Guide des États-Unis : Histoire

Reconstitution d'une fusillade.
Reconstitution d'une fusillade.
La vie avant les colons

Les tout premiers habitants de la région seraient arrivés très certainement d'Asie par le détroit de Béring entre 10 000 et 4 000 ans avant notre ère. Puis, plusieurs ethnies se sont développées et l'on compte près de 20 tribus amérindiennes différentes qui peuplent les Rocheuses à l'époque où les premiers Européens explorent la région, dont les Pieds-Noirs, les Shoshones, les Arapahos, les Kootenais, les Cheyennes, les Salishs, les Anasazis, les Fremonts, les Nez-Percés, les Coeur d'Alene, les Boises, les Bannocks, les Lakotas (issus de la tribu des Sioux), les Mandans, les Crows, les Utes, les Pueblos, les Comanches... La plupart d'entre elles vivent de la chasse au bison, animal sacré, au centre des croyances et des rites. La peau, les os, la fourrure, la chair, tout est réutilisé pour se nourrir ou confectionner habits, couvertures, armes, coiffes... A l'origine, les troupeaux sont poursuivis à pied et tués par flèches ou sont pris en embuscade et trouvent la mort en tombant d'un précipice. Si le bison est donc la source majeure de nourriture et de matière première pour beaucoup de tribus, dans certaines régions plus au sud, les modes de vie sont davantage sédentaires et agricoles. En Utah notamment, on cultive le maïs, les haricots et la courge, et la dinde est domestiquée par les Anasazis.

Chronologie

1609 > Les Espagnols construisent Santa Fe au Nouveau-Mexique.

1680 > Les tribus indiennes du Montana acquièrent le cheval.

1682 > L'explorateur Cavelier de La Salle s'approprie une partie des Rocheuses au nom de la France, (les actuels Dakota du Sud, Montana ainsi qu'une grande partie du Colorado et du Wyoming qui composent, entre autres, la Louisiane française).

1743 > Les fils de l'explorateur franco-canadien Pierre de La Verendrye découvrent les montagnes Rocheuses.

1776 > Les missionnaires Escalante et Dominguez, en cherchant une nouvelle route reliant le Nouveau-Mexique à la Californie, explorent l'Utah et une partie du Colorado.

1803 > Le territoire de la Louisiane est acheté par les Etats-Unis à la France pour 15 millions de dollars (Lousiana Purchase), les Etats-unis acquièrent ainsi une partie de l'Ouest américain.

1804 > Lewis et Clark débutent une expédition de deux ans qui sera la première à traverser les Rocheuses et à rejoindre la côte pacifique.

1811 > Le convoi de Wilson Price Hunt est la première expédition organisée à traverser le Wyoming en direction de l'Oregon et à franchir le col de South Pass dans le Yellowstone.

1812 > La première cabane est construite dans le Wyoming par l'explorateur et commerçant Robert Stuart.

1821 > Le Mexique gagne son indépendance par rapport à l'Espagne et revendique le territoire de l'Utah.

1824 > Le général William H. Ashley envoie des trappeurs dans le nord de l'Utah qui découvrent le Great Salt Lake.

1825 > Le trappeur et fondateur de la société de fourrure Rocky Mountain Fur Incorporated s'enfonce profondément dans les Rocheuses et ses charriots sont les premiers à pénétrer cette région.

1834 > Le premier poste de commerce permanent au Wyoming est créé à Fort Laramie. Parallèlement, les premiers migrants empruntent la piste de l'Oregon (Oregon Trail) qui traverse les Rocheuses et permet de relier les rives du Missouri à l'Oregon.

1837 > Le regroupement annuel de trappeurs Rocky Mountain Rendezvous créé en 1825 accueille à présent plus de 2 000 trappeurs et commerçants.

1842 > Le pionnier Kit Carson explore la zone de South Pass au Yellowstone. Un an plus tard, il conduit une nouvelle expédition qui permet de cartographier la région des Rocheuses jusqu'à l'Oregon.

1847 > Le premier groupe de migrants mormons arrive dans la vallée du Grand Lac Salé.

Fort Benton est fondé dans le Montana sur la rivière du Missouri comme un centre d'échange militaire et devient une porte d'entrée essentielle du commerce entre les Etats-Unis et le Canada.

1848 > Les Etats-Unis remportent la guerre américano-mexicaine. L'Utah, le Nouveau-Mexique et la partie restante du Colorado, les Rocheuses, appartiennent à présent entièrement à l'Union américaine.

Début de la ruée vers l'or de la Californie (1848-1956).

1849 > Fort Laramie devient un poste militaire. La plupart des traités concernant les natifs américains y seront signés. Avec la ruée vers l'or, plus de 20 000 migrants empruntent le California Trail pour rejoindre la Californie (on les surnommera "49ers"). Création de l'Etat de Deseret gouverné par Brigham Young qui deviendra deux ans plus tard l'Utah.

1851 > Le premier traité signé à Fort Laramie (aussi connu comme le traité de Horse Creek) accorde le territoire des Grandes Plaines à plusieurs ethnies natives dont des Lakotas, Cheyennes, Arapahos, Crows et Shoshones.

1852 > La polygamie est légalisée dans l'Utah.

1857 > Début de la guerre de l'Utah opposant la communauté mormone au gouvernement américain.

1858 > Brigham Young est démis de ses fonctions de gouverneur par le président James Buchanan.

De petits gisements d'or alluvionnaire sont découverts au Colorado, début de la ruée vers l'or de Pikes Peak qui deviendra la ruée vers l'or du Colorado. La ville de Denver est créée.

1860 > Le système de livraison rapide du courrier Pony Express est créé et durera près d'un an et demi. La ruée vers l'or commence au Wyoming.

1862 > La bataille de Glorieta Pass au Nouveau-Mexique durant la guerre de Sécession marque la victoire de l'Union sur les Etats confédérés à l'Ouest. Avec la loi d'Homestead Act, une famille peut revendiquer la propriété privée d'une terre du moment qu'elle l'a occupée depuis plus de 5 ans (et dans la limite de 65 hectares par famille).

1864 > Massacre de Sand Creek, une centaine d'hommes, femmes, enfants et vieillards appartenant à un village de Cheyennes et Arapahos sont massacrés au Colorado par une milice sous les ordres du colonel John Chivington.

1865 > La piste de Bozeman qui permet de rejoindre Fort Laramie, Wyoming, jusqu'aux territoires miniers du Montana est tracée.

1866 > Début de la guerre de Red Cloud (1866-1868), menée par les Amérindiens (sous l'égide du chef Red Cloud) contre l'armée américaine et les voyageurs empruntant la piste de Bozeman. Le massacre de Fetterman (21 décembre 1866) est en l'épisode le plus violent. 80 soldats sont attaqués et tués par 500 guerriers lakotas et cheyennes près du Fort Phil Kearny.

1867 > Le chemin de fer de l'Union Pacific passe par le Wyoming.

1868 Nouveau traité de Fort Laramie, signé entre l'armée et les Lakotas et garantissant à ces derniers protection et possession de la région des Black Hills (à cheval entre le Montana, le Dakota du Sud et le Wyoming) en échange de relations pacifiques vis à vis des migrants.

1869 > Inauguration du premier chemin de fer transcontinental célébrée au niveau de la jonction de la compagnie Central Pacific et Union Pacific au Promontory Summit dans l'Utah (connu aujourd'hui sous le nom de Golden Spike National Historic Site), juste au nord du Great Salt Lake.

1870 > Le chemin de fer relie Denver à Cheyenne.

1871 > William "Buffalo Bill" Cody devient guide dans la région du Yellowstone et dans le bassin de Big Horn.

1872 > Le premier Parc national est créé par le président Ulysses S. Grant, c'est le Yellowstone National Park.

1874 > Première ligne de chemin de fer dans l'Idaho. La ruée vers l'or commence dans les Black Hills.

1876 > La guerre des Black Hills (1876-1877) est un conflit entre le peuple Lakota et ses alliés (dont des Cheyennes) et l'armée américaine dans la région des Blacks Hills suite à la violation du traité de Fort Laramie de 1868.

Le 25 juin, la bataille de Little Bighorn oppose 647 soldats sous le commandement de George A. Custer à plus de 6 000 Cheyennes et Lakotas fédérés en amont grâce à Sitting Bull et menés par le chef Crazy Horse et d'autres grands guerriers amérindiens. Custer est tué et son armée défaite.

Le Colorado devient le 38e Etat des Etats-Unis.

La figure emblématique de l'Ouest, Wild Bill Hickok, est assassinée dans un saloon à Deadwood dans le Wyoming.

1877 > Après une tentative de fuite vers le Canada et une longue résistance face à l'armée, le chef Lakota Crazy Horse se rend à Fort Robinson.

La même année, les Nez-Percés menés par Chief Joseph, et traqués par l'armée américaine, se lancent dans une course-poursuite héroïque sur plusieurs milliers de kilomètres depuis l'Idaho vers le Canada. La bataille de Bear Paw les stoppe près du but, dans le Montana.

1878 > La guerre indienne Bannock, dirigée par le chef Buffalo Horn dans le Montana et le Nevada, oppose les Bannock et les Paiutes à l'armée américaine.

1881 > Billy The Kid est assassiné par le shérif Pat Garrett au Nouveau-Mexique.

1883 > La construction de la ligne de chemin de fer au Montana est terminée.

1885 > Massacre de Rock Springs où des mineurs blancs et chinois s'opposent. De nombreux mineurs chinois sont tués et leurs maisons sont incendiées.

1887 > La loi Edmunds rendant illégale la polygamie est adoptée par le Congrès dans l'Utah.

1888 > Un groupe de Utes de l'Utah tente le dernier raid indien connu dans le Colorado ; ils sont vaincus et retournent finalement dans leur réserve.

1889 > Le Dakota du Sud et le Montana deviennent respectivement le 40e et le 41e Etat des Etats-Unis.

La Johnson County War oppose dans le Wyoming une association de riches éleveurs et de pauvres petits colons, accusés à tort de vol de bétail et traqués par des mercenaires. La lutte des classes version Far West.

1890 > L'Idaho et le Wyoming deviennent respectivement le 43e et le 44e Etat des Etats-Unis.

Sitting Bull est arrêté et assassiné. Le 29 décembre, plus de 150 membres de sa tribu sont tués par l'armée lors du terrible massacre de Wounded Knee dans le Dakota du Sud.

1896 > L'Utah devient le 45e Etat des Etats-Unis. Au Wyoming, Buffalo Bill crée la ville de Cody.

1900 > La production d'or bat son plein à Cripple Creek au Colorado qui devient le deuxième camp aurifère le plus riche du monde.

Le célèbre leader Shoshone Washakie qui a joué un rôle déterminant dans le développement du Montana, de l'Idaho et du Wyoming est enterré dans le Wyoming avec tous les honneurs militaires.

1903 > Grève au Colorado des mineurs et ouvriers qui demandent des salaires plus élevés et de meilleures conditions de travail. A Cripple Creek, la grève fait de nombreux dégâts et des morts.

Décès, la même année, de Calamity Jane qui demande à être enterré à Deadwood aux côtés de Wild Bill Hickok.

1912 > Le Nouveau-Mexique devient le 47e Etat des Etats-Unis.

1913 > Le prince Albert 1er de Monaco est l'invité de Buffalo Bill et séjourne durant plusieurs semaines dans son pavillon Pashaska Tepee près de Cody.

1914 > Premières courses automobiles à Bonneville Flats près du Great Salt Lake.

1915 > Le Parc national des Rocheuses (Rocky Mountain National Park) est créé.

1917 > Buffalo Bill meurt et est enterré à l'ouest de Denver sur la Lookout Mountain.

1922 > Le champ pétrolifère de Salt Creek est créé au Wyoming.

1924 > Le Colorado est le deuxième Etat à ratifier la modification du travail des enfants à la Constitution fédérale.

1930 > Début de l'industrie touristique au Montana.

1941 > Le Mount Rushmore est terminé et ouvert au public.

1942 > Création du camp de Heart Mountain dans le Wyoming où sont internés près de 110 000 ressortissants japonais après l'attaque de Pearl Harbour.

1943 > L'explosion de la mine de charbon Smith au Montana tue plus de 70 mineurs.

1948 > Droit de vote obtenu pour les natifs américains au Nouveau-Mexique.

1949 > Un terrible blizzard en janvier paralyse une grande partie du Wyoming tuant plus de 70 personnes.

1951 > Le boom pétrolier débute à l'est du Montana.

1960 > Ben Reifel est le premier natif américain élu au Congrès.

1961 > Ernest Hemingway meurt à Ketchum dans l'Idaho.

1962 > L'évacuation de déchets toxiques dans un puits entraîne (jusqu'en 1965) des tremblements de terre et des centaines de secousses dans la région de Denver.

La voie rapide Lewis et Clark (US 12) au Montana est ouverte.

1963 > Escalade de l'armement durant cette période de guerre froide, un missile balistique intercontinental est installé dans le Dakota du Sud.

1972 > Le Colorado renonce à sa nomination et refuse d'accueillir les Jeux olympiques de 1976.

Dans l'Idaho, l'incendie dans la mine Sunshine à Kellogg tue 91 personnes.

1976 > La Cour suprême autorise l'extraction à ciel ouvert de charbon.

Rupture du barrage Teton dans le Wyoming provoquant une inondation et la mort de 11 personnes et de 13 000 bovins.

1978 > Le plus grand radiotélescope au monde est construit à l'université du Wyoming.

1980 > Le mont St. Helens (Etat de Washington) entre en éruption et couvre le nord de l'Idaho de cendres volcaniques.

1985 > Jake Garn est le premier sénateur américain à voler dans l'espace.

1988 > De terribles feux ont lieu au Yellowstone National Park et brûlent plus de 400 000 ha de forêt.

Les Etats-Unis et le Canada mettent en place l'accord de libre-échange impactant directement l'économie du Montana.

1993 > Le film de Robert Redford Et au milieu coule une rivière stimule le tourisme et l'immigration au Montana.

1995 > Les loups sont réintroduits dans le parc du Yellowstone.

1996 > Le terroriste américain Ted Kaczynsk, qui a fait l'objet de la chasse à l'homme la plus coûteuse qu'ait connue le FBI, est capturé près de Lincoln au Montana.

1998 > Un étudiant homosexuel est frappé à mort à Laramie, il décède quelques jours plus tard des suites de ses blessures.

1999 > Une tornade s'abat sur le centre-ville de Salt Lake City et engendre plus de 100 millions de dollars de dommages.

Deux élèves ouvrent le feu à l'école de Columbine dans le Colorado, tuant douze élèves et un professeur.

2002 > Salt Lake City accueille les 19e Jeux olympiques d'hiver.

2004 > La capsule spatiale de la NASA la Genèse s'écrase dans le désert de l'Utah après l'échec de l'ouverture des parachutes.

2007 > Un homme abat cinq personnes dans un centre commercial de Salt Lake City.

2009 > Le Wyoming est classé comme l'Etat ayant la croissance la plus rapide et l'Etat le plus propice aux entreprises en raison d'une taxation très basse.

La peine de mort est abolie au Nouveau-Mexique.

2010 > Neuf missionnaires baptistes de l'Idaho sont accusés d'enlèvements et de trafic d'enfants à Haïti lors d'opérations humanitaires après le tremblement de terre. Ils seront ensuite libérés.

L'Idaho est le le premier Etat à rejeter la loi sur l'assurance-maladie obligatoire.

2011 > 1 000 barils de pétrole se déversent dans la rivière du Yellowstone après la rupture de l'oléoduc ExxonMobil.

Un habitant d'Idaho Falls est accusé d'avoir tiré avec un fusil d'assaut sur la Maison Blanche, tentant d'assassiner le président Barack Obama et son personnel.

2012 > La skieuse acrobatique canadienne Sarah Burke décède dans un accident d'entraînement à Park City.

Au Colorado, la fusillade d'Aurora dans une salle de cinéma fait douze morts et cinquante-huit blessés.

2014 > Le Colorado est le premier Etat à légaliser le cannabis pour usage récréatif.

2015 > Onze millions de litres d'une eau polluée aux métaux lourds contaminent la rivière Animas au Colorado et sont déversés accidentellement depuis une mine d'or par une agence de protection de l'environnement.

2018 > Le mémorial Crazy Horse (Dakota du Sud) fête les 70 ans de son premier coup de pioche.

L'enjeu de la conquête de l'Ouest

En 1682, l'explorateur Cavelier de La Salle s'approprie une partie de l'Ouest américain au nom de la France et lui donne le nom de Louisiane. Cavelier de La Salle en avait pris possession lors de l'exploration de la région du Mississippi et la nomma ainsi en l'hommage du roi de France Louis XIV, le Roi Soleil. Cette région se déploie du Mexique aux Grands Lacs et comprend, entre autres, le Dakota du Sud, le Montana ainsi qu'une grande partie du Colorado et du Wyoming. A cette époque-là, le Nouveau-Mexique appartient aux Espagnols et l'Utah et l'Idaho ne sont pas encore revendiqués. De façon générale, en dehors du Nouveau-Mexique, les différentes régions des Rocheuses ne sont pas encore organisées et peuplées presque uniquement de natifs américains. Toutefois, chacun des différents camps implantés sur le territoire américain (anglais, espagnol, français et bientôt l'Union des Etats-Unis) veut étendre son territoire et souhaite conquérir les terres de l'Ouest, en priorité la côte pacifique qui attise toutes les convoitises. Les Rocheuses en est la porte d'entrée et des expéditions visent à explorer la région et à essayer de trouver un passage dans la chaîne de montagnes pour rejoindre la côte pacifique.

Dès le XVIIe siècle, la notion de "Frontière" apparaît. Elle correspond à la zone encore sauvage qui se trouve entre les régions civilisées de la côte Est et de la côte Ouest ; barrière ultime avant de pénétrer dans un monde sauvage, le Far West, peuplé d'Amérindiens et presque encore vierge de tout passage et de toute installation des colons. Tout au long du XIXe siècle, cette frontière bougera petit à petit vers l'Ouest, grignotant d'abord les Grandes Plaines à l'ouest du Mississippi avant de partir à l'assaut des Rocheuses. Ces notions de "Frontière" et de "front pionnier" disparaîtront à la fin des guerres indiennes et de la conquête de l'Ouest en 1890, lorsque la plupart des territoires de la zone seront intégrés aux Etats-Unis. La ruée vers l'or du Klondike (1896-1899) prendra le relais, faisant de l'Alaska "The last frontier".

A l'heure des explorateurs

Entre 1700 et 1800, des explorateurs aux origines et motivations différentes vont donc parcourir la région. Au Colorado, c'est l'expédition des missionnaires Dominguez-Escalante qui permit aux Espagnols de découvrir une partie du Colorado et de l'Utah. En 1743, l'explorateur Pierre Gaultier de La Vérendrye explora le nord des Etats-Unis à des fins commerciales dans l'idée de faire du commerce de fourrure et se rendit dans les Rocheuses.

Mais, finalement, la conquête de l'Ouest prit un nouveau tournant lorsque la France vendit la Louisiane aux Etats-Unis en 1803 (c'est la Louisiana Purchase en anglais) pour 15 millions de dollars.

A l'époque, la Louisiane était une immense région qui occupait tout le centre du pays incluant presque tout le territoire des Rocheuses actuel et les Grandes Plaines du centre, elle s'étendait du golfe du Mexique jusqu'aux grands lacs du Canada. La Louisiane fut finalement vendue à l'Espagne par le Traité de Paris de 1763, qui, suite à la guerre de Sept Ans, scellait la fin de la présence française en Amérique du Nord (la France cède aussi le Canada à la Grande-Bretagne). Mais lorsque Napoléon Bonaparte arriva au pouvoir, il souhaita récupérer la colonie. Il négocia avec l'Espagne en secret par le traité de San Ildefonso de 1800 la rétrocession du territoire contre des terres en Italie. Cette rétrocession est effective en 1803, mais, craignant que ne se rouvre le conflit avec l'Empire britannique, qui cherchait à étendre ses territoires à l'ouest de ses colonies américaines, la France revendit 10 jours plus tard la Louisiane aux Etats-Unis.

Devenus les heureux propriétaires de ce territoire tant convoité par les Anglais et autres colons, les Etats-Unis firent de l'exploration de l'Ouest une priorité. Thomas Jefferson, président de l'Union des Etats-Unis, convainquit le Congrès d'allouer un budget à la recherche d'un passage vers l'Ouest. Il chargea son secrétaire personnel, le capitaine Meriwether Lewis, d'explorer les nouveaux territoires et de trouver une voie vers l'océan Pacifique. Accompagné de son ami William Clark et de quarante hommes et femmes, Lewis parcourut, entre 1804 et 1806, près de 6 500 km. Si l'expédition atteignit la côte Ouest, elle ne découvrit aucun passage aisé vers le Pacifique. Elle servit toutefois à évaluer l'étendue du territoire et à observer, à la demande de Jefferson, la flore, la faune, le climat et les autochtones et la présence des trappeurs et chasseurs à la fois britanniques et canadiens. Les nouvelles terres restèrent sous le giron du gouvernement fédéral, jusqu'à ce qu'une population suffisante et un système de gouvernement leur permettent d'être admises dans l'Union comme nouveaux Etats. Les chefs de l'expédition étaient donc le capitaine Meriwether Lewis (1774-1809) et le capitaine William Clark (1770-1838). Ils étaient accompagnés de soldats américains, de trappeurs et d'indiens, et l'expédition tint son succès en grande partie grâce à la présence de Toussaint Charbonneau, un trappeur franco-canadien, guide et interprète. Il parlait les langues indiennes étant de sang mêlé. Sa femme Sacagawea, une interprète shoshone, est aussi restée dans les mémoires pour avoir été le médiateur dans beaucoup d'interactions avec les indiens. Elle fut d'ailleurs la première femme américaine à être représentée en statue sur le sol américain. Leur fils, Jean-Baptiste, est né pendant le périple. York était un esclave noir qui participa activement au voyage.

Finalement, malgré des épisodes difficiles, des maladies, des vols de chevaux, des conditions météorologiques éprouvantes, l'expédition de deux ans, qui passa par la partie nord des Rocheuses (actuels Montana et Idaho) au départ de Saint-Louis (Missouri) et jusqu'au Pacifique, fut un succès et permit de faire la connaissance d'une cinquantaine de tribus amérindiennes et de favoriser la mise en place du commerce et de relations diplomatiques avec ces dernières. Mais avec cette expédition, les Etats-Unis affirment surtout leur présence dans l'Ouest américain dont la côte est encore aux mains des Anglais et des Espagnols.

Trappeurs et commerce de fourrure

L'expédition de Gaultier de La Vérendrye dans les Rocheuses va ouvrir la voie à de nombreux trappeurs franco-canadiens qui viennent y faire du commerce avec les Amérindiens, créant du lien avec les différentes tribus, allant parfois jusqu'au mariage. Les trappeurs sont certainement les premiers et les plus permanents occupants de la région en dehors des natifs américains. Toutefois, c'est dans la seconde moitié du XIXe siècle que le commerce de la fourrure va atteindre son apogée avec la création du poste d'échange de Fort Laramie en 1834 dans le Wyoming et, surtout, grâce à l'implantation de la célèbre entreprise de fourrures : The Rocky Mountains Fur Compagny et la création des Rocky Moutains Rendezvous. Les Rendezvous sont alors les plus grands regroupements des commerçants et trappeurs, français, indiens ou encore canadiens tenus chaque année dans un endroit différent mais toujours en pleine nature. De 1825 à 1840 ont lieu les Rocky Mountains Rendezvous qui se déroulent, comme leur nom le laisse présager, dans les Rocheuses. Malheureusement, la raréfaction des rongeurs et l'apparition du chapeau en soie qui remplace le très populaire chapeau en fourrure de castor vont avoir un impact marquant sur ce commerce qui va peu à peu décliner.

Du côté des Amérindiens

A cette époque, les relations sont assez pacifiques entre les natifs américains et les explorateurs. Ces derniers sont encore très peu nombreux, ne sont généralement pas belliqueux et des relations se nouent autour du commerce et de l'entraide, les Amérindiens aidant à plusieurs reprises les explorateurs comme ce fut le cas de lors de l'expédition de Lewis et Clark. Toutefois, la présence des colons sur le territoire américain a déjà eu une incidence de taille pour les Amérindiens. Les colons espagnols réintroduisent à leur arrivée le cheval, disparu du continent depuis la dernière période glaciaire, et révolutionnent ainsi le mode de vie des tribus qui l'adoptent. C'est d'abord les ethnies du Texas et du Nouveau-Mexique qui vont découvrir cet animal qui les fascine et qu'ils appellent le grand chien ou encore le chien guerrier. Puis, entre les vols et les bêtes qui s'enfuient suite à des combats, notamment, les équidés finissent par se répandre et atteindre le Nord et les tribus des Rocheuses. Son utilisation et sa domestication rendent la vie bien plus simple et tout devient plus rapide : se déplacer, aller chercher de l'eau, chasser ou encore faire la guerre. L'arrivée du cheval va d'ailleurs bientôt augmenter sensiblement le nombre de guerres entre les différentes tribus amérindiennes.

Sur les pistes de l'Oregon et de la Californie

Face aux dépressions de 1837 et 1841, de nombreux fermiers et chefs d'entreprises sont endettés et les politiques pressent les Américains à s'installer à l'Ouest afin d'occuper massivement le territoire encore aux mains des Anglais. L'idée d'une nation qui s'étend de côte à côte devient un rêve partagé pour beaucoup. Grâce à l'expédition de Lewis et Clark, aux trappeurs et hommes des montagnes, on commence à connaître davantage la région et à avoir des cartes plus précises, ce qui facilite sensiblement le passage vers l'Ouest.

Oregon Trail. En 1836, les pionniers Marcus et Narcissa Whitman franchissent le col de South Pass au niveau de la ligne du partage des eaux au sud du parc de Yellowstone avant de rejoindre l'Oregon où ils s'installent. Cette route deviendra la piste de l'Oregon et, rien qu'en 1843, près de 1 000 pionniers empruntent la piste pour gagner la côte pacifique. La piste de l'Oregon est empruntée dès 1841-1843, mais c'est surtout à partir de 1850 qu'ont lieu les plus grands exodes.

Mais avant d'atteindre l'Eldorado, en Oregon ou en Californie, il leur fallait traverser les immenses étendues du Nebraska et cheminer au bord de la Platte River. D'Independence, Missouri, surnommée la "Queen City of the Trails", la piste s'enfonce dans la prairie, cherchant le bord des rivières Kansas puis Little Blue River jusqu'à Fort Kearny, au Nebraska, où celle-ci atteint la Platte River qu'elle suit sur sa rive droite ; elle s'oriente ensuite vers le nord-ouest en suivant la North Platte. S'amorce alors la montée des contreforts des Rocheuses qu'elle franchit par le col de South Pass, dans le Wyoming, à plus de 2 000 m d'altitude. Elle oblique ensuite vers le nord, traversant l'Oregon pour rejoindre enfin les abords du Pacifique.

California Trail. A peu près en même temps, la ruée vers l'or de la Californie (1848-1856) fait rage et les gens affluent depuis tout le pays, voire du monde entier. Une nouvelle vague de migrants arrive de l'Est et emprunte la piste de la Californie qui suit la même route que celle de l'Oregon dans les Rocheuses avant de s'en dissocier au niveau de Fort Hall dans l'Idaho pour relier San Francisco. Entre 1841 et 1869, ce sont plus d'un quart de million de personnes (300 000 en tout) qui traversent les Rocheuses pour rejoindre l'Eldorado californien, suivant la piste de près de 4 000 kilomètres.

A la sortie des Rocheuses, deux branches de la piste de Californie se séparent de l'Oregon Trail : l'une file par Fort Bridger, Salt Lake City, et sinue vers l'ouest le long de la Humboldt River ; l'autre atteint la Snake River plus au nord puis pique au sud pour rattraper l'Humboldt River.

Tensions avec les Amérindiens. Si les relations étaient plutôt pacifiques au début des premières vagues d'immigration avec les natifs américains, des tensions commencent à se faire ressentir dans la seconde moitié du XIXe siècle. Les migrants de plus en plus nombreux apportent avec eux des maladies comme le choléra, qui déciment certaines tribus indiennes, et s'en prennent au gibier, leur principale source d'alimentation. Sans compter l'arrivée de certains missionnaires qui veulent convertir les Amérindiens, leur imposent de nouvelles croyances et de nouvelles coutumes. Le centre de commerce de Fort Laramie devient une base miliaire en 1849 avec pour objectif de protéger les migrants lors de leur passage dans les Rocheuses et d'instaurer la paix avec les tribus amérindiennes.

Les Mormons s'installent dans l'Utah

L'Utah a une histoire un peu en marge de celle du reste de la région. Alors que l'Idaho est intégré aux Etats-Unis et vient grossir le territoire de l'Union à l'Ouest, l'Utah s'apprête à connaître sa première vague d'immigration de masse. En 1847, 148 membres de l'Eglise de Jésus-Christ des saints des derniers jours, menés par Brigham Young, traversent à pied, ou en charrette, les 2 000 kilomètres qui séparent leur ville originelle de Nauvoo en Illinois de leur point de chute, une région désertique située dans les Rocheuses et accueillant un gigantesque lac salé. Là, ils trouvent le calme et l'espace dont ils rêvaient et commencent à construire celle qui devient la capitale de l'Utah, Salt Lake City (qu'ils nomment originalement Great Salt Lake City). Rapidement, la ville se structure autour de la construction du temple et Brigham Young en prend naturellement le pouvoir. L'Etat qui s'est développé d'abord en tant qu'Etat de Deseret avec les mormons (avant de prendre le nom d'Utah en 1851) était la propriété du Mexique avant d'être intégré aux Etats-Unis lorsque ceux-ci remportent en 1848 leur Mexican War.

De 1847 à 1869, ce sont plus de 80 000 pionniers mormons, venus de tout le pays mais aussi d'Europe, qui élisent domicile à Salt Lake City. Les mormons qui vivent, à l'origine, isolés vont aussi voir leur territoire traversé par les vagues de migrants en route vers la Californie car la ruée vers l'or bat son plein. Les relations ne sont pas toujours au beau fixe entre les colons qui ont de nombreux préjugés sur la communauté mormone (et dont certains ont participé à la chasser du Missouri) et les membres de l'Eglise des saints des derniers jours, méfiants et suspicieux en retour.

Mais c'est la dégradation progressive des relations entre les dirigeants mormons et le gouvernement qui va engendrer la guerre de l'Utah (1857-1858). Les moeurs mormones telles que la polygamie et l'esclavagisme commencent à être montrées du doigt et les républicains font de l'abolition de ces pratiques une des priorités de leur programme à l'élection présidentielle de 1856. Dans le même temps, des dirigeants mormons sont nommés à des postes du gouvernement fédéral et leurs croyances et pratiques sont jugées comme des entraves à la république. Les relations vont de mal en pis, les mormons rejettent l'application des lois fédérales et les représentants fédéraux en poste dans l'Utah commencent à déserter. Dans le même temps, la réforme mormone visant à réaffirmer la foi des membres et à s'assurer de leur soutien est jugée comme une rébellion de la part du gouvernement qui envoie ses troupes sur place. Les mormons s'organisent alors en milices et bloquent l'entrée de la vallée du Grand Lac Salé aux soldats américains. L'affrontement appelé "Légion Nauvoo" aura finalement des dégâts limités.

C'est toutefois un autre épisode dans le sud de l'Utah qui marque tristement cette période d'affrontement. Plus d'une centaine de migrants de l'Arkansas en route vers la Californie sont tués par des Amérindiens avec l'aide des miliciens mormons locaux. Une initiative pourtant prohibée et condamnée par le leader Brigham Young. Le massacre de Mountain Meadows est toutefois associé à l'ensemble de la communauté et de nombreuses personnes accusent Brigham Young, dont ses détracteurs qui profitent de la situation. Finalement, la reprise des négociations et le remplacement de ce dernier par un non-mormon, Alfred Cumming, vont permettre l'entrée pacifique de l'Utah au sein du territoire des Etats-Unis, devenant officiellement, en 1896, le 45e Etat du pays. Aujourd'hui, la religion mormone influence toujours la culture et le mode de vie de l'Etat avec une communauté qui représente plus de 60 % de la population. Toutefois, l'Utah est régi par les mêmes lois et évolue au même rythme que le reste du pays.

La ruée vers l'or arrive dans les Rocheuses

La ruée vers l'or en Californie (1848-1956) commence à s'essouffler et de petits gisements alluvionnaires sont découverts dans les Rocheuses, particulièrement dans le Colorado, en 1858. C'est le début de la ruée vers l'or de Pikes Peak, qui sera rebaptisée ruée vers l'or du Colorado. Denver voit alors le jour en 1858 et de nombreuses petites villes minières sont créées comme Georgetown, Idaho Springs, Breckenridge ou plus tardivement Cripple Creek. La région commence à se peupler et à s'organiser mais ce sont tout d'abord des villes-campements qui se constituent avec des infrastructures essentiellement dédiées à l'extraction minière ou au divertissement des mineurs. Les femmes et les enfants sont encore rares dans la région et il s'agit d'un univers essentiellement masculin, ouvrier, avec, parfois, un fond de délinquance, de jeu et de prostitution. A la fin du XIXe siècle, certaines villes sont secouées par des grèves de mineurs qui se mobilisent pour obtenir de meilleurs salaires et de meilleures conditions de travail, notamment à Cripple Creek qui fera les frais de très grosses violences et des dégâts majeurs.

La guerre de Sécession

Si aucune région des Rocheuses n'est encore admise comme Etat officiel de l'Union, l'Ouest va devenir un terrain clé dans la guerre de Sécession qui débute en 1861 et durera jusqu'en 1864. La guerre oppose alors l'Union des Etats-Unis aux Etats du Sud qui s'en sont désolidarisés et s'affrontent, entre autres, sur la question de l'esclavage. La plupart des Etats des Rocheuses ne pratiquent pourtant pas l'esclavage (Brigham Young l'a légalisé toutefois en Utah) mais chacun des camps va faire du lobbying sur ces territoires afin d'assurer ses positions dans la guerre qu'ils se livrent sur la côte Est. Les forces armées du Sud qui essayent de prendre possession du territoire seront stoppées nettes lors de la bataille de Glorieta Pass en mars 1862, près de Santa Fe au Nouveau-Mexique qui scelle la victoire de l'Union à l'Ouest avec à sa tête le commandant John N. Chivington.

Avec la fin de la guerre, l'organisation de l'Ouest devient une priorité et tout va être mis en oeuvre pour faciliter l'occupation de ce territoire. Bien que ses Etats ne soient officiellement intégrés comme des membres de l'Union que plus tard (pour les Etats des Rocheuses entre 1876 et 1912), ils vont déjà se voir attribuer des budgets pour s'organiser d'un point de vue de l'administration, des transports ou encore de l'industrie. En 1862, la loi du Homestead Act prévoit d'octroyer toute terre libre aux particuliers en faisant la demande sous condition de l'avoir occupée depuis plus de 5 ans (et dans la limite de 65 hectares par famille). Il n'en faut pas plus pour motiver de nombreux Américains à quitter leur région natale, venir grossir les pistes de l'Ouest et tenter leur chance de l'autre côté du pays.

Connexion de l'Est et de l'Ouest

Pour faciliter les flux de personnes, de marchandises et de communication, le territoire va progressivement se structurer. Tout d'abord avec le courrier.

Pony Express. Après avoir cherché plusieurs solutions d'acheminement du courrier pour réduire des délais d'environ 4 semaines toujours trop longs, l'arrivée du Pony Express mis en place entre le Missouri et San Francisco révolutionne en 1860 la poste américaine. Ce système de distribution rapide du courrier est alors révolutionnaire et se base sur le principe de relais avec la mise en place d'environ 160 relais de poste sur le parcours de plus de 3 000 km, séparés tout au plus de 32 kilomètres, qui est la distance maximale que l'on peut parcourir d'un trait avec un cheval au galop. A chaque étape, le cavalier change de monture (les cavaliers se relayant un peu moins fréquemment), permettant ainsi au courrier de passer de l'Est à la côte pacifique en une dizaine de jours. Finalement, c'est l'arrivée du télégraphe en 1862 qui met fin à son opération. Malgré sa courte durée (avril 1860-octobre 1861), ce système, qui puise ses origines dans la Rome antique et la Perse, va entrer très rapidement dans la légende et dans l'histoire d'une Amérique alors tourmentée par la guerre de Sécession et qui s'extasie de cette prouesse. Le Pony Express est également rendu célèbre par Buffalo Bill qui y est un temps cavalier.

Télégraphe. L'arrivée du télégraphe rend donc le Poney Express obsolète. Si certains télégraphes électriques existent déjà à l'époque (d'abord manuels puis électriques), c'est l'Américain Samuel Morse qui est l'inventeur du code du même nom et qui donne, grâce à lui, naissance au télégraphe le plus performant jamais créé. Le système est développé aux États-Unis dans les années 1830 et adopté dans les années 1840. Il est d'abord un outil de communication réservé au gouvernement. Un vaste réseau de 80 000 km de fils télégraphiques est finalement construit sur le territoire mais il faut attendre 1851 pour qu'il soit accessible au public. Enfin, il faut encore patienter 10 ans de plus pour que les lignes entre la côte Est et l'Ouest soient terminées. Mais à son arrivée, le télégraphe révolutionne le système de communication pour les territoires du Far West. Les télégrammes sont acheminés d'un poste (de télégraphe) à un autre et permettent, grâce au code Morse, la transmission de messages en temps réel. Cela remet définitivement en cause l'isolement de l'Ouest qui peut être informé en direct de tout ce qui se passe dans le pays. En parallèle, le courrier classique va continuer à être acheminé par bateaux ou diligences.

Chemin de fer. Finalement, c'est le développement du train à vapeur qui va achever de connecter l'Est et l'Ouest. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, les différents Etats des Rocheuses se dotent du chemin de fer. La construction de la ligne transcontinentale aura été un chantier monumental nécessitant 6 années de construction et le travail de 20 000 employés dont plus de 2 000 trouvèrent la mort. Les principales difficultés rencontrées se concentrent dans les Grandes Plaines et au niveau de la Sierra Nevada.

Dans la chaîne de montagne californienne de la Sierra Nevada, la progression de la ligne de chemin de fer est particulièrement difficile et l'on décide d'utiliser des explosifs à la nitroglycérine pour accélérer la cadence. Mais les accidents mortels engendrés par cette méthode (de nombreux ouvriers chinois sont notamment tués) obligent à revenir à l'utilisation d'explosifs classiques. Les travaux sont ralentis par des avalanches, le blizzard et des quantités de neige très importantes. La construction de tunnels oblige les ouvriers chinois à travailler 24h/24 ce qui provoque rapidement des grèves. Le responsable du chantier décide alors de les priver de nourriture pour les forcer à reprendre le travail. Lorsque le tunnel de Donner Pass est terminé, le chemin de fer finit par traverser la Sierra Nevada. Les travaux continuent à l'est pour rejoindre l'Union Pacific.

Dans les Grandes Plaines, la ligne qui traverse les territoires indiens n'est pas bien accueillie par les populations natives. En 1867, les Cheyennes attaquent les ouvriers du chemin de fer. Ils placent des troncs sur les rails et mettent le feu au train. Plusieurs hommes sont également massacrés. Le général Dodge, qui est le superviseur du tronçon oriental, secondé par le général Sherman (qui s'est illustré durant la guerre de Sécession), arme les ouvriers et, dans l'optique d'affamer les Amérindiens, s'en prend à leur source d'alimentation principale : le bison (prenant ainsi une grande part de responsabilité dans la quasi-extermination de la race). Quelques nouvelles déconvenues interviennent comme des torrents résultant de la fonte des neiges dans le Wyoming qui emportent tout sur leur passage.

Mais la jonction entre le chemin de fer de la Central Pacific Railroad Company (reliant San Francisco à Salt Lake City) et celui de l'Union Pacific Railroad Company (reliant Salt Lake City à Ohama au Nebraska) a finalement lieu en 1869, à Promontory Summit en Utah (juste au nord du Great Salt Lake). Un tire-fond de chemin de fer en or est cloué ce jour-là sur le dernier tronçon de la voie entre les locomotives N° 119 et Jupiter qui se font face. Le Golden Spike National Historic Site commémore aujourd'hui cette cérémonie.

Les conséquences du rail et l'extermination des bisons

Le chemin de fer va totalement transformer l'Ouest américain, rendant tout d'abord bien plus simple l'arrivée de migrants. Ainsi, de nombreuses femmes avec enfants rejoignent ce territoire encore assez masculin même si la mise en place du Homestead Act de 1862 a déjà favorisé l'installation des familles. Le transport des marchandises se développe et le commerce entre l'Est et l'Ouest est largement facilité. Les villes s'organisent et se civilisent, on y construit des églises et des écoles, entre autres. Mais le chemin de fer ne va pas avoir des effets positifs pour tout le monde et les tribus amérindiennes en font rapidement les frais. Tout d'abord, l'arrivée massive des migrants va accentuer le problème d'invasion sur leurs terres qui s'amplifie depuis le début du siècle.

Mais un autre problème bien moins évident va subvenir avec le train, il s'agit de la disparition des bisons. En amont, la construction du chemin de fer est déjà dévastatrice pour l'espèce avec la politique du général Sherman de se venger des Amérindiens en s'attaquant aux bisons, leur principale source d'alimentation. Mais les choses ne vont pas en s'arranger avec le train en état de marche. Plusieurs facteurs vont entrer en jeu, à commencer par les rails qui font fuir les troupeaux quand ce ne sont pas les passagers qui s'amusent à tirer sur les bovidés pour passer le temps. Mais ce qui entraîne presque une extinction de la race vient principalement des parties de chasse massives qui sont organisées, le plus souvent avec la bénédiction, voire l'encouragement, du gouvernement. Avec le train, il est très facile d'acheminer les bêtes mortes qui sont alors très rentables. La légende de la chasse au bison se popularise et Buffalo Bill (dont le surnom provient justement de son habileté à chasser les bisons) s'impose comme une référence en la matière. En quelques décennies, la population passe de 30 à 60 millions (les chiffres divergent) à moins de 1 000 bisons en 1889 ! Difficile de comprendre, de prime abord, pourquoi le gouvernement encourage cette chasse aux bisons démesurée durant le seconde moitié du XIXe siècle. Il faut en réalité remettre cela dans un contexte de guerre avec les Amérindiens. La disparition de leur principale source d'alimentation affame alors les natifs américains, les incitant ainsi à se rendre et ou à accepter les conditions du gouvernement et notamment le placement en réserve.

La survie de l'espèce tient en grande partie à l'action de James "Scotty" Philip (1858-1911), surnommé " l'homme qui a sauvé les bisons ", qui achète un petit troupeau de 74 bêtes dans le Dakota du Sud, et les fait se reproduire jusqu'à atteindre plus de 1 000 têtes à sa mort. D'autres éleveurs suivront ses pas, se constituant des troupeaux privés. Puis, une société de protection des bisons voit le jour, il s'agit de l'American Bison Society, créée en 1905 par le président Theodore Roosevelt et des défenseurs de l'environnement dont le zoologiste William T. Hornaday. L'association jouera un rôle majeur dans la préservation de l'espèce avec un impact national. Entre autres, elle organisera la première réintroduction de bisons sur le territoire américain. En 1907, elle expédiera 15 bisons du zoo de Bronx dans le refuge sauvage de Wichita et dans une réserve de l'Oklahoma. Puis elle fera voter par le Congrès américain, en 1908, le projet de création de la réserve de National Bison Range dans le Montana. Elle considère son oeuvre accomplie et se dissout en 1935. En 2005, l'American Bison Society devient la Wildlife Conservation Society (WCS) et oeuvre toujours pour assurer la préservation de l'espèce en Amérique du Nord.

Les guerres des Sioux - Sioux Wars (1854-1891)

Les guerres des Sioux correspondent à toute une série de conflits intervenant dans la seconde moitié du XIXe siècle dans les Rocheuses et particulièrement dans la région des Black Hills. Elles sont le résultat de nombreuses tensions accumulées depuis plusieurs décennies et d'une cohabitation de plus en plus difficile entre migrants, soldats et natifs américains. A ce moment, la plupart des tribus sont affamées, les accords passés sont bafoués et l'armée tente de confiner les Amérindiens dans des réserves pour pouvoir occuper librement la région. Les Sioux (Lakotas et Dakotas) et d'autres tribus de la région - Cheyennes, Arapahos et Comanches notamment - vont même s'allier pour défendre leurs intérêts.

Dans ce contexte, certaines tribus vont privilégier des relations de coopération avec l'armée, souvent par manque de choix et par dépendance des rations alimentaires fournies par cette dernière. D'autres, refusent de se soumettre et d'abandonner leurs terres. Dans un cas comme dans l'autre, cela tourne souvent en défaveur des Amérindiens dans un contexte où les trahisons sont monnaie courante. Les tragédies de Sand Creek en 1864 ou de Wounded Knee en 1890 sont le paroxysme de la violence de l'époque, et les promesses faites aux Amérindiens et les traités signés sont facilement revus et transgressés. La découverte d'or en est souvent le facteur déclencheur.

Pike's Peak Gold Rush (1858) et Colorado War (1863-1865). La ruée vers l'or dans le Colorado va attirer dans la région près de 100 000 chercheurs d'or et autres fifty-niners. Pour s'y rendre, ce flot de migrants doit traverser des territoires concédés aux Cheyennes et aux Arapahos par le traité de Fort Laramie de 1851. En réaction, ceux-ci commencent à effectuer des raids et autres expéditions punitives contre les Blancs. La guerre est déclarée. Une invitation à se manifester est lancée par l'armée américaine à tous les Indiens "amis" ; en l'absence de réponse, ils seront considérés comme hostiles. Black Kettle, chef pragmatique d'un village cheyenne, vient alors déclarer à l'armée ses intentions de paix. Mais malgré la promesse qui lui est faite de ne pas s'en prendre à sa tribu, le commandant Chivington, héros de la guerre de Sécession à Glorieta Pass, et ses hommes attaquent en pleine nuit son village endormi, massacrant femmes et enfants. C'est le Sand Creek massacre du 29 novembre 1864, qui demeure un symbole fort et tragique dans les mémoires.

Bozeman Trail (1865) et Guerre de Red Cloud (1866-1868). Dans les années 1860, la découverte d'or dans le Montana attire de nombreux migrants, et l'armée, dans l'optique de les protéger durant leur voyage, construit une route au milieu de la réserve des Grandes Plaines, qui avait été définie par le premier traité de Fort Laramie de 1851. La piste de Bozeman (Bozeman Trail) permet ainsi de rejoindre depuis Fort Laramie, dans le Wyoming, la ville minière de Virginia City dans le Montana (en passant par Bozeman). Les vagues de migrants qui déferlent et s'attaquent au gibier sont une nuisance pour les Amérindiens qui demandent la fermeture de la piste. A la place, l'armée construit trois forts militaires pour la surveiller. Le chef sioux Red Cloud décide alors de se rebeller et la guerre qui porte son nom (guerre de Red Cloud, 1866-1868) fait de nombreuses victimes parmi les migrants et soldats américains. Des attaques quotidiennes et des massacres rendent la piste très dangereuse, voire impraticable. En 1866, le raid mené sur 80 soldats américains par 500 guerriers lakotas et cheyennes, connue sous le nom de massacre de Fetterman, est l'épisode le plus marquant de cette guerre.

Finalement, la piste est fermée par le traité de Laramie de 1868 qui met fin à la guerre de Red Cloud et intègre par ailleurs le territoire des Black Hills (à cheval sur le Dakota du Sud et l'est du Wyoming) à la Grande Réserve Sioux. Mais, encore une fois, la présence d'or va changer la donne.

Black Hills Gold Rush (1874) et Guerre des Black Hills (1876-1877). La découverte de gisements aurifères dans les Black Hills est d'abord une rumeur puis la cause de l'arrivée de nombreux mineurs et prospecteurs bafouant le traité de Laramie de 1868 et suivant ce que les indiens nommèrent la "piste des voleurs". Le gouvernement veut reprendre le contrôle des Black Hills et propose aux Amérindiens de racheter le territoire pour une somme modique. Ne trouvant pas de terrain d'entente, un conflit commence, c'est la guerre des Black Hills. Elle aura comme épilogue la célèbre bataille de Little Bighorn (au sud du Montana) qui illustre la défaite des soldats américains sous le commandement du général Custer rendue possible grâce aux talents guerriers des grands chefs indiens Crazy Horse, Gall et Lame White Man. La coalition de Cheyennes et Lakotas a été orchestrée par le célèbre chef Sitting Bull, à qui l'on attribue en grande partie la victoire de la bataille de Little Bighorn bien qu'il n'ait pas combattu en personne.

La fin des guerres indiennes et le massacre de Wounded Knee (1890). Mais remporter une bataille ne veut pas dire remporter la guerre, les Amérindiens victorieux mais pourchassés sont obligés de s'exiler ou d'essayer de survivre dans des régions où le bison a été exterminé et les sources d'alimentation taries. Les dernières tribus qui résistent doivent se rendre et les Amérindiens qui ne sont pas tués viennent grossir les réserves où on les parque afin de pouvoir occuper librement leurs terres. Les Yankees vont ensuite aller jusqu'à convertir les différentes tribus à la sédentarité et à l'agriculture. Les enfants sont envoyés de force dans des pensionnats où on les oblige à couper leurs cheveux et à abandonner leurs tenues et leurs traditions.

Malgré le triste sort qu'elle inflige aux Amérindiens, l'armée reste amère face à la défaite de Little Bighorn, le massacre de Wonded Knee du 29 décembre 1890 en sera une conséquence directe. En 1890, une nouveau courant religieux galvanise les Indiens et agite les réserves, c'est le phénomène des Ghost Dances (Danses des Esprits), qui prédisent la disparition prochaine des Blancs et ont le don de crisper ces derniers. Sitting Bull, accusé de fermer les yeux sur cette pratique dans sa réserve de Standing Rock, est arrêté, mais l'arrestation tourne au carnage et il est assassiné brutalement et sans raison. Après cet épisode, une partie de la tribu hunkpapa, craignant de nouvelles représailles des soldats américains, s'enfuit pour trouver refuge dans la réserve cheyenne du chef Big Foot ; c'est le début d'un exode pénible, en plein hiver. Sous l'égide de Spotted Elk (surnommé Big Foot), les Amérindiens tentent à présent de rejoindre la réserve Pine Ridge Indian Reservation de Red Cloud mais ils sont interceptés par le détachement du 7e de Cavalerie sous le commandement du Major Samuel M. Whitside. Ils sont conduits à Wounded Knee Creek où on leur ordonne de camper. Ils sont encerclés par l'armée puis désarmés à l'aube. Bien que les hommes soient conciliants et se laissent désarmer sans difficulté, l'armée trouve un prétexte pour ouvrir le feu, engendrant le massacre de 150 à 300 Amérindiens qui n'épargne ni les femmes, ni les enfants, ni le vieux chef Big Foot. Cet épisode, le dernier des grands massacres indiens, et ce qui est considéré comme le point final aux guerres indiennes, reste probablement l'un des plus symboliques pour les natifs américains et illustre encore une fois les dérives tragiques de la conquête de l'Ouest.

La fin des guerres indiennes en 1890 va de pair avec la fin de la conquête de l'Ouest. Les notions de "frontière", de "front pionnier" et de "Far West" tombent en désuétude car le pays est occupé dans sa totalité, malgré quelques zones encore peu densément peuplées. Entre novembre 1889 et juillet 1890, six territoires du nord-ouest du pays - des Grandes Plaines et des Rocheuses - adhèrent à l'Union (Dakota du Nord, du Sud, Montana, Washington, Idaho et Wyoming). L'Utah suivra en 1896.

Ils ont fait l'histoire des Rocheuses

On ne présente plus Buffalo Bill et Sitting Bull mais d'autres personnages natifs ou arrivés dans la région plus tard sont aussi des figures indissociables de la culture des Rocheuses et du mythe du Far West.

Billy the Kid (1859-1881)

Si concernant sa naissance et sa mort, personne n'est sûr de rien, le fait que Billy the Kid ait existé est chose attestée. Figure iconique du Wild West américain, sa vie de bandit de grand chemin et de meurtrier à la gâchette aussi facile qu'habile a nourri, et continue d'alimenter, l'imaginaire collectif. Il aurait quitté son New York natal pour s'embarquer dans le grande aventure de la conquête de l'Ouest, en Arizona d'abord, où il vécut des bénéfices de parties de cartes et de menus larcins, puis au Nouveau-Mexique, rejoignant des " gangs " sans foi ni loi. Très vite, sa tête est mise à prix en raison de ses meurtres répétés, mais ce n'est qu'en 1881, dans sa 21e année, que le Kid, après avoir été emprisonné puis s'être évadé, reçoit deux balles de la main de son ex-ami et shérif du comté de Lincoln (Nouveau-Mexique), Pat Garrett.

Brigham Young (1801-1877)

Il est probablement le mormon le plus connu de l'histoire. Converti en 1832, Brigham Young devient finalement le leader de l'Eglise de Jésus des saints des derniers jours, à la mort de son fondateur, Joseph Smith. En 1947, il conduit ses fidèles dans l'Utah, fuyant les persécutions dont ils sont victimes dans le Missouri et, dans cette région désertique de l'Ouest américain, ils construisent ensemble la ville de Salt Lake City. Bientôt, des milliers de fidèles viennent y trouver refuge et y vivre en paix. Brigham Young exerce la fonction de gouverneur, d'abord de l'Etat de Deseret, puis de ce qui devient l'Utah deux ans plus tard. A la fois admiré et décrié, il fait l'objet de nombreuses critiques en raison de ses opinions extrêmes sur la race noire et l'esclavage, qu'il fait légaliser en Utah. Le reproche le plus fort qui lui est fait concerne, cependant, la pratique de la polygamie, existante mais discrète à l'époque de Joseph Smith, et qu'il rend commune et légale. Finalement, face aux pressions du gouvernement, il doit y renoncer et convaincre son peuple d'abandonner également celle qu'il présentait, quelques années auparavant, comme une volonté divine. Brigham Young eut officiellement 27 épouses mais le nombre réel avoisine, en réalité, davantage les 50.

Buffalo Bill (1846-1917)

Né dans l'Iowa en 1846, le jeune William Frederick Cody voit le jour à l'aube de la guerre de Sécession (1861-1865). Avant de s'engager dans les guerres indiennes et de servir sous les drapeaux de Lincoln, le jeune Bill (diminutif de William) occupe le dangereux emploi d'éclaireur pour le Pony Express, le système de distribution postale rapide mis en place en 1860. Il devient rapidement un chasseur hors pair, notamment de bison, ce qui lui vaudra son surnom. Il commence à se faire connaître grâce à l'écrivain Ned Buntline qui raconte ses aventures. Il tisse des liens avec les indiens, et l'idée faisant son chemin, il crée un gigantesque spectacle mettant en scène l'histoire de la conquête de l'Ouest américain dont il est lui-même le héros. Et il devient réellement célèbre à 26 ans en se lançant dans le domaine du spectacle. Il crée tout d'abord une petite troupe composée d'indiens et de cowboys qui retrace les principales étapes de la conquête de l'Ouest à travers des scènes de dressage de chevaux, des concours de tirs et des cavalcades. Il n'existe alors aucun autre spectacle du genre et la présence de vrais indiens et cowboys rend rapidement les représentations de Buffalo Bill très populaires.

Bientôt il crée le Wild West Show qui se produit en Europe de 1887 à 1888. Puis en 1889, à l'occasion de l'Exposition universelle, la troupe joue durant plusieurs mois à Paris avant de partir en Angleterre et en Belgique. Face à l'immense succès rencontré, Buffalo Bill va organiser plusieurs autres tournées dans les années à venir. En parallèle, celui qui s'est battu autrefois contre les indiens se lie d'amitié avec nombre de natifs qui participent à ses shows dont le célèbre Sitting Bull qui rejoint la tournée aux Etats-Unis et au Canada (il n'est pas autorisé à voyager en Europe). Malheureusement, lorsque Sitting Bull rejoint sa réserve peu après, Buffalo Bill, informé de l'annonce de l'arrestation de ce dernier, arrive trop tard et constate impuissant l'assassinat de son ami.

Finalement, la troupe de Buffalo Bill fusionne avec une autre, formant le Pawnee Bill West, mais le genre a désormais de la concurrence et le spectacle finit par faire faillite. La France accueille, toutefois, avec grand plaisir la tournée de 1905, appelée " le programme " et qui se rend dans de nombreuses villes dont Nîmes, Marseille, Lyon, Nice et bien sûr Paris et parcourt, entre autres, la Vendée, la Bretagne, la Normandie, l'Alsace ou encore la Camargue. La présence de cavaliers hors pair et de centaines d'indiens rend les représentations aussi authentiques que spectaculaires. C'est d'ailleurs ces représentations qui permettent de populariser le grand mythe du Far West et l'image d'Epinal du cowboy vêtu d'une chemise et d'un chapeau à bords larges, une tenue qui n'est pas forcément commune à l'époque où les cowboys sont plutôt couverts de sombreros moins chauds et moins coûteux. C'est également grâce au Wild West Show que la légende de personnages comme Sitting Bull ou encore la célèbre aventurière qui n'a pas froid aux yeux Calamity Jane se font connaître dans l'Hexagone.

Butch Cassidy (1866-1908) et Sundance Kid (1867-1908)

Hors-la-loi né en 1866 à Beaver dans l'Utah, Butch Cassidy, de son vrai nom Robert Leroy Parker, est issu d'une famille d'immigrants anglais et écossais devenue mormone. Il s'est rendu célèbre pour ses faits de banditisme dont des pillages de banques et de trains. Il fut aussi le leader du gang Wild Bunch, un rassemblement de bandits réputés non violents et pourtant impliqués dans plusieurs fusillades et tueries. La Wild Bunch est bientôt rejointe par Harry Longabaugh, aussi connu sous le nom de Sundance Kid, du nom d'un patelin du Wyoming dans lequel il commit son premier gros larcin à l'âge de 20 ans. Le gang rayonne alors sur la région des Rocheuses et établit un camp de base au niveau du passage protégé de Hole-in-the-Wall, entre Casper et Buffalo (Wyoming). La Wild Bunch est particulièrement connue pour avoir attaqué les passagers du train de l'Union Pacific près de Wilcox (Wyoming), un vol qui va se transformer en une chasse à l'homme géante. Plusieurs shérifs et marshalls célèbres essayent en vain de mettre la main sur le gang. Finalement, Butch Cassidy, Sundance Kid et sa compagne Etta Place prennent un bateau pour l'Amérique du Sud où ils changent d'identité pour se faire oublier des détectives de l'agence Pinkerton. Après une longue cavale en Argentine, Butch Cassidy, prénommé désormais James Santiago Maxwell, et Sundance Kid s'établissent en Bolivie où ils travaillent un temps pour une mine. L'histoire officielle dit que les bandits sont morts au cours d'une fusillade avec des soldats boliviens près de San Vicente en 1908, mais certaines personnes, dont sa soeur, affirment que Butch Cassidy serait rentré anonymement aux Etats-Unis et y aurait vécu jusqu'en 1937. Etta Place avait semble-t-il regagné les Etats-Unis via le Chili quelque temps auparavant.

Calamity Jane (vers 1852-1903)

Difficile de démêler la légende de la réalité quand on parle de la vie et des aventures de Calamity Jane. Martha Jane Cannary serait née entre 1850 et 1856 dans le Missouri. Elle s'est illustrée par sa participation à la conquête de l'Ouest et son rôle lors des guerres indiennes, notamment pour ses fonctions d'éclaireur pour l'armée américaine auprès du général George Custer (connu pour avoir mené la bataille de Little Bighorn). Elle se fait remarquer en portant des tenues d'hommes et en participant à des missions dangereuses. C'est en sauvant la vie d'un soldat qu'elle obtient son surnom de " Calamity Jane, l'héroïne des plaines ". Elle devient ensuite le personnage principal d'un des Wild West Shows de Buffalo Bill. Si la représentation la rend célèbre de son vivant et construit sa légende, elle meurt toujours célèbre mais pauvre, aveugle, alcoolique dans le Dakota du Sud. Elle repose au cimetière de Mount Moriah, à Deadwood, aux côtés Wild Bill Hickok, qui serait, d'après ses dires, son mari et le père de ses enfants. Mais comme toujours avec Calamity Jane, il est difficile de savoir s'il s'agit de la réalité ou de l'une des histoires qu'elle se plaisait à imaginer.

Crazy Horse (vers 1840-1877)

Crazy Horse est l'un des chefs Lakotas (Sioux) les plus connus qui s'est battu auprès de Sitting Bull contre l'armée américaine. Le chef est rendu célèbre par ses exploits guerriers mais aussi par l'immense sculpture de pierre en construction qui lui est dédiée au Crazy Horse Memorial (Dakota du Sud) et destinée à être la deuxième plus grande au monde une fois terminée. Parmi ses exploits, Crazy Horse est connu pour avoir remporté celle qui fut, à l'époque, la plus grande victoire contre l'armée américaine durant la bataille de Fetterman, Wyoming (1866). Mais surtout, il remporta en 1876 la fameuse bataille de Little Bighorn, Montana, en défaisant l'armée américaine menée par le général Custer. Malheureusement par la suite, le chef ne résistera pas beaucoup plus longtemps. Régulièrement encerclés par l'armée américaine ou d'autres tribus ennemies, lui et les siens sont à bout de forces et Crazy Horse décide, finalement, de se rendre en 1877. Il est envoyé dans une réserve et sera tué peu après suite à une rumeur de trahison lancée par le chef jaloux Red Cloud. Alors que l'on tente de l'emprisonner, Crazy Horse se défend et reçoit une blessure mortelle.

Kit Carson (1809-1868)

Pionnier de la conquête de l'Ouest, Kit Carson est issu d'une famille de fermiers du Kentucky. Il nourrit très jeune une fascination pour l'Ouest américain et devient trappeur. Il participe alors au rendez-vous annuel des trappeurs dans le Wyoming. Il se marie à cette époque avec une Arapohe qui lui donne une fille et, ensemble, ils explorent Colorado, l'Utah, le Wyoming, l'Idaho et le Montana. Lorsque sa femme meurt, il épouse une Cheyenne qui trouvera aussi la mort, il se remariera finalement avec une fille de bonne famille du Nouveau-Mexique. Kit Carson devient ensuite guide pour l'explorateur et politicien John Charles Frémont. Trois expéditions l'amènent alors à arpenter les pistes de l'Oregon et de la Californie dont le récit, à l'époque où les Américains se passionnent pour l'Ouest sauvage, le rend célèbre. Puis il s'engage dans l'armée et participe à la guerre contre le Mexique. Il est régulièrement chargé de rallier la côte Est pour apporter des nouvelles du combat. Finalement, il s'établit comme fermier et agent fédéral des affaires indiennes du nord du Nouveau-Mexique avant de se réengager dans l'armée pour se battre aux côtés de l'Union dans la guerre de Sécession. Il trouve la mort peu après. S'il est considéré comme un héros de la conquête de l'Ouest, son implication dans le massacre d'un village amérindien sous prétexte d'une attaque précédente et sa responsabilité dans d'autres violences envers les natifs alimentent la controverse à son sujet.

George Armstrong Custer (1839-1876)

Celui que les indiens surnomment Pahuska, "cheveux longs", fait très rapidement carrière dans l'armée. Il s'illustre tout d'abord durant la guerre de Sécession comme le plus jeune officier faisant fonction de général de division jamais nommé. On le surnomme alors "le jeune général". Plus tard, il prend part aux guerres indiennes et à des expéditions dans les Rocheuses. Après celle le long de la rivière Yellowstone, c'est l'expédition dans les Black Hills qui va changer le cours de l'histoire. Il constate alors la présence d'or dans la région, ce qui entraîne une ruée vers l'or et la violation du traité de Fort Laramie de 1968 qui attribuait la région des Black Hills aux Lakotas. Il s'enfonce alors profondément dans les Black Hills avec son régiment jusqu'à la zone sacrée de Paha Sapa. Il trace ainsi une route qui sera empruntée par les chercheurs d'or et surnommée par les natifs "la piste des voleurs".

C'est la bataille de Little Bighorn qui le rend définitivement célèbre, bataille qui s'est déroulée le 25 juin 1876 à proximité de la rivière Little Bighorn dans le Montana. Sous le commandement de Custer, 647 hommes du 7e régiment de cavalerie attaquent un campement amérindien alors occupé par différentes tribus rassemblées par le chef Sitting Bull. Presque tous les soldats trouvent la mort y compris Custer. Bien qu'il reste encore pas mal de zones d'ombre sur les conditions de l'attaque, on reproche à Custer de ne pas avoir attendu l'aide des troupes du général Terry et d'avoir attaqué prématurément le village pour s'attirer tous les honneurs d'une victoire. L'attaque s'est toutefois vite transformée en une sévère défaite pour les soldats opposés à quelques-uns des plus grands guerriers amérindiens comme Crazy Horse (Lakota Oglala), Gall (Lakota Hunkpapa) et Lame White Man (Cheyenne). Cette coalition indienne peu commune avait été possible grâce au chef Sitting Bull (Lakota Hunkpapa) à qui l'on attribue donc la victoire bien qu'il n'ait pas participé à la bataille.

Meriwether Lewis (1774-1809) et William Clark (1770-1838)

L'un ne va pas sans l'autre. Ces deux célèbres explorateurs furent à l'origine du mythe de la conquête de l'Ouest. En 1804, le président Jefferson charge le capitaine Meriwether Lewis et le biologiste William Clark de partir explorer les territoires inconnus de l'ouest du pays. Avec quarante hommes et femmes, ils vont traverser pendant deux ans le sous-continent, en passant par le nord de ce qui était à l'époque la Louisiane et qui sont les Etats actuels des deux Dakotas, du Montana et de l'Idaho, pour aboutir sur la côte Ouest. Le but principal était de trouver un passage facile vers le Pacifique. Les deux acolytes en seront pour leurs frais après les terribles péripéties dans les Rocheuses. Cela dit, cette expédition achevée en 1806 leur aura permis de détailler les populations, le climat, la faune et la flore de la région.

Sitting Bull (1831-1890)

Le chef indien Sioux (Lakotas Hunkpapas) Sitting Bull, né en 1931 dans le Dakota du Sud, est une figure mythique de l'Ouest Américain. Celui que l'on nommait " Jumping Badger " (blaireau bondissant), puis " Jumping Bull " (taureau/bison bondissant), en vient vite à être respecté par ses pairs pour sa condition de Holy Man (connaissance profonde de la spiritualité sioux et de la nature) doublé de celle d'homme de médecine. Mais c'est la bataille de Little Big Horn (dans le Montana) qui le fera entrer dans l'histoire : les 25 et 26 juin 1876, les troupes américaines du colonel George A. Custer sont battues à plate couture par les troupes de Crazy Horse, Gall et Lame White Man, une coalition Cheyenne et Sioux que Sitting Bull a contribué à nouer. Il sera plus tard embauché par Buffalo Bill pour participer à son Wild West Show sans toutefois quitter le Nouveau Monde. Fin 1890, la police indienne est sommée de l'arrêter, mais l'opération dérape, et le chef indien reçoit une balle dans la nuque. Une émeute s'ensuit et 14 personnes perdent la vie.

Wild Bill Hickok (1837-1876)

Figure mythique de l'Ouest, c'est à Deadwood dans le Dakota du Sud que vous pourrez voir sa tombe et revivre son assassinat en 1876 dans un saloon de la ville. La main qu'il avait au poker au moment de la fusillade, dont on connaît les 4 premières cartes, une paire d'as et une paire de 8 est à présent appelée " la main du mort " (dead man's hand). Celui qui se prénomme originellement James Butler Hickok apprend le sens de la justice très jeune grâce à son père qui se bat pour l'affranchissement des esclaves. A 18 ans, il maîtrise déjà les armes à feu et part à l'aventure. Après avoir participé à une fusillade suite à laquelle il est accusé de meurtre puis acquitté, il rejoint la guerre civile américaine aux côtés de l'Union. Ses talents de guerrier et ses actes héroïques lui valent le surnom de Wild Bill. Il exerce ensuite la fonction de shérif et s'illustre par ses faits d'armes. Il n'hésite pas à tuer ou blesser ses ennemis et détracteurs. Il a la détente si facile qu'il lui arriva même de tuer son adjoint par inadvertance. Finalement, il rejoint un temps la troupe des spectacles itinérants de Buffalo Bill dans lequel il joue en 1873, puis il va chercher de l'or à Cheyenne où il se marie. Peu de temps après, il part pour les Black Hills avec sa nouvelle compagne de route Calamity Jane. Il y trouve finalement la mort, à Deadwood.

Du XXe siècle à nos jours

Le début du siècle voit les trois derniers territoires de l'Ouest - l'Oklahoma, le Nouveau-Mexique et l'Arizona - adhérer à l'Union. Peu avant la Première Guerre mondiale, les réserves d'or commencent à se tarir et d'autres minerais sont extraits comme le charbon, l'aluminium, l'uranium, le fer. Mais peu à peu les centres économiques qui se sont construits autour des mines sont en perte de vitesse et finissent par devenir des villes fantômes. Ils doivent alors se réinventer pour survivre, certains se tournent vers l'agriculture, d'autres vers le tourisme avec la valorisation de l'héritage western, les casinos ou encore les sports d'hiver. Dans les vastes plaines du Wyoming, l'élevage reste une économie importante et le tourisme " nature ", quant à lui, est en constante augmentation depuis le début du XXe siècle. Assez tôt dans un contexte d'industrialisation, de riches Américains viennent de la côte Est ou des villes alentour pour respirer le bon air des montagnes. La création des parcs nationaux, dont le premier sera le Yellowstone en 1872, permet à la fois de préserver ces territoires sauvages, leur faune et leur flore locales mais aussi d'attirer les visiteurs en quête de nature et de paysages spectaculaires.

La région est finalement impactée par la Seconde Guerre mondiale et le Wyoming accueille le camp de Heart Mountain où sont internés près de 110 000 ressortissants japonais après l'attaque de Pearl Harbour.

La seconde moitié du XXe siècle est marquée, notamment, par plusieurs tragédies liées à l'environnement (feux, blizzards, tornades...) et d'autres liées à l'industrie (explosion de la mine de charbon Smith au Montana en 1943, évacuation de déchets toxiques en 1962 dans la région de Denver, rupture de l'oléoduc ExxonMobil conduisant au déversement de 1 000 barils de pétrole dans la rivière du Yellowstone en 2011). Mais cette période accueille aussi des changements majeurs comme l'accord de libre-échange avec le Canada (1987) et l'économie connaît de beaux jours (boom pétrolier au Montana, 19e Jeux olympiques d'hiver organisés en 2002 à Salt Lake City, le Wyoming classé comme l'Etat avec la croissance la plus rapide en 2009 et le Colorado reconnu comme le 7e Etat dont la population augmente le plus vite en 2016).

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