Guide de Slovaquie : Histoire

Le nom " Slovaquie " apparaît au XVIe siècle. Il dérive alors de Slovän, Slovjan ou de Sloven qui désigne la branche slave de la famille indo-européenne dont les Slovaques sont issus. Ils appartiennent avec les Polonais et les Tchèques au groupe des Slaves de l'Ouest qui furent les premiers christianisés. Malgré sa position centrale dans le monde slave, l'expansion de la Slovaquie a été coupée au sud par l'installation, au IXe siècle, des Magyars (les Hongrois) dans la plaine danubienne.

La présence de l'ethnie slovaque est attestée depuis le VIe siècle. Elle reste peu connue pendant de longs siècles, car elle n'a jamais eu son propre Etat, à l'exception d'une courte période au IXe siècle, avec le royaume de Grande Moravie. Au début du Xe siècle, le territoire actuel de la Slovaquie est envahi par les Magyars et annexé par le Royaume de Hongrie. Cette situation se prolonge jusqu'en 1918, au sein de l'empire des Habsbourg. Après l'éclatement de l'Empire austro-hongrois à la fin de la Première Guerre mondiale, la Slovaquie est intégrée au nouvel Etat tchécoslovaque jusqu'au divorce de velours du 31 décembre 1992, excepté une courte période d'indépendance pendant la Seconde Guerre mondiale.

Chronologie

Près de 100 000 ans avant J.-C. > Traces de l'homme de Néandertal en Slovaquie.

Près de 5 000 ans avant J.-C. > Installation des premiers agriculteurs.

XVIe siècle avant J.-C. > Première ville en pierre, ruines découvertes à Myšia hôrka.

Les tribus barbares et l’Empire romain

IIIe-Ier siècles avant J.-C. > Installation des Celtes sur le territoire de la Slovaquie.

Ier-IVe siècles après J.-C. > Proximité de l'Empire romain et du limes romanus. Installation des Germains en Slovaquie occidentale.

Ve siècle > Les Huns envahissent la région danubienne.

Ve et VIe siècles > Arrivée des Slaves.

Seconde moitié du VIe siècle > Invasion des Avares.

L’empire de Samo et la grande Moravie

623-658 > Union des tribus slaves, " empire de Samo ".

Vers 800 > Naissance de la principauté de Moravie et de Nitra.

828 > Consécration d'une église chrétienne à Nitra.

833 > Naissance de la Grande Moravie.

863 > Arrivée des frères Cyrille et Méthode en Grande Moravie.

870-894 > Règne de Svätopluk en Grande Moravie.

896 > Arrivée des Magyars dans la cuvette danubienne.

907 > Victoire des Magyars sur les Bavarois au pied du château de Bratislava.

La construction du royaume hongrois

Xe siècle jusqu'à 1105 > Nitra devient un apanage de l'Etat hongrois.

997-1038 > Règne du roi Etienne Ier (saint Etienne), roi de Hongrie.

1150 > Arrivée des premiers colons allemands dans la région de Spiš.

1238 > Attribution des privilèges urbains à Trnava.

1241-1242 > Attaque des Tartares (Mongols), construction des principales forteresses en pierre.

1301 > Extinction de la dynastie des Arpad.

1301-1342 > Règne de la dynastie des Anjou sur le trône de Hongrie.

1387 > La dynastie des Luxembourg s'empare du trône de Hongrie.

1467-1490 > Ouverture de l'université de Bratislava, fermée à la mort de son fondateur.

1517 > Le sculpteur Maître Pavol termine le retable de l'église St-Jakub à Levoča.

La Slovaquie au cœur du royaume de Hongrie

1526 > Défaite des Hongrois sur les Turcs à Moháč où le roi Louis II trouve la mort, Ferdinand Ier de Habsbourg devient roi de Hongrie.

1530 > Première attaque des Turcs sur le territoire de la Slovaquie.

1536 > Presbourg devient la capitale, investie par la Diète hongroise.

1593-1606 > Guerre contre les Turcs.

1604-1606 > Soulèvement des nobles hongrois mené par Etienne Bocskai contre le pouvoir central de Vienne.

1619-1626 > Soulèvement de Gabriel Bethlen.

1635 > L'université de Trnava est fondée par le cardinal Peter Pázmany.

1644-1645 > Soulèvement de Georges Ier Rákóczi.

1683 > Défaite des Turcs devant l'armée impériale aidée par le renfort de l'armée polonaise à Vienne. Fin de l'expansion de l'Empire ottoman en Europe.

1703-1711 > Soulèvement de François II Rákóczi.

1740-1780 > Règnes de Marie-Thérèse et de son fils Joseph II, qui sont à l'origine de réformes et de changements sociaux avant-gardistes, comme la réforme de l'enseignement en 1777.

1781 > Edit de tolérance de Joseph II.

1785 > Abolition par Joseph II du servage en Hongrie.

Le réveil national

1787 > Codification par Bernolák du slovaque écrit.

1805-1809 > Batailles napoléoniennes. La paix de Presbourg (Bratislava) est signée en décembre 1805 après la bataille des trois empereurs à Austerlitz.

1843 > Codification du slovaque écrit par Ľudovít Štúr.

Mars 1848 > Abolition des servitudes féodales en Hongrie.

Mai 1848 > Présentation des revendications du peuple slovaque à Liptovský Mikulaš.

Septembre 1848 > Formation du Conseil national slovaque à Vienne. Une troupe slovaque armée se constitue pour la première fois.

1861 > Adoption du Mémorandum de la nation slovaque à Martin.

1863 > Fondation de la Matica slovenská, première institution pour le développement de l'éducation et de la culture slovaque.

1867 > Oppression des Slovaques par les Hongrois.

1874-1875 > Suppression par le pouvoir des lycées slovaques.

1875 > Interdiction de la Matica slovenská.

1884-1901 > Le Parti national slovaque prône l'abstention aux élections en réponse à l'oppression exercée par l'administration.

1905 > Naissance du parti social-démocrate slovaque.

1913 > Naissance du parti populaire slovaque.

1914 > Mémorandum de la ligue slovaque aux Etats-Unis sur la séparation avec la Hongrie.

La première République tchécoslovaque

1915 > Signature des accords de Cleveland aux Etats-Unis par les représentants des organisations tchèques et slovaques.

1916 > Naissance du Conseil national tchécoslovaque à Paris.

Mai 1918 > Le Conseil national slovaque décide de s'unir avec les Tchèques à Martin.

Mai 1918 > Signature des accords de Pittsburgh aux Etats-Unis par Tomáš Masaryk avec des émigrants slovaques aux Etats-Unis, garantissant à la Slovaquie un statut autonome dans la future Tchécoslovaquie.

28 octobre 1918 > Déclaration de l'indépendance de la Tchécoslovaquie à Prague.

Octobre 1918 > Accord de Martin : rupture avec la Hongrie.

De mai à juillet 1919 > Combats contre la République hongroise des conseils.

1920 > Première constitution de la République tchécoslovaque.

1920 > Signature du traité de paix avec la Hongrie au Trianon, près de Paris.

1922 > Première proposition d'autonomie de la Slovaquie au Parlement par le parti populiste.

Juin 1938 > Nouvelle proposition d'autonomie par le parti populiste de Hlinka.

La Slovaquie sous la coupe des nazis

30 septembre 1938 > Diktat de Munich. Celui-ci permet à Hitler d'annexer les régions de la Tchécoslovaquie peuplées d'Allemands. La mort de la Tchécoslovaquie comme Etat indépendant est scellée.

6 octobre 1938 > Déclaration d'autonomie de la Slovaquie à Žilina.

2 novembre 1938 > Cession du sud de la Slovaquie à la Hongrie, arbitrée par Vienne.

Mars 1939 > Signature du traité de protection entre la Slovaquie et le Reich allemand. La République slovaque indépendante est proclamée, présidée par le curé catholique Jozef Tiso.

Septembre 1939 > Participation de l'armée slovaque avec les nazis à la guerre contre la Pologne.

1940 > Adhésion de la République slovaque au pacte des trois puissances de l'Axe.

1941 > Entrée en guerre contre l'URSS. Rédaction du Code juif, ensemble des lois et dispositions anti-juives.

1941 > Déportation des juifs dans les camps de concentration de Pologne.

1943 > Création du Conseil national slovaque.

29 août 1944 > Soulèvement de la résistance slovaque à Banská Bystrica face à l'occupant. Cette insurrection est matée dans le sang.

6 octobre 1944 > Arrivée de l'Armée rouge en Slovaquie, la libération du pays commence.

La Tchécoslovaquie communiste

5 avril 1945 > Proclamation du programme de Košice du gouvernement tchécoslovaque.

Automne 1947 > Les communistes slovaques perdent les élections, à l'inverse de ce qui se passe en République tchèque. Malgré cela, le pays passe sous l'autorité des communistes de l'Union soviétique en février 1948.

25 février 1948 > Début de la dictature communiste de Tchécoslovaquie.

21 août 1968 > Printemps de Prague : la tentative de démocratisation de l'Etat et de la société par Alexander Dubček est réprimée par la force. Les troupes du Pacte de Varsovie entrent en Tchécoslovaquie pour mater la rébellion.

De la révolution de velours au divorce de velours

16 novembre 1989 > Manifestation d'étudiants à Bratislava.

27 novembre 1989 > Grève générale.

Décembre 1989 > Démission du président de la République Gustáv Husák. Václav Havel devient le premier président de la République tchécoslovaque, la route vers la démocratie et le pluralisme s'ouvre.

1990 > L'Etat est rebaptisé République fédérative tchèque et slovaque, sous la protection de Václav Havel.

Juin 1992 > Premières élections démocratiques depuis 1948, remportées en Slovaquie par le HZDS, le parti de gauche ultranationaliste et populiste de Vladimír Mečiar, qui ouvre la brèche vers l'indépendance.

17 juillet 1992 > Le Conseil national slovaque adopte la Déclaration de souveraineté de la Slovaquie.

1er septembre 1992 > Adoption de la Constitution slovaque.

25 novembres 1992 > Loi de l'Assemblée fédérale sur la dissolution de la République fédérative tchèque et slovaque.

1er janvier 1993 > Naissance de la République slovaque, deux mois après Michal Kovàč est élu président et Vladimir Mečiar est nommé Premier ministre.

Mars 1994 > Vote de défiance du Parlement slovaque, Mečiar doit démissionner, un gouvernement provisoire dirigé par Jozef Moravčik se met en place.

Septembre 1994 > Elections législatives remportée par le HZDS, Vladimir Mečiar redevient Premier ministre.

La Slovaquie d’aujourd’hui

Septembre 1998 > Elections législatives, l'opposition gagne. Mikuláš Dzurinda, de la coalition démocratique slovaque, (SDK - centre droite) devient Premier ministre.

Mai 1999 > Election de Rudolf Schuster à la présidence de la République.

2002 > Après les législatives, Mikuláš Dzurinda est reconduit à son poste de Premier ministre.

Mars 2004 > La Slovaquie intègre l'OTAN.

Avril 2004 > Ivan Gasparovič remporte les élections présidentielles.

1er mai 2004 > La Slovaquie devient membre de l'Union européenne.

Juin 2006 > Elections législatives anticipées, Robert Fico, du parti social-démocrate SMER, gagne et devient Premier ministre.

Noël 2007 > Entrée de la Slovaquie dans l'espace Schengen.

1er janvier 2009 > La Slovaquie change de devise et passe à l'euro.

Juin 2009 > Elections présidentielles, Ivan Gasparovič est réélu (il bat au second tour Iveta Radičová).

Juin 2010 > Elections législatives, le parti SMER-SD de Robert Fico gagne mais ne réussit pas à former une coalition. Iveta Radičová devient le Premier ministre de la coalition d'opposition de centre-droit.

2012 > Echec de la coalition d'opposition. Elections législatives anticipées remportées par le parti social-démocrate SMER-SD. Robert Fico est élu à la majorité absolue et retrouve le poste de Premier ministre.

2013 > Košice est capitale européenne de la culture avec Marseille.

2014 > Andrej Kiska, homme d'affaires indépendant, remporte l'élection présidentielle avec 59,4% des suffrages exprimés. Roberto Fico, son adversaire malheureux du second tour, demeure cependant président du gouvernement.

2015 > L'année est marquée par la vive opposition de la Slovaquie et de la Hongrie à l'UE dans la gestion du problème des migrants venus de Syrie, d'Irak, d'Afrique et du Moyen Orient.

2016 > Elections législatives, SMER-SD gagne, Robert Fico forme une coalition et garde son poste de Premier ministre.

2016 juillet/décembre > La Slovaquie prend la présidence tournante de l'Union européenne.

Les premiers habitants et l’arrivée des Celtes

D'après les témoignages archéologiques, la Slovaquie serait habitée depuis 270 000 ans. A partir du Ve siècle avant notre ère, les Celtes, en provenance de l'ouest, pénètrent dans le bassin du Danube et établissent plusieurs oppidums, dont leur plus important est autour de ce qui est aujourd'hui Bratislava. Aux siècles suivants, les Celtes sont repoussés par les Daces arrivés par le sud-est.

Entre Empire romain et monde germanique

Au Ier siècle de notre ère, l'Empire romain a colonisé les territoires actuels de l'Autriche et de l'ouest de la Hongrie, désignés sous les noms de Norique et de Pannonie et dont le Danube servait de frontière naturelle. Zone tampon entre Rome et la Germanie barbare, la Slovaquie abritait une mosaïque de peuples : tribus germaniques, Celtes, Daces ou encore colons romains. Avec le soutien des Romains, qui lancent de nombreuses offensives victorieuses contre les Quades et les Marcomans, se forme le royaume de Vannius en 21 de notre ère. A la mort de Vannius commence une période troublée d'affrontements entre Romains et tribus germaniques. Au IVe siècle, alors que la puissance romaine décline, les Quades doivent faire face aux Huns d'Attila qui lancent de Slovaquie de nombreuses expéditions vers l'Europe occidentale.

L’arrivée des Slaves et la Grande Moravie

En 451, deux ans avant la mort de leur chef Attila, les Huns perdent la Slovaquie face aux Quades. En 476, l'Empire romain s'effondre. Ce vide a été occupé par les Slaves qui s'y installent en plusieurs vagues entre les IVe et VIIe siècles. Les tribus slaves nouvellement installées doivent très vite faire face aux Avares, tribus turco-mongoles, venues des steppes de l'est de l'Europe. Les Slaves s'unissent alors derrière le général Samo, qui parvient à constituer un empire éponyme, première organisation étatique des Slaves de l'ouest. A la mort de Samo en 658, son empire s'écroule et commence alors une période de cohabitation entre Slaves et Avares, jusqu'à la victoire de Pépin le Bref sur ces derniers en 796.

La Slovaquie est sous une double influence franque et byzantine. Le bassin danubien était le principal enjeu opposant les deux puissances. Avec Charlemagne, l'expansionnisme franc atteint la Slovaquie en 811. A la mort de l'empereur, l'éclatement de l'Empire franc permet aux Slaves du Danube de retrouver une organisation étatique.

La Grande Moravie naît en 833, gouvernée par le roi Mojmir avec comme centre la principauté de Nitra, où est consacrée la première église chrétienne, sous le règne du prince Pribina. La Grande Moravie a comme voisin le Royaume franc germanique, né de l'éclatement de l'Empire franc et confié au fils de Charlemagne, Louis le Germanique, qui chasse Mojmir et le remplace par son neveu Ratislav. Méfiant envers Louis, Ratislav s'allie à Michel III, basileus de Byzance, pour christianiser la Grande Moravie.

En 863, sont envoyés par Michel III deux moines grecs chrétiens, Cyrille et Méthode, pour développer une version slave du christianisme oriental. Cyrille y crée le premier alphabet slave, le glagolitique et traduit un nombre important de textes liturgiques en vieux slave qui devient la troisième langue religieuse en Europe. Méthode rédige quant à lui le premier recueil de lois en vieux slave, inspiré de la tradition juridique byzantine. Dans le château de Ratislav, leur enseignement et la formation d'une classe de clercs permet la fixation du vieux slave en tant que langue culturelle écrite, donnant une impulsion sans précédent à la vie culturelle locale.

Le royaume de Grande Moravie atteint son apogée sous Svätopluk, qui règne sur l'actuelle Slovaquie, la Bohême, la Silésie et la Lusace. Le royaume pourtant se désagrège jusqu'à sa disparition finale en 906 sous les assauts répétés des Francs et des Magyars.

L’arrivée des Magyars

Les Magyars conquièrent la Grande Moravie en 907. Après des échecs face à l'Empire romain-germanique, ils se sédentarisent et s'intègrent à l'univers culturel européen en s'ouvrant aux prédicateurs chrétiens occidentaux. En 1000, le premier titre de roi de Hongrie est donné à Stéphane Ier, de la dynastie des Arpad, avec l'accord du pape Sylvestre II et de l'empereur Othon III. Le titre ne disparaîtra qu'en 1918.

La naissance du royaume de Hongrie

En 1018, la Slovaquie devient pour neuf cents ans une partie du royaume hongrois. La Slovaquie est le théâtre des affrontements entre le royaume de Hongrie et les empereurs germaniques au IXe siècle, ou encore le prince de Bohême au XIIIe siècle. A la faveur d'une lutte de succession pour le trône hongrois, un magnat hongrois, Matúš Čák Trenčiasky, prend entre 1301 et 1321 le contrôle du territoire slovaque. La guerre de succession se termine par la victoire de Charles Robert d'Anjou, auquel devait succéder Louis Ier le Grand. En 1437, une nouvelle crise de succession affaiblit le royaume de Hongrie qui doit faire face à une pression ottomane grandissante. En 1526, à Moháč, les janissaires du sultan Soleyman écrasent l'armée hongroise conduite par le roi Louis Jagelon. Le désastre de Moháč marque la fin d'une période de l'histoire hongroise et slovaque et entraîne l'arrivée sur le trône de Hongrie de la dynastie autrichienne des Habsbourg.

La Slovaquie comme centre du royaume de Hongrie

Le désastre de Moháč de 1526 entraîne la perte de toute la partie centrale du royaume de Hongrie, correspondant grosso modo à l'actuel territoire hongrois. Cette défaite entraîne de multiples conséquences pour la Slovaquie. Pendant près de deux siècles, le pays devient le coeur du royaume de Hongrie et le centre d'une lutte longue de cent cinquante ans contre les Turcs, et se dote de châteaux fortifiés pour défendre ses positions. Entre 1563 et 1830, les rois de Hongrie sont couronnés à Bratislava, nouveau siège de la Diète hongroise, des principales administrations et des plus importantes institutions religieuses. Les villes de Bratislava, de Trnava, de Košice et de Levoča s'établissent comme les principaux centres d'échanges économiques hongrois.

D'un point de vue démographique, l'occupation turque du territoire de l'actuelle Hongrie provoque l'arrivée en Slovaquie de nombreux réfugiés hongrois, notamment issus de l'aristocratie, qui impacte positivement l'économie slovaque. Mais l'arrivée des Hongrois permet paradoxalement aux Slovaques de s'affirmer face à la bourgeoisie allemande qui contrôle les institutions urbaines. Slovaques et Hongrois s'allient pour renverser cette hégémonie. La position économique et sociale des Slovaques s'en trouve de facto améliorée.

Cependant, Moháč entraîne de nouveaux troubles politiques. L'Autrichien Ferdinand Ier de Habsbourg se dispute les restes du royaume de Hongrie avec Jan Zapolsky. La défaite de ce dernier est consommée en 1538. En 1620, les Habsbourg matent la révolte de la noblesse rebelle de Bohême, dite de la Montagne Blanche, et assoient leur domination sur l'Europe centrale. Mais cette révolte de l'aristocratie hongroise contre le pouvoir central autrichien des Habsbourg en annonce de nombreuses autres, comme celles de Gabor Bethlen et de Georges Ier Rakoczi, au début du XVIIe siècle, qui se déroulent essentiellement sur le territoire slovaque et font de nombreux dégâts. La plus célèbre d'entre elles est menée par François II Rakoczi de 1703 à 1711.

Face à cette révolte, la Slovaquie se divise politiquement mais aussi religieusement, puisque François II Rakoczi avait adopté à la Réforme qui favorise la langue et la littérature magyares, quand les Habsbourg imposent à leur empire la Contre-Réforme. Les ravages de ces révoltes aristocratiques s'ajoutent à ceux de la guerre de Trente Ans et aux raids turcs sporadiques, jusqu'à la défaite des Ottomans devant Vienne en 1683.

Réforme et Contre-Réforme

La Réforme est un mouvement religieux, mais aussi social et politique, dirigé contre l'Eglise catholique dominante. Elle apparaît en Slovaquie au XVIe siècle en provenance d'Allemagne et s'étend rapidement à tout le pays. La Réforme s'impose d'autant mieux que les milieux catholiques sortent affaiblis de la défaite de Moháč. Le protestantisme permet aux citadins de contester la domination de l'Eglise et de la noblesse, tandis que les paysans en attendent une amélioration de leur condition. Même les nobles rallient finalement la Réforme, qui apporte une dimension spirituelle aux révoltes contre le pouvoir central des Habsbourg. Dans la deuxième moitié du XVIe siècle, l'Eglise et Vienne commencent à combattre avec ardeur le protestantisme. La Contre-Réforme est menée en particulier par les jésuites, derrière l'archevêque d'Esztergom. Le processus de recatholicisation, qui consiste à favoriser systématiquement les catholiques, ne s'achève qu'à la fin du XVIIIe siècle. Une des conséquences de la Réforme est le développement de la scolarisation, les protestants insistant fortement sur l'alphabétisation et l'éducation, contraignant la hiérarchie catholique à suivre le mouvement général d'instruction. De nombreux établissements scolaires naissent à cette époque : l'université de Trnava en 1635, la première du royaume, l'université de Košice en 1657, le lycée de Prešov en 1668.

Les Lumières et les despotes éclairés

Dans la deuxième partie du XVIIIe siècle, la philosophie des Lumières gagne la Hongrie et la Slovaquie, d'abord dans les cercles de Vienne, avant d'être diffusée par les cercles de l'élite intellectuelle et sociale. Marie-Thérèse (1740-1780) et son fils Joseph II (1780-1790) incarnent l'image des despotes éclairés. Ils prennent conscience du retard de l'Empire, accélèrent la centralisation du pouvoir et les réformes administratives et fiscales et mènent un ambitieux programme de modernisation économique, sociale et culturelle de la société.

Si le siècle des Lumières apparaît comme une période de développement économique et démographique exceptionnel pour l'Autriche-Hongrie avec une production agricole, minière et artisanale qui atteint des sommets, la Slovaquie semble un peu à la traîne. En 1780, le taux d'urbanisation n'atteint que 12 à 13 % des 1 800 000 habitants du pays, tandis que la plus grande ville du pays, Bratislava, reste modeste à l'échelle européenne avec ses 30 000 habitants. Le développement de la Slovaquie est en effet freiné par la reconquête sur les Turcs des parties centrales et méridionales du royaume de Hongrie à la fin du XVIIe siècle et le replacement du coeur du Royaume en Hongrie. Budapest retrouve son rôle central au détriment de Bratislava, et même de Trnava qui doit lui céder son université.

L’éveil national

Les Lumières ont développé les thèmes d'égalité, de droits naturels, de liberté et de tolérance. Ces concepts seront un terreau fertile sur lequel pousseront les concepts de droit des peuples à disposer d'eux-mêmes et de nation, développés par les élites cultivées des minorités de l'Empire.

A la fin du XVIIIe siècle, rien ne distingue dans le droit de l'Empire les Hongrois des autres peuples allogènes. Les précurseurs de l'éveil national slovaque Jakub Jakobeus (1591-1645), Jan Balthazar Magin (1681-1735) et Samuel Timon (1675-1736) tentent de raviver le sentiment d'appartenance au peuple slovaque, sans jamais développer d'idées autonomistes ou indépendantistes, les Slovaques manquant grandement de tradition étatique. Au tournant du XVIIIe siècle, la situation change sous l'impulsion de la Révolution française qui répand dans l'empire le concept d'Etat-nation.

La codification d'une langue slovaque écrite était indispensable. Après de nombreux débats, Ľudovít Štúr (1815-1856) arrive à imposer sa propre codification linguistique, inspirée du dialecte parlé en Slovaquie centrale.

La révolution de 1848-1849

Suivant la vague européenne, Ľudovít Štúr rédige un programme politique, Les Revendications du peuple slovaque, le 10 mai 1848. Il y réclame des droits civiques et le suffrage universel, la création pour chaque peuple de Hongrie d'une Diète propre, un recensement des nationalités, la reconnaissance du slovaque comme langue officielle, la suppression de la corvée...

En septembre 1848, les patriotes slovaques réunis au sein d'un Conseil national slovaque proclament même l'indépendance de la Slovaquie. Mais la faiblesse de leurs troupes ne leur permet pas de faire aboutir leur projet devant le déploiement militaire impérial. Après sa victoire, l'Empire adopte une ligne politique très répressive contre toute revendication politique ou nationale.

En 1861, la chute du ministère néo-absolutiste de Bach à Vienne redonne de l'espoir aux patriotes slovaques qui rédigent à Martin un Mémorandum du peuple slovaque qui réclame la pleine reconnaissance de la culture et de la langue slovaques et l'obtention d'un statut particulier pour le territoire slovaque dans le Royaume de Hongrie. Un nouveau refus incite les patriotes à déplacer leur combat sur le terrain culturel : trois lycées slovaques sont ouverts et la Matica slovenská est créée pour développer la conscience nationale slovaque par la culture.

La répression des revendications nationales slovaques

En 1867, le compromis austro-hongrois transforme l'Empire en double monarchie, autrichienne et hongroise. La Slovaquie est intégrée à la Transléthanie, partie hongroise de la Slovaquie, et la Diète hongroise définit ses habitants comme membres d'un " peuple hongrois unique ". Il n'est alors plus question d'individualité politique slovaque. La Matica slovenská et les lycées slovaques sont fermés. La politique répressive hongroise est soutenue par Vienne et Berlin, qui craignent toutes deux les revendications nationales de leurs propres minorités. La répression culmine au tournant des XIXe et XXe siècles, suite à l'adoption de la loi Apponyi qui instaure la magyarisation. Les élites slovaques, bien organisées politiquement, sont alors convaincues de la nécessité de rompre avec la Hongrie puisque toute évolution interne semble impossible. L'émigration massive des Slovaques (400 000 départs pour les Etats-Unis entre 1899 et 1913) témoigne des mauvaises conditions de vie des Slovaques dans l'Etat hongrois.

Grandes figures de l'histoire slovaque

Tomáš Garrigue Masaryk (1850-1937)

Le premier président de la République tchécoslovaque était slovaque par son père, mais suscite des sentiments ambigus dans sa patrie paternelle, qui lui reproche d'être plus tchèque que slovaque. Ce professeur de philosophie à l'université de Prague se fait connaître comme député au Reichstrat autrichien et comme sociologue. Il s'exile en 1914 et organise la légion tchécoslovaque qui combat du côté des Alliés. Elu président du gouvernement provisoire tchécoslovaque en 1917, puis président de la République en 1918, il fait promulguer la Constitution de 1920. Il s'illustre en refusant le rattachement des Sudètes à l'Allemagne et l'autonomie aux Slovaques. Réélu en 1927 puis en 1934, il renonce au pouvoir en 1935 pour raisons de santé.

Milan Ratislav Štefánik (1880-1919)

Fondateur de la première République tchécoslovaque avec Masaryk et Beneš en 1918, Štefánik était un astronome réputé et un homme d'un charme certain. Il évolue avec succès dans les cercles internationaux, notamment dans la haute société française, ce qui lui permet de faire du lobbying pour la création du nouvel Etat. Pendant la Première Guerre mondiale, il organise les légions tchécoslovaques en Russie, en Italie et aux Etats-Unis. Personnage romantique, furieusement épris d'une aristocrate italienne, mort prématurément dans un accident d'avion, il a séduit la nation slovaque qui en a fait un de ses emblèmes. Une légende dit que son avion aurait été abattu par les Tchèques, alarmés qu'il puisse jouer un rôle pro-slovaque. Il ornait le plus gros billet slovaque de 5 000 couronnes avant le passage à l'euro.

Alexander Dubček (1921-1992)

Nommé en 1968 premier secrétaire du parti communiste, il essaye de donner une orientation politique plus libérale au régime, " un socialisme à visage humain " selon sa célèbre formule. Durant ses six mois de pouvoir réel, il abolit la censure et impose un fonctionnement plus démocratique au pays. Moscou ne peut accepter cette démocratisation de la Tchécoslovaquie et le risque de voir la libéralisation se propager dans les républiques aux alentours. En conséquence, les troupes du pacte de Varsovie sont envoyées en août 1968 restaurant l'orthodoxie communiste. Le soutien apporté au peuple tchécoslovaque par Dubček lors des événements le force à capituler à l'arrivée des Russes. Remplacé par Husák à la tête du parti, il se voit confier le titre honorifique de président de l'Assemblée nationale, fonction qu'il remplit d'avril à août 1969, mais il est exclu du parti communiste en juin 1970 et réduit à des fonctions subalternes en tant qu'agent technique des eaux et forêts à Bratislava. Il réapparaît en public lors des manifestations de novembre 1989 et est élu président du Parlement dans la nouvelle République démocratique tchécoslovaque, poste qu'il occupe de décembre 1989 à sa mort tragique en 1992 dans un accident de voiture. Inconsolables à sa mort, les Slovaques soupçonnent, comme pour M. R. Štefánik, des desseins maléfiques derrière cet accident visant à empêcher un grand homme politique slovaque de jouer un rôle de premier plan dans le monde.

La naissance de la Tchécoslovaquie

La Première Guerre mondiale ne touche qu'une petite partie de l'actuel territoire slovaque, à l'extrême est du pays. Pourtant, 70 000 Slovaques perdront la vie sur le front au sein de l'armée austro-hongroise, qu'ils servent fidèlement. C'est au cours de ces années de guerre à l'étranger que mûrit peu à peu l'idée d'un rapprochement avec les Tchèques, linguistiquement proches. Ce combat pour la création d'un Etat tchécoslovaque est mené par le Slovaque Milan R. Štefánik, et les Tchèques Tomáš G. Masaryk et Edvard Beneš. En 1916, ils créent à Paris le Conseil national tchécoslovaque qu'ils imposent auprès des Alliés, tandis qu'aux Etats-Unis des associations tchèques et slovaques signent en 1915, à Cleveland, un accord sur les principes constitutionnels du futur Etat. La Slovaquie s'y voit reconnaître une complète autonomie assurée par la création d'une administration et d'un Parlement indépendant. Le " nouveau mariage " reste dès lors suspendu au sort militaire de l'Autriche-Hongrie et à l'accord, encore incertain, des grandes puissances. Le verdict tombe le 29 juin 1918 quand la France et l'Angleterre, suite aux échecs des tentatives de paix séparée avec Vienne, reconnaissent le Conseil national tchécoslovaque. La capitulation de l'Autriche-Hongrie le 3 novembre 1918 entraîne la création de l'Etat tchécoslovaque qui existe déjà dans les faits depuis quelques jours.

Les Slovaques dans la Tchécoslovaquie d’entre-deux-guerres

Le 28 octobre 1918, le Comité national tchèque proclame l'indépendance de la République tchécoslovaque, et le Conseil national slovaque réuni à Martin vote le rattachement de la Slovaquie à la nouvelle République. La Tchécoslovaquie jouit très rapidement d'une reconnaissance internationale grâce au soutien de la France. Le rattachement met fin à l'oppression hongroise pour les Slovaques, et des Habsbourg pour les Tchèques.

Les premières réformes du nouveau gouvernement garantissent des droits civiques de base, la liberté de la presse, et l'éducation qui devient une priorité. Le taux d'alphabétisation qui stagnait à 60 % en 1910 bondit à 90 % en 1930. Au point de vue culturel, la Matica slovenská est rouverte, tandis que de nombreux musées nationaux, bibliothèques, partis politiques et journaux en langue slovaque apparaissent.

Pourtant la République a du mal à gérer sa multiculturalité. Le rassemblement révèle également des différences entre ces deux pays frères, notamment sur la question de la religion, entre des Slovaques profondément religieux et des Tchèques très athées. Pourtant, l'indépendance n'est pas encore envisagée en tant que telle : sur les quatre partis politiques de Slovaquie, seul celui d'Andrej Hlinka est clairement autonomiste, tandis que les populations gardent une bonne image de cette nouvelle République.

Par ailleurs, la création du nouvel Etat provoque une grave crise en Slovaquie, dont l'économie était entièrement tournée vers le voisin hongrois et à l'industrie très en retard sur le voisin tchèque. Cette tendance est aggravée par la crise économique des années 1930. Les Slovaques poursuivent leur exil massif (325 000 départs entre 1920 et 1938) en raison du chômage et des mauvaises conditions sociales.

Un bilan mitigé donc : si les Slovaques reconnaissent les apports politiques et sociaux de la nouvelle République, ils souffrent fortement de son échec économique.

Le démembrement de la Tchécoslovaquie

Le 29 septembre 1938, la Tchécoslovaquie est amputée du tiers de son territoire, les Sudètes, lors des accords de Munich où la France et le Royaume-Uni abdiquent devant les conditions d'Hitler. Ils délaissent ainsi leurs alliés d'hier. La Tchécoslovaquie voit également sa ligne de fortifications détruite par les nazis, se retrouvant sans défense. Dans le même temps, la Slovaquie se voit également allégée de 43 km² stratégiques et est directement menacée par les revendications sur la Slovaquie magyarophone du gouvernement hongrois pro-nazi. Cette nouvelle menace pousse les hommes politiques slovaques à l'action.

La naissance de l’État slovaque indépendant

Le gouvernement tchécoslovaque de Beneš démissionne le 5 octobre 1938, et, le 6 octobre, la Slovaquie déclare à Žilina son autonomie. Un gouvernement provisoire se met en place à Bratislava sous la direction du Dr Jozef Tiso, nationaliste qui se rapproche peu à peu d'Hitler. En décembre 1938, des élections désignent 63 parlementaires de la nouvelle Assemblée, sans partis démocratiques et communistes, car interdits. Les députés à l'Assemblée s'unissent au sein du parti unique, le parti de l'unité slovaque. Le 13 mars 1939, Hitler convoque Tiso à Berlin et lui ordonne de choisir entre l'indépendance slovaque sous protection allemande ou le partage du pays entre la Hongrie, la Pologne et l'Allemagne. Tiso choisit l'indépendance et devient un Etat vassal de l'Allemagne nazie. Le 14 mars 1939, l'Assemblée slovaque vote l'indépendance. Le lendemain, Prague est envahie par les soldats allemands et la Tchécoslovaquie disparaît, remplacée par une Slovaquie collaboratrice et un protectorat de Bohême-Moravie. Les nazis pourtant cherchent à diviser pour régner en Europe centrale et tandis qu'ils assurent le nouvel Etat slovaque de leur aide, ils autorisent la Hongrie à envahir 10 000 km² de territoires où vivent les minorités hongroises.

L’éphémère indépendance slovaque sous protection nazie

La République slovaque de 1939 a perdu 22 % de sa surface et 26 % de sa population par rapport à la Slovaquie tchécoslovaque, tandis que la collaboration avec l'Allemagne se met en place.

La Slovaquie participe à la déportation des 135 000 juifs slovaques entre mars et octobre 1942, et est tenue de collaborer à l'effort de guerre nazi contre la Pologne puis contre l'URSS. L'économie slovaque est quasiment fondue dans celle du Reich. Dynamisée par les besoins nazis, l'industrie slovaque se porte bien et se développe durant la guerre. De grands chantiers sont entamés : nouveaux réseaux ferroviaires et routiers, des écoles, des institutions culturelles et scientifiques. Le nouvel Etat se dote également d'organisations fascistes : mouvements de jeunesse, groupes paramilitaires, camps de travail pour les " asociaux ", tandis que l'immixtion de nombreux Allemands est prévue dans l'administration. Les avantages aidant, les Slovaques acceptent globalement le nouveau régime. Pourtant, à partir de 1943, la défaite de l'Axe devenant envisageable, des réseaux de résistance se constituent, encouragés par le gouvernement Beneš en exil à Londres. Une insurrection des réseaux de résistance est lancée en août 1944, mais souffre d'un manque d'organisation. Le soulèvement national slovaque n'obtient qu'un succès partiel et est réprimé férocement par les nazis qui envahissent la Slovaquie et mettent en place un régime de terreur. A la fin de l'année 1944, les personnes les plus compromises avec les nazis fuient devant l'Armée rouge. Beaucoup sont arrêtées et jugées à Prague. Le Dr Tiso est condamné à mort et exécuté le 18 avril 1947.

La Tchécoslovaquie restaurée

Pendant son exil londonien, le président Beneš réussit à se faire reconnaître comme l'ultime représentant légitime de la Tchécoslovaquie. A Moscou, en mars 1945, la direction du parti communiste tchèque et le Conseil national slovaque s'entendent sur la renaissance d'une République tchécoslovaque. Ils constituent alors un gouvernement qui s'installe le 3 avril 1945 à Košice et proclame le 5 avril le " Programme gouvernemental de Košice ".

L'URSS commence alors à s'ingérer dans les affaires tchécoslovaques. La Tchécoslovaquie refusant, par exemple, de bénéficier du plan Marshall de 1947, suivant ainsi les intérêts de Moscou. Les affaires intérieures du pays sont marquées par l'épuration des anciens cadres et la nationalisation des industries de base. La Slovaquie récupère les territoires occupés par la Hongrie, ce qui débouche sur des expulsions de dizaines de milliers de Hongrois et d'Allemands. Les élections de 1946 donnent le parti communiste largement gagnant en Tchéquie, au contraire de la Slovaquie où le parti démocrate remporte le scrutin. Le parti communiste tchèque au pouvoir décide la centralisation du pays et vide de leur substance les organes de pouvoir slovaques : c'est déjà la fin du rêve de partition égalitaire du pouvoir entre Tchèques et Slovaques, voulu par Beneš.

A Prague, le communiste Klement Gottwald est nommé Premier ministre et déclenche le " coup de Prague " de février 1948 qui confère les pleins pouvoirs aux communistes. Commence alors dans le pays une période de répression brutale de tous les opposants, qui touche de plein fouet la Slovaquie, où les démocrates, et surtout les communistes adeptes du fédéralisme, sont persécutés. Certaines sources judiciaires font état de 178 personnes exécutées entre 1948 et 1952 et de centaines de milliers de personnes envoyées en camps de travail. En 1953, les morts de Staline puis de Gottwald mettent un frein à la répression.

Durant le régime communiste, quelques avancées sont faites en Slovaquie sur le plan économique, notamment dans l'agriculture, au regard du niveau de vie général, avec couverture médicale, scolarité gratuite ou encore sur le plan culturel et scientifique avec une multiplication d'institutions culturelles, artistiques et scientifiques... En 1960, les succès matériels du régime l'incitent à adopter une nouvelle Constitution : il se renomme République socialiste tchécoslovaque. La nouvelle Constitution accroît encore la centralisation du pays, au mépris des Slovaques.

Vers le Printemps tchécoslovaque

Au début des années 1960, sous l'influence de la déstalinisation, le parti communiste réhabilite la mémoire des victimes des purges. Le parti se trouve alors dans une situation difficile : le premier secrétaire et président de la République Antonín Zapotocky, compromis, s'accroche à ses fonctions. En 1968, il perd cependant la direction du parti au profit du Slovaque Alexander Dubček. Ce dernier amorce une série de réformes suivant l'idée d'un " socialisme à visage humain " qui mène au Printemps de Prague. Ce projet économique et politique ambitieux vise à une démocratisation générale de la société : dépolitisation de l'économie, liberté de la presse, projet de passage à un système multipartiste... Côté diplomatique, les nouveaux dirigeants sont résolus à s'ouvrir à l'Ouest, quitte à tourner le dos au grand frère soviétique. L'URSS et ses alliés font tout pour torpiller le projet en le condamnant comme une tentative " d'affaiblissement de l'unité du parti et de la société socialiste ". Le 21 août 1968, les chars soviétiques entrent en Tchécoslovaquie. Les pays occidentaux ne font que condamner verbalement cette intervention. En octobre 1968, le gouvernement tchécoslovaque signe avec Moscou un accord permettant la présence de l'Armée rouge dans le pays. Commence alors la période dite de normalisation de la Tchécoslovaquie qui dure jusqu'en 1989. Dubček est progressivement écarté de la vie politique, remplacé par Gustáv Husák. Le processus de réformes est bloqué et remplacé par une nouvelle vague de purges, seule demeure la fédéralisation du parti. Mais Prague et Bratislava sont tellement soumises à Moscou que l'existence d'une république socialiste slovaque perd tout sens. Cette période de normalisation souffre d'une sous-productivité du travail, de gaspillages énergétiques, de mauvaise qualité des produits, de surpollution... Le régime est usé et la population ne l'accepte que par résignation. L'arrivée au pouvoir de Gorbatchev et sa perestroïka ouvrent de nouveaux espoirs jusqu'au tournant de 1989.

La révolution de velours

Après le Printemps de Prague, l'autoritarisme des gouvernements successifs masque mal leur absence de légitimité, tandis que la stagnation économique du pays esquinte l'idée de progrès mis en avant par le socialisme. La Tchécoslovaquie, bien loin de rattraper ses voisins occidentaux, creuse son retard économique. Cette rupture avec l'Occident auquel ce pays se sent profondément rattaché est mal vécue et rend le capitalisme et la société de consommation d'autant plus séduisants. La dissidence apparaît sur la scène politique au milieu des années 1970. C'est le procès du groupe de rock dissident Plastic People of the Universe qui pousse 243 intellectuels (dont le futur président Václav Havel) à signer la Charte 77, pour garantir les droits basiques des personnes. L'arrivée au pouvoir de Gorbatchev en 1985 permet l'émergence de pensées réformatrices chez des communistes eux-mêmes et légitime les mouvements d'opposition. Si dans la partie tchèque la dissidence provient surtout des milieux intellectuels, c'est l'Eglise catholique qui joue un rôle mobilisateur important en Slovaquie. En 1988, une pétition réclamant la liberté religieuse est lancée. Le 25 mars, des activistes catholiques organisent une " manifestation des cierges ". Les autorités répondent avec des canons à eau... Les actes de dissidence se multiplient en 1988 et en 1989. Les étudiants descendent dans la rue le 16 novembre 1989 réclamant une réforme globale du système. L'opinion comprend l'imminence du changement, mais n'en devine pas la teneur.

Les semaines révolutionnaires

A la fin des années 1980 apparaissent les deux mouvements qui vont coordonner la lutte contre le gouvernement socialiste : Public contre la violence (VPN) en Slovaquie et Forum civique (OF) en Tchéquie. Composé de dissidents catholiques et d'artistes, le VPN assure l'organisation des rassemblements quotidiens qui se poursuivent jusqu'à la chute du régime. Leurs manifestations se concluent par ce slogan : " Qui, si ce n'est nous ? Quand, si ce n'est maintenant ? Où, si ce n'est ici ? ".

La situation se tend le 17 novembre quand une manifestation d'étudiants à Prague est brutalement réprimée. La révolte est vive et les théâtres de Prague puis de Bratislava se mettent en grève. Le 22 novembre, le Comité de coordination de l'enseignement supérieur slovaque expose au cours d'un meeting ses revendications : ouverture d'une enquête sur les événements du 17 novembre, renvoi des responsables de la répression, levée des sanctions contre les étudiants et les enseignants, tenue d'un dialogue sur la société, élections libres, accès pour tous les partis aux médias. Le Comité menace d'une grève générale, sujet tabou depuis 1948, si ces revendications ne sont pas entendues. Le VPN reprend ces revendications et une de ses conditions : la fin du parti unique. En réaction, le pouvoir décide de remplacer quelques personnalités impopulaires par des hommes peu connus, mais liés au parti. Personne n'est dupe de cette non-réforme et la grève générale est annoncée pour le 27 novembre. Le jour même, un nouveau gouvernement est mis en place, mais à nouveau composé principalement de membres du parti ou de proches. Ces demi-mesures ne satisfont personne et un nouvel appel à la grève générale est lancé.

Le parti se résout à l'impossible : un nouveau gouvernement est formé le 10 décembre. Il compte 11 non-communistes sur 20 membres, dont quelques représentants de l'OF. Après avoir nommé le nouveau gouvernement, Husák, le président, démissionne. Le 6 décembre, le Conseil national slovaque destitue le chef du gouvernement. Le 11 janvier, un nouveau gouvernement est formé. Il ne compte que 6 communistes et déclare vouloir diriger la société de manière démocratique et organiser des élections libres. Le 28 décembre, l'Assemblée nationale à Prague élit le symbole du Printemps tchécoslovaque, Alexandre Dubček, à la présidence du Parlement, et Václav Havel, leader de l'OF, à la présidence de la République. Peu à peu, le parti perd tout contrôle sur les institutions.

La formation de la nouvelle scène politique

Après la chute du socialisme, le VPN devient logiquement la principale force politique, même si son unité qui résidait principalement dans l'opposition au communisme révèle rapidement des fissures. Dès les premières années, les partis politiques se multiplient : le parti démocrate ou DS, le parti des verts ou SZ, le mouvement chrétien-démocrate ou KDH, le parti national slovaque ou SNS, ainsi que des partis chargés de défendre la minorité hongroise, le mouvement chrétien-démocrate hongrois ou MKDH, le mouvement Coexistence, et l'Initiative indépendante hongroise. Le parti communiste slovaque traverse, lui, une difficile période de remise en question. Au cours de son congrès en 1990, il fait porter son échec aux erreurs des " anciens fonctionnaires ". En 1991, il abandonne dans son nom toute référence au communisme, devient le parti de la gauche démocratique (SDL) et se rénove en profondeur, même si les anciens cadres de l'ancien régime en sont membres.

Les premières élections en Slovaquie donnent vainqueur le VPN avec 30 % des suffrages, devant le KDH avec 20 % des suffrages, et le SNS avec 13 % des suffrages. Les programmes des nouveaux partis demeurent assez proches, tous favorables à la démocratie et à l'économie de marché. Seul le SNS, le parti national slovaque, réclame l'indépendance de la Slovaquie.

Le gouvernement est dirigé par Vladimir Mečiar du VPN, qui se délite suite à un combat de chefs entre Mečiar et Fedor Gal, aboutissant à la chute du gouvernement le 23 avril 1991. Mečiar et ses partisans créent le Mouvement pour une Slovaquie démocratique, HZDS. Les élections législatives de juin 1992 confortent la position dominante du HZDS de Mečiar, de nouveau nommé chef du gouvernement. Le reste du VPN, quant à lui, n'obtient même pas les 5 % nécessaires à l'entrée au Parlement.

La question du nom de la République

L'arrivée d'un nouveau régime relance le débat, vieux comme les deux peuples, sur le nom de l'Etat. Havel propose le nom qui prévalait pendant la première République de l'entre-deux-guerres, soit République tchécoslovaque. Le conseil national slovaque lui oppose vigoureusement le terme République auquel il préfère celui de " fédération Tchéquie-Slovaquie ". Havel prend en compte les demandes slovaques et propose à l'assemblée le nom de " République tchéco-slovaque ", tandis qu'un groupe de députés avance la formule " République fédérale tchécoslovaque ". Aucune proposition ne recueille les suffrages suffisants pour être adoptée. Le Parlement trouve alors une étrange solution de compromis : la " République fédérale tchécoslovaque ", autorisant les Slovaques à utiliser le trait d'union. Mais c'est insatisfaisant pour le Conseil national slovaque qui émet une protestation officielle. Le Parlement doit revenir en arrière et baptise le nouvel Etat " République fédérale tchèque et slovaque ". Cette bataille syntaxique montre bien les divisions entre les deux peuples : l'obsession de l'unité d'un côté, et de celle de l'identité de l'autre.

Les questions d’aménagement constitutionnel

Le débat constitutionnel domine le débat public et mène rapidement à une impasse. Au début des négociations, l'union des deux Républiques est considérée comme la meilleure option des deux côtés. Mais rapidement, des divergences de fond apparaissent sur la question du cadre fédéral. Bratislava exige que la souveraineté des deux Républiques prime sur l'Etat fédéral. Les Slovaques demandent, dès 1990, l'augmentation des compétences constitutionnelles de chaque République puis, en 1991, le droit pour chacune des Républiques de réformer, de manière souveraine, ses institutions avant de s'entendre sur le cadre fédéral. Le gouvernement fédéral rétorque que la République fédérale tchèque et slovaque est le seul Etat souverain, et donc le seul compétent pour se réformer. Une solution inacceptable pour les Slovaques qui considèrent que les institutions fédérales sont tchèques. En mai 1991, les débats sont confiés aux organes législatifs des deux Républiques, mais ils s'enlisent rapidement ce qui leur vaudra le surnom d' " errances de château en palais ". En février 1992, les présidents des deux organes législatifs se mettent enfin d'accord sur... l'échec complet des rencontres. Après les élections de juin 1992, les deux gagnants, le parti démocratique civique, ODS, de Vaclav Klaus, et le HZDS de Mečiar font de cette question une urgence absolue et vont, en quelques mois, mettre fin à l'Etat commun.

L’indépendance de la Slovaquie

Dès 1990, les accords de Trenčianske Teplice augmentent l'autonomie des Républiques sur les questions économiques et commerciales. Cet accord est vu comme un premier pas vers l'indépendance. De plus en plus de voix s'élèvent pour réclamer la séparation des deux Etats et l'opinion finit par abonder dans ce sens. Les victoires de Mečiar et de Klaus vont accélérer la dissolution de la fédération. Mečiar se rapproche des indépendantistes, tandis que Klaus, qui souhaite rapidement une transition vers l'économie de marché et un rapprochement avec l'Europe de l'Ouest, commence à se convaincre que cette transformation de la République se fera plus rapidement sans la Slovaquie, en retard économiquement. Le dernier obstacle sur la voie de la sécession est levé quand le référendum, que demandait Havel, est écarté. Pourtant les sondages montraient que seule une infime minorité de citoyens (11 % des Tchèques et 17 % des Slovaques) était favorable à la partition du pays. Qu'importe, le 17 juillet 1992, le Conseil national slovaque vote, à une large majorité, une déclaration de souveraineté de la République slovaque. Le Conseil national se termine en rappelant que l'effort millénaire d'émancipation du peuple slovaque a enfin abouti. Peu après, le HZDS et le ODS passent un accord sur l'éclatement de la fédération. Le 31 décembre 1992, la République fédérale tchèque et slovaque disparaît officiellement et le 1er janvier 1993 naît la République slovaque.

La deuxième République slovaque

Deux mois après l'indépendance de la Slovaquie, des élections sont organisées. L'économiste Michal Kováč est élu président et Vladimir Mečiar Premier ministre. Les débuts de cette nouvelle République sont difficiles. Mečiar mène une politique nationaliste et autoritaire et s'enfonce de plus en plus dans un populisme autocratique : refus de privatisation, déni des droits de la minorité hongroise et absence de liberté de presse. Ces questions aboutissent à des tensions croissantes avec le chef de l'Etat, qui conduit à un vote de défiance du Parlement. Mečiar doit démissionner quinze mois après son arrivée. Le gouvernement provisoire dirigé par Jozef Moravčik se met en place le 16 mars 1994 mais dès septembre Mečiar remporte les élections législatives et retrouve son poste. Il dirige le pays d'une main de fer avec des stratagèmes parfois douteux et une corruption galopante jusqu'en 1998 où il perd les élections législatives. Les Slovaques, lassés de Mečiar et de sa politique dictatoriale, choisissent l'alternance. Mikuláš Dzurinda (centre-droit) de la coalition démocratique slovaque (SDK) devient Premier ministre, réélu en 2002. Sous son ère, un effort de modernisation est entrepris aussi bien au niveau économique qu'au niveau des structures démocratiques. La Slovaquie regagne une certaine crédibilité internationale perdue sous l'ère Mečiar. La politique libérale menée par le Premier ministre transforme le pays grâce à de nombreuses réformes qui aboutissent à l'adhésion de la Slovaquie à l'OTAN et surtout à l'Union européenne en 2004. L'économie de marché conduit cependant à un écart des richesses grandissant et une paupérisation de certaines catégories sociales. Les élections présidentielles d'avril 2004 sont remportées par Ivan Gasparovič, qui sera réélu en 2009.

Pourtant, les élections législatives anticipées de juin 2006 marquent un tournant politique. Robert Fico et son parti de centre-gauche SMER sortent grands vainqueurs et mettent en place une coalition aussi hétéroclite que controversée avec le parti national slovaque (SNS) de Jan Slota et le parti populiste (HZDS) de Mečiar. Les démons de l'autocratisme ressurgissent. La présentation du nouveau gouvernement slovaque au Parlement européen s'accompagne de tollés et le parti SMER est simplement exclu du parti socialiste européen. L'arrivée de Fico marque un ralentissement des nombreuses réformes libérales pour des mesures plus sociales. Dès le mois d'octobre 2006, le salaire minimum est augmenté de 10 %, le code du travail est réformé afin de mieux protéger les travailleurs et les syndicats et les impôts pour les plus hauts revenus sont augmentés. Fin 2007, la Slovaquie entre dans l'espace Schengen et passe à l'euro le 1er janvier 2009. Les élections législatives de 2010 couronnent l'alternance politique, avec un gouvernement de centre-droit mené par Iveta Radičova du parti démocrate chrétien. Pourtant les impopulaires réformes d'austérité menées par le gouvernement aboutissent à sa démission en octobre 2011. Les élections législatives anticipées de mars 2012 sont remportées par le parti de gauche SMER de Robert Fico qui retrouve sa place de Premier ministre, à la tête d'une très large coalition allant du centre-droit à la gauche populiste, en passant par les partis hongrois.

Bien que Fico soit favori des élections présidentielles de mars 2014, c'est un homme d'affaires non affilié à un parti, Andrej Kiska, qui remporte l'élection avec 59,4% des suffrages exprimés au deuxième tour. Il est investi en juin. Roberto Fico demeure cependant président du gouvernement, poste qu'il occupe depuis les législatives de 2012. L'année 2015 est marquée notamment par la crise des migrants venus de Syrie, d'Irak, d'Afrique et du Moyen Orient. La Hongrie et la Slovaquie déposent plainte devant la Cour de Justice de l'UE contre le système de quotas pour la répartition de migrants entre les pays membres. Estimant que l'UE ne prend pas la pleine mesure des problèmes posés par la question, Fico déclare que l'UE " commet un suicide rituel, tout en le contemplant ".

Préparez votre voyage !

transports
  • Louer une voiture
  • Réserver un ferry
hebergement
  • Réservez un hôtel
  • Location de vacances
  • Votre logement Airbnb
  • Trouvez votre camping
Séjours
  • Voyagez sur mesure
  • Week-ends en France
Sur place
  • Réservez une table
  • Trouvez une activité
  • Expériences & Boxs

Adresses Futées de Slovaquie

Avis
Jeu concours

Les jeux concours du moment

Remportez un week-end de prestige pour 2 personnes au Château de la Dauphine !

Une escapade romantique en Gironde, au Château de la Dauphine .