, pour tracer des limites en mer, c'est une autre affaire. Il y a deux solutions : on exploite en commun ou on délimite des zones. Dans les deux cas, les problèmes humains sont quelquefois des problèmes de survie et, bien souvent, ils finissent par des guerres, comme le montrent plusieurs exemples récents en Europe et dans le monde. Dans le secteur des îles, on trouve des pêcheurs anglo-normands, des pêcheurs bretons, normands et anglais, sans compter les autres bateaux qui se risquent quelquefois dans la zone, et enfin les plaisanciers peu respectueux des règles. La question des droits de pêche existe depuis des siècles. Pour ce qui concerne cette région, certains historiens les rattachent même à la guerre entre Philippe Auguste et Richard Coeur de Lion, dès 1189.

La création du Marché commun et la constitution de la Cour internationale de La Haye ont permis de fixer des règles et de trancher juridiquement les différends. Une première convention importante avait été signée en 1839, à propos de la pêche des huîtres, entre les autorités anglaises, jersiaises et françaises. Elle avait fixé des limites à partir de repères apparaissant sur les cartes marines, désignant les zones propres à chacun, et celles qui étaient communes. Ces limites se mesuraient à partir de la laisse de basse mer et définissaient des zones de 3 milles dans les baies où la distance entre les côtes est parfois très faible. Les bateaux de pêche devaient être numérotés et inscrits au Bureau des pêches de chaque nation. Il y avait donc trois zones, une française, une anglaise et anglo-normande, et une zone neutre qui englobait les Ecréhous et les Minquiers. La convention définissait aussi les conditions dans lesquelles, lors d'avaries et d'accidents, les bateaux pouvaient entrer dans les autres zones. Les rivalités, non seulement entre nations, mais aussi entre équipages, firent que les incidents se multiplièrent. De véritables batailles eurent lieu dont le souvenir reste vivace à travers des courses sportives, à l'aviron ou à la voile, entre les marins normands, bretons et anglais, le long des côtes ou d'île à île, dans lesquelles les rameurs jersiais sont toujours admirés. A cette époque, l'huître était sauvage, et on la draguait. De vieux gréements et des cartes postales témoignent encore de ce temps. D'autre part, si Malouins et Granvillais s'en allaient à Terre-Neuve pêcher la morue, les pêcheurs anglo-normands, avec leurs rochers, bénéficiaient d'une quantité importante de congres qu'ils salaient comme la morue. Depuis, les rivalités subsistent, mais les problèmes de ressources se sont aggravés. L'huître sauvage, dans son exploitation ancienne, a disparu, les gisements s'étant épuisés entre 1920 et 1930, au profit de la culture des huîtres sur les côtes. Les moules sont également parquées, mêmes si on rencontre encore quelques pêcheurs à pied. La coquille Saint-Jacques, trop pêchée, se raréfie, et sa collecte est aujourd'hui très réglementée, comme celle de l'ormeau. La concurrence est plus rude que jamais, d'autant que la surexploitation entraîne la raréfaction des espèces majeures et la dominance de poissons de taille trop petite : sole, limande, barbue, saint-pierre, turbot, bar et rouget barbet, qui font pourtant la richesse des tables des restaurants anglo-normands. Les coquillages, autres que les huîtres, se font aussi parfois rares, comme les coques, et l'aquaculture se développe pour les palourdes. Dorades grises, tacauds, lieus jaunes, merlans, grondins et seiches, souvent négligés sur les étals au profit d'espèces jugées plus nobles, constituent sur place la nourriture de beaucoup de gens et l'on sait, dans les îles, les préparer de façon délicieuse, sous forme de gratins ou de soupes. On trouve encore d'autres espèces intéressantes comme ces petits requins que sont les roussettes ou ces grandes raies que l'on n'apprécie souvent que dans les aquariums marins pour leur élégance. N'oublions pas dans cette liste les crustacés : crabes divers, tourteaux ou étrilles, et surtout le fameux homard, objet de convoitise... et de conflits sur les lieux de récolte. Pour eux aussi, la limitation devient nécessaire, car les bateaux anglo-normands vont parfois jusque sur les côtes écossaises pour le pêcher. La pêche dans cette région est une véritable industrie qui nécessite des investissements de plus en plus importants : des chalutiers de plus en plus gros et équipés de chaînes du froid, des entrepôts de stockage et des criées pour la vente. La recherche scientifique s'en mêle aussi, et il faut, pour favoriser et développer ses découvertes, mettre en commun les idées et les moyens. Même si elles ne font pas partie intégrante de l'Union européenne, les îles, dont la politique étrangère dépend de Londres, sont partie prenante de l'Europe bleue, de cette partie de la Manche en particulier, qui s'étend de Boulogne à la Cornouailles anglaise au nord, et de Boulogne à Brest au sud. Et c'est pourquoi elles doivent oeuvrer pour faire reconnaître leurs spécificités et leurs problèmes particuliers, qui requièrent parfois des moyens différents de ceux que définissent les autorités européennes. Ainsi, les querelles qui subsistent dans la baie du Mont-Saint-Michel, bien que paraissant d'un autre âge, sont le reflet de ces incompréhensions administratives. La dernière grande bataille ne date que de 1953, à propos des Ecréhous et des Minquiers. La Cour internationale de justice de La Haye, après de longues investigations, a tranché en faveur des îles et les a rattachées à Jersey. L'affaire n'en est pas terminée pour autant, car il reste à définir ce que sont la basse mer et la haute mer. Certains îlots et certains rivages ne sont découverts ou recouverts qu'exceptionnellement aux très grandes marées et cela varie également selon les conditions météorologiques. Aussi les conflits et les accords se succèdent-ils depuis 1953, notamment entre 1992 et 1994, les marins défaisant ce que font les commissions, et les commissions ne tenant pas compte de ce dont conviennent les marins entre eux.

La pisciculture fait son apparition, mais c'est une activité encore limitée. On commence ici avec le turbot. Jersey Turbot est la seule ferme piscicole commerciale de Jersey. Les alevins sont achetés en France lorsqu'ils ont 4 mois, puis grandissent dans des parcs en haute mer pendant plus de 3 ans parfois, le temps pour eux d'atteindre une taille suffisante pour être commercialisés.

La situation n'est donc pas simple. Et ce n'est pas le Brexit qui risque de la fluidifier. Les quelque 200 pêcheurs anglo-normands débarquent en effet près de 80 % de leur pêche dans les ports normands. Un sommet entre la région Normandie et les élus de l'archipel a eu lieu en octobre 2018. Et, au sortir de cette réunion, l a situation est toujours aussi floue. "C'est vrai ce n'est pas simple, mais il faut poursuivre notre coopération avec la Normandie. Les choses évoluent doucement", se contente de dire Jonathan Le Tocq, ministre des Affaires étrangères de Guernesey, certainement soucieux de ne pas froisser la couronne britannique. Reste que le 30 mars 2019, les pêcheurs anglo-normands ne pourront plus débarquer dans les ports de l'Hexagone.

La finance. La stabilité financière du gouvernement des îles, sa proximité avec le Royaume-Uni et l'Europe continentale et ses taxes faibles attirent l'industrie financière. A Jersey, les taxes étaient pourtant inexistantes avant 1962, date à laquelle fut abolie la loi qui limitait les taux d'intérêt. Peu à peu, les banques d'affaires se sont intéressées à la position que pourraient occuper les îles qui gardaient leur statut particulier dans une Europe en construction et ont compris le potentiel que celles-ci pouvaient représenter pour leurs clients et donc pour leurs propres bénéfices. En effet, les banques installées sur les îles ne sont pas sous la juridiction du Royaume-Uni et peuvent proposer à leurs clients, attirés et rassurés par le système politique très stable des îles, des conditions financières et fiscales qui défient toute concurrence. Aujourd'hui, des banques de toutes nationalités s'y sont installées et l'activité financière est devenue le pilier de l'économie.

L'archipel est donc devenu un centre financier international où sont installés plus d'une centaine de banques et plus de 33 000 établissements financiers. Plus de 139 milliards de livres sterling sont mises en dépôt dans l'île, dont 66 % en monnaie étrangère. Pour les mêmes raisons, de nombreux immigrés fortunés sont venus se retirer dans les îles, en évitant les sévères taxes britanniques. Les îles offrent donc encore un refuge à tous ceux qui fuient les impôts. Les spéculateurs y devraient bénéficier encore longtemps du secret bancaire le plus strict en même temps que de l'immunité fiscale. Officiellement, les clients sont contrôlés de manière extrêmement stricte et les indésirables, les mafias qui voudraient y blanchir leur argent par exemple, sont, en principe, irrémédiablement refoulés dès qu'un soupçon vient entacher leurs activités. Certains députés britanniques, travaillistes surtout, ont beaucoup critiqué ces paradis fiscaux. D'après eux, il était inconcevable que les îliens jouissent des avantages de la citoyenneté britannique sans avoir à s'acquitter en retour de leurs devoirs de contribuables, et que des millions de livres échappent ainsi totalement au Trésor public. L'Europe et la France en particulier ont tenté à leur tour de remettre en cause ces privilèges, mais malgré les pressions politiques rien n'y fait ! On imagine aisément la résistance des îliens face aux interpellations de la grande île et de l'Europe et leur volonté de garder leur indépendance. Ils ne sont pas prêts à lâcher la poule aux oeufs d'or et encore moins aujourd'hui qu'hier alors que le Brexit s'est installé dans toutes les conversations.

Le doryphore, une catastrophe économique !

Avant la Seconde Guerre mondiale, interdiction était faite d'importer de France des produits agricoles de quelque nature que ce soit. Il s'agissait d'empêcher l'importation d'un petit insecte jaune et noir, le doryphore, parasite de la pomme de terre, qui a causé la ruine des récoltes de Jersey en très peu de temps. L'émoi fut grand lorsqu'en 1938 le petit animal fit son apparition sur les côtes de Saint-Malo jusqu'aux Minquiers, situées à 11 milles marins de Jersey. Cette invasion fut si célèbre que le nom du nuisible fut également donné aux soldats allemands à partir de 1939. Après la Libération commença une lutte acharnée pour se débarrasser du gêneur. La Grande-Bretagne refusait les pommes de terre jersiaises et les pertes économiques furent alors considérables.

En 1945, 45 foyers furent découverts et en 1946, seulement 5. En 1947, l'insecte était complètement éradiqué lorsqu'une seconde invasion se produisit. Tout était alors à recommencer. Après de vastes campagnes de pulvérisations d'insecticide, le doryphore disparut complètement. En guise de prévention sanitaire, les îliens pulvérisèrent, jusque dans les années 1950, les pneus des voitures qui se rendaient sur l'île et les cales des yachts étaient examinées à la loupe ! Quiconque rapportait dans sa besace une simple pomme, cueillie dans la campagne normande, s'attirait les foudres du douanier. Aujourd'hui, les autorités des îles restent assez vigilantes pour éviter toute réapparition.

Place du tourisme

Le tourisme est l'une des activités essentielles de l'archipel à tout point de vue. Non seulement il représente plus ou moins 20 % de leur PIB, ce qui le place en seconde position dans leurs sources de revenus, mais il leur permet, en plus, de bénéficier de moyens d'accès. Les offices de tourisme dynamiques et les campagnes de publicité mettant en valeur les nombreux atouts de la destination ont permis aux îles d'attirer de nombreux visiteurs. Environ un million de touristes se rendent chaque année sur les îles ; 80 % d'entre eux sont des Anglais et 20 % viennent de France et d'Allemagne. Il est important de préciser que si la plupart viennent pour apprécier le charme des flâneries en bord de mer et la joie des baignades sur de grandes plages de sable fin, certains sont attirés par les placements financiers.

Depuis quelques années, les îles se heurtent à la récession mondiale et pâtissent du tourisme de masse de certains pays, plus au sud, qui proposent des tarifs défiant toute concurrence. Du fait de l'instabilité politique dans de nombreux pays et des menaces terroristes qui pèsent dans le monde, les îles cherchent à jouer la carte de la proximité en attirant les voyageurs qui hésitent à s'aventurer loin de chez eux, pour les recevoir dans une atmosphère familiale et décontractée. Les îles ont ainsi voulu casser l'image " d'îles pour retraités " en faisant la promotion d'activités variées allant de la gastronomie aux sports extrêmes. Ainsi, à Jersey comme à Guernesey, festivals et événements se multiplient. Les hôtels de luxe aménagent des spa et autres parcours de golf pour attirer une clientèle fortunée exigeante. Alderney joue sur la convivialité. Sercq et Herm mettent en avant l'intimité, la nature sans voiture.

Mais ce qui frappe parfois, c'est le manque de cohésion entre les politiques de chaque île. Les Français perçoivent les îles Anglo-Normandes comme une entité à part entière, un groupe d'îles très liées. Mais la promotion de ses dernières se fait individuellement. Et il est difficile de trouver des informations communes, des brochures " îles Anglo-Normandes ". Car la coopération entre les îles est malheureusement peu évidente, chacun suit un chemin différent, emploie des moyens différents. Mais on peut penser que cela devrait évoluer... par nécessité. Les îles doivent en effet s'adapter au nouveau marché du tourisme, sans perdre leurs charmes et identités.

Image des îles et promotion

Il est intéressant d'observer de quelle manière sont " vendues " les îles sur les deux marchés principaux : l'Angleterre et la France.

En France, les îles Anglo-Normandes sont vues comme un bout d'Angleterre méconnu. Les publicités jouent sur des détails exotiques : pubs, petits déjeuners à l'anglaise, baignoires à deux robinets (quelle idée !), fenêtres à guillotine... On vend du dépaysement en plus des paysages. Autrement dit, les tour-opérateurs français proposent dans leurs dépliants des traditions british, à quelques minutes de bateau des côtes hexagonales.

Le marché anglais joue également sur l'exotisme, mais dans l'autre sens. Les spots publicitaires n'hésitent pas à accompagner d'une musique accordéon très " Paris " les vidéos de promotion des Channel Islands pour mettre en avant la gastronomie et les noms de rue en français qui sonnent tellement bien... Bref, on vend aux Anglais un petit bout de " France " où on a la bonne idée de parler anglais.

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