Découvrez la Guadeloupe : Musiques et Scènes (Danse / Théâtre)

Quelles que soient les occasions, durant le carnaval ou dans un lewoz, en plein air ou en discothèque : la musique est omniprésente dans la société guadeloupéenne. Du zouk, incarné par le groupe mythique Kassav' au gwoka, la forme d’expression musicale et corporelle traditionnelle typique de l’île, en passant par la biguine ou le kompa haïtien (très présent), la Guadeloupe abrite un spectre musical incroyablement varié, surtout rapporté à la taille de son territoire. Quiconque s’est rendu à son carnaval, le plus grand événement de l’île, le sait parfaitement. Il est ce moment de l’année où toutes les formes d’expressions de l’île se mêlent pour ne faire plus qu’une et former l’identité guadeloupéenne. Alors en vous rendant sur place, n’oubliez pas de fermer les yeux et de laisser la Guadeloupe se raconter au son des gwoka, chacha, tibwa et conques de lambi. Un dépaysement pour tous les sens.

La musique traditionnelle

Existe-t-il meilleur emblème de la tradition musicale guadeloupéenne que son carnaval ? Il est l’un des plus réputés au monde et s’étire sur un mois de frénésie, où se mêlent défilés de costumes splendides, musiques, fanfares, tambours et liesse populaire dans toute la Guadeloupe. Événement le plus important de l’île, les participants regroupés dans différentes associations se préparent des mois à l’avance en s’occupant notamment de la création des costumes. Et outre ces derniers, c’est bien la musique qui joue un rôle prépondérant lors du carnaval. L'instrumentation moderne pioche dans un spectre très large de percussions : fûts en plastique, cloche, chacha (variantes de maracas), tibwa (deux baguettes de bois frappées sur l’arrière d’un tambour ou d’un morceau de bambou) et le fameux gwoka. Beaucoup de groupes emploient également des konn lanbi (conques de lambi) comme instrument à vent. Naturellement avec le temps certaines formations sont devenues plus célèbres que d’autres. C’est le cas d’Akiyo, ensemble de centaines d'adhérents, de musiciens, percussionnistes et chanteurs, vedettes incontestées du Carnaval de Pointe-à-Pitre. À partir des années 1980, le succès du groupe l’emmène sur scène, accompagné parfois de quelques 80 musiciens et lui ouvre la porte des studios. Leur premier album Mémoires paraît en 1992 et annonce une discographie fournie. Plus qu’un simple groupe, Akiyo est devenu avec le temps un véritable mouvement culturel à l’impact social et politique.

Autre emblème musical incontournable de Guadeloupe : le gwoka. Forme d’expression traditionnelle typique de la l'archipel qui permettait autrefois aux esclaves de communiquer entre eux. Le gwoka est un véritable pilier de la culture guadeloupéenne, inscrit au patrimoine immatériel de l’humanité par l’UNESCO depuis 2014. Principalement joué avec des tambours appelés « ka », souvent accompagnés d’autres percussions comme le chacha et le tibwa, c’est la taille des tambours qui distribue les rôles, le plus grand, le boula, jouant le rythme central et le plus petit, la mélodie. C’est ce dernier qui interagit avec les danseurs, chanteurs et chœurs aux voix souvent gutturales, nasales et rugueuses. Parmi les grands noms du genre, Ti Céleste et son tambour sur l’épaule, Marcel Lollia dit « Vélo » ou Guy Konquet sont considérés comme les maîtres.

Loin de l’outil de lutte qu’il constituait autrefois – et qui poussa la société coloniale à l’interdire, y voyant un acte de subversion – le gwoka est aujourd’hui une forme d'expression populaire et festive. Souvent, les samedis, on aperçoit les joueurs de gwoka se donner rendez-vous dans le centre de Pointe-à-Pitre, ou animer les fameux léwoz. Et vu l’importance de la discipline, un Festival du Gwoka a naturellement été créé. Se tenant généralement à la mi-juillet à Sainte-Anne, on y entend les meilleurs joueurs de Ka et autres percussions de l’île.

Musiques populaires

Bien évidemment, un genre est indissociable des Antilles françaises et particulièrement de la Guadeloupe : le zouk. Apparu dans les années 1980, il descend de la kadans (méringue haïtienne populaire dans les Antilles françaises durant les années 1970) et de la cadence-lypso (kadans de la Dominique) et convie de nombreux éléments locaux comme le gwoka, le tambour, le ti bwa ou la biguine. L’histoire du genre est intrinsèquement liée à son groupe star, parent du zouk et icône antillaise : Kassav'. Tout commence en 1979, quand Pierre-Edouard Décimus, membre de l’orchestre phare de kadans de la Guadeloupe Les Vikings, décide avec Freddy Marshall, autre musicien antillais, de renouveler cette musique qu’ils ont toujours jouée. Jacob Desvarieux les rejoint et le groupe prend forme. À travers son premier album, Love and Ka dance, ce tout jeune groupe nommé Kassav' donne naissance à un nouveau genre musical : le zouk. Avec le second album, Lagué mwen, entre en piste Jocelyne Beroard, Martiniquaise de naissance. Le groupe s’agrandit alors et Kassav' est couronné de succès dans le monde entier : Paris, Cap-Vert, New York, Japon... Sous l’impulsion du groupe, le zouk s’exporte et devient vite un carton mondial. En 2019, le groupe fêtait ses 40 ans d’existence et continuait à se produire sur les plus grandes scènes du monde entier devant un public conquis. Le 30 juillet 2021, le co-fondateur du groupe, Jacob Desvarieux, décédait du virus de la Covid-19, à l'âge de 65 ans.

Si la biguine n’a plus son succès d’antan, elle continue d’être très jouée et dansée. Remontant à la fin du XIXe siècle, peu après l’abolition de l’esclavage, la biguine se constitue à partir du gwoka et incorpore du bélè – tambour martiniquais – ainsi que des influences de musique française. À l’origine, la biguine était jouée par un orchestre regroupant une flûte, un violon, une clarinette, une guitare, un banjo, un saxophone, une trompette et une batterie. Le genre possède plusieurs similarités avec le jazz de La Nouvelle-Orléans. De nombreux musiciens antillais, présents à Paris durant les années 1920, ont intégré des aspects du jazz à leur style. Le jazzman guadeloupéen Albert Livrat fut d’ailleurs un des plus grands musiciens de biguine de l’Histoire et reste célèbre pour avoir osé un mélange (réussi !) avec le be-bop, inventant un nouveau style : le « wabap ».

L’île compte de nombreux endroits où assister à un bon concert comme Le Schiva dans la ville du Moule, une des discothèques les plus connues de la Guadeloupe ou Le Cercle au Lamentin, un club avec soirées zouk le week-end.

Les musiques actuelles

Amoureuse de toutes les musiques, la Guadeloupe sait garder les oreilles ouvertes et les influences venues des îles voisines sont toujours les bienvenues. C’est ainsi que le ragga (ou dancehall) s’est imposé. Ce produit purement jamaïcain, a vite trouvé ses marques sur place et des artistes comme Krys ou Admiral-T sont rapidement devenus des cadors du genre.

Citons aussi le kako, genre né au début 2000 qui associe musique traditionnelle et sons plus modernes ou encore le rap qui, comme partout ailleurs, s’est aussi implanté en Guadeloupe, emmené par des artistes engagés tels qu’Edson X ou T Kimp Gee qui abordent des sujets de société et le quotidien d’une jeunesse abandonnée. Une bonne scène pour entendre du ragga ou du rap en Guadeloupe est le Touloulou, une discothèque située sur la plage de Petite-Anse à Marie-Galante, qui organise souvent des concerts.

Chez les plus jeunes, le bouyon venu de la Dominique et le Shatta sous-genre du dancehall jamaïcain, font de plus en plus d'émules et s'exportent au-delà de la Caraïbe. Les artistes martiniquais s'illustrent particulièrement (Kalash, Maureen, Meryl...) sur ce genre de musique très rythmée aux paroles explicites. Le festival All Day In Music au Moule propose un des plus grands shows caribéens en la matière.

La danse

Dans l’ensemble, l’ancienne génération reste attachée à la tradition musicale en habit folklorique. Les airs de gwoka, de laghia (danse de combat) ou de la kalenda (danse lascive) ont toujours autant de succès et ceux de la biguine, la valse ou la mazurka (danse fluide sur douze temps) sont toujours visibles dans les bals de campagne et les fêtes associatives. Quant aux jeunes, moins sensibles aux touffé yin-yin d’hier (musiques et danses traditionnelles), ils maîtrisent parfaitement le collé-serré du zouk d’aujourd’hui ou le déhanché rotatif et nerveux du ragga.

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