Guide de Slovaquie : Population et langues

Un passé multiculturel et un pays multiethnique

A la périphérie de l'Empire romain, les territoires de la Slovaquie contemporaine voient jusqu'au Xe siècle une succession de peuplades et de groupes ethniques s'y installer : Slaves, Celtes, Romains, Turcs, Mongols, tous se succèdent ou cohabitent à une époque où le concept de nation n'existe pas. Intégré au royaume de Hongrie, le pays tombe sous le joug de Budapest. Au XIIIe siècle, suite aux invasions tatares, de nombreux colons allemands arrivent pour reconstruire un pays en ruine, mais aussi des Tchèques, des Moraves et des Galiciens. Cette population reste stable jusqu'au XVIe siècle et l'arrivée de Polonais et d'Ukrainiens. La défaite de Moháč contre les Turcs va pousser de nombreux aristocrates hongrois à se réfugier en Slovaquie, suivant ainsi la famille royale, notamment dans le sud, à la frontière hongroise. En 1900, au sein de l'Empire austro-hongrois, seulement un peu plus de 60 % de la population de l'actuelle Slovaquie se revendique slovaque, cohabitant avec des Hongrois, des Allemands et des Ruthènes. La même diversité existe au niveau religieux : à côté des catholiques, majoritaires, vivent des protestants (17 %), des uniates et des orthodoxes à l'est, sans oublier les juifs qui représentent 4 % de la population, et jusqu'à 10 à 20 % dans certaines villes.

Au début du XXe siècle débute la politique de magyarisation très répressive pour les minorités de l'Empire dont font partie les Slovaques. Les Hongrois représentent alors jusqu'à 30 % de la population. Ce processus de magyarisation s'interrompt avec la création de la Tchécoslovaquie en 1918. Le traité de Trianon et l'indépendance de la Tchécoslovaquie interrompent le processus et la Hongrie perd les deux tiers de son territoire. Ce nouveau redécoupage provoque un profond traumatisme chez les Hongrois, une humiliation nationale toujours vécue comme une injustice flagrante.

A partir de 1918, les Slovaques sont désormais liés avec les Tchèques et ces derniers occupent de nombreux postes à tous les niveaux de l'administration. En 1930, plus de 120 000 Tchèques vivent en Slovaquie. La République tchécoslovaque de l'entre-deux-guerres permet une grande liberté aux minorités, leur offrant l'espace d'une véritable renaissance nationale, surtout aux Ruthènes, aux Allemands et aux juifs. Mais, dans les années d'avant-guerre, on assiste à une radicalisation des nationalismes.

La Seconde Guerre mondiale conduit à de nombreux redécoupages, les frontières bougent, l'Allemagne annexe les Sudètes et la Hongrie le sud de la Slovaquie, d'où sont expulsés les Slovaques. Des politiques similaires sont menées en Slovaquie, où l'on assiste à de véritables purges ethniques pour accélérer le processus de " slovaquisation " ; les Tchèques et les Hongrois sont expulsés, les juifs et les Tsiganes agressés, victimes de lois raciales, avant d'être déportés dans les camps de concentration en Pologne. En 1942, 68 000 juifs de Slovaquie ont péri dans les camps d'extermination. La minorité allemande s'est organisée et a servi de relais cruellement efficace à l'oppression nazie. En 1945-46, environ 1,5 million d'Allemands de Tchécolslovaquie, reconnus responsables du conflit, sont expulsés vers l'Allemagne. Cette mesure punitive règle pour de bon une question minoritaire vue comme épineuse pour le régime tchécoslovaque.

Dans l'après-guerre, la Tchécoslovaquie, revenue à ses frontières de 1938, prive de droits civiques les Hongrois et envisage de les transférer, mais les Alliés s'y opposent. Le gouvernement tchécoslovaque de l'époque décide donc d'appliquer la politique de magyarisation à l'envers : les Hongrois qui se disent slovaques peuvent retrouver leurs droits civiques. La reslovaquisation du sud de la Slovaquie a laissé d'énormes rancoeurs et frustrations chez les Hongrois, écho des rancoeurs slovaques en raison de la magyarisation. Les séquelles des politiques ethniques violentes et criminelles menées pendant la guerre sont immenses. Elles ont laissé le pays exsangue, affaibli, divisé, ouvrant la voie à la prise en main des communistes.

Depuis le rétablissement de la démocratie en 1989, la Slovaquie s'est engagée dans une bataille idéologique de réappropriation de son histoire. La petite communauté juive, qui compte aujourd'hui à peine 2 000 membres, se mobilise pour réveiller le passé juif du pays : ils tentent d'entretenir la mémoire en restaurant les synagogues ou les cimetières comme à Bardejov. Quelques monuments ont été construits, comme des mémoriaux de la Shoah, pour ce pays qui a déporté au moins autant de juifs que la France. Un musée national juif a vu le jour à Bratislava. Il existe quelques initiatives de ce genre par quelques membres de la minuscule minorité allemande des Carpates. Les villes réveillent aujourd'hui leur passé multiculturel avec plus de tolérance. L'art slovaque va également chercher dans les croisements culturels du passé, surtout dans la musique, où le folklore tient une place grandissante. Cependant, l'héritage de l'histoire commune avec la Hongrie reste toujours un sujet particulièrement sensible.

Le traitement des minorités dans la Slovaquie démocratique

Le gouvernement slovaque actuel reconnaît 11 groupes ethniques : les Hongrois, les Tsiganes, les Tchèques, les Ruthènes, les Ukrainiens, les Allemands des Carpates, les Juifs, les Moraves, les Croates, les Bulgares et les Polonais. La Constitution slovaque précise que les minorités nationales ont le droit d'avoir une vie culturelle propre, de diffuser et de recevoir des informations dans leurs langues, de créer des associations nationales et des institutions éducatives et culturelles.

Les citoyens appartenant à une minorité nationale ont également le droit de recevoir une instruction dans leur propre langue. Il existe ainsi 290 écoles maternelles et 267 écoles primaires qui enseignent dans une langue minoritaire, 12 lycées et 10 écoles secondaires. L'enseignement supérieur offre aux minorités l'étude de la langue maternelle ou des études bilingues dans les disciplines choisies aux universités de Nitra, de Prešov, de Komárno et de Bratislava. Les minorités ont également le droit d'utiliser leur langue dans leurs rapports avec les administrations et d'avoir recours à un interprète devant les tribunaux. Mais ces droits sont limités par la souveraineté et l'intégrité de la Slovaquie. Par exemple, la seule langue tolérée au Parlement est le slovaque. Mais les minorités sont représentées par des députés membres de partis politiques représentant les minorités au Parlement.

Depuis la chute du gouvernement Mečiar, et pour satisfaire aux exigences européennes sur les droits des minorités, la Slovaquie a adopté de nouvelles lois. En 1999, les 656 villages dont la population compte une minorité représentant plus de 20 % de sa population doivent adopter la langue minoritaire dans leur communication officielle et l'affichage bilingue. Le gouvernement a également créé un poste de vice-Premier ministre pour les droits de l'Homme, des minorités et le développement régional, ainsi qu'un conseil consultatif pour les minorités et les groupes ethniques. Un Haut Représentant auprès du gouvernement pour la communauté des Roms travaille à assurer l'égalité des chances et l'insertion de cette minorité dont les préjugés sont profondément ancrés dans les mentalités.

Les Hongrois

Les Hongrois représentent la minorité nationale la plus importante du pays avec environ 12 % de la population. Aux termes du traité de Trianon en juin 1920, plus de 60 000 kilomètres carrés ont été détachés du territoire de l'ex-royaume de Hongrie et annexés à la Tchécoslovaquie, avec 3,5 millions d'habitants, dont plus du quart était Hongrois. Ce traité laisse aujourd'hui encore une blessure profonde, dont la plaie n'est toujours pas refermée.

Aujourd'hui, les Hongrois de Slovaquie sont représentés par le parti de la coalition magyare (conservateur autonomiste) et surtout par le parti Most-Híd (libéral de centre-droit) membre de la coalition actuellement au pouvoir, grâce à ses 11 parlementaires élus lors des élections de 2016. La minorité hongroise est relativement bien représentée avec de nombreuses écoles maternelles, primaires et secondaires en langue hongroise, mais pas d'université enseignant uniquement en hongrois. Par exemple, la chaire de langue hongroise de l'université de Nitra n'a que 50 % de ses cours en langue hongroise. Les jeunes Hongrois faisant des études supérieures partent généralement en Hongrie et y restent. La radio slovaque émet 35 heures par semaine en hongrois, et il existe de nombreuses radios hongroises, des télévisions, et 11 journaux en langue nationale.

Les relations slovaco-hongroises sont compliquées, du fait notamment d'une instrumentalisation de ce thème par la politique. Le conseil municipal de Komárno, petite ville frontalière du sud de la Slovaquie peuplée essentiellement de Hongrois, a par exemple, réussi à s'opposer à l'érection d'une statue en hommage aux évangélisateurs slaves saints Cyrille et Méthode, symboles de l'histoire slovaque. A l'inverse en 2009, le gouvernement de Slovaquie s'opposa à la venue du président hongrois dans cette même ville pour inaugurer une statue de saint Etienne cette fois-ci. La cohabitation est donc parfois compliquée : les Hongrois s'appuient sur le poids et la légitimité de l'histoire, et la Slovaquie, jeune nation en construction, a tendance à se replier sur un patriotisme défensif. Ces tensions politiques ne reflètent pourtant pas véritablement la situation de ces zones mélangées, où la cohabitation se déroule sans heurts. Komárno, par exemple, connaît un nombre de mariages mixtes record dans une ville où tous les habitants parlent deux langues, sans aucune tension.

Les Roms

105 000 personnes se sont déclarées Roms lors du dernier recensement ethnique, mais le Centre slovaque de la recherche démographique estime que les Roms seraient en réalité plus de 450 000 et représenteraient 8 % de la population. L'arrivée des Roms, peuple aux origines mystérieuses, en Europe semble intervenir au XIVe siècle. La première mention des Roms sur les territoires slovaques remonte à la fin de ce siècle, cités dans le livre d'exécution de Rožmberk par un condamné qui avoua avoir eu comme complice un " Tsigane noir ". Rapidement la fascination des populations prend le pas sur les peurs, et les chroniques des archives municipales de l'époque décrivent des groupes d'individus à la peau foncée, aux costumes colorés et bijoux brillants, parlant une langue totalement incompréhensible. Mystérieux quant à leurs origines, ils sont très vite affublés de surnoms excentriques : Tartares, Païens, Juifs, Sarrasins, Romiti, Egyptiens...

Le mot français tzigane vient du grec atzinganoi (dérivé du nom d'une secte hérétique Athinganoi). Ce surnom infamant a donné : zingari (en italien), zigeuner (en allemand), cygany (en hongrois) et cigan (en slovaque). Le mot gypsy vient du mot égyptien, d'où ils prétendaient venir. Rom, l'appellation officielle, veut dire homme en rromani, dérivé du sanscrit roma.

Les origines des Roms

Un premier pas vers la réponse à la question de leurs origines a été franchi au XVIIIe siècle, quand quelques linguistes européens s'intéressèrent à ces individus étranges. En 1753, le pasteur hongrois Istvan Vali fait le premier rapprochement lors d'une année d'étude universitaire à Leyde au Pays-Bas. Là-bas, il rencontre trois étudiants originaires de Malabar, sur la côte sud-ouest de l'Inde, et établit un premier lexique d'un millier de mots indiens. De retour dans sa Hongrie natale, il s'aperçoit très vite que la population tsigane était en mesure de comprendre la majorité de ces termes. Heinrich Grellmann, de l'université allemande de Göttigen, fait lui aussi une étude sur le sujet et publie en 1783 Die Zigeuner, traduit en français en 1810 sous le nom L'Histoire des Bohémiens. C'est la première analyse rigoureuse sur les origines de ce peuple. Il présente en quinze pages un lexique de mots roms et leurs traductions ou équivalent en français et en hindi et établit un taux de synonymie entre les mots tsiganes et hinxi d'un tiers.

Peu à peu, les secrets quant à leurs origines se dévoilent : les Roms seraient originaires d'une caste de parias, d'intouchables. Cela pourrait être une raison de leur migration et de leur nomadisme. Au fil des siècles, les Roms s'éparpillent sur le continent en gardant leurs spécificités et rituels, autour du pur et de l'impur notamment, souvent en confrontation avec la population majoritaire.

Roms et Slovaquie

Les premières lois référant aux populations tsiganes sur les territoires slovaques surgissent au XVIIe siècle, après des politiques relativement clémentes. Le congrès d'Augsberg encourage au meurtre des Roms, qui déclenchent une émigration massive alors que dans le même temps des mesures répressives contre le nomadisme sont prises, sous peine de châtiment corporel voire de mort. L'arrivée de Marie-Thérèse et l'influence des Lumières changent la donne. Les Roms sont " rétablis " dans leur statut humain, à condition de s'intégrer. Commence une vaste phase d'assimilation des populations nomades forcées de se sédentariser, de s'installer comme paysans ou artisans et d'abandonner leurs habits, leur langage et leurs pratiques traditionnelles. Les enfants roms sont enlevés dès l'âge de 4 ans pour être placés dans des familles gadjé en vue de leur intégration pleine dans la société. A une politique d'assimilation succède une période de persécution qui culmine pendant la Seconde Guerre mondiale, avec l'extermination massive des Tsiganes dans les camps de la mort. La politique d'assimilation menée par Marie-Thérèse se retrouve sous le communisme deux siècles plus tard avec les droits des Tsiganes intégralement reconnus. La contrepartie implique cependant une sédentarisation forcée dans les nouveaux HLM, la dispersion des familles à travers la nouvelle République afin de déliter les liens traditionnels, l'abattage des chevaux qui servaient à tirer les roulottes voire même une campagne de stérilisation contre les femmes tsiganes. Une pleine reconnaissance de citoyen en l'échange de l'abandon de tout particularisme en quelque sorte. Pourtant cette période est souvent vécue avec grande nostalgie par les Roms : emploi assuré, statut reconnu et absence de persécutions. La fin du communisme et l'entrée dans l'économie de marché n'en seront que plus dures : chômage de masse (environ 70 % de la communauté), multiplication des attaques racistes, paupérisation extrême de leur situation et politiques discriminatoires prises par les gouvernements successifs. La situation est aujourd'hui dramatique et pousse bien souvent les Roms dans des réseaux d'économie parallèle : jeu, vol, criminalité, crédits douteux... Pourtant la communauté ne parvient pas à s'entendre sur une solution. Profondément divisés (une vingtaine de partis politiques ont essayé de rassembler les Roms sans jamais obtenir plus de quelques pourcents aux diverses élections), isolés, peu éduqués (les Roms sont quasi systématiquement placés dans des écoles spéciales pour attardés mentaux), l'avenir semble pour l'instant plutôt morose...

Les Ruthènes

La minorité ruthène représente environ 0,6 % du total de la population slovaque avec 33 000 membres déclarés. Elle a un territoire bien délimité, désigné sous le nom d'Ukraine subcarpathique, qui se trouve pour une grande partie en Ukraine occidentale autour de Lvov et pour une petite partie à l'est de la Pologne, de la Hongrie et de la Slovaquie, et au sud de la Roumanie. Le nom de Ruthènes signifie " Petits Russes ". Il désignait jusqu'au XIXe siècle les habitants de la Rous, soit les territoires du prince de Kiev au Moyen Age. Les Ruthènes furent d'abord appelés Roussènes ou Russiens, nom qui désignait l'ensemble des Ukrainiens. La communauté compte environ 700 000 représentants qui parlent une langue très proche de l'ukrainien, utilisent l'alphabet cyrillique, mais sont de confession gréco-catholique et de rite uniate, à la différence des Ukrainiens pour la plupart orthodoxes. La Ruthénie a une histoire mouvementée. Dès le XIVe siècle, elle appartient au royaume de Hongrie. Les Ruthènes se rapprochent au cours des siècles des peuples slaves d'Europe centrale. En 1918, à la chute de l'Empire austro-hongrois, les Ruthènes demandent à être intégrés à la Tchécoslovaquie et à obtenir leur autonomie. Le traité de Saint-Germain-en-Laye de 1919 entérine ce souhait. A la suite du démembrement de la Tchécoslovaquie en 1939, la Ruthénie déclare sont indépendance, pour... 4 jours, avant l'arrivée des armées nazies, qui la rattachent à la Hongrie de Hortý, alliée d'Hitler. Les Ruthènes participent au sein des armées tchécoslovaques à la libération du pays, notamment au col de Dukla, près de Svidník. Après la guerre, l'URSS intègre de force une grande partie du territoire ruthène qui appartient aujourd'hui à l'Ukraine. En Slovaquie aujourd'hui, les Ruthènes bénéficient des lois sur les minorités. Ils publient deux journaux dans leur langue, tandis que la télévision et la radio nationales diffusent des émissions en ruthène. Pourtant les écoles ruthènes enseignent en ukrainien sous la pression du voisin oriental qui considère le ruthène comme un simple dialecte ukrainien.

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