Guide de SÉVILLE : Arts et culture

Séville, ville d'art et d'histoire, ne cesse de surprendre ! De nombreux éléments, à la fois historiques et économiques, permettent de comprendre pourquoi elle a tant rayonné et continue de le faire. En effet, elle fut choisie par des dynasties arabes, puis par des souverains comme Alfonso X le Sage ou Pierre Ier le Cruel pour y établir leur cour. Le fait qu'elle fut aussi le siège de la Casa de Contratación a joué un grand rôle économique. Dès la fin du XVe siècle, la ville devint prospère au point d'attirer artistes, artisans de renom, et commerçants, et d'en faire le passage obligé vers le Nouveau Monde ; ce qui donnera l'occasion à Séville de se doter de beaux édifices. En 1929, puis en 1992, les expositions ont impulsé de nouvelles constructions : pavillons, jardins et aménagements que l'on peut encore visiter aujourd'hui.

Architecture
Plaza de España.
Plaza de España.

" Quand les Rois veulent transmettre à la postérité le souvenir de leurs plus hautes pensées, ils le font par le langage de belles constructions. " Abd Al-Rahman III. Séville est l'une des villes européennes les plus métissées. Il ne faudra rien manquer de sa richesse : théâtres (teatro Lope de Vega, teatro de la Maestranza) et places (Alameda de Hércules, Doña Elvira, Del Salvador...), somptueux palais arabes (Alcázar), églises, basiliques (La Macarena) et cathédrale. Séville est dotée d'un riche patrimoine culturel mêlant diverses inspirations et influences culturelles. Le souvenir d'une domination arabe de huit siècles est encore vivace, pour le plus grand émerveillement des visiteurs.

De la préhistoire à l'invasion arabe

Du Paléolithique jusqu'en 711, différentes civilisations ont laissé dans l'Espagne du Sud des traces artistiques exceptionnelles. Les Lions de Cordoue et la Dame d'Elche (conservés au musée archéologique de Madrid) sont des sculptures celtibères remontant au Ier millénaire av. J.-C. La civilisation romaine a joué un rôle important dans le pays. Les Romains ont tracé des voies de communication, construit des aqueducs et bâti des villes. Ce sont d'ailleurs les Romains qui ont construit Hispalis (l'actuelle Séville) et fondé Itálica, où de nombreuses mosaïques de l'époque romaine témoignent de leur passage. Les Wisigoths ont, eux, laissé peu de traces, car l'invasion arabe empêcha très tôt leur enracinement dans cette partie du pays. Cependant, ils ont introduit les arcades en forme de fer à cheval dans les églises. L'islam interdisant toute représentation humaine ou animale, la peinture et la sculpture n'ont connu aucun développement durant tout le Moyen Age.

L'architecture islamique

On peut parler d'architecture islamique dès la seconde moitié du VIIe siècle, avec notamment la présence de la dynastie des Omeyyades, puis des dynasties berbères des Almoravides (1086-1146) et des Almohades (1146-1275). Toutes ont légué à Séville un patrimoine architectural d'exception.

L'art architectural almohade se caractérise par des constructions en briques, rehaussées d'un décor sans surcharge. La Giralda de Séville en est l'emblème le plus grandiose. A noter également, l'utilisation des azulejos, ces carreaux de faïence issus de la tradition décorative orientale. Les azulejos apparaissent sous les Almohades au XIIe siècle, dans le quartier sévillan de la Triana.

Mais c'est véritablement l'art mudéjar qui s'affirme entre les XIe et XVe siècles, après la Reconquête : les musulmans qui restent en terres chrétiennes pérennisent leurs traditions, en produisant une synthèse magistrale entre le style arabe et chrétien. De cet art naîtront la synagogue de Tolède, l'Alcazar (palais fortifié) et la Casa de Pilatos.

L'art almohade

Au XIIe siècle, la dynastie almohade règne sur la ville qui se dote alors de la Giralda, la tour de la mosquée qui était à l'origine un minaret. Les matériaux utilisés sont la brique, la pierre de taille et le pisé, à l'image des remparts de la ville. C'est aussi sous l'impulsion de cette dynastie que débute la construction du palais de l'Alcazar, mais celui-ci sera en grande partie terminé par Pierre Ier le Cruel, qui s'entoure d'artisans mudéjars de Séville, de Tolède, de Grenade et de Cordoue et qui s'inspire de l'Alhambra de Grenade.

L'art mudéjar

Tandis qu'en Europe se développent les styles gothiques et Renaissance entre les XIIIe et XVe siècles, l'art mudéjar, lui, mélange toutes ces influences sans délaisser la tradition almohade. D'ailleurs, l'art mudéjar sévillan s'inspire de motifs almohades, tandis qu'à Cordoue cet art provient de traditions califales. L'Alcazar de Séville est donc l'un des exemples les plus parlants de l'art mudéjar avec son patio central, son petit patio et le Salon des ambassadeurs. On remarque notamment le talent avec lequel les mudéjars ont alterné briques et azulejos pour la décoration des fenêtres et des dallages. Les fleurs et les entrelacs sont des motifs décoratifs récurrents. Par ailleurs, c'est à Séville que cet art se révèle de façon somptueuse et élaborée. Les plafonds du Salon des ambassadeurs, situé dans le palais du roi Don Pedro, ornés de plinthes revêtues d'azulejos, d'entrelacs de plâtre et d'alcôves sont à couper le souffle. Il est possible aussi d'apercevoir d'autres vestiges à l'intérieur de la Casa de Pilatos, une visite incontournable.

L'art gothique

L'autre emblème architectural de Séville demeure sa cathédrale, de style gothique, dont le chantier a débuté vers 1402. La cathédrale de Séville opte pour l'immensité avec 54 chapelles, et autant d'autels, greffées à une seule nef.

L'église paroissiale de Santa Ana, située dans le quartier populaire de Triana, en est également un bel exemple et l'un des plus anciens. Enfin, il faut mentionner le palais de las Dueñas, bel exemple du renouveau de l'art mudéjar datant du XVe siècle, après la prise de Grenade en 1492.

Le style plateresque

Le style plateresque (du mot platero, orfèvre travaillant l'argent) désigne la période de l'architecture espagnole qui s'étend de la fin du XVe à la fin du XVIe siècle. En 1539, le terme a été utilisé pour la première fois par Cristobal de Villalon pour décrire la cathédrale de Jaén. Plusieurs facteurs sont à l'origine de ce style : la découverte du Nouveau Monde, l'arrivée d'éléments en marbre provenant de Gênes et l'arrivée d'artistes italiens (et lombards plus particulièrement). Dérivant directement de l'art gothique tardif, de la Renaissance italienne et du style mudéjar, il privilégie des ornementations riches. De beaux exemples de ce style nous sont offerts par l'hôtel de ville de Séville (1530). Les formes décoratives arabes et gothiques sont en parfaite harmonie. Cependant, des ornements inspirés de la Renaissance italienne, avec une profusion de médaillons et de corniches, surchargent le décor : la combinaison de tous les éléments constitue un ensemble complexe, voire confus. Le style plateresque s'admire particulièrement sur les façades. D'autres monuments sont de style plateresque : l'hôpital de Sangre et l'église des jésuites, l'hôpital de los Venerables Sacerdotes, le palais archiépiscopal... Le rythme des constructions de style plateresque est donc soutenu, et une grande partie de ces édifications sont l'oeuvre de Leonardo de Figueroa.

Le style churrigueresque et le courant néoclassique

Ce style typique espagnol du XVIIIe siècle est caractérisé par une abondance, voire une surcharge de motifs décoratifs. José Benito Churriguera (1665-1725) en est l'instigateur et de nombreux autres architectes ont suivi ce courant. Le courant néoclassique est représenté principalement par Juan de Villanueva (1739-1811), à qui l'on doit notamment le bâtiment du Prado à Madrid. C'est le retour du décor exubérant avec des retables nichés dans les églises, généralement accompagnés d'une statue de culte.

Le régionalisme sévillan

On entend par régionalisme sévillan la réutilisation de certains éléments et/ou motifs mudéjars, Renaissance et/ou baroque. C'est pourquoi on parle désormais de néobaroque, néo-Renaissance et néomudéjar, entre les XIXe et XXe siècles. Ce style traduit en fait le souci de l'architecte de ne rien perdre des modèles architecturaux qui l'ont précédé et exprime sa volonté de se référer délibérément à des formes et des styles déjà existants. Le courant ayant le plus marqué et influencé le régionalisme est le style mudéjar, même si on retrouve parfois les formes et ornements propres au style Renaissance ou baroque. A la fin du XIXe siècle, le pavillon de la plaza de America, appelé le Costurero de la Reina, est l'une des premières constructions néomudéjares. Il est l'oeuvre de Juan Talvera de la Vega, réalisé en 1890. Autre oeuvre architecturale particulièrement intéressante : la plaza España, qui présente des formes classiques et plateresques (XVIe) ainsi que certains motifs baroques du XVIIe. C'est à l'occasion de l'Exposition de 1929 qu'elle fut aménagée pour en devenir la place principale.

L'Exposition ibéro-américaine de 1929

L'Exposition ibéro-américainede 1929 a joué un grand rôle dans l'évolution architecturale de Séville, notamment parce que de nombreux édifices peuvent être considérés comme des emblèmes du régionalisme sévillan. A partir de 1909, il a fallu presque vingt ans pour édifier les différents pavillons que l'on peut encore admirer aujourd'hui. On ne manquera pas :

Le pabellón mudejar, construit entre 1911 et 1914 et qui présente une façade inspirée de l'Alcazar ; il constitue un exemple pertinent du mélange des styles.

La Estación de la plaza de Armas (l'une des gares routières) est une belle combinaison de style mudéjar et d'architecture industrielle utilisant à la fois verre et fer, briques et céramiques.

De même, le casino de l'Exposition, devenu le théâtre Lope de Vega, bâti entre 1925 et 1928, est un parfait exemple de ce que l'on appelle le néobaroque.

Pour en savoir plus, vous pouvez consulter l'ouvrage de Sylvie Assassin : Séville l'Exposition ibéro-américaine 1929-1930, aux éditions Norma, 1992.

Principaux architectes urbanistes

Anibal González. Ce Sévillan né en 1876 fut le chef des projets de l'Exposition ibéro-américaine de 1929. Sorti major de sa promotion, son projet de mémoire fut retenu. Il proposa, entre autres, de transformer la plaza de España en une salle de lecture, tandis que le parc María Luisa serait une grande bibliothèque à ciel ouvert. Il créa le pavillon Mudéjar, actuel musée des arts et coutumes populaires, le pavillon Real ainsi que le pavillon des beaux-arts (l'actuel musée archéologique) sur la plaza de América. C'est également Anibal González qui eut l'idée de planter dans la ville tous ces orangers afin de l'embellir ! Mais on lui doit surtout la plaza de España, oeuvre principale de cette exposition.

Jean-Claude Nicolas Forestier. Côté jardin, c'est ce Français, botaniste de formation et urbaniste avant-gardiste, qui est à l'origine de l'extension, pour ne pas dire la création, du parc María Luisa. Dans ce parc, il a souhaité conserver la topographie tout en respectant l'atmosphère mauresque si particulière de Séville, en important de Valence et de France certaines plantes nécessaires à l'aménagement. Il a aussi créé des points d'eau et enrichi l'espace d'arbres fruitiers, de cyprès, de buis, de jasmin et d'acacias. Diplômé de l'Ecole polytechnique puis formé à l'école forestière de Nancy, il est l'auteur de nombreux livres théoriques. En 1913, il a été appelé par le gouverneur du Maroc pour mettre ses théories en application, avant de partir pour Buenos Aires où il réalisa l'avenue de Costañera. A Paris, on lui doit l'avenue de Breteuil, la rénovation du Champ-de-Mars, la première piste cyclable dans le bois de Vincennes et la restauration de la roseraie du jardin de Bagatelle.

Le style contemporain et l'expo de 1992

L'île de la Cartuja est l'exemple type de l'architecture contemporaine de la ville. C'est lors de l'Exposition universelle de 1992 que le terme " île " a été introduit pour définir la Cartuja, mais il s'agit pourtant d'une presqu'île, limitée à l'ouest par le Guadalquivir et à l'est par la darse du Guadalquivir (ou canal Alfonso XIII) qui traverse Séville, les deux se rejoignant au sud de la ville. Cette presqu'île traverse toute la ville du nord au sud et perd son nom de Cartuja au niveau du pont du Cachorro, au nord du quartier de Triana, à l'endroit même où la distance entre le fleuve et la darse est la plus courte. Les ponts del Alamillo et de la Barqueta, qui permettent de s'y rendre, donnent un bel aperçu de cette architecture moderne. L'Alamillo est l'oeuvre de Santiago Calatrava, tandis que le pont de la Barqueta a été imaginé par les architectes Juan José Arenas et Marcos Pantaléon. L'avenue de l'Europe, qui constituait l'un des pavillons de l'Exposition, a été conçue par l'architecte Jean-Marie Hennin. En 2009, afin de faire revivre ce quartier en partie laissé à l'abandon, la ville a souhaité ériger une tour de 178 m, appelé " tour Cajasol ", premier gratte-ciel de la ville.

L’empreinte des Figueroa

Le plus connu de la famille Figueroa reste certainement Leonardo, un architecte espagnol né dans la province de Valence vers 1650 et décédé à Séville en 1730. Il construit plusieurs églises et couvents à Séville à la fin du XVIIe siècle et au début du XVIIIe siècle. Il a notamment supervisé la construction de l'hôpital de los Venerables Sacerdotes entre 1687 et 1697. Les historiens s'accordent à dire que l'influence italienne se relève dans la plupart de ses oeuvres, parmi lesquelles il faut citer l'église de San Pablo ainsi que celle du noviciat des jésuites : San Luis (dont il réalisa la coupole), mais aussi San Salvador. C'est également lui qui a dirigé la construction du cloître du couvent de la Merced (1724), devenu le musée des beaux-arts. Il est aussi à l'origine des transformations du Colegio Seminario de San Telmo, l'un des bâtiments majeurs sévillans de style baroque. Il a utilisé des matériaux locaux comme la brique et s'est appliqué avec soin à orner portes et fenêtres. C'est son fils Matias Jose qui prendra le relais sur le chantier de San Telmo et qui le terminera.

Lexique architectural

Abside : du latin absis, lui-même dérivé du grec ἁψίς - voûte, arcade ; c'est la partie qui termine le choeur d'une église, soit par un hémicycle, soit par des pans coupés, soit par un mur plat. Située à l'arrière du choeur, elle est généralement orientée vers l'est.

Baie : ouverture qui se trouve dans les murs ou la charpente d'un édifice pour y mettre une porte ou une fenêtre.

Niche : cavité destinée à abriter une statue ou un objet de culte, un objet ornemental ou funéraire.

Ogive : vulgairement, elle désigne un arc, mais, à l'origine, l'ogive désignait un arc diagonal en nervure, tendu au croisement d'une voûte et en marquant l'arête.

Plafond à stalactites : on dit de ces plafonds qu'ils sont à stalactites lorsque les niches sont juxtaposées et qu'elles se terminent en pendentif.

Portail : se dit d'une porte d'un édifice religieux ou civil particulièrement large.

Retable : du latin retro tabula altaris - en arrière d'autel ; il s'agit d'un panneau ou ensemble de panneaux en marbre, pierre, stuc ou bois, généralement peint ou orné de motifs décoratifs, placé verticalement derrière l'autel dans les églises chrétiennes.

Artisanat

L'artisanat sévillan est bien vivant ; de nombreux artisans sont à l'oeuvre dans des coins touristiques stratégiques, ainsi que dans des villages plus reculés. Nombre des techniques pratiquées sont héritées de l'époque arabo-andalouse, comme l'art de la céramique. Avant d'acheter, il est conseillé, dans la mesure du possible, de discuter avec l'artisan pour en savoir plus, de comparer les prix et de préférer les petits ateliers et échoppes aux boutiques de souvenirs. Les boutiques de souvenirs vendent mantilles en dentelle, châles et éventails, mais aussi objets en fer forgé et broderies religieuses. Dans les environs de la Campaña, plusieurs boutiques proposent de superbes robes, à volants et très colorées, pour danser le flamenco et les sévillanes.

Céramiques et poteries

La tradition de la céramique date de l'époque islamique (XIIe siècle) et a vu le jour dans le quartier populaire de Triana. Les artisans céramistes de l'Espagne musulmane ont introduit diverses techniques parmi lesquelles le vernissage de la matière. Cette technique a été largement déployée sur les façades, les toits, les soubassements et même les dallages. Puis, l'art mudéjar a donné naissance à un style plus local, qui prédomine encore dans les rues et les restaurants de la ville, sur les façades, etc : les azulejos et les mosaïques, intimement liés à la vie artisanale sévillane dans la conscience collective. Aujourd'hui, les céramiques se déclinent dans tous les styles, du plus basique au plus ornementé, du plus traditionnel au plus contemporain. N'oublions pas le rôle joué par Charles Pickman dès le XIXe siècle, lorsqu'il a implanté sa manufacture sur l'île de la Cartuja, ensuite déplacée depuis pour les besoins de l'Expo de 1992. Il vous sera possible d'en apprendre davantage sur les techniques et les matériaux utilisés pour la fabrication de la céramique en visitant le Centre de céramique de Triana, ouvert en 2015 et situé dans une ancienne fabrique. Un service d'assiettes peut coûter entre 500 et 1 000 euros.

Les poteries, sont fabriquées à base de boue et d'argile provenant de la vallée du Guadalquivir. On pourra facilement se procurer une cruche, des jarres, des tasses, des plats ou des pots. Les artisans se sont aussi tournés vers la fabrication de simples objets de décoration.

Châle

Les typiques châles rouges à motifs floraux peuvent paraître un peu kitsch, mais font pourtant partie intégrante du " costume " que la Sévillane revêt quand elle sort le soir ou se rend à un événement particulier. Arborant des tons vifs et fleuris ou plus ternes avec figures géométriques, les châles de meilleure qualité sont généralement tissés à la main, avec une laine extrêmement soyeuse.

Broderies

Désormais élevées au rang de produits de luxe, les broderies étaient autrefois un savoir-faire qui se transmettait dès le plus jeune âge. Coussins, nappes, draps, dessus de lit, rideaux, serviettes de table, serviettes éponge sont des cadeaux fréquemment offerts aux jeunes mariés.

Castagnettes

Ces instruments de musique sont très anciens puisqu'ils remonteraient à l'époque des Phéniciens, vers l'an 1000 av. J.-C. Il n'y a qu'en Espagne, en Andalousie en particulier et à plus forte raison à Séville, que ces instruments sont toujours utilisés. Les castagnettes sont d'ailleurs considérées comme l'instrument national du pays. Leurs prix varient énormément selon leur qualité et leur fonction.

Eventails

A Séville, l'éventail est un accessoire très prisé chez les femmes qui l'utilisent, notamment, pour s'aérer et danser le flamenco et les Sévillanes. Les éventails flamencos espagnols sont réputés dans le monde entier pour leur fabrication totalement artisanale. Il en existe de très simples (en bois ou en plastique), et d'autres, plus élaborés, finement sculptés et peints à la main qui sont de véritables bijoux. Le prix est très variable, les moins chers coûtent environ 5 €.

Mantilles

La mantille est un voile léger apparu en Espagne et porté traditionnellement par les femmes catholiques à la messe. Ces pièces souvent en dentelle sont utilisées principalement lors de mariages ou d'évènements spéciaux (Pâques ou dans les arènes lors d'une corrida). Leur utilisation répond à un code précis : lors d'un mariage, la marraine (belle-mère) porte une mantille de couleur noire, tandis que la mariée revêt une mantille de couleur blanche. Celle-ci requiert l'utilisation d'un grand peigne de manière à la fixer.

Robe flamenca

Les robes traditionnelles pour danser le flamenco ou les sévillanes sont à volants et colorées. Appelées faralaes, elles ont une coupe qui met les formes de la femme en valeur : décolleté plongeant et coupe évasée en bas avec des volants. Pour le décolleté, à chaque époque sa mode : en V, rond ou carré. C'est d'ailleurs l'une des caractéristiques de ce costume régional : il s'adapte à la tendance du moment. La robe s'accompagne d'accessoires comme des bijoux en bois de couleurs vives, un châle, une fleur dans les cheveux et un peigne. Pour se procurer une vraie robe, il est conseillé de se rendre dans une boutique spécialisée.

Quels souvenirs rapporter ?

On ne peut décemment pas aborder l'artisanat de Séville sans rappeler qu'il est étroitement lié à la Semaine sainte, car celle-ci permet de perpétuer les traditions et donc un certain savoir-faire. En effet, la broderie au fil d'or, la découpe du bois ou l'orfèvrerie sont des activités artisanales qui, semble-t-il, ne sont pas près de disparaître au vu du succès de la semaine sainte, l'une des manifestations annuelles les plus importantes. Les figurines sculptées ou les pendentifs en croix, les chapelets ou autres petits objets religieux sont nombreux. D'autres souvenirs relatifs à d'autres thèmes vous séduiront sûrement : châles, poteries, mugs ou costumes, éventails ou produits gastronomiques du terroir. Les grands classiques pour vos amis :

Les castagnettes. Elles amuseront les enfants ; vous pourrez leur acheter les pollopas, des castagnettes en plastique avec lesquelles ils pourront néanmoins jouer de la musique, ou des castagnettes en bois.

L'éventail est un indispensable qui fait toujours plaisir, que ce soit en tant qu'objet décoratif ou accessoire de beauté.

Musique. On pourra profiter de ce séjour pour rapporter les CD ou DVD de musique flamenca des guitaristes, danseurs ou chanteurs les plus réputés.

Le jambon ibérique est une valeur sûre, tout comme le vin. Ces deux produits typiques seront certainement très appréciés par votre famille ou vos amis.

Pickman et la Cartuja de Séville

Pendant la première moitié du XIXe siècle, Charles Pickman et sa famille exportaient d'Angleterre vers l'Espagne de la faïence et du verre. Mais le décès du frère de Charles, en 1822, obligea ce dernier à se déplacer jusqu'à Cadix afin de poursuivre la commercialisation de faïences alors produites en Angleterre. Ces porcelaines raffinées rencontraient un franc succès sur le marché espagnol, mais l'évolution des rapports commerciaux entre l'Angleterre et l'Espagne se détériora et obligea Charles Pickman à réfléchir à d'autres solutions. C'est donc l'imposition des droits de douane et le protectionnisme naissant qui, en 1841, incitèrent Pickman à fabriquer les faïences sur place. Il s'installa dans le monastère chartreux de Santa María de las Cuevas, sur l'actuelle île de la Cartuja. Il imposa ses techniques novatrices, bien éloignées de celles pratiquées dans le quartier de Triana. Il importa les matières premières, élabora des machines spécialisées, utilisa des presses d'imprimerie pour la décoration et intégra l'usage du moule. Avant la fin de la première moitié du XIXe siècle, une industrie était née ! Le savoir-faire de Pickman fut reconnu et récompensé à l'occasion de nombreuses expositions internationales, comme à Paris, à Londres, à Porto, à Vienne et à Séville. En 1871 sous Alfonso XII, puis en 1892 sous la régente María Cristina, et enfin en 1904 sous Alfonso XIII, il fut le fournisseur officiel de la Maison royale, preuve indéniable que son savoir-faire était reconnu.

Cinéma

Grand nombre de réalisateurs espagnols récompensés ou de renommée internationale sont originaires de Barcelone ou de Madrid et non de Séville. La ville n'abrite pas, non plus, de studio de cinéma, mais compte tout de même une manifestation importante dans le monde du 7e art : le Festival de Cine Europeo Sevilla, ou Festival du film européen, qui est célébré chaque année en novembre.

Le festival de Cinéma européen de Séville

Depuis, 2004, Séville fait son cinéma ! Le Festival du cinéma européen se déroule mi-novembre et accueille son lot de réalisateurs, d'acteurs prestigieux et de visiteurs. Pendant 10 jours, le cinéma Nervión Plaza et le théâtre Lope de Vega de Séville participent à ce festival. Le prix des places est très abordable : 3,50 €, et il existe même des abonnements : 20 € pour 8 films et 15 € pour 10 films, pour les moins de 26 ans. Pour connaître le programme du festival et les dates de l'événement, vous pouvez consulter le site officiel - http://festivalcinesevilla.eu - ou feuilleter le programme, disponible à l'office de tourisme.

Les personnalités sévillanes du cinéma espagnol

Le réalisateur Alberto Rodriguez est né à Séville le 11 mai 1971. Etudiant en image et son à l'université de la ville, il a d'abord travaillé pour la télévision avant de se lancer dans la réalisation. Son premier film El traje (Le Costard) a été suivi d'un second film 7 Vierges. Sorti en France en avril 2008, il a obtenu le grand prix de la biennale d'Annecy. Depuis, Alberto Rodriguez a réalisé After (2009), Grupo 7 (2012), La Isla minima (2014) et El Hombre de las Mil Caras (2016).

Antoñita Colomé Ruiz est une actrice sévillane née dans le quartier de Triana le 18 février 1912. C'est l'actrice phare des années 1930 et 1940 qui a marqué son époque par son esprit libre et son caractère volontaire. Elle a joué dans plus de 40 films dont Frente de los suspiros (1942), tourné à Séville sous la direction de Juan de Orduna. Elle décède à Madrid en 2005, à l'âge de 93 ans.

Parmi les films tournés à Séville, il faut citer Poligono Sur (Séville côté sud), un documentaire sur le quartier populaire de Triana, les jeunes et la musique. Sorti en DVD en 2004, ce documentaire a été réalisé par Dominique Abel et primé à plusieurs reprises. Il a notamment reçu la mention spéciale du jury au Festival international de Berlin, le prix du public au Festival du cinéma indépendant de Buenos Aires et au Festival de Tribeca. Il a aussi été nominé pour les Goya 2003 dans la catégorie meilleur film documentaire. Autre film tourné en partie à Séville : Semana Santa de Pepe Danquart avec la talentueuse prestation d'Olivier Martinez. Un thriller sorti en DVD en 2005.

Sur les traces de la Isla Mínima

Le delta du Guadalquivir et ses milliers d'hectares de marécages couverts de rizières et survolé par des bandes de hérons et de cigognes, c'est le décor qu'avait choisi le réalisateur sévillan, Alberto Rodriguez, pour son film La Isla mínima. Sorti en Espagne en 2014 et projeté en France en 2015, ce thriller policier a été couronné meilleur film de l'année en 2015, en recevant le Goya, l'équivalent espagnol des César. Et s'est aussi avéré un succès commercial. Pour permettre aux amateurs de se plonger dans les ambiances de ce film tourné à 30 km au sud de Séville, la députation d'Andalousie a mis au point une route cinématographique incluant sept des localités ayant servi de lieux de tournage ainsi que diverses propositions gastronomiques accompagnant le voyage. Avec le riz bien sûr à l'honneur. On y trouvera aussi des suggestions de logements, de randonnées pédestres... Tout pour replonger dans l'univers du film. Renseignements à l'office du tourisme.

Corrida
La corrida et l’évolution des mœurs

La corrida doit ses fondements aux jeux taurins organisés pour divertir la noblesse espagnole au Moyen Age. L'étymologie de ce mot est " course ", du verbe correr qui signifie " courir ". C'est ainsi que les hommes, décidés à prouver leur force et leur courage, ont combattu les taureaux. Mais ce jeu est alors considéré comme païen par l'Eglise. L'empereur romain Flavius Theodosius, Théodose Ier le Grand, qui règne sur l'empire d'Orient et déclare le christianisme religion de l'Etat, interdit les sacrifices et les courses de taureaux parce que des hommes y trouvent la mort. Plus explicite encore, en 427, le concile de Tolède définit le diable comme suit : " une apparition noire monstrueuse et gigantesque avec des cornes sur la tête, des pieds fourchus, des oreilles d'âne, des poils, des griffes, des yeux féroces, des dents terribles, un immense phallus, et dégageant une odeur de soufre... ". L'Eglise perçoit clairement le taureau comme le Diable ! Dès lors, les attaques de la religion ne cesseront plus. Les écrivains chrétiens, saint Augustin, Prudence, saint Jean-Chrysostome, mènent les premières campagnes contre la corrida. En 1489 est publiée une oeuvre posthume du cardinal Juan de Torquemada, l'oncle de Tomas l'Inquisiteur, où sont dénoncés les combats entre l'homme et le taureau, qui provoquent des pertes de vie inutiles. Au XVIe siècle, l'archevêque de Valence Tomas de Villanueva décrit le combat comme un " jeu cruel, une pratique bestiale et diabolique ". En 1543, l'évêque de Calahorra, Juan Bernal Diaz, parle de " barbarie antique ". Enfin, le pape Pie V promet dans sa fameuse bulle De salute gregis dominici du 20 novembre 1567, l'anathème et l'excommunication à ceux qui pratiqueraient les jeux taurins. Il demande même la privation de sépulture chrétienne pour ceux qui viendraient à trouver la mort dans ces combats. Ensuite viendra l'âge d'or de la corrida à cheval qui déclinera au début du XVIIIe siècle car le roi Philippe V d'Espagne ne montrant aucun goût pour la tauromachie, la noblesse la délaisse pour ne pas lui déplaire. En 1863, des évêques de Nîmes, dont Mgr Plantier, puis Mgr Besson, 20 ans plus tard, reprennent les accusations de barbarie à l'égard des aficionados. Mais quand l'Eglise interdit les corridas le dimanche, jour de fête religieuse, elles sont alors organisées le lundi. Au XXsiècle, la considération de l'animal entraîne l'apparition de mouvements anti-corridas qui prennent alors peu à peu le relais de l'Eglise. En 1904, une initiative de l'Eglise espagnole, demandant l'interdiction des corridas le dimanche pour augmenter la fréquentation de la messe dominicale, débouche sur une forte mobilisation des partisans de la corrida. L'opposition à la tauromachie en général, puis à la corrida, a une longue histoire, autrefois justifiée par le risque encouru par le torero. A l'époque actuelle, le débat oppose surtout la torture subie par l'animal à la forme d'art traditionnel dont se réclame la corrida. Débat résumé par le slogan de certains opposants : " la tortura no es cultura " (comprenez, " la torture n'est pas de la culture "). En écho au discours dénonçant la corrida, un certain nombre de décisions ont été prises : depuis octobre 2008, la télévision nationale espagnole n'a plus le droit de transmettre de corrida en direct sur Televisión Española. A noter aussi que la corrida avait été interdite par la Catalogne en juillet 2010, mais cette décision a été annulée par la cour constitutionnelle espagnole en octobre 2016.

Un taureau dans l’assiette

Contrairement à certaines idées couramment répandues, la viande du taureau de combat est très normalement consommée. A l'issue de la corrida, la dépouille de l'animal est dépecée dans une des dépendances de la plaza, le desolladero. Les piques ou l'estocade ne transforment en rien, bien évidemment, la nature de la chair de l'animal, qui reste à peu près semblable à celle d'un boeuf, même si la course la rend logiquement plus fiévreuse. Elle est commercialisée comme les autres viandes, et l'on peut ajouter que le consommateur l'apprécie pour son côté quasi biologique, puisque la nourriture des taureaux est naturelle. S'il y a une différence, elle est purement psychologique, le consommateur ayant encore présent à l'esprit le combat - auquel il a le plus souvent assisté - et parfois même la qualité de la faena du torero. Certains restaurants, que cet ouvrage ne manque pas de vous signaler, proposent dans leur carte le rabo de toro, la queue de taureau, un plat en sauce délicieux. Sachez cependant qu'il s'agit le plus souvent de queue de boeuf, l'appendice du taureau de corrida étant très peu charnue. Plus rares (pour des raisons quantitatives évidentes), sont les testicules de taureaux. L'écrivain Georges Bataille raconte dans l'Histoire de l'oeil comment des personnes privilégiées peuvent consommer ce symbole de virilité. Soyez rassurés, l'usage alimentaire de cette partie visible de l'anatomie de taureau ne produit pas d'effets secondaires. Plus courante, la daube de taureau, souvent appelée gardianne. Cette chair goûteuse est très prisée, mais croyez bien que la consommer ne vous changera pas en Minotaure ! Ni en Superman...

Les arènes de la Maestranza

En Andalousie, les courses de taureaux sont étroitement liées aux confréries. C'est à Séville en 1670 qu'est née la Hermandad de la Maestranza, qui réunissait les membres d'anciennes confréries, La Cofradia de San Hermenegildo et celle de Nuestra Señora del Rosario. Devenue La Real Maestranza en 1733, lorsque l'infant Philippe de Bourbon en devient membre, cette institution est propriétaire des arènes de la ville, situées sur le paseo Colón qui borde le Guadalquivir. La Real Maestranza ne s'occupe pas seulement de tauromachie, elle promeut la culture andalouse et intervient dans des oeuvres de charité. L'édifice de la Maestranza fut dessiné par l'architecte Vicente San Martin en 1761, pour être ensuite restauré au début du XXe par Anibal Gonzalez, qui aménagea le musée taurin, la chapelle et les splendides appartements des membres de la Real Maestranza. La façade principale se situe du côté du Guadalquivir et c'est par la porte du Prince que sortent les toreros qui triomphent sur ce sable ocre venu des carrières de Alcala de Guadaira. La feria de Abril, dont la programmation est aujourd'hui assurée par Eduardo Canorea, fils de Dionoro Canorea, commence officiellement le dimanche de Pâques. Les corridas constituent l'un des attraits les plus importants de la ville, sans oublier la découverte de la ville, de la cathédrale et de sa fameuse Giralda, le quartier de Santa Cruz, le parc María Luisa et les nombreuses ganaderias qui entourent la ville. La dernière semaine de septembre, Séville célèbre la feria de San Miguel. Pour en savoir plus sur les corridas, consultez le site des arènes de la Real Maestranza de Caballería de Séville (www.realmaestranza.com), disponible en espagnol et en anglais.

Le mythe du taureau

Les peuples les plus anciens ont toujours voué un véritable culte au taureau. En Mésopotamie, en Egypte, en Inde, au Proche-Orient, en Grèce, en Crète, à Rome, nombreux sont les symboles de force et de puissance, de fertilité et de fécondité que représentait cet animal mythique. Nous pouvons évoquer par exemple la tradition de certains peuples africains qui recouvrent leurs morts d'une peau de taureau, comme pour préserver leur virilité jusque dans l'au-delà. Le culte du taureau est apparu dans la péninsule Ibérique à travers le taurobole des Romains. Dans le culte de Cybèle et dans celui de Mithra, le prêtre était arrosé du sang d'un taureau égorgé lors d'un sacrifice expiatoire. L'animal fabuleux était bien présent chez les Romains : Jules César le décrit dans La Guerre des Gaules avec des détails qui révèlent son admiration. L'empereur évoque par ailleurs les prouesses des cavaliers thessaliens qui combattaient le taureau ; mais déjà plusieurs siècles av. J.-C., diverses traces de la présence de l'animal existaient. Dans la péninsule Ibérique, l'origine du taureau est encore controversée, bien que l'on admette généralement que l'aurochs soit l'ancêtre des races actuelles de bovins domestiques. Le taureau vivait à l'état sauvage : le dixième des travaux d'Hercule est la capture du troupeau de Géryon. Souvenons-nous aussi d'Hamilcar Barca, que les Espagnols fidèles à Rome attaquèrent en utilisant des hordes de taureaux sauvages, ou encore d'Hannibal qui procéda de la même façon contre le Romain Fabius.

La corrida à travers les siècles

La tauromachie (du grec tauros, " taureau " et makheia, " combat ") est l'art d'affronter le taureau, soit lors de combats, soit lors de jeux sportifs ou burlesques. Elle se pratique sous diverses formes. D'après les historiens, Francisco Romero, né à Ronda en 1700, serait le premier matador de taureaux de l'histoire de la corrida. On a longtemps pensé qu'il était l'inventeur de la muleta, mais des documents comme la Cartilla de Osuna ont montré postérieurement que ce ne fut pas le cas. Quoi qu'il en soit, les cavaliers qui combattaient les taureaux abandonnèrent cette pratique au début du XVIIIe siècle et leurs assistants, à pied, devinrent les maîtres du jeu : ils achevaient l'animal à l'aide d'une lance avec, à son extrémité, une lame en forme de croissant destinée à trancher les jarrets (desjarrete ou media luna). L'usage de la muleta marque le début d'une nouvelle époque et d'une nouvelle façon de toréer. Jusqu'en 1830, Juan et Pedro Romero, Costillares, Pepe Hillo et Francisco Montes, surnommé " le Napoléon des toreros ", sont les maîtres dans leur domaine. Auparavant, le picador avait un rôle plus important que le torero à pied ; le combat était surtout une épreuve de force dont le but ultime était de tuer le taureau. Entre 1865 et 1885, les toreros Lagartijo et Frascuelo, Cayetano Sanz, Gordito, El Tato, donnent à la course un nouvel équilibre entre les tercios (les trois parties). Après eux, Bombita, El Espartero, Vicente Pastor, Reverte, Rodolfo Gaona et enfin Rafael Guerra Guerrita deviendront célèbres dans l'univers de la tauromachie, alors en constante évolution. Le torero Guerrita marque un tournant décisif dans la corrida. Combattre les taureaux était à ses yeux un métier, une manière de s'enrichir. Il créa autour de lui une structure commerciale efficace, et sa puissance lui donnait le loisir d'imposer aux éleveurs les taureaux qu'il souhaitait. Au début du XXe siècle, Juan Belmonte et José Gomez Gallito, surnommé également " Joselito el Gallo " et qui fut tué par un taureau le 16 mai 1920 à Talavera de la Reina, ont donné une autre ampleur à la corrida, leur rivalité l'a rendue encore plus populaire. Tout change en 1927 avec l'instauration du caparaçon pour protéger les chevaux des picadors. Un taureau pouvait tuer alors plusieurs chevaux par course ; une scène cruelle qui disparaît avec l'arrivée de ce harnais protecteur. La corrida évolue : les taureaux, mieux sélectionnés par les éleveurs, offrent davantage de possibilités aux toreros ; le tercio de piques se banalise ; la faena de muleta prend son importance, au détriment du coup d'épée final. Puis les changements politiques, la naissance de la République, la guerre civile de 1936 à 1939, et surtout la dictature du général Franco, jusqu'en 1975, donnent à la corrida un tout autre visage. Les ganaderias ont été décimées pendant la guerre. Longtemps après 1940, on verra dans les arènes des taureaux de petite taille. Manolete, qui meurt suite à un coup de corne infligé par un taureau dans les arènes de Linares, en Andalousie, est le premier des nouveaux toreros mis en scène par l'apoderado, le manager, une figure importante. Luis Miguel Dominguin, Antonio Ordonez, Antonio Bienvenida, Paco Camino, Diego Puerta, El Viti se meuvent dans un circuit commercial, et des toreros comme Manuel Benitez el Cordobes sont exposés comme le serait une marque de lessive. Le concept de ce que l'on appelait jadis panem et circences, " du pain et des jeux ", est bien rôdé. Les toreros sont aujourd'hui encore considérés comme de véritables stars.

Les règles de la corrida

Une corrida formelle comprend en principe la lidia (ou combat) de six taureaux. Le déroulement d'une corrida est immuable. La course commence par le paseo, le défilé des toreros, accompagné par un paso doble dans la plupart des arènes ; dans le Sud-Est de la France, à Nîmes, Arles ou Béziers, c'est l'ouverture de l'opéra Carmen de Bizet qui est joué. L'ordre de ce paseo est fixé par le règlement taurin, établi par les lois espagnoles et appliqué en France. Le torero le plus ancien en alternative est à gauche, le second à droite, le plus jeune au centre. Les banderilleros ou peones, les picadors et les monosabios suivent, avec les chevaux ou mules de l'arrastre, à la fin de ce défilé. Les toreros défilent avec leur cape de paseo sur l'épaule gauche, une cape qu'ils troquent ensuite pour une autre, plus ample, qui servira au combat et que l'on appelle capote de brega (cape de combat). La corrida proprement dite se compose de trois tercios : la pique, les banderilles et la mise à mort, elle-même précédée de la faena de muleta.

Les capes

La cape, en espagnol el capote, est une sorte de manteau de soie ou de percale (de nos jours bien souvent en textile synthétique), rose d'un côté et jaune ou bleu de l'autre. C'est la tradition qui est à l'origine de la couleur de la cape, car le taureau, comme la plupart des animaux, ne distingue que des teintes claires ou foncées. Au début la cape était rouge et c'était un simple vêtement dont la taille variait selon la taille du torero. Il faut distinguer les différentes capes :

El capote de brega, la cape de travail. Le torero l'utilise pendant les deux premiers tercios de la corrida ; le peon (le torero assistant le matador), lui, l'utilise durant toute la course.

El capote de paseo. Plus petite, elle est en soie et ornée de dessins et de broderies dont les motifs sont souvent religieux. C'est une pièce souvent très coûteuse. Le torero la porte sur l'épaule gauche, enroulée autour de son buste, pour le défilé initial, le paseo. A la fin de ce défilé, et après avoir salué le président, le torero confie la cape de paseo à son valet d'épées, le mozo de espadas, qui la présente à une personne du premier rang. Cette dernière va la déplier et la poser sur le rebord de l'arène où elle restera jusqu'à la fin de la corrida.

Les différentes passes

Le torero réalise une passe lorsqu'il appelle le taureau avec un leurre, capote ou muleta. Il s'agit soit d'une passe de cape (pase de capote), réalisée lors du premier tercio par le matador ou ses peones, soit de passes de muleta, réalisées par le matador au cours de la faena, troisième tercio, avant la mise à mort. Paco Ojeda, Jesulin de Ubrique, El Juli, Enrique Ponce, Sebastien Castella pratiquent avec éclat ces passes.

Les passes de cape

La véronique est la passe de cape la plus courante et la plus classique. Elle est ainsi nommée en souvenir du geste de Véronique qui tendit un linge au Christ pour éponger son visage. Le torero ouvre lentement la cape devant lui et fixe peu à peu la charge du taureau.

La demi-véronique (en espagnol la media-veronica). Le torero effectue parfois cette passe lorsqu'il veut rematar, c'est-à-dire conclure une série de véroniques ; elle a été inventée par Juan Belmonte.

Il existe d'autres variantes de la véronique :

Le paron (de parar, " arrêter "), quand le torero garde les pieds joints.

Le delantal (" tablier "), quand le torero donne à la cape en fin de passe un mouvement de retour vers son corps.

Las tijerillas (les " ciseaux "), quand le torero ouvre et ferme ses bras comme des ciseaux.

La navarra, quand le torero fait un tour sur lui-même avant de réaliser une autre véronique.

La rebolera se termine par une série de véroniques.

La mariposa (le " papillon "), quand le torero agite la cape de chaque côté comme le font les ailes d'un papillon.

El abanico (" l'éventail ") rappelle la précédente ; c'est une passe effectuée avec la cape à laquelle le torero donne successivement un mouvement de droite à gauche, un mouvement de balancier qui fait penser à celui d'un éventail que l'on agite.

La chicuelina, inventée par " Chicuelo " : le torero tient la cape en avant, à hauteur du torse, en tournant dans le sens contraire à la charge du taureau, en effectuant un demi-tour sur le flanc du taureau.

La gaonera, inventée par le mexicain Rodolfo Gaona au début XXe siècle. Le torero, face au taureau, tient la cape derrière son corps au niveau de la ceinture.

Les passes d'adorno

L'adorno est l'ornement avec lequel le matador agrémente sa faena. Il existe plusieurs passes d'adorno :

Le farol (ou " lanterne ") : debout ou à genoux, le torero fait tourner la cape tenue des deux mains au-dessus de sa tête, avant de la mettre sur ses épaules.

La larga, le plus souvent à genoux. Cette passe précède souvent une série de véroniques. C'est une passe qui s'effectue d'une seule main et comme pour le farol, la cape est dirigée au-dessus de la tête du torero.

La larga serpentina, quand la cape s'enroule autour du torero qui pivote.

Les passes de muleta

A l'origine, la faena de muleta se limitait à 4 ou 5 passes ; aujourd'hui, le matador qui en réaliserait si peu ferait scandale (bronca). Tout comme celles de cape, les passes de muleta sont innombrables :

La natural (ou " naturelle "), passe de base de la faena où la muleta est tenue dans la main gauche, le taureau chargeant depuis la droite du matador.

La passe de pecho ou simplement pechopasse (" de poitrine ") passe pendant laquelle la muleta est tenue dans la main gauche, le taureau chargeant à la gauche du matador.

Le derechazo (signifiant " de la droite ") : la muleta est tenue dans la main droite et agrandie à l'aide de l'épée ; c'est donc une " naturelle à l'envers ".

La " passe de poitrine de la droite " est une " passe de poitrine à l'envers ".

Les " passes aidées " : le matador tient la muleta dans la main gauche, en soutenant et agrandissant l'étoffe à l'aide de l'épée tenue dans la main droite. L'exécution se rapproche de celle de la naturelle.

Le molinete (" moulinet "), passe de cape ou de muleta où le torero tourne dans le sens contraire à la charge du taureau.

Le redondo (" rond ") : passe naturelle où le torero, en pivotant sur ses pieds, retire la muleta de la face du taureau qui tourne autour de lui. Cette passe peut s'effectuer de la main droite.

Le péndulo (" pendule ") : le torero tient la muleta dans le dos et la fait osciller comme un pendule.

La manoletina, du nom de son créateur Manolete, passe où le torero tient la muleta de la main droite, la gauche tenant l'autre extrémité, et tourne sur lui-même au passage du taureau.

On distingue également la bandera (le " drapeau ") et l'orticina, inventée par Pepe Ortiz.

Le tercio de pique

Après la sortie du taureau, le matador et ses peones (ses assistants) effectuent des passes de cape (capote en espagnol). Pour aider leur chef de cuadrilla à évaluer le comportement du taureau, les peones appellent celui-ci à tour de rôle et l'attirent vers différents points de l'arène, l'incitant à aller au bout de sa charge. Puis le matador effectue lui-même quelques passes de capote afin de compléter son étude du taureau. Ensuite le picador fait son entrée, c'est un torero à cheval dont le rôle est de tester la bravoure du taureau à l'aide de sa pique, une lance en bois de 2,60 m de long terminée par une pointe d'acier : la puya. Il monte un lourd cheval aux yeux bandés et protégé par un caparaçon d'une trentaine de kilos ; aux XVIe et XVIIe siècles, le picador, ou son ancêtre le varilarguero (" porteur de longue lance "), était le principal héros de la corrida, le plus attendu des toreros, mais ce n'est plus le cas aujourd'hui. Il est sous les ordres du matador. Selon le règlement, le taureau reçoit deux piques au minimum, mais si le taureau est faible, le président peut réduire ce nombre à une seule pique. Plus le taureau est brave (bravo en espagnol), plus il reçoit de piques.

Le tercio de banderilles

Les banderilles sont des bâtons d'environ 80 cm de long, terminés par un harpon de 4 cm de long et recouverts de papier de couleur. La pose des banderilles est exécutée par les peones, ou parfois par le matador lui-même ou un novillero. En principe, trois paires de banderilles sont posées. Mais parfois le président de la course décide d'en réduire le nombre ; le matador peut demander l'autorisation d'en poser une quatrième. Si face au picador l'animal a eu un comportement manso, c'est-à-dire sans bravoure - quand un taureau a refusé les piques et a fui les appels faits à la cape -, le président peut décider de poser des banderilles noires, dont le harpon est plus long et qui sont une marque " d'infamie ".

Le tercio de la mise à mort

La faena de muleta est le travail à pied du matador à l'aide d'un leurre en tissu rouge, la muleta. La faena de muleta prépare le taureau à la mort. Avant de débuter sa prestation, le matador va saluer le président, lui demander symboliquement l'autorisation de combattre et de tuer le taureau. A l'origine, la faena de muleta se limitait à quatre ou cinq passes ; aujourd'hui, le matador qui en ferait si peu déclencherait une énorme bronca. Tout comme les passes de cape, les passes de muleta sont innombrables, et parmi elles on peut citer : la natural, la passe de pecho, le derechazo, la bandera, la molinete et l'orticina. Jusqu'au début du XXe siècle, la muleta ne servait qu'à réaliser les quelques passes préparatoires à l'estocade. Depuis les années 1930, et surtout après la guerre civile, la faena de muleta est la phase du combat qui permet au torero d'exprimer sa personnalité, son style, d'offrir au spectateur une véritable oeuvre d'art, car la muleta, tout comme le pinceau ou la plume pour d'autres artistes, n'est autre qu'un moyen d'expression.

Ce tercio se termine par l'estocade à l'aide de l'épée (dans la main droite). Il faut cependant préciser que c'est la charge du taureau, son embestida (son attaque), qui conduit le torero à toréer du côté droit ou du côté gauche. Chaque passe, ou en tout cas la première d'une série, est précédée du toque (de tocar, " toucher "), un mouvement léger de la muleta qui provoque la charge du taureau.

Parfois, après l'estocade, le taureau tarde à s'écrouler. Le matador doit alors descabellar : il plante une épée spéciale (verdugo) entre la base du crâne et le début de la colonne vertébrale, au même endroit que celui où le puntillero plantera sa puntilla.

L'hommage ou brindis

Le matador peut ensuite dédier la mort de ce taureau au public, ou à une personne de son choix figurant dans les gradins ; c'est le brindis (ou " hommage ").

Les trophées

Si la prestation du torero a été brillante et que les applaudissements des spectateurs se font entendre, le torero peut saluer et, éventuellement, effectuer un tour de piste (una vuelta). Le président peut aussi lui remettre une ou deux oreilles et la queue, selon la qualité de la faena. Lui seul peut attribuer ces trophées en sortant un mouchoir blanc, à une ou plusieurs reprises, selon son jugement (en fonction de l'attitude du torero pendant le combat et du comportement du taureau) et celui de ses assesseurs.

Si le taureau a été brave et noble pendant le combat, le président peut, encore à l'aide d'un mouchoir bleu, accorder à la dépouille de l'animal un tour de piste posthume.

L'habit de lumière

D'abord en daim puis en satin, l'habit actuel du torero ressemble encore à celui de Francisco Montes. C'est donc dans les années 1830 qu'il a trouvé sa forme définitive. Cet " habit de paillettes ", ou traje de luces, est appelé ainsi à cause des paillettes d'or qui le caractérise. Le costume dans son ensemble est formé de bas de soie rose, d'une chemise blanche, d'une ceinture de soie de couleur, ou faja, d'une fine cravate, d'une culotte moulante qui s'arrête sous les genoux, appelée taleguilla. Le torero porte aussi un gilet, le chaleco, et une veste nommée chaquetilla. Sa coiffe est connue sous le nom de montera. Entre mocassins et chaussons de danse, ses chaussures, ou zapatillas, parachèvent cet uniforme. Autrefois le torero portait une coleta, une mèche de cheveux au-dessus de la nuque, en guise de signe distinctif ; elle est aujourd'hui postiche. Si depuis les années 1900 le costume est resté le même, il s'est considérablement allégé grâce à l'utilisation des matières textiles ; la taleguilla, notamment, est beaucoup moins rigide et plus souple. Dans les années 1920, le torero Ignacio Sanchez Mejias, dont la mort inspira au poète Federico García Lorca son fameux Llanto, déplorait le ridicule de cette tenue. Luis Francisco Espla ajoute aujourd'hui qu'il est difficile pour un torero d'être un symbole de virilité avec des bas de soie rose. L'habit de lumières du matador est doté d'ornements de couleur or ; celui du peon est rehaussé d'argent. Mais la mode s'en mêle puisque certains costumes de matador ont aujourd'hui des ornements noirs ; seul le chaleco, le gilet, est rehaussé d'or. Environ deux heures environ avant la corrida, la cérémonie d'habillage du torero se déroule dans une ambiance quasi religieux. C'est un moment particulièrement difficile et éprouvant pour le torero. Le plus souvent, il est seul avec le valet d'épées qui l'assiste.

Les grands noms de la tauromachie

Le premier torero de l'après-guerre à avoir laissé un nom dans l'histoire est Manuel Rodriguez Manolete. Il suffit de relire Un singe en hiver d'Antoine Blondin (1959) ou de voir l'adaptation cinématographique d'Henri Verneuil avec Jean-Paul Belmondo pour connaître la fin tragique de Manolete, tué en 1947 à Linares par le taureau nommé Islero de Miura. Ce dernier était surtout le torero de la renaissance, le premier Espagnol représentant tout un peuple après la guerre civile, une page sombre de l'histoire.

Manuel Rodriguez Manolete, est né à Cordoue en 1917. Novillero avant la guerre civile, il reçut l'alternative le 2 juillet 1939 à Séville et devint dès lors l'idole de son peuple grâce à son style vertical et statique, son attitude hiératique et ses gestes qui l'ont rendu célèbre ; sans oublier ses témoignages de sympathie à l'égard du régime franquiste. Mais le 28 août 1947, le taureau Islero issu de l'élevage de Miura a envoyé Manolete ad patres, plongeant tout le pays dans la stupeur et le chagrin. Manolete, le calife de Cordoue, reste un torero de renom pour son talent évident, mais surtout parce qu'avec lui apparaît, dans les années 1940, un personnage quasi nouveau : l'apoderado, une sorte de manager. Celui de Manolete s'appelait José Flores Camara. Il ne se contentait pas de gérer la carrière de son torero en fixant son emploi du temps, il choisissait les taureaux que devait combattre son poulain, les arènes où il pouvait se produire et établissait avec les journalistes des rapports convenables. Depuis, cette figure est devenue incontournable.

Luis Miguel González Lucas dit Luis Miguel Dominguín est un ancien matador espagnol né à Madrid en 1926. Il était fils du matador " Domingo Dominguín ". Considéré comme l'un des matadors les plus populaires des années 1940 et 1950, il débute à douze ans dans les arènes de Lisbonne. Il prend l'alternative le 2 août 1944 à La Corogne. Torero flamboyant, faisant preuve d'une grande maîtrise qui pouvait passer pour de la froideur, il dut, pour gagner les faveurs du public, mettre en scène cet orgueil et cette rage qu'affectionnent les aficionados. C'est ainsi qu'en 1945, il lança un défi à Manolete. Le duel, qui passionna les foules, fut interrompu par la mort de Manolete. Il a ensuite remplacé ce dernier dans le coeur du public. Le torero maîtrise les phases de la corrida à la perfection et séduit par son extraordinaire pouvoir. Sa rivalité, habilement construite, avec son beau-frère Antonio Ordonez, attire les foules et remplit les arènes.

Antonio Ordóñez Araujo est né en 1932 à Ronda dans la province de Málaga. Il est le fils du grand matador Cayetano Ordóñez " El Niño de la Palma ". Il débute en public en 1948 et prend l'alternative en 1951. Durant les années 1950, sa rivalité avec son beau-frère, Luis Miguel Dominguín inspire à Ernest Hemingway son célèbre reportage " L'été dangereux ", paru dans le magazine américain Life avant d'être publié en librairie. Torero de style classique, orthodoxe et esthétique, à une époque où commencaient à apparaître les matadors de style tremendista, il est considéré comme l'un des plus grands matadors du XXe siècle. Son impresario était un ancien torero issu d'une prestigieuse dynastie, Ángel Luis Bienvenida. Il se retire en 1968 pour élever des taureaux. Et décède à Séville en 1998.

Aujourd'hui, les toreros qui se produisent le plus souvent sont Julian López El Juli, Finito de Cordoba, Manuel Diaz El Cordobes, Juan José Padilla, Antonio Ferrera, El Fandi, Victor Puerto, Morante de la Puebla, Manuel Caballero, Rivera Ordonez, Enrique Ponce. Parmi les vedettes figurent aussi Joselito, Cesar Rincon, Paco Ojeda, Cesar Jimenez. Et en France, Denis Loré, Stéphane Fernández Meca, Sebastien Castella, Swan Soto, Antonio Losada, Marc Serrano. Parmi les novilleros, Julien Miletto et Jonathan Veyrunes sont les plus connus.

Les femmes dans la tauromachie

L'univers de la tauromachie a la réputation d'être réservé aux hommes, d'être l'image même du machisme. Cela est loin d'être faux, et il convient d'affirmer que la corrida participe du phénomène d'exclusion féminine propre aux sociétés méditerranéennes. Si le droit de vote des femmes est relativement récent, si la loi sur la parité hommes-femmes l'est encore plus, on comprendra aisément qu'en Espagne, un pays resté aussi longtemps fondamentalement catholique, on ait tardé à reconnaître le droit des femmes à être admises dans le monde de la corrida. A l'époque de la dictature franquiste, l'accès même au callejon était interdit à la gent féminine. Attitude traditionnelle conservatrice pour un régime qui adoptait par ailleurs des positions analogues sur la contraception ou le divorce. C'était pourtant avoir la mémoire courte, puisque dès le XVIe ou XVIIe siècle, les femmes jouaient un rôle réel dans la corrida. En effet, le peintre Goya a montré dans ses eaux-fortes de La Tauromaquia les prouesses de Nicolasa Escamilla, dite " la Pajuelera ". Dans son Arte del toreo, composé vers 1778 et publié par l'Union des bibliophiles taurins espagnols en 1959, José Daza évoque le cas de Brianda Pavon, de Jerez et encore celui d'une certaine Antonia de Bretendona, toutes des toreras ! Francisca Garcia est considérée comme la première rejoneadora, elle se produisit en 1774. Mais la vérité est que plus d'une femme se trouve, à cette époque, dans l'obligation de se travestir en homme pour pouvoir combattre les taureaux. Au XIXe siècle, les autorisations et les interdictions se suivent et, en 1836, quand se produit la fameuse Martina dans les arènes de Madrid, le journal El Clamor publico lance une grande campagne contre les femmes toreras. Mais Gustave Doré a immortalisé Teresa Bolsi et les toreras persistent. On peut notamment citer La Fragosa, La Espartera, La Garbancera, La Navarra, La Servanta, La Belgicana, Eugenia Baltés ou encore Carmen Lucena. Puis il y eut une série de retentissants scandales, qui vont être pour ces femmes toreras le début d'une fin temporaire. Le premier événement eut lieu en octobre 1884 à Tarragone, où la torera polonaise Petra Kobloski et sa cuadrilla féminine ne sont parvenues à combattre l'animal. Révoltes et émeutes populaires se répéteront jusqu'à ce que Juan de la Cierva, ministre de l'Intérieur, publie en 1908 un décret interdisant aux femmes la participation active aux corridas.

María Salomé Rodriguez Tripiona, surnommée " La Reverte ", est l'une des toreras vedettes de l'époque, avec " La Guerrita " ou le groupe catalan de Las Noyas. Mais la loi de La Cierva l'empêche alors d'exercer. Alors, pour poursuivre une carrière normale parmi les toreros de sexe masculin, María Salomé la Reverte devint monsieur Augustin Rodriguez. La vérité sur le sexe de La Reverte est encore incertaine. Entre 1931 et 1936, à l'époque de la liberté de la République, l'excellente torera Juanita Cruz, les soeurs Palmeno, étaient reconnues dans le milieu. Puis sous Franco, la prohibition fut à nouveau de mise. La péruvienne Conchita Cintron put se produire en Espagne et en France, mais à cheval seulement, comme rejoneadora.

Conchita Cintrón, née en 1922, a sans aucun doute marqué l'histoire de la tauromachie. Les aficionados espagnols savaient qu'elle possédait un immense talent comme torera à pied, puisqu'elle avait beaucoup toréé en Amérique latine. Celle que l'on baptisera " la déesse blonde " le prouva en combattant et tuant deux novillos à Madrid, dans les arènes de Vista Alegre en juillet 1945, lors d'un spectacle a puerta cerrada, à huis clos. Si la loi l'empêche alors de se produire à pied en Espagne, sa carrière à cheval est exceptionnelle. Cavalière émérite, elle a le sens de la lidia (du combat), en bon torero qui se respecte. " J'aime toréer à pied, comme les toreros. Je l'ai toujours fait, au Mexique, au Pérou, en Equateur, en France, au Portugal, aux Etats-Unis et en Afrique du Nord ", dit-elle à plusieurs reprises. Mais elle ne pourra jamais toréer en Espagne, sauf dans des courses privées.

Dans les années 1960, le même sort est réservé à une autre rejoneadora de talent, la Colombienne Amina Asis, de son vrai nom Amina Ahemad Abdelaziz.

María de los Angeles Hernandez, surnommée Angela va devoir redoubler d'acharnement pour pouvoir se produire en public dans les années 1970. Après maintes interventions d'avocats et de toreros, et des déclarations de ministres semant le trouble, un décret du 12 août 1974 autorise enfin les femmes à se produire en public en tant que toreras. Angela fait une carrière honorable comme torera à pied. Après elle, on peut citer Alicia Tomas, Rosarito de Colombia, María Goretti, la Niña de la Algaba, Pepita Rios, Mari Fortes, Pilar Barrabino la Terremoto, Carmela et les quatre soeurs Pilar, Milagros, Elda et María Luisa Elda, Las Brujas.

Cristina Sanchez devient en 1996 alors qu'elle n'a que 24 ans, la première femme matador. Une révolution dans le monde machiste des arènes, où ses rivaux se disent impressionnés par son art. C'est en 1993 à Madrid qu'elle a fait ses débuts avant de remporter de nombreux trophées à travers le pays, en Equateur et au Mexique. Au cours de sa carrière, elle a coupé 316 oreilles. Elle s'est retirée de la profession en 1999 et s'est mariée avec le banderillero portugais Alejandro da Silva en 2000. Certains de ses collègues refusaient de toréer avec elle, et même quelques-uns reconnaissaient que la raison de leur refus était qu'elle était une femme.

Maribel Atienzar compte parmi la nouvelle génération de femmes toreras qui deviendront matadora de toros, tout comme Raquel Martinez et aujourd'hui Cristina Sanchez. Les femmes du monde entier semblent s'être donné la main : il y a eu, en France, Rosa-María Perez Marie-Neige, Evelyne Fabregas, Françoise Soulé Frasquita, Mireille Ayma ; aux Etats-Unis, Honey Haskin Ana de los Angeles, Patricia Mac Cormick ; au Portugal Ana Cristina et Isabel Palha ; en Angleterre, Thisbe Burns ; en Colombie, Morenita de Quindio...

Pierrette le Bourdiec, la " Princesa de Paris ", s'est illustrée à cheval comme rejoneadora. La Française a ouvert la voie en 1975, puis il y a eu Lolita Munoz, Carmen Dorado, Paquita Rocamora, Antonita Linares, Emy Zembrano et plus récemment Ghislaine Vautherot, Loria Manuel, Marie-Pierre Callet et Marie Sara, qui ont eu des carrières internationales.

La corrida à cheval : le rejoneo

La corrida de rejón est une forme de corrida au cours de laquelle le taureau est combattu par un cavalier, le rejoneador. Pour simplifier, à la limite de la caricature, on peut dire que la corrida à cheval est composée, comme la corrida à pied, de trois tercios : Le rejoneador utilise deux types de rejón (pique) : dans le premier tercio, le rejón de " châtiment ", soit un javelot de bois qui, au moment de la pose, libère un drapeau servant de leurre. Dans le troisième tercio, le rejón de mort (rejón de muerte) muni d'une lame d'épée qui remplace le fer du rejón de châtiment. Historiquement, le rejón est le prolongement du javelot utilisé à la chasse par les chevaliers dès le XVIe siècle. Le torero à cheval, ou rejoneador, doit être à la fois torero et cavalier ; la difficulté est donc double. Si l'on remonte au XVIIIe siècle, on s'aperçoit que le combat du taureau à cheval est l'ancêtre de la corrida ; le cavalier jouait alors le premier rôle. Cette activité ne s'est jamais interrompue au Portugal où cette tradition tauromachique équestre est encore très vive. Les cavaliers portugais actuels portent d'ailleurs un habit " à la française " datant de l'époque de François Robichon de la Guérinière, célèbre cavalier et auteur de l'ouvrage Ecole de cavalerie. Ces cavaliers se produisent régulièrement en Espagne et notamment en Andalousie, région passionnée par l'équitation et les taureaux.

Canero, ancien torero à pied (1913-1917), s'est illustré pour la première fois à cheval en 1921, lors d'un festival de bienfaisance. Il porte le traje corto, le costume traditionnel andalou : des zahones, une sorte de tablier en cuir qui protège les jambes. Les triomphes se succèdent. En 1923, Antonio Canero devient rejoneador professionnel et réalise, avec l'appui de deux peones, les trois tercios de la corrida. Il se produit ainsi jusqu'en 1935 et après la guerre civile, le rejoneo devient une forme classique de corrida.

Le rejoneo est de nos jours apprécié par un large public. Dans toutes les ferias, en France comme en Espagne, une journée est consacrée à la corrida à cheval ou aux exercices équestres liés à la tauromachie. Parmi les rejoneadores qui se produisent le plus aujourd'hui, il faut citer Andy Cartagena, José Miguel Callejón, Pablo Hermoso de Mendoza, Diego Ventura, Alvaro Montes, João Moura, Martín González Porras, Sergio Galán, et les Français et Françaises Patricia Pellen, Marie Sara, Julie Calvière, Damien Donzala, Marie-Pierre Callet, Pierre-Henri Callet.

Les ganaderías
Ganadería Lora Sangran.
Ganadería Lora Sangran.

Une ganadería, de l'espagnol ganado ou " bétail ", désigne l'élevage d'où proviennent les taureaux de corrida (toros de lidia). L'éleveur porte le nom de ganadero.

La sélection des taureaux étant de plus en plus rigoureuse, les ganaderias sont en plein essor. Les taureaux d'une ganadería doivent présenter le même aspect. Une ganadería comprend non seulement les toros de lidia (taureaux de combat), mais aussi le patrimoine foncier, l'ensemble du bétail, la renommée.

Chaque ganadería se distingue par trois signes : la devise (divisa), le fer (hierro) et le signe (señal). Le fer est la marque déposée de l'éleveur, une sorte de sceau. La marque est appliquée au fer rouge sur la cuisse du veau. Le signe est une découpe particulière de l'oreille du taureau, faite au cours de l'herradero (ferrage, marquage). Et enfin, la devise est la cocarde que l'on place sur le dos du taureau au sortir du toril, juste avant son entrée dans l'arène. Flot de rubans fixé par un petit harpon sur le morillo du taureau, il est aux couleurs de la ganadería. Pour éviter toute dégénérescence et améliorer la bravoure d'un troupeau, le croisement est une étape nécessaire, à condition de croiser des races " pures " pour obtenir le " retour au sang ".

Les éleveurs sont répartis en deux groupes : les ganaderos ou criadores qui forment " l'Union des Criadores de toros de lidia " et sont les fournisseurs officiels des corridas avec picadors. Ensuite, il y a les ganaderías de lidia qui fournissent le bétail des corridas sans picador.

Parmi les élevages prestigieux, on peut citer la ganadería Miura, dont les taureaux sont de taille exceptionnelle avec des cornes impressionnantes ; les Victorino Martin, particulièrement difficiles à toréer. Les taureaux que l'on rencontre le plus souvent dans les arènes sont les Torrestrella, les Joaquín Núñez del Cuvillo, Santiago Domecq les Jandilla, Samuel Flores, Baltasar Ibán, Juan Pedro Domecq, Guardiola.

Tauromachie et médias
La presse quotidienne

En Espagne, tout le monde suit avec avidité les corridas, et presque tous les quotidiens ont une page hebdomadaire ou quotidienne sur la tauromachie. Il existe aussi une presse spécialisée : Aplausos, 6 Toros 6. La presse couvre l'information taurine avec régularité dans tout le pays et tous les quotidiens régionaux ou nationaux ont une rubrique consacrée à la corrida. Du journal ABC à La Razón en passant par El Mundo ou El Pais, les pages taurines sont très lues. Pendant les grandes ferias, à Madrid ou à Séville, les tirages augmentent. Les quotidiens régionaux battent aussi des records : quel Sévillan ne lit pas El Diario de Sevilla ou El Correo de Andalucía pendant la feria d'avril ?

La presse magazine

La fameuse revue espagnole El Ruedo, dont le premier numéro date de 1944, ne paraît plus depuis longtemps, mais ses exemplaires sont encore très recherchés par les bibliophiles. En matière de tauromachie, la presse magazine espagnole compte deux revues importantes Aplausos.

La télévision et la radio

La télévision du service public (RTVE) retransmet les corridas et notamment sur la chaîne TVE 2 qui diffuse des informations sur la saison tauromachique, avec des extraits de corridas dans l'émission Tendido Cero ou des images de corrida de rejón. Mais en 2007, la RTVE annonce l'arrêt des retransmissions de corridas en direct, sous l'effet conjoint des pressions économiques, des problèmes posés par la diffusion aux heures d'écoute enfantine et du rejet de ces émissions par les annonceurs.

Les chaines privées. Des chaînes privées ou régionales retransmettent des corridas ou des programmes. Parmi les plus suivies : Via Digital et Canal Plus, Antena 3, Tele 5, pour les nationales ; Canal 9 TV, Canal Sur Andalucía, ETB, Telemadrid, pour les chaînes régionales qui dépendent des communautés, ont aussi des programmes en direct ou des magazines, souvent soumis aux fluctuations imposées par les accords commerciaux entre chaînes, ou entre chaînes et arènes.

La radio. Les programmes tauromachiques des radios espagnoles sont particulièrement structurés et efficaces. Tous les dimanches à 23h, l'émission Clarin sur Radio 5 est suivie par des milliers d'auditeurs. Parmi les autres programmes, on peut citer l'émission El Albero animée par Pedro Javier Cáceres sur COPE. Federico Sanchez Aguilar anime aussi une émission sur la radio Onda Cero, Antonio Carrasco sur Radio Intercontinental Madrid et Manolo Molés sur SER.

Bibliographie
Découverte et essais

50 raisons de défendre la corrida de Francis Wolff, éd. Poche, 2010. Du même auteur : Philosophie de la Corrida, éd. Fayard, 2007.

Tauromachie de Jean Bescos, Marcel Cohen, et Antonio Saura, éd. Broché, 2008.

La Tauromachie, Histoire et dictionnaire de Robert Bérard, éd. Robert Laffont, 2003.

Histoire de l'élevage du taureau de corrida en France de Pierre Duput, éd. Renaissance du livre, 2003.

L'heure de la corrida de Claude Pelletier, éd. Gallimard, 1992.

Tauromachie à l'usage des aficionados de José-Luis Ramon, éd. Loubatières, 2000.

Comprendre la corrida de André Viard, éd. Atlantica, 2001.

Romans

Art du Birlibirloque de José Bergamín, éd. Le temps qu'il fait, 1992.

Taches d'encre et de sang de Simon Casas, éd. Diable Vauvert, 2003.

L'Aficionado de Camilo José Cela, éd. Verdier, 1992. Du même auteur : Toreros de salon, éd. Verdier, 1989

Humbles et phénomènes de Jacques Durand, éd. Verdier, 1995.

L'Eté dangereux d'Ernest Hemingway, éd. Folio, 1992.

Ou tu porteras mon deuil de Dominique Lapierre et Collins Larry, éd. Robert Laffont,1967.

Miroir de la tauromachie de Michel Leiris, éd. Fata Morgana, 1981.

À partir du lapin de Francis Marmande, éd. Verdier, 2002.

Recouvre-le de lumière de Alain Montcouquiol, éd. Verdier, 1997.

Danse
Les sévillanes

La sevillana est une danse populaire espagnole originaire de Séville, qui se danse à deux, à un ou plusieurs couples, en cercle ou en groupe. Cette danse traduit à la fois l'approche, l'affrontement, la fuite et l'amour. Elle est exécutée sur une mélodie chantée. Le profane confond souvent la sévillane avec le flamenco, ou l'identifie comme une des nombreuses variétés de danse flamenca (à l'instar de la bulería). Et si les puristes hurlent au sacrilège, l'amateur débutant n'est pas tout à fait responsable de cette confusion. Dans les cours de danse espagnole, en France et dans le reste de l'Europe, la sévillane est très souvent associée au flamenco, et ces deux disciplines sont la plupart du temps enseignées par un même professeur. Pour autant, malgré une origine géographique commune et des influences partagées, la sévillane et le flamenco sont deux danses distinctes.

La séguedille de Séville

Le terme sevillana apparaît pour la première fois en 1799 dans un poème épique intitulé La Quincaïda. Ses caractéristiques chorégraphiques sont décrites précisément en 1803. Il faudra attendre 1884 pour voir ce terme apparaître dans le dictionnaire de la langue castillane. A l'origine, la danse dérive directement de la fameuse séguedille, évoquée par Carmen dans l'opéra de Bizet. Elle semble trouver ses racines dans les danses orientales apportées par les Arabes en Andalousie et prendre sa propre identité au XVIIe siècle. Il s'agit alors d'un mélange de zarabanda et de chacona, évoluant rapidement vers la forme quasi rituelle qui caractérise depuis cette danse de couple. La sévillane ne laisse pas vraiment de place à l'improvisation proprement dite, c'est là l'une des principales différences avec le flamenco. Elle se déroule selon une série de figures imposées découpées en quatre parties et aux significations précises.

La danse et le style

Bien sûr, il faut voir les chorégraphies in vivo pour comprendre et surtout ressentir le jeu séduction-affrontement qui se joue entre l'homme et la femme. Mais une rapide étude du déroulement classique de la sévillane permettra, le jour venu, d'entrer de plain-pied dans les variations subtiles de cette danse. De façon très prosaïque, les sévillanes se dansent par séries de quatre coplas (danse) à la fin desquelles le couple s'immobilise, un bras en l'air, avec une pause de quelques secondes. Cet arrêt, qu'il faut marquer nettement, s'appelle le bien parado (l'arrêt bien fait). Chaque sévillane a une chorégraphie différente, de la plus simple à la plus difficile : primera, segunda, tercera et cuarta. Chaque sévillane est partagée en 3 parties correspondant aux trois strophes de chaque chanson, illustrées par des pas et des figures distincts. Quatre couplets sont exécutés à la suite ; entre chacun d'eux on marque un bref arrêt. Le final, est identique pour les 4 sévillanes. La sévillane raconte une histoire et chaque étape symbolise un chapitre de cette histoire : les enchaînements (pasadas seguidas) symbolisent la rencontre ; les pas en rond (pas en redondo), la séduction ; les pas frappés (zapateado), la dispute et enfin vient la confrontation (careos).

Tradition et évolution

Ces figures imposées ne doivent pas laisser croire que toutes les sévillanes se ressemblent et que les danseurs se contentent de reproduire un folklore. La spécialiste Ana-Maria Durand-Viel, auteur d'un Traité de la sévillane, recense une dizaine de styles différents de musique sévillane selon les lieux et occasions où elles sont interprétées (boleras, corraleras, de las cruces de mayo, bíblicas, marineras, litúrgicas, de feria, rocieras y de escuchar). Le genre est en constante évolution et si certains, traditionalistes, sont effrayés par certaines métamorphoses (par exemple, sous l'influence du flamenco, l'abandon des castagnettes au profit des mouvements artistiques des bras et des mains, le développement de plus en plus important des parties musicales qui flirtent avec l'improvisation...), la popularité croissante de la sévillane en Espagne et à l'étranger est garante de sa vivacité. Grâce à La Niña de los Peines à El Pali (reconnu comme le plus grand interprète actuel du genre) en passant par La Paquera, María Vargas y Manuel Gerena, los hermanos Toronjo y los hermanos Reyes, Los del Mar, Los de La Trocha, Los del Río, Los Doñana... l'amateur pourra apprécier les différentes étapes de cette évolution. L'écoute se poursuivra ensuite au coeur de Séville où l'on peut assister à des spectacles de cette danse mêlant à la fois charme, provocation et séduction, sans aucun contact physique. Tout un art...

Littérature

Longtemps avant que le castillan ne devienne la langue nationale, l'Espagne a eu de grands écrivains sous la domination romaine. Sénèque le Rhéteur comme son fils Sénèque le Philosophe, tous deux nés à Cordoue, ont composé de nombreux textes en latin. Le poète épique Lucain est également originaire de Cordoue. Par la suite, le Moyen Age voit apparaître la chanson de geste et la poésie épique se nourrit des épisodes de la Reconquête. El Cantar de mío Cid (La Chanson du Cid) du XIIe siècle est le texte littéraire espagnol le plus ancien. On y raconte l'avancée des chrétiens sur les Maures au temps de la Reconquête ainsi que la vie et les batailles du Cid. Au XIIIe siècle, le roi lettré Alphonse X le Sage rédige des poèmes en galicien et impose le castillan comme langue officielle de son royaume. Au XVe siècle, le roman picaresque se répand de plus en plus. Ses héros sont des pícaros (fripons) qui subissent la société et ses misères avec beaucoup de détachement. La pièce de théâtre La Celestina, petit chef-d'oeuvre de perspicacité attribué à Fernando de Rojas, est l'illustre exemple de ce courant littéraire. Un jeune homme use d'un subterfuge pour conquérir le coeur de sa bien-aimée. A la même époque, le Cordouan Luis de Góngora y Argote devient le poète lyrique par excellence. Ses Soledades (Solitudes), qui abondent en images subtiles, se réfèrent à la mythologie. L'auteur dramatique madrilène Lope de Vega (1562-1635) donne à la notion d'honneur une valeur collective. Mais le plus connu de tous est, sans nul doute, Miguel de Cervantès. Né à Alcalá de Henares, il est l'auteur de Don Quichotte de la Mancha, le tout premier roman " moderne ". Il raconte l'histoire d'un aristocrate original, dont l'esprit s'est un peu égaré à force de lire des récits chevaleresques et épiques, et qui n'est plus capable de distinguer la réalité de la fiction, le vrai du faux. Cervantès relate les péripéties de cet homme à la fois rêveur et infortuné qui, accompagné de son fidèle valet Sancho Pança, tente de sauver le monde et récolte des coups. C'est une oeuvre critique et satirique, comique et amère, dont le héros à la fois irrite et touche le lecteur. Francisco de Quevedo y Villegas (1580-1645) se consacre, lui, essentiellement à la poésie burlesque et satirique ainsi qu'au roman picaresque. El Buscón est son oeuvre majeure. Ce sont surtout des auteurs cordouans qui sont à l'origine d'oeuvres littéraires de grande importance. Néanmoins, quelques-uns sont issus de Séville, comme Antonio Machado, l'une des figures du mouvement littéraire espagnol connu sous le nom de Génération de 98. Il mélange la rêverie mélancolique et raffinée à l'inspiration terrienne.

Vicente Aleixandre

Né à Séville le 26 avril 1898, il découvre la poésie grâce à Machado et Juan Ramon Jimenez en 1917, alors qu'il n'est encore qu'un adolescent. Ses premiers écrits sont publiés dans la Revista de Occidente, en 1926. Représentant de la Génération de 27, il obtient le prix national de littérature en 1935, avant d'être élu en 1949, membre de la Real Academia de la Lengua. Enfin, le prix Nobel de littérature lui est décerné en 1977. Il s'éteint à Madrid 7 ans plus tard, le 13 décembre 1984, laissant derrière lui des dizaines d'oeuvres comme Ambito (Espace), La Destrucíon, o el Amor (La destruction, ou l'amour), Sombra del Paraiso (Ombre du Paradis)...

Antonio Machado

" Il n'y a pas de chemin. Le chemin se fait en marchant. " Antonio Machado. Avec Federico García Lorca, il est certainement l'un des poètes espagnols les plus célèbres au monde, à la fois dramaturge et grand écrivain de la génération 1898. Né à Séville le 26 juillet 1875, il a connu une existence nomade, rythmée par ses aspirations personnelles et artistiques, ainsi que par l'évolution historique de l'Espagne. Après une enfance à Madrid, il accompagne son frère dans le milieu littéraire parisien, où il subira les influences de poètes comme Verlaine, Paul Fort et même Oscar Wilde. Après un voyage à Paris en 1899, il publie ses premiers poèmes dans la revue Electra ; en 1903, il publie Soledades (Solitudes). Plus tard, il suivra les cours de Bergson à la Sorbonne. Puis se lance tête baissée dans la poésie, tout en étant professeur de français ; c'est ainsi qu'il rencontre sa future épouse, Leonor Cuevas. Celle-ci lui inspire la première partie de son oeuvre, la plus heureuse. Mais elle meurt en 1912 et dès lors, Machado ne cesse de voyager. De Soria à Baeza, de Ségovie à Madrid, puis de Valence à Barcelone pour soutenir les républicains face au franquisme, il passe d'une poésie terrestre et passionnée à des écrits plus philosophiques et introspectifs. De 1926 à 1932, il compose avec son frère Manuel diverses comédies dramatiques couronnées de succès. Lorsque la guerre civile éclate, il offre sa plume engagée au peuple dans des quotidiens dont la célèbre Vanguardia de Barcelone. Affecté par l'exécution de Garcia Lorca et l'avancée du fascisme, il décide de quitter l'Espagne pour la France. Les conditions éprouvantes de cet exil ne lui permettront pas de dépasser Collioure où il meurt, le 22 février 1939. Louis Aragon le mentionne dans un de ces poèmes chantés par Jean Ferrat. En 1969, un autre artiste, espagnol cette fois, lui a dédié un album intitulé Dedicado a Antonio Machado, poeta. Parmi ses autres oeuvres, on peut citer : Soledades, galerías y otros poemas (1907), Campos de Castilla (1912), Poesías completas (1917), Nuevas canciones (1924), Poesías completas (1936), Juan de Mairena (1936). Traduit dans le monde entier, Antonio Machado est avant tout reconnu pour sa profonde humanité, la simplicité et l'expressivité de son vocabulaire au service de la sagesse.

Luis Cernuda

Moins connu, Luis Cernuda, né en 1902 à Séville, est un poète espagnol de la Génération de 27. Il se disait fasciné par les écrits de Gide qu'il dévorait. En 1938, il s'exile en Grande-Bretagne pour fuir le franquisme et restera 9 ans outre-Manche. Il sera lecteur d'espagnol avant de rejoindre les Etats-Unis, puis le Mexique qui deviendra sa terre d'attache jusqu'à sa mort en 1963. La poésie cernudienne est une poésie de la méditation, qui consiste en quatre étapes, selon Octavio Paz : les années d'apprentissage, la jeunesse, la maturité et le commencement de la vieillesse. Parmi ses poèmes, on compte : Un fleuve, Un amour (publié en 1929), La réalité et le désir, (1959), Les plaisirs interdits (1931), Poème pour un corps...

Cervantes, auteur de Don Quichotte

Considéré comme le fondateur du roman moderne avec l'une de ses oeuvres les plus connues, Don Quichotte de la Manche, Cervantes était aussi un poète et un homme de lettres, aussi audacieux et chaotique que son héros.

1547 : Naissance à Alcalá de Henares, près de Madrid.

1571 : Il perd l'usage de la main gauche lors de la bataille de Lépante pour arrêter l'expansion des Turcs.

1575 : Retour en Espagne à bord de la galère El Sol, piratée par les Barbaresques au large des Saintes-Maries-de-la-Mer. Il est emprisonné au bagne d'Alger pendant 5 ans.

1580 : Il est embarqué avec d'autres esclaves et son maître Hassan Pacha vers Constantinople, mais c'est in extremis que les pères trinitaires réussissent à le racheter pour 500 écus. Retour en Espagne.

1584 : Mariage avec Catalina de Palacios y Vozmediano.

1585 : Il publie Galatée (la première partie).

1587 : Il est commissionnaire pour le compte de Philippe II qui projette d'envahir l'Angleterre, Cervantès est alors chargé de saisir les récoltes afin d'approvisionner les galères et les équipages.

1597 : Accusé d'escroqueries, il est emprisonné dans la redoutable prison sévillane, alors installée dans la calle Sierpes. Il consacre les dernières années de sa vie à l'écriture, bénéficiant alors de la protection des ducs de Lerma et du comte de Lemos.

1605 : Publication de la première partie de Don Quichotte.

1613 : Publication de Nouvelles exemplaires.

1614 : Publication de Voyage au Parnasse.

1615 : Publication de Huit comédies et huit intermèdes nouveaux et de la seconde partie de Don Quichotte.

1616 : Il meurt deux jours après avoir rédigé la préface de sa dernière oeuvre, Les travaux de Persilès et Sigismonde.

Médias locaux

En Espagne, on peut distinguer globalement deux tendances : la nette suprématie des médias radio et télé sur la presse écrite. Et en ce qui concerne la presse écrite, il y a une nette domination de la presse régionale et locale sur les quotidiens nationaux.

Journaux de diffusion nationale

El País (www.elpais.com) : fondé en mai 1976, quelques mois après la mort de Franco, c'est un journal bien présenté et agréable à lire. Plutôt proche des socialistes, c'est le quotidien d'informations générales espagnol le plus vendu, il fait partie également des meilleurs journaux mondiaux. Le supplément Babelia, offert gratuitement avec le journal le samedi, traite des événements culturels.

ABC (www.abc.es) : la mise en page et le contenu sont conservateurs (et monarchistes !), mais le supplément culturel est plutôt bien organisé et complète la formule le dimanche.

El Mundo (www.elmundo.es) : c'est un tabloïd libéral, mais qui accueille régulièrement dans ses pages des points de vue à contre-courant. Se revendiquant journal d'investigation, il aurait plutôt tendance à mettre en valeur le sensationnalisme et les scandales au détriment d'informations fiables.

À côté de ces trois grands journaux auxquels on peut ajouter La Vanguardia (www.lavanguardia.com), quotidien matinal d'informations générales édité à Barcelone et diffusé sur l'ensemble du pays, Marca (www.marca.com) est le plus lu des quotidiens espagnols, avec plus de deux millions de lecteurs chaque jour. C'est LA référence en matière d'actualité sportive avec pas mal de football et un soutien inconditionnel au Real Madrid.

Quotidiens andalous

En Andalousie il y a plusieurs quotidiens disponibles ; leurs diffusions s'étalent localement sur une province, voire sur deux ou trois. C'est essentiellement les pages locales, le sport et beaucoup de faits divers (dont sont très friands les autochtones) qui priment ! Certains présentent de bonnes pages culturelles avec des agendas complets. A Séville comme dans d'autres grandes villes espagnoles des quotidiens gratuits comme 20 minutos (www.20minutos.es) sont présents.

Quotidiens Séville. Séville compte deux quotidiens importants : Le Diario de Sevilla (www.diariodesevilla.es), tiré à plus de 25 000 exemplaires, et ABC de Sevilla (www.abcdesevilla.es). Tous deux traitent de l'actualité internationale, espagnole, andalouse et sévillane, en particulier à travers les faits divers, le calendrier des manifestations, les rubriques sport et économie.

Autres journaux de la province de Séville : El Correo de Andalucia (www.elcorreoweb.es) - Estadio Deportivo (sportif : www.estadiodeportivo.com).

Journaux gratuits d'information

L'impression de qualité en Espagne coûte beaucoup moins cher qu'en France et pour la musique ou la culture, en général, plusieurs gratuits volumineux existent et perdurent en Andalousie. Bien entendu, dans une autre catégorie, Séville n'a pas échappé à l'arrivée de gratuits tels que 20 Minutos, Qué ! (www.que.es) et Viva (aussi dans les autres capitales de provinces andalouses : www.andaluciainformacion.es) alors que Metro a laissé tomber l'Espagne en 2009, faute de bons résultats.

20 minutos Sevilla. www.20minutos.es Il existe une version papier et une version en ligne. Similaire au journal 20 Minutes qui paraît en France.

Qué Hacer ? est un petit agenda culturel et de spectacles divulguant mensuellement les bonnes perspectives sur toute l'Andalousie, il est disponible dans les offices du tourisme de la Junta de Andalucía, c'est d'ailleurs Turismo Andaluz, le centre international du tourisme andalou, qui le finance.

Mercurio (Panorama de Libros en Andalucía : www.revistamercurio.es) est une très bonne revue littéraire mensuelle traitant notamment des auteurs andalous, éditée par la Fundación José Manuel Lara (www.fundacionjmlara.es), elle est disponible dans toutes les bonnes librairies de la région.

Para Vivir Andalucía est un magazine couleur en papier glacé qui couvre le domaine du tourisme en Andalousie (www.andaluciaeconomica.com), au sommaire des 6 numéros annuels : pleins feux sur des bonnes tables et des hôtels et gîtes de charme de la région ainsi que sur des musées, expositions, spectacles... Il comporte pas mal de publi-rédactionnels et un agenda culturel. Disponible en offices de tourisme.

Alma 100. Destinée aux amateurs de flamenco, cette revue mensuelle de Madrid est une mine d'informations distribuée à l'échelon national, elle se récupère dans les bons lieux d'inspiration flamenco : disquaires, lieux de programmation de spectacles et boutiques d'accessoires.

Gratuits culturels et touristiques

A Málaga, Grenade, Séville et Cordoue, on trouvera quelques gratuits touristiques et culturels, comme :

El Giraldillo. Ce petit guide est à Séville ce que l'Officiel des spectacles est à Paris, il traite de l'actualité culturelle. Il est mensuel et contient toutes les informations concernant les activités et les événements qui ont lieu pendant la semaine dans les cinémas, les théâtres, les restaurants, les bars, les salles de spectacle, les expos etc. El Giraldillo (www.elegirhoy.com) donne en plus les adresses de tous ces lieux... Indispensable.

A Séville et dans toute l'Espagne, le guide agenda culturel dynamique, au petit format, La Guia Go (www.laguiago.com) s'est vite développé avant de réduire sa voilure.

Flama (www.guiaflama.com) est un agenda se revendiquant, quant à lui, comme le premier guide de flamenco de Andalucía.

Presse francophone

Dans les aéroports, les grandes villes et les principaux centres touristiques, avec un retard variable, on peut se procurer facilement la presse internationale, avec bien entendu une partie des quotidiens (Le Monde...) et des magazines francophones (français, mais aussi belges et suisses).

Radio

Les stations de la Radio Nacional de España, l'équivalent de Radio France, sont d'excellente qualité ; elles émettent notamment sur la bande FM (et même sur le Net : www.rtve.es), et leurs programmes sont rarement entrecoupés par de la pub. Radio 1 recherche la proximité avec l'auditeur, Radio Clásica possède de très bons programmes de musique classique et flamenco tandis que Radio 5 " Todo Noticias " est une radio d'informations en continu. Mention spéciale pour la très plaisante Radio 3 (Radio Tres) qui possède une programmation érudite irréprochable : pop, rock, rock espagnol, musiques du monde ou jazz et émissions culturelles. Elle couvre régulièrement, en direct, de nombreux festivals.

A Séville, une multitude de radios locales couvrent la bande FM de divers programmes allant de la diffusion des derniers éxitos (tubes), de mix de techno commerciale (bakalao), d'émissions pluralistes en passant par des cours de cuisine ou d'histoire du terroir ou grâce à des grilles indépendantes et pluralistes. Parmi tout cela, on pourra distinguer par exemple : Cadena Ser (www.cadenaser.es), radio nationale très influente, pluraliste, informative et d'opinion, elle émet en Andalousie grâce à ses locales ou à des relais sur différentes antennes ; Radio Andalucía Información, une radio type France Info, création de la RTVA (Radio y Televisión de Andalucía : www.canalsur.es) ; Los 40 Principales (www.los40.com) et Cadena Dial (www.cadenadial.com), deux robinets à tubes, nationaux commerciaux tandis que Cadena 100 (www.cadena100.es), Onda Cero (www.ondacero.es) et Europa Fm (www.europafm.com), cette dernière destinée à un public plus jeune, possèdent des programmations plutôt conventionnelles.

Canal Fiesta Radio. www.canalsur.es Pour écouter de la pop music et de la musique de variété. Une radio du groupe Canal Sur Andalucia. A écouter sur le 103.9 FM. Radio Canal Fiesta (avec toujours des bons slogans " tu musica guapa, tu fiesta ! ") est très dépaysante et bien plaisante avec sa programmation vivante colorée et festive faisant la part belle aux artistes andalous et à la musica latina, les matinales Anda Levanta (de 7h à 11h du lundi au vendredi) et surtout Fórmula Fiesta (de 11h à 14h en semaine) avec Api Jiménez sont de véritables fontaines de vitamines pour toute la journée ! Muy bien, guapa, quelle énergie !

Canal sur radio. www.canalsur.es - Pour écouter les informations et un programme musical éclectique. Cette radio est régionale. A écouter aussi sur 105.1 FM.

Radios Betis. www.realbetisbalompie.es La radio pour connaître toute l'actualité sport de Séville. Egalement sur 89.5 FM.

Radio Polis. www.radiopolis.org. Une radio à la couleur citoyenne des plus sympathiques, calez-vous sur le 98,4 Mhz.

À noter : le son sympa de Rock Fm (au format pop-rock, sur le 105,7 Mhz : www.rockfm.fm sur) qui s'apprécie à petites doses. Plus intéressante, Radio Olé émet aussi à l'échelle nationale et ne diffuse que de la musique 100 % espagnole, jugée ringarde ou réac' pour certains, Radiolé (à Séville sur le 101,5 Mhz - www.radiole.com) diffuse cependant beaucoup de bons flamencos, de tubes et de bonnes vieilles kitscheries. Flamenco Radio (100% flamenco : www.flamencoradio.com) n'émet, hélas, que sur le net mais elle est parfois présente dans les bouquets du téléviseur de votre hôtel.

Télévision

Au plan national, les deux chaînes publiques sont TVE1 et TVE2 (www.rtve.es), et les trois chaînes privées : Antena 3 (www.antena3.es), Tele Cinco (www.telecinco.es) et Canal Plus (comme en France, elle est payante, mais diffuse quelques programmes en clair - www.plus.es), sans parler de toutes les chaînes de la TDT (TNT). Selon les chaînes, les bulletins d'informations sont présentés entre 14h30 et 15h30 et à partir de 20h30 ou 21h en soirée. Malgré quelques émissions créatives pertinentes, un ou deux ciné-clubs assez courageux et quelques documentaires bien sentis, la qualité des programmes est assez décevante et, ce, même avec l'arrivée de la télévision digitale (numérique) terrestre... et l'originalité assez rare ! De nombreuses émissions sont des formules importées, depuis les sitcoms d'Amérique latine jusqu'aux valeurs sûres pour faire de l'audience que constituent les jeux (équivalents du Maillon faible ou de Qui veut gagner des millions ?, etc.). La real TV fait aussi un malheur en Espagne et en Andalousie avec notamment Gran Hermano (équivalent de Big Brother et du Loft) qui cartonne bien. Le prime time est souvent squatté par de bonnes vieilles grosses ficelles représentées par un grand nombre d'émissions de variétés et de talk-shows. Avec un relatif succès, Canal Plus (prononcez Canal Plou, à l'andalouse !) a également adapté au goût espagnol ses programmes français, en créant, au début, une certaine dynamique qui s'est un peu, hélas, essoufflée. Les deux chaînes régionales que l'on peut recevoir sur la majorité du territoire andalou sont Canal Sur et Canal 2 Andalucía, les deux dépendantes de la RTVA (Radio y Television de Andalucía : www.canalsur.es), Canal 2 présente une programmation légèrement plus ambitieuse. A surveiller les plateaux de variétés et flamenco de choix ou les documentaires touristiques sur des zones précises de la région.

Presse et radios locales accordent assez peu de place à l'actualité internationale et se consacrent principalement à la retransmission d'événements locaux, comme les fiestas et ferias, les corridas et les compétitions sportives. Les amateurs de football sont ravis de voir en direct la plupart des matchs de Division 1 avec Málaga CF, FC Séville, Real Betis ou Granada CF ou parfois de D2 avec Unión Deportiva Almería, Recreativo de Huelva, Deportivo de Xerez et Córdoba C.F.. Certaines chaînes locales diffusent en continu un enchaînement particulièrement redoutable de télé-achat, de voyance en direct, de shows érotiques exotiques ou films porno hard qui précèdent la mire du petit matin. Certains hôtels, dont les chambres sont pourvues de téléviseurs, reçoivent aussi, par satellite, des chaînes en diverses langues, dont la francophone TV5 ou parfois même notre chère Arte.


ADN
Musique
Spectacle de flamenco à El Patio Sevillano.
Spectacle de flamenco à El Patio Sevillano.

A partir du XIe siècle, la Reconquête favorise le développement d'une large production musicale d'inspiration principalement religieuse. Au XVIe siècle, la guitare à six cordes doubles devient l'instrument d'accompagnement par excellence et remplace progressivement le luth et l'orgue. En 1648, Calderón de la Barca crée la zarzuela, un spectacle musical alternant ballet, chant et dialogue. On peut encore en voir des représentations à Madrid. Le flamenco a vu le jour dans le sud de l'Espagne, en Andalousie. Le cante jondo, ce " chant profond " des gitans avec de grandes variations de tons et de voix, ne peut qu'émouvoir ses auditeurs. L'interprète le plus connu reste probablement Camerón de la Isla, disparu à l'âge de 40 ans en 1992, à qui l'on rend toujours hommage et que l'on continue à écouter dans toute la Péninsule. La sévillane est la danse des ferias, elle revêt un aspect plus commercial que le flamenco. A cette occasion, on installe des tablaos (estrades) dans les rues et les femmes, vêtues de superbes robes colorées à volants, évoluent sur la piste, telles de grands papillons multicolores.

Le flamenco

Originaire de Basse-Andalousie, à l'intérieur du triangle historique (Málaga, Cadix, Séville), et existant sous sa forme actuelle depuis le XVIIIe siècle, le flamenco est issu de la fusion entre la culture des gitans venus d'Inde et celle du monde andalou. Les trois éléments qui caractérisent à présent cet art sont le chant, la guitare et la danse, accompagnés de la rythmique des palmas (battements de mains) et des battements de pieds des danseurs auxquels peuvent s'ajouter les rythmes des caiones (caisses en bois - à l'origine des caisses à savon - sur lesquelles sont assis les percussionnistes). Hymne à la vie qui ressuscite et restitue la tragédie ancestrale des descendants des trois peuples opprimés - gitan, juif et arabe -, le flamenco est à la fois une force intérieure et une façon de vivre. Selon les rythmes et les régions sont apparus différents types de chants (palos flamencos), les plus connus s'appelant bulería, soleá, alegría, fandango, jaleo... A Séville, le flamenco fait partie intégrante du quotidien. La ville compte de nombreuses boutiques spécialisées, artisans luthiers, écoles... Pour assister à un spectacle authentique, nous vous conseillons de lire la presse locale ou de regarder les affiches dans les rues. Pour la danse flamenca, consultez les programmes des théâtres municipaux andalous, qui programment en général de très bons spectacles dirigés par des chorégraphes inspirés. Le flamenco évolue, s'institutionnalise en pénétrant dans les théâtres, s'égare parfois dans des cabarets touristiques, et ne cesse de se régénérer grâce, notamment, à l'apport d'autres styles musicaux (jazz, rock, musique latino-américaine...).

Les grands noms du flamenco

Agujetas. Né à Rota (Cadix) en 1939 et décédé en décembre 2015, cet ancien forgeron est considéré, avec Chocolate, comme faisant partie des derniers défenseurs du chant ancien et de la tradition orale.

Vicente Amigo. En voyant en Vicente Amigo la relève de la guitare flamenca, Paco de Lucía l'avait lui-même adoubé. Un hommage qui a largement contribué à faire de ce jeune musicien la nouvelle étoile montante du genre. Né en 1967 à Guadalcanal, dans la province de Séville, son apprentissage de la guitare flamenca commence dès l'âge de huit ans. Son enseignement de la rigueur, notamment avec Merengue de Cordoba, lui permet de côtoyer les plus grands : Luis de Cordoba, El Pele, José Mercé, et même Camarón de la Isla. Sans forcément chercher à rompre avec la tradition, il a su imposer un flamenco ouvert à diverses influences (jazz). En 1991, son premier album De mi corazón al aire (Du fond de mon coeur vers l'air libre) connaît une distribution internationale. Pour autant, l'artiste reste humble et utilise sa musique pour faire connaître d'autres artistes (chant, danse, percussions...). En 1995 il enregistre un album avec Paco de Lucía. Sorti en 2005 après cinq ans d'absence, Un momente en el sonido a été très bien accueilli par la presse et le public. Son dernier album Tierra est sorti en 2013.

Camarón de la Isla. Originaire de San Fernando (Cadix), son surnom de " crevette " lui venait de son teint pâle et de son aspect assez fragile. En lutte avec une terrible maladie (un cancer du poumon), ce chanteur a, hélas, disparu prématurément, en 1992 à l'âge de 41 ans, ce qui a fait de lui une véritable légende vénérée dans toute l'Espagne. Ses disques accompagnés par Paco de Lucía ou Tomatito sont de grands moments.

Lola Florès. Dolores Florès Ruiz est née à Jerez de la Frontera en 1923. Elle aura mérité tous ses surnoms, et particulièrement celui de " fille de feu ". L'artiste fait figure de mythe dans la culture espagnole, grâce à son indéniable palette de talents ; elle est à la fois chanteuse, danseuse et actrice. C'est avec Manolo Caracol, chanteur de flamenco, qu'elle s'ouvre les portes de la renommée. Son répertoire s'étend du flamenco à la romance mexicaine en passant par la rumba et toutes les tendances latines qui s'intégrent au folklore espagnol. Sa popularité prend très vite une tournure nationale puis internationale grâce à la diffusion de son art par le cinéma dès 1939. La vie de Lola Florès défraie la chronique. Elle aura trois enfants avec son mari, Antonio Gonzales, un danseur de rumba, connu sous le pseudonyme " el Pescadillo ". Mais Lola multiplie les aventures et les écarts de conduite, sa vie est étalée aux yeux de tous. Son comportement lui vaut des attaques acerbes des puristes du flamenco. Mais rien ne parviendra à émailler sa popularité. Ay Pena, penita, pena, la Zazamora, Ay Mamasita, Ole mi torero, sont autant de succès qui font désormais partie du folklore espagnol. Elle meurt en mai 1995.

Cristina Hoyos. L'artiste a voulu " suivre l'évolution du temps sans oublier les racines ", avoue-t-il au cours d'une interview. Cristina Hoyos, née à Séville le 13 juin 1946, est aujourd'hui une danseuse de renommée internationale. Son art est avant tout celui du flamenco, mais une ouverture constante dynamisée par des rencontres d'artistes divers, l'a amenée à renouveler les formes, les pas et les gestes de cette danse traditionnelle. A douze ans, elle intègre sa première compagnie ; à dix-huit ans, elle se fait remarquer à la foire internationale de New York pour sa prestation au Teatro del Pabellon. Séduit, le grand Antonio Gades l'engage dans sa compagnie en 1969. Cette collaboration lui apporte le succès en 1974 avec Bodas de sangre (Noces de sang), un ballet inspiré du drame de Federico García Lorca. Plus tard, cette oeuvre fera le tour du monde grâce au film de Carlos Saura. Cristina Hoyos apparaît dans plusieurs de films dont Carmen, puis L'Amour sorcier. A l'aube des années 1990, l'artiste monte sa compagnie et s'entoure de jeunes danseurs qui apportent du sang neuf au flamenco. Une rencontre avec Jérôme Savary la mène à Paris pour la pièce chorégraphique Al Compas de Tiempo, puis elle monte en 2002 l'ambitieux et onirique ballet Tierra Adentro. Elle a récemment dirigé un spectacle protéiforme (poésie, chansons, ballet) tiré de l'oeuvre de García Lorca, El Romancero gitano. En 2006, Séville a ouvert un Museo del Baile Flamenco Cristina Hoyos (avec école de danse et boutique), situé entre la cathédrale et les Reales Alcázares. Un juste retour des choses pour celle qui s'impose comme la mémoire vivante d'un art en constante évolution.

Paco de Lucía. Peut-être le plus grand artiste flamenco. Cet enfant d'Algésiras, dans la province de Cadix, a choisi les chemins de traverse pour exprimer son naturel inquiet et son souci de perfection. Ce grand guitariste a su, dans les années 1970, donner un nouveau souffle au flamenco en lui apportant des touches de jazz, et c'est un peu grâce à lui que cette musique a pu pénétrer dans certaines parties du globe. C'est au Mexique qu'il est mort en février 2014.

José Mercé. Ce chanteur, issu d'une famille du barrio de Santiago à Jerez (l'un des deux quartiers flamencos historiques de la ville), connaît un énorme succès en Andalousie. Un artiste qui sait se remettre en question et qui propose régulièrement de nouvelles voies malgré des derniers albums un peu un ton en dessous. Ses albums incontournables : Del Amanecer (1998) avec Vicente Amigo, Aire (2000), Lío (2002), Grandes Éxitos (2007), Ruido (2009) ou Mi única llave (2012).

Antonio Molina. Ce chanteur de flamenco, né à Málaga en 1928, fut l'idole des Espagnols dans la deuxième moitié du XXe siècle. Sa carrière fut longue, mais ses années de splendeur furent brèves : son extraordinaire voix se mit rapidement à montrer des signes de faiblesse. Antonio Molina est mort à Madrid en 1992. Aujourd'hui, sur ses huit enfants, cinq sont des artistes. L'actrice Angela Molina, née à Madrid en 1955, est considérée comme la grande étoile du clan : elle a tourné notamment avec Buñuel et Almodóvar (dans En chair et en os, en 1997, et dans Etreintes brisées, en 2009), et a exercé ses talents de chanteuse à la voix cassée dans les années 1980 (dont un duo avec Georges Moustaki).

Enrique Morente. Né à Grenade en 1942, mort à Madrid le 13 décembre 2010. Contemporain d'El Lebrijano, il compte parmi les plus grands chanteurs. Après des débuts dans la plus pure tradition, il est devenu un touche-à-tout très critiqué pour sa vision moderne et expérimentale d'un flamenco cold wave. Parmi ses derniers chefs-d'oeuvre : Omega (1996), Morente - Lorca (1998), El pequeño reloj (2003), Morente sueña la Alhambra (2005) ou Pablo de Málaga (2008). Nota : avant de voler de ses propres ailes, sa fille, la brillante chanteuse Estrella Morente a participé souvent à ses enregistrements.

La Niña de los Peines, de son vrai nom Pastora Pavón Cruz. Cette Sévillane née en 1890 est considérée comme l'une des plus grandes voix du flamenco. Une statue a d'ailleurs été érigée en son honneur un an avant sa mort, témoignant de l'admiration et de la popularité dont elle jouissait. Même si elle débuta à Séville, elle s'exila rapidement à Madrid et Bilbao, avant de partir sur les routes espagnoles accompagnée d'Antonio Chacón.

Niño Ricardo. Né à Séville en 1904, de son vrai nom Manuel Serrapí Sánchez, il reste indubitablement pour les experts le meilleur guitariste accompagnateur de tous les temps. Tout au long de sa carrière, il accompagnera les grands de la chanson et de la danse avec un don inné pour trouver la note juste, à chaque interprétation. Paco de Lucía disait de lui : " Ricardo a été notre maître à tous, de Sanlúcar, de Serranitos, de tous. Il était à l'époque le meilleur, le pape de la guitare. Alors nous autres, jeunots, nous nous identifions à lui et essayions de l'imiter ". Ricardo est mort en 1972 après avoir marqué à jamais l'histoire du flamenco.

Tomatito, de son vrai nom José Fernández Torres, est un guitariste de flamenco né à Almería en 1958. Fils de José Fernández Castro, " El Tomate ", Tomatito fait ses débuts à 10 ans seulement comme guitariste accompagnateur à la Peña el Taranto de Almería. Il a enregistré des disques comme soliste, et a joué avec Paco de Lucía. Il a accompagné le chanteur Camarón de la Isla pendant les 18 dernières années de celui-ci. Il se produit régulièrement sur la scène internationale, dans tous les festivals de flamenco (et notamment à l'occasion de la Bienal del Flamenco de Séville). Parmi ses albums on peut citer : Spain again (2006), Sonanta Suite (2010) et Soy Flamenco (2013).

Discographie

Pepe de la Matrona, Manolo Caracol, El Agujeta, la Perla de Cádiz, Camarón de la Isla, Sabicas, etc. Collection Grandes figures du flamenco (chant du Monde - Harmonia Mundi).

Agujetas, Agujetas en Paris (Ocora).

Vicente Amigo, De Mi Corazón al Aire (Columbia).

Camarón de la Isla, Antología (1969-1992) (Polygram Mercury).

Juaneke, Linaje (Ibérica/Harmonia Mundi).

Carmen Linares, La mujer en el cante (Mercury).

Paco de Lucía, Solo Quiero Caminar (Mercury).

José Menese, El viento solano (Fonomusic).

José Mercé con Vicente Amigo, Del Amanecer (Virgin).

Enrique Morente, El Pequeño Reloj (Virgin).

La Niña de los Peines (Planet Records).

Tomasa La Macanita, Flamenco vivo (Auvidis).

Tomatito, Paseo de los Castaños (Universal) et Sonanta Suite.

Bibliographie

Histoire du flamenco : Éloge de l'éclair de Guy Bretéché, éd. Broché, 2008

Le Flamenco et ses valeurs de Frédéric Deval, éd. Editions Aubier, 1989.

Le Flamenco de Antonio Gades, éd. Albin Michel, 1984.

Flamenco de Bernard Leblon, éd. Actes Sud, 1995.

Flamencos de René Robert, éd. Syros, 1993.

Agenda spectacles

Flama - La Guía de Flamenco - www.guiaflama.com. Petit magazine gratuit avec la programmation des concerts, des spectacles flamencos en Espagne.

Sur Internet

De nombreux sites Internet se proposent de nous documenter sur le flamenco, ses acteurs (avec fiches détaillées et discographies) et événements phares. Certaines de ces vitrines font aussi office de boutique en ligne.

www.andalucia.org/flamenco/

www.bienal-flamenco.org

www.deflamenco.com

www.malagaenflamenco.com

Itinéraires de flamenco à Séville

Sous le nom de " Séville, un río de flamenco ", en référence au Guadalquivir unissant Cadix et Séville et point de circulation de nombreux flamencos, la ville propose de partir à sa recherche, au travers de trois itinéraires.

Triana. Au XVIIIe et XIXe siècles, Séville était la capitale du sud de l'Espagne et encore le grand port de liaison avec les Amériques. Au pied du Guadalquivir, ce quartier a été le berceau mais aussi le creuset du flamenco, point d'arrivée et de départ des différents courants. Une route en 9 points fait mieux comprendre ses origines, en passant notamment par le Pont de Triana, le monument au flamenco, mais aussi l'hôtel Triana ou la maison natale de Mathilde Coral.

La Alameda de Hércules. C'est aux alentours du boulevard de La Alameda de Hércules que l'ambiance bohème flamenca s'est installée au début du XXe siècle. Quartier où sont aussi nées nombre des figures les plus importantes du flamenco et qui a vu la création de première école de danse. Un circuit en 13 étapes permet de découvrir le lieu où s'est épanoui l'âge d'or du flamenco via la maison natale de Niño Ricardo et de nombreux colmaos, cafés où se chantait le flamenco.

Centro, Santa Cruz, El Arenal. Ce dernier parcours en 27 étapes donne à voir la facette la plus commerciale du flamenco, tout au long de son histoire. En passant par les artères plus commerciales et de nombreux bars et cafés, il permet de comprendre la fonction du café cantante, comme première scène du flamenco, avant les tablaos actuels.

Informations : office du tourisme.

Peinture et arts graphiques
Musée des Beaux-Arts.
Musée des Beaux-Arts.

La peinture sévillane, soumise à diverses influences, tant flamandes qu'italiennes, s'illustre entre les XVIe et XVIIe siècles, son âge d'or. Parmi les artistes ayant grandement contribué à la renommée de la peinture espagnole, il faut citer Velásquez, Murillo et Zurbarán.

Au Xe siècle, les manuscrits enluminés des moines mozarabes sont les premières manifestations connues de la peinture espagnole. Aux XIe et XIIe siècles, les peintures murales se répandent dans les églises : elles n'offrent aucune perspective et les attitudes des personnages sont raides, mais les détails réalistes en font des créations typiquement espagnoles.

Aux XIVe et XVe siècles, à l'époque gothique, les artistes qui travaillent sur les retables des églises et des cathédrales sont influencés par la peinture italienne, française et flamande. Au musée de Valence, on peut voir des oeuvres remarquables de Ferrer Bassá (1285-1348). En Castille, aux XIVe et XVe siècles, les influences françaises, puis italiennes sont grandissantes : on étudie la perspective et on glorifie le corps humain. A Valence, Fernando de Llanos introduit la technique de Léonard de Vinci. Au XVIe siècle, Dhominikos Theotokopoulos, dit El Greco, peint sur ses tableaux de longues silhouettes aspirées vers le haut, créant ainsi un espace infini.

Diego Rodríguez de Silva y Velázquez, né en 1599, est le peintre du siècle d'or par excellence. Il exécute les portraits de la famille royale. Le tableau Las Meninas, exposé à Madrid au Prado, est son oeuvre majeure, équivoque et surprenante.

Francisco de Goya, né en 1746, met son talent au service de ses opinions politiques. Ainsi, son tableau intitulé Le 3 mars 1808, exposé au Prado, condamne l'invasion de l'Espagne par les troupes napoléoniennes.

Bartolomé Esteban Murillo

Peintre du siècle d'or espagnol né à Séville en 1618, mort à Cadix en 1682. Dès son plus jeune âge, et jusqu'en 1639, il suit une formation artistique en entrant dans l'atelier de Juan del Castillo. A partir de 1639, date à laquelle il prend son indépendance en ouvrant son propre atelier, il lui faut attendre 7 ans pour connaître ses premiers succès, grâce notamment à la commande de onze toiles qu'il avait élaborées pour le petit cloître des franciscains à Séville (tableaux que l'on retrouve à Paris, Madrid, Dresde...). Les experts s'accordent à dire qu'il a longtemps subi l'influence d'artistes tels que Francisco Ribalta, Jusepe Ribera ou Alonso Carno. En 1655, lors d'un voyage à Madrid, il étudie la collection royale et c'est à partir de ce moment-là qu'il compose ses tableaux de manière plus structurée et plus complexe. La plupart de ses oeuvres s'inscrivent dans le domaine religieux (il a effectué de nombreux retables) représentant des scènes de vie, celles des saints notamment. En 1660, il fonde l'Académie des beaux-arts. A Séville, on peut encore admirer dans la cathédrale sa Vision de Saint-Antoine, et au musée de Séville, l'Immaculée Conception. Au musée du Louvre se trouvent quelques-uns de ses chefs-d'oeuvre : la Cuisine des anges, la Naissance de la vierge, et au Prado : l'Adoration des bergers, la Sainte Famille et l'Apparition de la Vierge à saint Ildefonse. A la National Gallery de Londres, se trouve notamment la Trinité. Il meurt à Cadix des suites d'une chute du haut d'un échafaudage alors qu'il peignait un retable dans l'église des frères capucins. Sa dépouille se trouve sous la plaza Santa Cruz, à l'endroit où se dresse la croix de la Cerrajeria.

Diego Velásquez

Diego Rodríguez de Silva y Velázquez, dit Diego Vélasquez, est un peintre du siècle d'or espagnol né à Séville en 1599 et mort à Madrid en 1660.

Il est célèbre pour ses portraits de la cour du roi Philippe IV. Il était également courtisan, architecte, décorateur, collectionneur et administrateur. Il est généralement considéré, avec Francisco Goya et Le Greco, comme l'un des plus grands artistes de l'histoire espagnole. Son style, tout en restant très personnel, s'inscrit résolument dans le courant baroque de cette période. Ses deux voyages en Italie, attestés par les documents de l'époque, eurent un effet décisif sur l'évolution de son oeuvre. Diego Vélasquez est l'auteur de nombreux portraits représentant la famille royale espagnole, de grands personnages européens et des gens du commun paysan, tisserand, porteur d'eau, nain... mais il est aussi l'auteur de compositions mythologiques et religieuses. Son art a atteint son sommet en 1656 avec la réalisation de Les Ménines, son chef-d'oeuvre universellement réputé. Son influence artistique est considérable dès le XVIIe siècle. A partir du premier quart du XIXe siècle, le style de Vélasquez fut pris pour modèle par les peintres réalistes et impressionnistes, en particulier Édouard Manet. Au XXe siècle, Francis Bacon, Pablo Picasso et Salvador Dalí ont rendu hommage à Vélasquez en recréant plusieurs de ses oeuvres les plus célèbres.

La famille Herrera

Francisco de Herrera l'Ancien. Né à Séville en 1585, mort à Madrid en 1657. Il est à la fois peintre et graveur. Les gravures flamandes du XVIe siècle influencent son oeuvre, comme en atteste sa toile de l'Apothéose de saint Herménégilde (qui se trouve au musée de Séville). L'intensité expressive qui se dégage de quatre autres de ses toiles renvoie, selon les historiens, au caractère colérique de l'artiste. Pour l'anecdote, Herrera fut, pendant un temps, faussaire.

Francisco Herrera le Jeune. Fils de Francisco l'Ancien, né à Séville en 1622 et mort à Madrid en 1685. Eduqué artistiquement par son père, il le quitte rapidement pour séjourner à Rome où il réside jusqu'en 1655, date à laquelle il retourne au pays pour prendre la fonction de directeur de l'Académie de Séville et premier artiste à la cour de Charles II. Dans la cathédrale de Séville, on peut notamment admirer L'Adoration du Très Saint Sacrement (1656).

Francisco Zurbarán

Né à Fuente de Cantos en 1598, mort à Madrid en 1664. Zurbarán a joué un grand rôle à Séville dans la mesure où il a peint plus de vingt toiles pour le couvent dominicain de San Pablo et Real (l'actuelle Santa Magdalena). On peut toujours y admirer à loisir l'Apparition de la Vierge au moine de Soriano. Quant aux figures de Saint-Grégoire, Saint-Ambroise et Saint-Jérôme, elles se trouvent au musée provincial. Dès 1629, de retour à Séville après un séjour en Estrémadure, il devient l'artiste, l'interprète et l'artisan des puissants ordres monastiques de la ville : jésuites, franciscains... C'est grâce à l'appui de son compère Vélasquez qu'il part séjourner à Madrid et y effectue les dix toiles représentant les travaux d'Hercule. Il a aussi peint des portraits tel celui de Sainte Dorothée, exposée au musée de Séville. Il meurt à Madrid en 1664 alors qu'il se trouve dans une situation financière difficile et plutôt isolé du cercle des peintres de l'époque.

Alejo Fernández

Ce peintre espagnol d'origine allemande est né en 1475 et mort à Grenade en 1546. Fernández est formé dans le style hispano-flamenco et à la technique de la peinture de la Renaissance italienne, en particulier celle des écoles du Nord, comme la Lombardie et Ombrie. Son style marque une période de transition de la peinture de la Renaissance ; au cours des dernières années de sa carrière il subit l'influence du maniérisme. La personnalité de ce maître est parfois confondue avec ses partenaires et imitateurs. Il a oeuvré à Cordoue avant de s'installer à Séville en 1508 où il devient un membre éminent de la première école de peinture de la ville. Il est, entre autres, l'artiste qui a signé la Virgen de la Antigua réalisée pour le Colegio de Maese. Dans la cathédrale de Séville, on peut admirer quatre de ses tableaux effectués pour l'autel.

Juan Valdés Leal

Né à Séville en 1622 et mort en 1690. Peintre tourmenté dans sa vie comme dans ses oeuvres, il se caractérise par un style souvent macabre. Les impressionnantes allégories funèbres de l'Hospital de la Caridad de Séville (1672) en sont la preuve illustre. On peut admirer In Ictu Oculi, à gauche de la porte d'entrée en entrant dans la chapelle de la Caridad, et à droite Finis gloriae mundi représentant une crypte où cohabitent chouette, chauve-souris et cadavres. Les deux tableaux, pleins de symboles, sont une commande de Don Miguel de Mañara qui a confié la première partie de la décoration à Leal tandis que la seconde partie fut confiée à Murillo. Valdés Leal est considéré, au même titre que Murillo, comme l'un des génies de la peinture espagnole du XVIIsiècle.

Bibliographie sélective

Pour ceux qui ont la chance de lire l'espagnol, voici quelques ouvrages intéressants :

Historia del arte en España de V. Bozal, Madrid, 1972.

Breve historia de la pintura española de E. Lafuente Ferrari, Madrid, 1953

Diego Velázquez de J. Gallego, Barcelone, 1983. Mais aussi Visión y simbolos en la pintura española del siglo de Oro, Madrid, 1984.

Velázquez y el espiritu de la modernidad de J. A. Maravall, Madrid, 1987

Pintura barroca en España, 1600-1700 de Perez Sanchez et Alfonso Emilio, Madrid, 1992

Juan de Valdés Leal de E. Valdivieso, Séville, 1988.

Également, en français : L'Art en Espagne du royaume wisigoth à la fin de l'époque romane de P. Palol, éd. Flammarion, 1967.

Sculpture
Casa de Pilatos.
Casa de Pilatos.

Les principales découvertes de l'art préhistorique de la culture ibérique ont été trouvées aux environs de Porcuna en 1975. Il s'agit d'un groupe sculptural de plus de quarante statues qui, semble-t-il, ornait des monuments funéraires.

L'influence grecque

On détecte une grande influence grecque dans ces statues, qui constituent un bel exemple du raffinement de la culture ibérique et de son hellénisation au Ve siècle av. J.-C. Quand vient ensuite la période romaine, les artisans hispaniques locaux se sont grandement inspirés des modèles romains donnant naissance à des objets hispano-romains. Les images étant au coeur de la société romaine pour représenter les divinités et orner des monuments funéraires ou développer l'art triomphal, elles ont impulsé une réelle révolution dans la Péninsule. On pourra donc voir au musée archéologique de Séville un buste de marbre datant du IIe siècle, il s'agit de celui de Méléagre, ou encore la sculpture de Trajan, datant vraisemblablement du milieu du Ier siècle et retrouvée non loin d'Itálica, dans les thermes de Los Palacios. Au même musée, on peut également admirer la Vénus d'Itálica, un marbre blanc de 211 cm, datant de l'époque d'Hadrien. C'est à l'époque de l'art wisigoth qu'est introduite la sculpture de frises décoratives à l'intérieur des églises. Ces frises sculptées d'oiseaux ou de végétaux sont fines et incisives.

La sculpture romane

Ce n'est que dans le premier quart du XIe siècle qu'apparaissent les premiers essais décoratifs de façades. C'est alors la réapparition des figures humaines, les images ont pour fonction d'embellir façades et cloîtres mais aussi d'être didactiques et pédagogiques. Les sculptures, en marbre ou en pierre, de saints, disposées sur les colonnes, sont ce que nous appellerons un peu plus tard les statues-colonnes. Durant le XIIe siècle, les monuments funéraires tiennent une place importante dans la création romane. Les tombeaux sont inspirés de sarcophages et ornés délicatement ; les artisans sont d'ailleurs les mêmes que ceux qui sculptent les façades et les chapiteaux. Pour ce qui est de la sculpture romane sur bois, elle a longtemps représenté le Christ sur sa croix et la Vierge Marie. Ces sculptures appartiennent au mobilier liturgique d'une église. L'art roman est souvent un reflet fidèle de la vie aussi bien politique et sociale que religieuse de cette époque. On peut voir notamment une superbe collection de sculptures romanes dans l'enceinte de la Casa de Pilatos. Mais l'art gothique avance à grand pas, il intervient pendant le XIIe et une partie du XIIIe siècle, entre autres, lors de la construction des cathédrales (Burgos, Tolède...). Les premières sculptures gothiques apparaissent en France avec la cathédrale de Chartres et celle de Saint-Denis. L'art gothique a pour caractéristique un jeu complexe de courbes et de contre-courbes. En Espagne, et particulièrement à Saint-Jacques-de-Compostelle, maître Mathieu avait laissé une grande liberté à ses personnages et ce sont principalement les drapés qui ont été influencés par l'Ecole française.

L'influence italienne

La construction de la cathédrale de Séville, qui remplace la mosquée et qui débuta en 1401, rejoint les chantiers des cathédrales de Tolède et de Burgos. En 1432, le choeur est commencé, et c'est à cette période que Séville peut s'enorgueillir de devenir le centre important de sculpture, lorsqu'en 1467 Lorenzo Mercadante de Bretagne intervient dans les portails en sculptant ses façades principales. Il influencera par la suite un grand nombre d'artistes dans ce domaine. Vers la fin du XVe siècle et le début du XVIe siècle, l'influence italienne prédomine face au gothique, et les styles, puisés dans l'art mudéjar et dans le gothique tardif, donnent naissance à un style éclectique " caractérisé par l'absence de paradigme ", comme se plaisent à le dire les auteurs de L'Art espagnol, ouvrage collectif dirigé par Xavier Barral i Atlet.

Le style baroque

Le parcours artistique du baroque espagnol remonte, selon certains historiens, au début du règne de Philippe III en 1599 pour s'achever en 1752, date de la fondation de la Real Academia de San Fernando. Sans se détourner des productions italiennes et donc des influences qu'elles ont engendré sur les artistes espagnols, on peut affirmer que la présence d'un roi d'origine française (Philippe V) a détourné pendant une certaine période le regard sur la production artistique française. Néanmoins, les influences étrangères sur la sculpture ont été moins importantes que dans les autres domaines. Ainsi la sculpture de style baroque se concentre sur les statuaires en bois ; elle est le résultat de cinq écoles : Valladolid, Grenade, Séville, Murcie et Catalogne. Quelques noms sont à distinguer :

Juan Martinez Montañez. Né à Alcala la Real en 1598 et mort à Séville en 1649. Considéré comme le maître de la sculpture sur bois, il répond au surnom de " Dieu du bois ", décerné par ses contemporains. Juan Martinez Montañez est un sculpteur qui a marqué son époque par le réalisme, l'équilibre et la sérénité qui animent ses oeuvres. On peut admirer l'une de ses statues sur la plaza San Salvador, face à l'église. Dans la cathédrale, on peut aussi admirer le Christ de la Clémence, ainsi que le tabernacle de Saint Jean-Baptiste visible au couvent de Santa María del Socorro et saint Bruno, au musée de Séville. Il est, pour la plupart des historiens de l'art, le fondateur de l'école sévillane de sculpture baroque.

Juan de Mesa. Né à Cordoue en 1583 et mort à Séville en 1627. Il a étudié pendant 14 ans auprès de Juan M. Montañes, et c'est ce dernier qui lui a donné le goût de l'interprétation dramatique, voire tragique de ses personnages. Aux dires de certains, il serait l'auteur de la Vierge de la Macarena, l'un des pasos de Séville pendant la Semaine sainte, qui déchaîne les passions. Pour l'anecdote, il semblerait que les larmes de la Vierge soient de vrais diamants. Il a également réalisé le Christ de l'amour que l'on peut découvrir dans l'église San Salvador.

Pedro Roldán est un autre sculpteur d'exception du XVIIe siècle, appartenant lui aussi à l'école sévillane baroque. Il était aussi peintre et architecte. Après des études à Grenade auprès de son maître Alonso de Mena, il se rend à Séville et y effectue diverses oeuvres, dont certaines sont encore visibles dans l'Hospital de la Caridad.

Luisa Roldán. Sa fille Luisa, aussi surnommée " la Roldana ", est née en 1652 et morte en 1706. Elle a effectué diverses sculptures, dont certaines pour la cathédrale de Cadix. Elle est la seule sculptrice à avoir reçu les honneurs de la cour de Madrid, d'abord de Charles II à partir de 1692, puis de Philippe V ; la première femme à être reconnue en tant que sculpteur. Elle a épousé un autre sculpteur sévillan de renom : Duque Cornejo, qui a oeuvré, entre autres, dans l'église Saint-Louis-des-Français.

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