Guide du SAINT-PÉTERSBOURG (САНКТ-ПЕТЕРБУРГ) : Arts et culture

On ne peut pas comprendre la Russie par la voie de la raison

" On ne peut pas comprendre la

Russie par la voie de la raison,

On ne peut pas la mesurer,

Elle a un caractère particulier,

On ne peut que croire en elle ! "

Fiodor Tiouttchev, un des plus grands poètes russes (1803-1873)

" Умом Россию не понять,

Аршином общим не измерить :

У ней особенная стать -

В Россию можно только верить. "

Федор Тютчев

Architecture

Сonsidéré comme le centre culturel de la Russie, Saint-Pétersbourg favorise la créativité et l'inventivité de ses habitants. La ville compte une centaine de théâtres, dont certains sont mondialement connus, tels le théâtre d'opéra et de ballet Mariinski, le théâtre académique Moussorgski, le Grand Théâtre académique, etc. Tous les ans, la ville organise des festivals de musique et de théâtre, des expositions et concours. La ville possède de nombreuses galeries et près de 200 musées. Le plus prestigieux est celui de l'Ermitage dont les collections sont comparables à celles du Louvre ou du Prado. Citons également le Musée russe qui réunit l'une des plus riches collections d'icônes russes, de tableaux et de sculptures.

Architectes de renom

Auguste Ricard de Montferrand (1786-1858)

Né à Paris, il arrive à Saint-Pétersbourg en 1816 pour devenir un architecte dans le cabinet d'Alexandre le Grand et y demeure jusqu'à sa mort. Parmi ses chefs-d'oeuvre, on compte la cathédrale de la Transfiguration de Nizhniy Novgorod, la Colonne d'Alexandre et bien sûr la cathédrale Saint-Isaac de Saint-Pétersbourg dont la construction et l'achèvement auront nécessité 40 années. La légende dit qu'une diseuse de bonne aventure avait prédit à Montferrand qu'il mourrait une fois ce chantier fini, ce qui expliquerait qu'il ne se soit pas montré particulièrement pressé de terminer le projet. Le fait est que le grand architecte décéda un mois à peine après l'inauguration de Saint-Isaac.

Giacomo Quarenghi (1744-1817)

Né en Italie, il arrive en Russie pour tenter sa chance à l'âge de 35 ans. Il commence par des études d'architecture russe et réalise la plupart de ses projets pour la ville de Saint-Pétersbourg : le bâtiment de l'Académie des sciences sur le quai de la Neva, le théâtre de l'Ermitage, l'institut Smolny, le palais Alexandrovski à Tsarskoïe Selo.

Francesco Bartolomeo Rastrelli (1700-1771)

Italien d'origine, il arrive à Saint-Pétersbourg à l'âge de 16 ans et ne quitte plus la ville. On lui doit les plus splendides palais de Saint-Pétersbourg et de ses alentours, comme le palais d'Hiver, le palais Stroganov, à l'angle de la perspective Nevski et de la Moïka, l'ensemble conventuel Smolny, ainsi que le Grand Palais de Peterhof et le palais Ekaterinski à Tsarskoïe Selo.

Carlo Rossi (1775-1849)

Fils d'une danseuse italienne, il reçoit initialement une formation d'architecte dans l'atelier de V. Brenna, avec qui il travaille sur la construction du château Injenerny. Auteur des plus grandioses ouvrages de Saint-Pétersbourg, il a déterminé le visage architectural de la ville. Il a signé le bâtiment de l'état-major sur la place Dvortsovaya, le palais Mikhaïlovski, qui accueille aujourd'hui le Musée russe, le théâtre Alexandrinski, les bâtiments du Sénat et du Saint-Synode sur la place du Sénat.

Domenico Trezzini (vers 1670-1734)

Suisse né à Astano dans le canton du Tessin, formé à Rome, il vient en 1703 à Saint-Pétersbourg où il passera finalement toute sa vie. Parmi ses réalisations les plus célèbres, il faut citer la cathédrale Saint-Pierre-et-Paul, ainsi que le bâtiment des Douze Collèges, qui accueille aujourd'hui l'université de Saint-Pétersbourg.

Origines

Les premiers bâtiments de Saint-Pétersbourg répondent à des besoins utilitaires de défense. Le tout premier d'entre eux, la forteresse Petropavlovskaya (forteresse Pierre-et-Paul), est construit sur une petite île du delta de la Neva. Le 16 mai 1703 (27 mai dans le calendrier géorgien), jour de la pose de sa première pierre, est aujourd'hui considéré comme le jour de la fondation de la ville. Pierre le Grand y transfère la capitale de son Etat en 1712. Le premier musée russe (Kunstkamera) y sera fondé en 1719, le premier théâtre public en 1756, l'Académie des sciences en 1725. Dès le XVIIIe siècle, Saint-Pétersbourg devient le centre commercial, culturel et scientifique de la Russie.

Les meilleurs architectes russes contribuent à la création du visage inoubliable de cette ville qui, pendant deux siècles, reste la capitale d'un des Etats les plus puissants de l'Europe. Le plan général de la construction est élaboré en 1717. Il prévoit la longueur et la largeur des rues, mais aussi les particularités architecturales des bâtiments. Ayant pour but la création d'une ville splendide, Pierre le Grand avait fait appel à des maîtres italiens, français, allemands, hollandais... Ceux-ci prirent en compte, de leur côté, les particularités de l'architecture russe et créèrent une ville à visages multiples qui, évoluant au cours des siècles, se dota de nouveaux ensembles et offrit à l'architecture mondiale quelques-uns de ses plus beaux chefs-d'oeuvre. Malgré les changements d'architectes, d'époques et de styles, la ville, avec ses différents ensembles architecturaux, présente une singulière unité.

Parmi les principaux bâtiments, outre ceux de la forteresse Petropavlovskaya, il faut nommer la cathédrale Petropavlovski (Saint-Pierre-et-Saint-Paul), construite au début du XVIIIe siècle par l'architecte D. Trezzini, l'Hôtel de la Monnaie, bâti en 1805 par l'architecte A. Porto, la chapelle des Grands-Princes, construite au début de notre siècle pour des membres de la famille royale.

L'ensemble de la Strelka Vassilevskovo Ostrova (aiguille de l'île Vassilievski) se compose du bâtiment de la Bourse et des colonnes rostrales, du bâtiment de la Douane et du musée de l'Académie des sciences.

Dans le quartier du quai Ouniversitetskaya se trouvent la Kunstkamera (le Cabinet de curiosités), le bâtiment de l'Académie des sciences, celui de Douze Collèges (aujourd'hui l'université), le palais de Menchikov et le bâtiment de l'Académie des beaux-arts.

Le palais Mramorny (palais de marbre), le théâtre de l'Ermitage, l'Ermitage, le palais d'Hiver (la résidence impériale jusqu'à 1917) conçu par F. Rastrelli, dans le style baroque russe, au XVIIIe siècle, se trouve le long de la Neva, allant du jardin Letni (jardin d'été) jusqu'au palais d'été de Pierre le Grand.

Les trois places centrales de Saint-Pétersbourg représentent trois grands ensembles architecturaux caractéristiques. La place Dvortsovaya (place du Palais) est la plus grandiose. Elle est entourée par le palais d'Hiver et la façade en arche de l'état-major ; la colonne Alexandrovskaya, qui s'élève en son centre, commémore la guerre nationale de 1812. L'édifice de l'amirauté relie la place Dvortsovaya à la place Senatskaya, décorée par la statue équestre de Pierre le Grand (le Cavalier de bronze) et d'où on a une belle vue sur la cathédrale Isaakievski (Saint-Isaac) et le manège Konnogvardeïski (de la garde équestre).

La statue équestre de Nicolas Ier se trouve au centre de la place Isaakievski, d'où on voit le palais Mariinski. L'ensemble de la place des Arts, avec le palais Mikhaïlovski, le théâtre académique Moussorgski, le bâtiment du Foyer de la Noblesse (aujourd'hui - la grande salle de la Philharmonie), fut construit d'après le projet de l'architecte C. Rossi. La place s'orne, en son centre, d'un monument à Pouchkine dû au sculpteur M. Anikouchine. Enfin, le plus harmonieux ensemble de la ville est offert par la place Ostrovski, avec le théâtre Alexandrinski, tous deux bâtis par Rossi.

L’architecture de Saint-Pétersbourg à partir du XVIIIe siècle

Fondée en 1703, sur les bords déserts de la Neva et sur les marais de son delta, la ville, devenue capitale en 1712, connaît un développement régulier pendant trois siècles. Elle frappe aujourd'hui par sa belle unité architecturale, par l'harmonie presque sévère de ses bâtiments néoclassiques monumentaux, de ses quais de granit, de ses ponts jetés au-dessus des rivières et canaux. Saint-Pétersbourg s'étendait à l'origine suivant un tracé capricieux de ruelles sinueuses à partir de son noyau constitué par la forteresse Saint-Pierre.

En 1716, un projet élaboré par l'architecte Trezzini prévoyait d'installer le centre de la cité sur l'île Vassilevski en la découpant en quartiers rectangulaires par un système de canaux. Jamais réalisé, ce projet est cependant à l'origine du plan géométrique appliqué à cette partie de la ville. Au cours des années qui suivent, la rive gauche de la Neva se couvre d'un nombre considérable de constructions majeures. Le nouveau noyau de la ville se développe d'une manière régulière, en cercles radioconcentriques, selon le plan caractéristique de quelques autres capitales européennes. Partant du bâtiment de l'amirauté, le trident formé par les trois grands axes, la perspective Nevski, la perspective Voznessenski et la rue Gorokovaya, constitue l'ossature principale de la ville, sa colonne vertébrale.

Le premier tiers du XIXe siècle voit la création d'ensembles architecturaux et, de vastes places sont tracées au centre de la ville par le néoclassique C. Rossi, l'architecte des édifices de l'Etat-major, du Sénat et du Saint-Synode, du théâtre Alexandrinski et du château Mikhaïlovski. La deuxième moitié du XIXe et le début du XXe siècle sont marqués par le développement intensif de l'industrie et, parallèlement, par l'apparition de zones industrielles excentrées. Ces quartiers sont reconstruits dans les années 1920-1930 ; les anciens taudis font place à de nouveaux quartiers noyés dans la verdure. Plus tard, le plan général de la construction de Leningrad (1935-1939) lui fixe comme objectifs le développement, la construction de nouveaux quartiers au sud de la ville, avec la perspective Moskovski comme l'axe central. Par la suite, cette idée d'un développement de la ville vers le sud sera abandonnée, cédant la place au concept d'un développement régulier. Des nouveaux quartiers au sud, au nord et à l'ouest de la ville ont été le fruit des importants efforts de construction des années 1960-1990. Aujourd'hui, les nouveaux chantiers se déploient principalement sur ce qui forme la façade maritime de Saint-Pétersbourg, c'est-à-dire les côtes du golfe de Finlande.

Le XVIIIe, siècle de la fondation

Pierre le Grand, fondateur de la ville et grand réformateur, rêvait de la création d'une ville de type européen. Les architectes étrangers qu'il invite alors, dont D. Trezzini notamment, sont les premiers bâtisseurs de la ville ; ils créent le Saint-Pétersbourg du baroque, qui reflète l'influence des diverses écoles européennes. Les monuments de cette époque (la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul, le palais d'été de Pierre Ier, le palais de Menchikov, la Kunstkamera) se caractérisent par leur sobriété décorative et la netteté de leurs lignes architecturales. La peinture extérieure de ces bâtiments, en deux couleurs, donnait à leurs façades un caractère de fête, une fraîcheur de ton qui compensait agréablement leur relative austérité. Les mêmes traditions de construction seront gardées par les architectes russes des années 1730-1740.

Mais c'est à Bartolomeo Rastrelli, le maître de l'architecture pétersbourgeoise du milieu du XVIIIe siècle, que correspond l'apogée du baroque russe. Dans ses ensembles architecturaux (palais de Vorontsov et de Stroganov, résidences impériales à Saint-Pétersbourg et ses environs, comme le palais d'hiver, ceux de Peterhof et de Tsarskoïe Selo), la monumentalité et la spatialité se marient avec un riche décor plastique au dynamisme des lignes très marqué. Quant à l'architecture religieuse de ces mêmes années, elle emprunte aux jésuites leur modèle de raffinement et de foisonnement de détails, de lignes courbes et d'arabesques, dont témoignent à merveille l'église de Smolny, de Rastrelli, et celle de Saint-Nicolas-des-Marins, de Tchevakinski, deux purs joyaux du baroque.

Le XIXe siècle, styles classique et Empire

Le classicisme domine dans l'architecture de la deuxième moitié du XVIIIe et du premier tiers du XIXe siècle. Ce sont les principes de ce style qui président à la conception de l'académie des beaux-arts, de Vallin de la Mothe, du palais de Marbre, de Rinaldi, construites pendant les années 1760-1770. Les vingt dernières années du XVIIIe siècle se caractérisent par l'intérêt porté au maître de la Renaissance italienne qu'est Andrea Palladio, devenu le grand inspirateur, la suprême référence du nouveau style classique. G. Quarenghi devient le maître de ce néoclassicisme. Le théâtre de l'Ermitage, l'Académie des sciences, le bâtiment de la Banque de titres ont été construits d'après ses projets. Les schémas à trois parties sont à la mode dans la construction des palais et des propriétés privées de cette époque. Le gracieux palais de Tauride, en est un des plus beaux exemples.

La période du haut classicisme et de l'Empire (1800-1830) est liée à la création d'ensembles grandioses et de bâtiments administratifs. La cathédrale Kazanski (Notre-Dame-de-Kazan) et le bâtiment de la Bourse de Thomas de Thomon ainsi que l'amirauté de Zakharov sont d'une impressionnante expressivité architecturale. La Russie, victorieuse de l'éphémère empire de Napoléon, s'affirme par d'immenses chantiers, d'où surgissent des bâtiments grandioses aux façades sculptées de sujets illustrant des triomphes militaires et la gloire du pays. C. Rossi s'illustre à son tour dans la création de ces vastes ensembles. En 1820-1830, des travaux de reconstruction d'après ses projets portent sur les quartiers du centre de la ville. Il crée les bâtiments de l'état-major sur la place Dvortsovaya, du Sénat et du Saint-Synode sur la place du Sénat, du Théâtre Alexandrinski et du palais Mikhaïlovski, donnant à ces places du centre une incontestable unité.

La fin du XIXe siècle : le passage à des formes nouvelles

La phase finale de cette période de néoclassicisme pétersbourgeois fut marquée par les réalisations de V. Stassov - les casernes Pavlovski, les cathédrales de la Transfiguration et de la Sainte-Trinité - ainsi que par la somptueuse cathédrale Saint-Isaac, due au Français Auguste de Montferrand. La période qui va de 1830 à 1840 voit une évolution rapide du style : le classicisme cède la place à la stylisation rétrospective et à l'éclectisme.

S'inspirant de traditions nationales, l'architecte K. Ton est à l'origine d'un mouvement néorusse. Ce style vieux russe trouva son expression la plus magistrale et la plus pittoresque dans l'église de la Résurrection (Notre-Seigneur-sur-le-Sang-Versé).

La période relativement courte de l'Art nouveau (1890, début des années 1910) enrichit la ville de quelques réalisations architecturales de ce style, comme les bâtiments de la gare Vitebski ou le magasin Eliseyevskyi. Le retour aux formes néoclassiques, orientées vers l'héritage architectural national du premier tiers du XIXe siècle, termine la période d'avant la révolution.

Le XXe siècle : le constructivisme

Le constructivisme, comme variante russe du fonctionnalisme européen, domine les conceptions architecturales des années 1920 et 1930. Mais cette période fut relativement courte et ne concerna que des chantiers situés à la périphérie de Saint-Pétersbourg, sans toucher au centre.

Les réalisations des années 1930 à 1950 reflètent l'orientation générale de l'architecture soviétique, caractérisée par ce qu'on pourrait appeler le style impérialiste stalinien : retour au classicisme, construction d'ensembles, goût de la pompe et de la monumentalité où l'expressivité formelle dégénère en pure recherche de prestige (certains immeubles de la perspective Moskovski, derrière le parc Pobedy, en sont un bon exemple).

Le début des années 1960 est marqué par le refus de la décoration, par le rejet de ce style pompeux stalinien, par le retour à la tradition interrompue du constructivisme et par l'intérêt porté aux expériences réalisées à l'étranger.

Lors des dernières décennies, Saint-Pétersbourg s'est agrandi de plusieurs quartiers à coucher, comme on les appelle ici (l'équivalent de nos HLM ou de nos cités-dortoirs). Parmi ces réalisations, citons notamment celles de Rjevka, du lac Dolgoyé, de l'énorme complexe hospitalier de l'usine Kirovski, du quartier qui va de la station du métro Primorskaya jusqu'au début du quai Morskaya, etc.

Architecture contemporaine
Artisanat
Objets artisanaux en bois.
Objets artisanaux en bois.

Le travail sur l'écorce de bouleau est l'un des piliers de l'artisanat russe. Ce sont sur des écorces de bouleau que sont rédigés les premiers textes et chroniques de l'histoire russe. Arbre symbole du pays, le bouleau est planté, coupé, bu (le jus de bouleau berezoviy sok est à essayer absolument), et sert pour l'artisanat comme le chauffage. Les écorces de bouleau sont trempées puis découpées pour s'appliquer finement sur des boîtes, des petits coffrets et autres objets. Les décorations représentent soit des sujets, en général animaliers, soit des motifs. Vous les trouverez le plus souvent sur les marchés.

L'ambre

Chargé de légendes et de mystères, l'ambre posséderait d'incroyables pouvoirs magiques. Mystique russe ? Il semble que l'aura de ces larmes des oiseaux de mer, comme les nomment les Russes, ait dépassé les frontières du pays. Dans certaines campagnes françaises, il n'y a pas si longtemps, on parait l'enfant nouveau d'un collier d'ambre pour le protéger des maladies et l'aider à dormir.

Ce curieux minéral allant du brun rougeâtre au miel est en fait une résine d'arbre fossilisée. Il y a 40 millions d'années, le centre et le nord de l'Europe étaient recouverts de forêts de pins et d'épicéas. Environ 10 millions d'années plus tard, ils ont été engloutis par les eaux. La couleur d'une pièce dépend du type de résine, du temps de fossilisation et du temps passé à l'air libre. L'une des plus belles couleurs est certainement le vert, mais chacun peut y trouver son compte. Si vous n'arrivez pas à faire votre choix, fiez-vous à d'autres critères : l'ambre serait bon pour activer la circulation sanguine, calmer la fièvre, soigner l'asthme, atténuer les états dépressifs ou améliorer la vue !

Utilisé pour ses qualités décoratives et curatives depuis l'âge de pierre, objet d'un important commerce depuis l'Antiquité, l'ambre est ancré dans de nombreuses cultures depuis les prémisses de leur histoire. Les Gaulois s'en faisaient des talismans, les Romaines en paraient leurs cheveux, les artisans de Bruges le transformaient en chapelets et fournissaient les Chevaliers teutoniques. Au Maroc, on utilisait l'ambre pour les petites mains porte-bonheur qui éloignent les Djinns. On a également retrouvé de l'ambre en Irlande, en Italie, dans la péninsule ibérique, en Crête, en Grèce, en Inde ou en Perse. Des analyses chimiques ont conclu que la quasi-totalité du monde méditerranéen était approvisionnée en ambre de la Baltique.

Les textes chinois, datant de la dynastie des Han, deux siècles avant notre ère, en font grand cas. La route de l'ambre passait par la Russie, puis par le Cachemire pour parvenir ensuite en Chine.

Pas de fausse joie : l'ambre pas cher, c'est terminé. Tout du moins, si vous recherchez de belles pièces bien travaillées. Les plus belles inclusions d'insectes, de plumes ou de pollens, se négocient dans les bijouteries des quartiers élégants. Quelques boutiques, vendent, fort cher, de bien jolies choses sur la perspective Nevski. Les boutiques de souvenirs et les marchands ambulants trompent parfois le client. Si vous avez des doutes sur la composition du caillou qu'on vous propose, passer une aiguille au feu. Marque blanche et odeur de résine de pin, c'est bon. Marque noire et odeur de plastique, passez votre chemin. Si vous n'avez pas d'aiguille, frottez la pierre contre de la laine. Si vous obtenez un effet électrostatique, il est fort probable que ce soit de l'ambre.

La matriochka

Le grand classique des souvenirs, ex aequo avec la tour Eiffel en plastique et le t-shirt I love NY. Les poupées russes, à représentation politique, folklorique, sportive ou musicale sont souvent chères lorsqu'elles sont achetées dans des quartiers touristiques. En principe, toutes les pièces sont taillées dans le même morceau de bois de tilleul, à la fois léger et qui ne se fendille pas.

Celles qui sont peintes dans des monastères sont, normalement, signées. Il suffit de les retourner. Cependant, n'importe qui peut écrire Serguiev Possad sous les jupons de ces dames de bois... Ce monastère situé à 70 km au nord de Moscou et fondé dans les années 1340 est, selon certains, le berceau des poupées russes. D'après la légende, deux moines se seraient amusés à fabriquer ces jouets pour passer le temps. Pour d'autres, l'origine nippone de la matriochka ne fait aucun doute. C'est en tout cas l'avis de l'écrivain Yoko Tawada qui écrit dans Narrateur sans âmes : " Nombreux sont les Russes qui ignorent que ce jouet typiquement russe ne fut fabriqué en Russie qu'à partir de la fin du XIXe siècle, d'après d'anciens objets japonais. J'ignore seulement quelle poupée japonaise peut bien avoir servi de modèle à la matriochka. Peut-être une kokeshi, cette poupée dont ma grand-mère m'a parlé un jour : il y a très longtemps, à l'époque où les habitants de son village vivaient dans une profonde misère, il arrivait que des femmes tuent leurs enfants aussitôt après la naissance pour éviter de devoir mourir de faim avec eux. Pour chaque enfant tué, on fabriquait une kokeshi, qui signifie " l'enfant supprimé ", pour qu'on n'oublie jamais qu'elles avaient survécu aux dépens des enfants. A quelle histoire la matriochka pourra-t-elle être associée, plus tard ? Peut-être à l'histoire du souvenir de voyage, quand les humains ne sauront plus ce qu'est un souvenir. J'avais lu dans un livre sur les chamans que nos âmes peuvent nous apparaître en rêve sous forme d'animaux, d'ombres ou bien de poupées. La matriochka est sans doute l'âme des voyageurs de Russie qui, plongés dans le sommeil "rêvent de la capitale alors qu'ils traversent la Sibérie."

Toujours est-il que cet objet se popularise fort tard, à la fin du XIXe siècle. Il est probable que sa diffusion soit due à son utilisation à but éducatif. En effet, les matriochki représentaient à l'origine une famille. Elles étaient aussi le symbole de la maternité et de la fertilité, et ces jouets servaient à inculquer aux petites filles l'amour de la famille et le désir de procréer. La matriochka peut aussi être finement peinte et comporter quelques dizaines de pièces. Certaines séries évoquent l'histoire et les contes russes avec force détails. Quoi qu'il en soit, paysannes en fichu ou princesses orientales, les poupées russes restent un grand classique du cadeau rapporté de Russie.

Les châles

Les châles rouges et fleuris des babouchkas peuvent paraître un peu kitsch, mais ils ont le grand avantage d'être très chauds. En fichu sur la tête ou posé sur les épaules, le châle est une partie intégrante de la panoplie de la femme russe. Arborant des tons vifs et fleuris ou bien sombres et géométriques, les châles russes sont coupés dans une toile de laine très serrée et très souple. Dans la Russie ancienne, ces carrés d'étoffe bariolés avaient une signification. Offrir un châle à une jeune femme revenait ni plus ni moins qu'à la demander en mariage. De la part d'un fils, ce cadeau symbolisait tout l'amour et le respect que l'on doit à une mère.

Que rapporter de son voyage ?

Les grands classiques

Parmi les produits locaux, il reste cependant quelques valeurs sûres : l'artisanat, la vodka et le caviar (pour le caviar noir, attention, les règles sont très strictes). Le caviar rouge, présent pratiquement dans tous les supermarchés ou chez les poissonniers, est de qualité variable. Regardez bien les dates de mise en boîte et de péremption. Sachez enfin que si vous emportez trop de boîtes, vous pouvez avoir de petits problèmes tant avec les douaniers russes que français, à votre arrivée. Vous trouverez des chapkas en lapin ou lièvre à partir de 2 000 RUB, cuillères en bois et ustensiles de cuisine (idéal pour de petits cadeaux), il en existe de toutes les tailles et couleurs, à fleurs ou en bois naturel.

Pour entamer la discussion, le sésame est : skolka stoyit ? (combien ça coûte ?).

Autres idées

Outre le trio vodka, caviar, chapka et les produits cités dans la rubrique "Artisanat", vous pouvez penser aux :

Bière artisanale : la production d'alcools artisanaux est en très fort développement en Russie et, comme en Europe occidentale, la bière artisanale a le vent en poupe. On en trouvera à Saint-Pétersbourg pour tous les goûts et les couleurs, avec souvent des noms humoristiques et des étiquettes drôlement inventives. Vous pourrez la déguster sur place et en acheter quelques échantillons en tant que souvenirs (si vous résistez à ne pas les ouvrir avant) dans l'un des bars ou magasins spécialisés de la ville (voir la rubrique Shopping).

Bonbons et chocolats : ils se trouvent dans tous les supermarchés. En sachets ou au poids, les étagères en sont pleines ! Avec ou sans additifs, les petits bonbons sont toujours bons ! Jetez un oeil aux boutiques et produits de la marque Krupskaya qui produit localement à SPB des confiseries depuis 1938. Une marque réputée pour sa qualité. Vous en trouverez notamment dans les boutiques de la chaîne gourmande Alenka qui distribue la plupart des fameuses marques de confiseries et chocolats russes dans son enseigne. Plusieurs boutiques en centre-ville.

Broche en forme des visages des grands écrivains russes, cartes postales originales, carnets de notes et cahiers aux motifs de Piter et même le sac " symbole des files d'attente soviétiques " de la marque avoska (chaîne d'achats généraux soviétique), tous ces souvenirs hipe et contemporains se trouvent à la librairie Poriadok Slov (Naberezhnaya reki Fontanki, 15), chez Dom Knigi (la Maison du Livre) sur Nevski Prospekt et dans les grandes librairies en général.

De belles chaussettes ou mitaines en pure laine épaisse tricotées aux motifs hivernaux et vendues dans la rue. Habituellement elles sont faites à la main par les vendeuses, soit apportées de la ville Tambov, située à 419 km au sud-est de Moscou et réputée pour sa production.

Jouets en bois : très kitsch. On y trouvera des petites chaises et tables pour enfants en bois laqué, des chevaux à bascule en bois.

Montres : le cadeau haut de gamme pour celles et ceux qui préfèrent un souvenir de bonne qualité, utile et de longue durée. La plus ancienne usine de montres de Petrodvorets (Voir la rubrique "A voir/A faire"), fondée par Pierre le Grand il y a plus de 300 ans, produit la montre Raketa (fusée, en russe) depuis 1961, nommée d'après le premier vol humain dans l'espace. Point remarquable, c'est l'une des rares manufactures au monde qui produit ses montres et tous ses composants du début à la fin. Le prix est variable et commence à partir de 400 €, mais la qualité est au rendez-vous.

Peintures : dans les galeries d'art, vous trouverez un nombre incalculable de peintres locaux. Pensez à demander l'autorisation pour ramener un tableau auprès des services de douane.

Plateaux : en bois ou métal laqué. Toutes les tailles et tous les coloris vous seront proposés.

Porcelaine : les assiettes décoratives d'une beauté rare, des services à thé, des sculptures, etc. On y trouve dans les boutique officielles d'une manufacture la plus ancienne d'Europe (fondée par l'impératrice Elisabeth, en 1744) " Porcelaine impériale ".

Cinéma

La Russie a largement participé au développement du cinéma et cela, dès ses prémices. Des réalisateurs pionniers comme Dziga Vertov ou Sergueï Eisenstein, ont posé les bases de décennies de réflexion autour du cinéma. Leurs oeuvres ont influencé les plus grands réalisateurs européens et sont aujourd'hui au programme de toutes les écoles. Monumental par sa modernité et sa créativité, le septième art russe a pris une dimension particulière, avec laquelle les Occidentaux n'ont pas toujours eu à compter : l'instrumentalisation par le pouvoir en place. Se détourner pour des raisons politiques des comédies et des drames soviétiques signifierait pourtant passer à côté de nombreux chefs-d'oeuvre. Aujourd'hui, une nouvelle génération d'artistes pourrait bien insuffler un vent nouveau sur l'industrie cinématographique. Pour vous y retrouver, préparer votre séjour, ou faire quelques découvertes, voici un bref survol du russkoye kino.

5 films pour vous mettre dans l'ambiance de Saint-Pétersbourg

Salades russes de Youri Mamine (le nom d'origine est " La fenêtre à Paris "), 1994. Une comédie fantasmagorique fine et extrêmement drôle. Un histoire d'un professeur de musique qui découvre accidentellement l'existence d'un passage vers Paris dans le placard de sa komunalka à Pétersbourg en pleine perestroika. L'un des rôles principaux dans le film est interprété par l'actrice française Agnès Soral.

Les Aventures incroyables des Italiens en Russie d'Eldar Ryazanov et Francesco Prosperi, 1973. Une émigrante russe sur son lit de mort confie à sa petite-fille une secret familial. Avant de quitter Saint-Pétersbourg pour l'Italie, elle a caché un trésor quelque part dans la ville sous un lion (il faut noter qu'à SPB on compte plusieurs centaines de sculptures de lions). Malheureusement cette information est non seulement entendue par la petite-fille bien-aimée mais par tous les visiteurs de cette chambre très fréquentée de l'hôpital : le médecin, les infirmières et même la mafia locale. C'est ainsi que commence une poursuite effrénée à la recherce des diamants de la grand-mère dans le Petrograd soviétique.

L'Arche russe d'Alexandr Sokourov, 2002. Deux voyageurs dans l'espace et le temps se promènent à travers les couloirs du palais d'Hiver, sans être visible, en observant les personnages historiques et la vie du palais durant les trois siècles de son existence. L'Hermitage est repensé comme une sorte d'Arche, le centre de tout le patrimoine culturel et spirituel de la Russie. Ce film poétique est aussi une prouesse technique puisqu'il a été tourné en une journée sur un seul plan-séquence de 96 mn.

Progulka d'Alexei Uchitel, 2003. Ce film parle d'une rencontre inattendue dans les rues de Piter. Une histoire d'amitié, d'amour et de trahison se déroule sur 24 heures dans les décors insaisissables de la ville.

Piter FM d'Oxana Bichkova, 2006, parle presque autant de la villle de Piter que de ses personnages qui en sont amoureux. La ville, dans sa splendeur estivale, viendra à son tour les aider à surmonter les hauts et les bas de la vie.

Les premiers pas du cinéma en Russie

C'est à Saint-Pétersbourg que, pour la première fois en Russie, a lieu une séance de cinéma. Le 4 mai 1896, soit 6 mois après la première projection parisienne, les frères Lumière dépêchent sur place deux envoyés, Emile Doublier et Charles Moisson. Les deux reporters réaliseront quelques jours plus tard, le premier reportage cinématographique russe à l'occasion du couronnement du tsar Nicolas II à Moscou. Premier film, dans ce pays qui ne connaît que quelques réalisations d'amateurs, et premier acte de censure. Les deux comparses, témoins d'un épouvantable accident survenu suite à l'écroulement d'une balustrade, sont arrêtés et leur matériel confisqué.
Le cinéma s'est d'abord développé sous l'impulsion d'étrangers, parmi lesquels la société française Pathé qui joue un rôle prédominant à partir de 1904. Sont montrés en salles ou grâce à des cinémas ambulants, des petits films de production étrangère privilégiant les farces légères, voire grivoises. Les autorités morales s'offusquent, le Saint-Synode interdit à tout le clergé d'assister à une projection. En 1907, le premier producteur, réalisateur, photographe russe se lance dans la compétition avec les étrangers, principalement les Français. Alexandre Drankov se sert de la publicité pour annoncer ses sujets courants, actualités russes, chroniques de villes et paysages. Il reçoit l'appui de la famille impériale et est le premier à filmer Léon Tolstoï, lors de son 80e anniversaire. Il produit en 1908 ce que l'on peut considérer comme le premier film russe : Stenka Razine, qui quitte le ton de la farce grossière pour proposer une vraie mise en scène, une musique originale et un sujet national : les exploits légendaires du plus farouche des cosaques.
Pendant les premières années d'existence du cinéma, en Russie comme ailleurs, les artistes se montrent réservés, voire franchement hostiles, à deux exceptions près : Léon Tolstoï et Maxime Gorki qui pressentent la possibilité d'utiliser ces nouvelles techniques afin d'éduquer les masses. Les industriels du film brisent ce mur de frilosité, en demandant aux plumes nationales d'écrire des scénarios. Le mur cède, des revues se créent, les débats s'enhardissent et en 1913 les futuristes, rejoints par Maïakovski, réalisent leur premier film, Drame au cabaret futuriste n° 13. Yakov Protazanov fait ses débuts et deviendra le plus célèbre réalisateur d'avant la révolution.
A la veille de la Première Guerre mondiale, la production locale est encore médiocre, mais une réelle réflexion prend corps. Starévitch fonde l'animation russe, une des plus anciennes et plus créatives au monde. Il utilise la technique de l'image par l'image, pour animer des figurines représentant des insectes et des animaux. L'Etat reconnaît la valeur du cinéma et ne néglige pas son utilisation dans la diffusion de sa propagande. La censure veille. Par exemple, il est interdit d'évoquer Raspoutine sans autorisation signée des autorités compétentes en la matière. Mais la Première Guerre mondiale et la révolution de 1917 vont bientôt renforcer le cinéma russe.

Un art révolutionnaire

Fin des importations de bobines étrangères, interdiction des productions allemandes, ennui à l'arrière, interdiction de la consommation d'alcool... Le premier conflit industriel de l'histoire de l'humanité a pour conséquence, en Russie, de renforcer les productions nationales. Le patriotisme russe doit être flatté et les salles remplies. Les autorités et les industriels du cinéma s'allient pour produire des films locaux. Les gens de théâtre, autrefois réfractaires, se laissent tenter par le cinéma, et même Meyerhold tourne casaque en réalisant un film, que beaucoup considèrent comme le meilleur de la période prérévolutionnaire, Le Portrait de Dorian Gray. Les bobines ont disparu, mais l'incursion des comédiens de théâtre dans le cinéma influencera durablement les productions russes.
Par ailleurs, de 1914 à 1917, on compte de nombreuses adaptations littéraires : Les Possédés, La Dame de pique du Yakov Protozanov. Les efforts, dès 1917, pour implanter en Russie un cinéma indépendant, orienteront durablement une culture du cinéma, s'appuyant fortement sur l'histoire et la littérature et développant une réflexion propre. Malheureusement, la plupart de ces films ont disparu ou sont aujourd'hui en bien mauvais état. De 1908 à 1919, 305 films sont produits et dans un article de 1913, le correspondant d'un périodique américain écrit qu'il y a en Russie entre 800 et 1 000 salles, modestement équipées et fréquentées par des gens d'un rang social bien plus élevé que dans la plupart des autres pays.
Au lendemain de la révolution, les structures économiques du cinéma russe changent peu. D'autres priorités retiennent les autorités. La censure politique disparaît (elle reviendra rapidement) et devient économique. Les films réalisés dans les premières heures de la Russie soviétique, tressent des couronnes de louange à la révolution ou vilipendent l'ancien régime. Le thème religieux n'est plus tabou : critique caricaturale ou réelle réflexion métaphysique, il fournit un nouveau sujet d'inspiration et quelques productions célèbres comme Le Père Serge de Yakov Protazanov. Mais le jeune cinéma soviétique passe rapidement à la vitesse supérieure et dépasse la simple réaction à l'époque tsariste. C'est un immense mouvement qui naît dans l'enthousiasme, animé par des artistes de talent et obsédés par l'idée de mettre au service d'une société nouvelle un art nouveau. Malgré les pires difficultés matérielles, les réalisateurs bâtissent une réflexion théorique et multiplient les essais expérimentaux.
Le nouveau pouvoir est également très favorable à cet art jeune et prometteur : les projections sont non seulement un moyen de propager la doctrine, mais elles jouent aussi un rôle éducatif auprès des plus défavorisés. En 1919, Lénine nationalise la production et la distribution, la première école nationale de cinéma est créée (l'Institut national de la cinématographie S. A. Guerassimov ou VGIK), l'une des premières au monde. Comme dans d'autres disciplines artistiques, les créateurs connaissent un moment de liberté qui s'amenuise considérablement dans les années 1930. Citons Maïakovski dont trois scénarios sont portés à l'écran en 1918 et Edouard Tissé, futur chef opérateur d'Eisenstein, qui filme le premier anniversaire de la révolution en tant que responsable du cinéma dans les premiers trains de l'Agitprop qui sillonnent le pays, bardés de banderoles et de slogans révolutionnaires, et organisent discours et spectacles à chaque halte. Avec son monteur Dziga Vertov, il invente un nouveau genre : le cinéma-actualité. Un autre post-révolutionnaire sensationnel, Lev Koulechov, introduit bon nombre d'innovations dans Le Projet de l'ingénieur Pright : le détachement de l'inspiration littéraire, la prise de la société technologique moderne pour cadre, les acteurs amateurs et surtout des procédés de montage radicalement différents. Essais, manifestes et revues pullulent et tournent autour de deux grands sujets que sont le jeu des acteurs et le montage.

La parole confisquée

Le premier grand film, proprement révolutionnaire dans ses innovations techniques et narratives, est La grève d'Eisenstein. Le critique anglais David Sylvester écrit à son sujet : " L'art de ce film rappelle celui d'un poème qui fut presque son contemporain The Waste Land. Il le rappelle par la même liaison rythmique d'images hétérogènes et par les mêmes images, à la fois naturalistes et symbolistes, qui créent le choc par leur superposition. " En 1926, Le Cuirassé Potemkine connaît un succès international, augmenté encore par son interdiction dans de nombreux pays, dont la France. Dziga Vertov, l'ancien monteur d'Edouard Tissé, tourne L'Homme à la caméra. Il refuse la notion même d'acteur et de scénario. Classée à part, son oeuvre marquera durablement les générations suivantes de cinéastes et sa conception du montage bouleversera tout ce qui se faisait jusque-là.
Les mouvements révolutionnaires, la guerre civile, les difficultés de la construction de l'Etat et de la société soviétiques, servent de thèmes principaux. Regardés à l'étranger comme des témoignages sur un pays finalement mal connu, chargés d'une fonction éducative, voire propagandiste, ces films n'en sont pas moins des oeuvres à la portée universelle. Avec le passage au parlant, le cinéma va constituer une zone possible de rébellion que le " Petit Père des peuples " surveillera de très près.
Le vent tourne dans la première moitié des années 1930, qui correspondent au premier plan quinquennal (1929-1934). C'est l'époque de la collectivisation des terres, du durcissement du pouvoir et du renforcement de son contrôle sur la vie intellectuelle et artistique. Maïakovski se suicide, Eisenstein part au Mexique, et le réalisme socialiste cadre officiellement les élans artistiques à partir de 1934, date du Congrès des Ecrivains. Parallèlement, le cinéma devient parlant, et l'avant-garde russe vit ses dernières heures. Cette transition se fait progressivement, tiraillée entre l'attachement de certains cinéastes au muet et la volonté du pouvoir de développer le parlant. Le premier film parlant est Le Chemin de la vie de Nicolaï Ekk (1931). Le cinéma s'oriente vers le réalisme socialiste et s'attache à peindre les rapports de l'homme à son travail, la réalité socialiste et les bienfaits du pouvoir soviétique. Mais il est étonnant de constater que, si cette période d'instrumentalisation de l'art se révèle catastrophique pour la littérature et les arts plastiques, elle n'appauvrit pas complètement le cinéma. Eisenstein et Dovjenko, certains films comme Tchapaev et Les Joyeux garçons, maintiennent la réputation internationale du cinéma soviétique.

Le pouvoir stalinien trouve dans le cinéma un formidable outil de propagande : les documentaires fleuves de l'époque martèlent la promesse des lendemains qui chantent. Mais les gardiens de la doctrine redoutent aussi ce formidable espace de liberté et les cinéastes ont une marge de manoeuvre ridicule, mais possible. L'industrie cinématographique est dynamique, et certains films, sans rien pour provoquer les cerbères de la censure, sont pourtant de grandes oeuvres. A noter, le grand retour d'Eisenstein en 1945 avec Ivan le Terrible, qui restera son testament inachevé.

Un lent renouveau

Avec la mort de Staline en 1953 et l'arrivée de Khrouchtchev au pouvoir, l'atmosphère se détend. Sans pour autant devenir permissive, la société soviétique se détache du sacro-saint culte de la personnalité et exprime sa volonté de se rapprocher de ses spectateurs. Kalatozov, longtemps brimé, sort le mélodramatique Quand passent les cigognes en 1957. Cette oeuvre très moderne ouvre la voie à la Nouvelle Vague française. C'est à cette période que des cinéastes majeurs font leur début. Paradjanov tourne Les Chevaux de feu et Kontchalovski Le Premier Maître. Le plus célèbre de cette nouvelle génération reste Andreï Tarkovski dont le premier film, L'Enfance d'Ivan, est accueilli comme un tournant dans l'histoire du cinéma russe.

Cinéaste incontournable qui s'exilera en France, il réalise en 1967 Andreï Roublev, un film qui retrace la vie et les combats spirituels du célèbre peintre d'icônes. Il croit au génie, à une valeur individuelle de l'être humain qui s'oppose à la barbarie. Avec Solaris, contrepoint soviétique de L'Odyssée de l'espace de Kubrick, Tarkovski ne s'occupe pas vraiment de science-fiction, mais bien plus d'une réflexion sur la connaissance de soi. Avec Le Miroir (1974) et plus tard Nostalgia (1983), Stalker est un des films les plus puissants de Tarkovski. Au cours d'une longue promenade philosophique, le Stalker est celui qui tente de rallumer l'étincelle divine de l'homme et croit pouvoir faire son bonheur malgré lui. On comprend qu'avec des sujets aussi peu soviétiques, le cinéaste ait été contraint à l'exil.

Sous Brejnev, le cinéma est à l'image du reste de la société : il stagne. Cependant quelques personnalités, et non des moindres, se détachent nettement. Mikhalkov, Panfilov, Iosseliani et Guerman renouvellent le cinéma soviétique. On retiendra le magnifique Mon ami Lapchine d'Alexeï Guerman. Ce dernier réalisera après la perestroïka Khroustaliov, ma voiture (1997), un film magistral en noir et blanc sur le célèbre complot des blouses blanches de 1953. Truffé de références historiques, il relate le vent de paranoïa et de terreur entourant les derniers moments du régime de Staline.

Mais, le cinéma soviétique n'a pas produit uniquement des oeuvres pour cinéphiles avertis. Les années 1970 regorgent de comédies et de drames prenant pour cadre le quotidien des Soviétiques et s'attachant à leurs sentiments. Le personnage est individualisé : il a un travail, une famille, des amis, des problèmes de coeur... Nous sommes désormais loin de la rigidité stalinienne. De l'idée, on passe au sujet. Les comédies familiales de cette époque sont aujourd'hui rediffusées à la télévision lors des fêtes de fin d'année. La plus populaire et la plus drôle s'appelle Ironiya sud'by, ili s liokhkim parom ! - Ирония судьбы, или С легким паром ! (" L'Ironie du destin ", ou une phrase parfaitement intraduisible signifiant littéralement " Que la vapeur te soit légère " et que l'on s'adresse après une séance de banya !) L'intrigue est à la fois simple et révélatrice du degré, tout de même élevé, de critique possible. A Moscou, des amis fêtent les fêtes de fin d'année au banya et boivent plus que de raison. L'un d'entre eux doit partir à Leningrad pour son travail. Pour faire une blague, ils mettent dans l'avion un autre de leur copain, qui arrive à l'aéroport de Leningrad mais ne se souvient ni de la soirée ni du voyage. Il prend le taxi, donne une adresse et le voilà devant chez lui. Le même nom de rue, le même immeuble, la même cage d'escalier, la même serrure et la même clef. Il ne comprend sa présence à Leningrad qu'au retour de la jolie locataire de cet appartement. Ces comédies, mi-potache, mi-revendicatrice, qui repassent inlassablement à Noël sont des panthéons de la culture populaire soviétique et vous verrez que beaucoup de blagues en sont tirées. Parmi ces films de la pop culture à la soviétique, citons Kavkazskaya Plennitsa - Кавказкая Пленница (" La Prisonnière du Caucase ") ou Brillantovaya - Ruka Бриллантовая Рука. Si vous parlez russe, ou si vous voulez l'apprendre, achetez ces films cultes. Citons enfin un très beau film, qui a gagné d'ailleurs l'Oscar du meilleur film étranger en 1981, Москва слезам не верит (" Moscou ne croit par aux larmes "), sur la difficulté pour une femme à se faire une place dans un monde d'hommes, et à concilier le travail et le foyer.

La parole libérée

Dès les premières heures de la perestroïka, le cinéma est traversé par un vent de libéralisation et élargit son spectre. Pavel Lounguine marque les esprits avec son très politique Taxi Blues, narrant la rencontre d'un chauffeur de taxi taciturne avec une future star du rock, alcoolique et turbulente, interprété par l'inimitable Piotr Mamonov. Eclôt également l'oeuvre de Sokourov dont le formalisme rigoureux et la recherche esthétique déroutent ou enchantent. L'un de ses films les plus récents, L'Arche russe, retrace l'histoire et les questionnements de la Russie en suivant la visite à L'Ermitage de Custine, célèbre pour ses assassines Lettres de Russie. Réalisé en utilisant la technique du tourné-monté, c'est-à-dire en une seule prise d'une heure et demie et sans montage, ce film conduit le spectateur dans différentes époques. On y croise Pierre le Grand, la Grande Catherine... Autre genre : le réalisme post-soviétique qui s'attache à dépeindre les conséquences de la chute de l'URSS sur la population. A ce titre, La Petite Véra est le film de toute une génération. Vassili Pitchoul y décrit l'ennui et le sentiment d'abandon de la jeune génération, déboussolée et privée d'avenir radieux. A l'inverse, Vitali Kanevski pratique la transe et le merveilleux sur un sujet historique. Dans Bouge pas, meurs et ressuscite, il nous livre un tableau des villages entourant les goulags, où les anciens prisonniers s'installaient lorsqu'ils étaient libérés. Tourné en noir et blanc avec une mise en scène tour à tour centrée sur les visages et largement théâtrale, ce film est l'un des plus touchants de l'après-URSS. On n'oubliera pas Mikhaïlkov et son incroyable longévité. Son oeuvre, commencée sous Brejnev, continue sous Eltsine, avec sans doute ses deux chefs-d'oeuvre Soleil trompeur, et Anna. Dans ce dernier film, très personnel, il filme sa fille répondant tous les deux ans aux mêmes questions : " Qu'est-ce qui te fait le plus peur ? " et " Qu'est-ce que tu aimes le plus au monde ? ". Anna est âgée de 2 ans lors des premières séquences et de 16 ans lors des dernières. De la peur de la sorcière à la peur de voir son pays disparaître, on voit dans les réponses et les hésitations d'une enfant qui grandit toutes les désillusions de la Russie.

L'ouverture de studios indépendants à la fin des années 1990 et l'émergence des grands opérateurs audiovisuels, comme NTV, laissent présager une importante distribution. Mais cette production est souvent consacrée à la fiction télévisuelle. Les films étrangers envahissent les affiches et les productions locales à gros budget tentent de les imiter. C'est le cas de la série des Brat (1 et 2) qui a eu un succès phénoménal. Mêlant violence, image virile du voyou et relents nationalistes, ces films ont, certes, rempli les salles, mais ont éloigné les cinéphiles de la production russe. La mort de l'acteur principal lors d'un tournage (éboulement de terrain) renforce encore la portée de ces films, symboles d'une génération.

En dépit de ces difficultés, le cinéma russe renaît de ses cendres. Le jeune cinéma d'auteur est en plein renouveau, et commence à largement dépasser les frontières de la Russie. En témoignent les succès du Retour (2003), de Zviaguintsev, une oeuvre poétique sur l'attente du père et l'apprentissage de l'âge adulte qui a obtenu le Lion d'or à Venise ; de Baboussia (2004) de Lidiya Bobrova qui relate le périple d'une grand-mère partie à travers la Russie à la rencontre de sa famille ; ou plus récemment de Soldats de papier d'Alexis Guerman Junior dans lequel le récit de la préparation de cosmonautes envoyés dans l'espace par l'URSS cache une critique du pouvoir soviétique. Ce dernier a obtenu le lion d'or de la meilleure réalisation à la Mostra de Venise en 2008. Si les spectateurs russes s'intéressent plus qu'avant aux productions nationales, c'est notamment grâce à des blockbusters tel Stalingrad qui a déjà rapporté 1,7 milliard de roubles (37 millions d'euros) ou la comédie Gorko ! (2013, sorte de Bienvenue chez les ch'tis qui se déroule lors d'un mariage provincial). Le dernier film qui a connu un large succès en dehors de la Russie est Léviathan d'Andrei Zviagintse (Golden Globe du meilleur film en langue étrangère et prix du meilleur scénario au festival de Cannes en 2014, sélectionné pour représenter la Russie aux Oscars).

Danse
Danseurs célèbres
Vatslav Nijinski (1889-1950)

Danseur, chorégraphe. Après l'école de théâtre, il entre en 1907 dans la troupe du théâtre Mariinski en tant que danseur étoile. En 1909-1913, il se produit dans les Ballets russes ; en 1916-1917, il fait partie de la troupe de Diaghilev. Il a mis en scène et dansé L'Après-midi d'un faune, ainsi que Le Sacre du printemps. Ses mises en scène ont anticipé les recherches chorégraphiques du milieu du XXe siècle. En 1917, atteint d'une maladie psychique, il doit abandonner la scène et finit ses jours à Londres après avoir écrit ses Mémoires.

Rudof Noureev (1938-1992)

D'origine bachkire, mais né au Tatarstan, il a été soliste du théâtre d'opéra et de ballet Kirovski (Mariinski). Après avoir choisi la liberté en 1961, il passe ses dernières années à Paris, où il est directeur de ballet à l'Opéra. Il repose au cimetière Sainte-Geneviève-des-Bois, avec les 15 000 autres Russes enterrés ici et qui donnent au cimetière son appellation de cimetière russe. Sa tombe, recouverte d'un tapis oriental en mosaïques multicolores, ne porte pas de croix, car le grand artiste était musulman.

Anna Pavlova (1881-1931)

Danseuse de ballet. Après l'école de théâtre, elle danse pendant 10 ans sur la scène du théâtre Mariinski et interprète les premiers rôles du répertoire classique. Elle devient mondialement connue à l'occasion de la présentation des Ballets russes, en 1909. A partir de 1910, elle fait des tournées à l'étranger pour la promotion de ces mêmes ballets.

Marius Petitpas (1818-1910)

Né à Marseille, il est invité en 1847 à Saint-Pétersbourg où il danse pendant plus de 20 ans et où il enseigne pendant 30 ans à l'école du théâtre de la ville. Devenu chorégraphe de la troupe de ballet de Saint-Pétersbourg, il travaille en coopération avec L. Ivanov. Pendant un demi-siècle d'activité artistique, il met en scène plus de 60 ballets. L'apogée de sa carrière est sa coopération avec Tchaïkovski (La Belle au Bois dormant, Le Lac des cygnes) et avec Glazounov (Raymonde).

Littérature
Statue de Pouchkine.
Statue de Pouchkine.

Le nombre de passagers des transports en commun plongés dans leur lecture vous surprendra. Malgré le prix élevé des livres, les Russes persistent à lire beaucoup. Les appartements des lettrés, toujours désargentés, sont souvent remplis de livres jusqu'au plafond. Cependant, la littérature n'est pas en Russie un domaine abstrait réservé à une élite cultivée, elle est vivante, partagée et inscrite dans le quotidien. Tous les Russes connaissent par coeur au moins quelques extraits des poètes nationaux. Un lien quasi-sentimental les relie à ces piliers de la littérature mondiale que sont Pouchkine, Gogol ou Tolstoï, comme en témoignent le nombre et la fréquentation assidue des maisons-musées d'écrivains, dans lesquelles les touristes se rendent en quasi-pèlerinage. Monumentale jusqu'à l'intimidation, foisonnante jusqu'à la confusion, la littérature russe constitue une excellente introduction à la planète Russie.

Saint-Pétersbourg par Alexandre Pouchkine

" Oui je t'aime, cité, création de Pierre ;

J'aime le morne aspect de ta large rivière,
J'aime tes dômes d'or où l'oiseau fait son nid,
Et tes grilles d'airain et tes quais de granit. "

Le Cavalier de bronze, traduit par Alexandre Dumas.

La littérature des origines

Vers la fin du Xe siècle, l'alphabet cyrillique vient aux Russes par la voie de la christianisation et de la catéchisation. Deux siècles plus tôt, les moines Cyrille et Méthode en avaient fixé les règles afin d'évangéliser les populations slaves. La langue choisie pour diffuser la bonne parole était un dialecte bulgare compris par la majorité des Slaves. Ce dialecte se fixe et devient la langue savante des fidèles orthodoxes : le slavon, encore aujourd'hui langue de la liturgie. Mais ce dialecte devenu langue écrite n'est plus parlé nulle part lorsqu'il s'implante dans la Rous'. Utilisé pour la diffusion des livres saints, il est rapidement influencé par la langue orale locale donnant ainsi naissance au vieux russe.
En marge de la littérature savante, la culture populaire développe un folklore riche et varié : contes, chansons, proverbes, apocryphes et satires seront redécouverts au XVIIIe siècle. Dans le nord, les bylines, longues mélopées rythmées, étaient consacrées aux héros légendaires du passé de Kiev ou Novgorod.
La culture écrite reproduit et adapte le legs byzantin, restreint aux nécessités de la catéchèse ou de la célébration du pouvoir en place. C'est pourquoi il n'y a pas d'ouvrages scientifiques, philosophiques ou artistiques. Cela étant, la Rous' médiévale connaît quelques oeuvres originales, dont la fameuse Chronique des temps passés attribuée au moine Nestor et retraçant l'histoire de la Rous'. L'oeuvre la plus remarquable de cette période est certainement le Dit de la Campagne d'Igor. Il rapporte la lutte du prince Igor contre les Polovtsiens et suggère, idée neuve pour l'époque, une union de toutes les terres russes divisées face à leurs turbulents voisins.
On observe dans la littérature du XIVe au XVIIe l'évolution de la langue, la montée de l'idéologie nationale chrétienne et la sécularisation croissante de la société. Mais sa valeur littéraire est très en deçà de la culture orale. Ce gigantesque corpus n'aura pratiquement aucune influence sur la genèse de la littérature moderne, dont les genres sont empruntés au fonds occidental, via le classicisme français. S'esquisse déjà un fossé entre culture savante européanisée et culture populaire, entre l'élite dirigeante et le peuple.

Puis vint Pouchkine

Statues, monuments, musées, citations, la " pouchkinomania " ne faiblit pas. Né en 1799 à Moscou dans une vieille famille noble, Alexandre Sergueyevitch Pouchkine est le descendant d'Abraham Hannibal, un Abyssinien noir comme l'ébène, offert à Pierre le Grand par un sultan turc. Comme tous les futurs membres de l'élite russe, il fréquente le lycée de Tsarskoïe Selo, où règnent alors des idées progressistes. Il compose des épigrammes satiriques sur ses contemporains dont le favori d'Alexandre Ier. Des amis lui évitent la déportation en Sibérie, mais pas l'exil qui le fait voyager dans tout le pays entre 1820 et 1826. Cette période de bannissement s'avère prolixe puisqu'il écrit, entre autres Le Prisonnier du Caucase, Les Tziganes, un roman en vers, Eugène Onéguine, et la tragédie shakespearienne Boris Godounov.
Même s'il n'a pas directement participé au soulèvement des Décembristes, nombre de ses amis sont inquiétés. Nicolas Ier l'autorise à rentrer d'exil, le fait étroitement surveiller et s'autoproclame critique et censeur attitré du poète qui aura désormais maille à partir avec la censure. Cela ne l'empêche pas d'écrire La Petite maison à Kolomna, un conte satirique. En 1831, il épouse une jeune femme futile et frivole, dont les mondanités accaparent le poète, et qui lui vaudra une mort précoce dont la Russie ne s'est toujours pas totalement remise. Bals et fêtes le répugnent vite. Il se réfugie dans l'écriture et compose Le Cavalier de bronze, Histoire de la révolte de Pougatchev et La Fille du capitaine. Il meurt en 1837 dans un duel l'opposant à l'un des Français les plus connus en Russie : Georges d'Anthès.
Mais il ne faut pas oublier que l'effervescence du XVIIIe siècle avait préparé l'arrivée du grand génie. Les travaux linguistiques de Lomonossov ont permis à la langue russe moderne d'établir ses règles. L'omniscient fondateur de l'université de Moscou a introduit en Russie une littérature classique conforme aux prescriptions de Boileau.

Après la Révolution française, les écrivains se tournent vers des références anglaises ou allemandes. Walter Scott, Byron, Goethe, Schiller ou Hoffmann inspirent Karamzine, le protecteur de Pouchkine qui sacrifie, à l'occasion, à la mode romantique. En plus de fixer la langue moderne, Pouchkine inaugure une grande tradition : face au tsar tout-puissant et autoritaire, c'est l'écrivain qui assume la fonction prophétique et éclaire le peuple.

Du romantisme au réalisme

Mikhaïl Lermontov (1814-1841) partage avec Pouchkine le fait d'être mort en duel, un exil caucasien et une même conception du poète prophète et combattant. Sa poésie, sombre et pessimiste, se divise en deux corpus : les poèmes historiques et les poèmes exaltant le courage et la liberté des montagnards du Caucase. C'est d'ailleurs lui qui introduit le thème du Caucase dans la littérature russe. Son roman le plus connu est Un Héros de notre temps, publié en 1840. Lermontov s'y attache aux effets qu'exerce la société sur la psychologie de Pétchorine, jeune officier perdant son temps en vaines prouesses sentimentales. Il est froid, insensible et gaspille son énergie. Lermontov nous livre cinq épisodes de sa vie traités séparément, mais qui, ensemble, forment un récit cohérent. Il s'agit du premier roman psychologique russe et la première utilisation du monologue intérieur. Romantique, il a ouvert la voie aux grands prosateurs de la deuxième moitié du XIXe siècle avec ses portraits réalistes des êtres.
Dans l'histoire littéraire, le nom de Nikolaï Gogol (1809-1852) reste lié au réalisme et à l'école naturelle même s'il est définitivement inclassable. Conteur hors pair, Gogol dépeint la vie des campagnes ukrainiennes dans Veillées à la ferme de Dikanka et Mirgorod qui enchantent Pouchkine. Avec Tarass Boulba, récit des guerres entre la Pologne et l'Ukraine, il prolonge le tropisme petit-russien. Les Nouvelles de Saint-Pétersbourg regroupant Le Portrait, La Perspective Nevski, Le Journal d'un fou, Le Nez et Le Manteau, abordent un tout autre univers, à la fois fantastique (un personnage se réveille sans son nez, un autre se prend pour le roi d'Espagne) et social (Le Manteau est celui d'un obscur fonctionnaire percevant un salaire de misère). Malgré ces chefs-d'oeuvre de la narration, c'est à sa pièce Revizor et à son roman Les Ames mortes, publiés en 1842, que Gogol doit sa renommée. Le héros principal va de propriété en propriété acheter des âmes mortes, c'est-à-dire des serfs décédés mais non rayés des écritures comptables, qui lui servent de gage pour emprunter de l'argent. Sombre peinture de la Russie de l'époque, ce récit est un des grands romans de la littérature russe et fit de son auteur le porte-drapeau, à son insu, du réalisme critique, représenté par Ivan Gontcharov (1812-1891) auteur de Oblomov et par Ivan Tourgueniev (1818-1883) dont les ouvrages les plus connus sont Père et fils, Les Récits d'un chasseur.

Les géants du réalisme

Les Possédés, Crime et châtiment, Les Frères Karamazov, Le Joueur, L'Idiot... Nul besoin de présenter Fiodor Dostoïevski (1821-1881) dont l'oeuvre continue de nous fasciner. Il n'a commencé à écrire ses grandes oeuvres qu'à 44 ans. A la suite de l'affaire Petrachevski, préparation d'une insurrection contre le régime tsariste, il est gracié in extremis et enfermé dans la forteresse d'Omsk. Soumis aux travaux forcés qui le marqueront à vie, il sort de cet enfer à l'âge de 35 ans. Il écrit là-bas ses Souvenirs de la maison des morts ainsi qu'un recueil, Le Cahier sibérien, dans lequel il consigne proverbes, scènes et expressions pris sur le vif dans le milieu des condamnés. Entre Balzac et Proust, Dostoïevski est aussi à l'aise dans la sculpture que dans l'autopsie, représentant avec la même puissance illuminée les êtres simples et les sentiments complexes. Sur le plan politique, ses idées selon lesquelles le peuple ne tolérerait aucune révolution, sont largement démenties par la suite. Il n'en reste pas moins l'un des grands penseurs de son siècle et a su soulever des problématiques encore d'actualité.
L'autre géant du réalisme est le non moins célèbre Léon Tolstoï (1828-1910). Personnage emblématique, issu d'une famille de la noblesse, mais très préoccupé par le sort du peuple russe. Son superbe domaine de Yasnaya Poliana, situé dans la région de Moscou est très prisé des touristes russes. En plus d'être un grand écrivain, le comte Tolstoï est une force de la nature qui se passionne autant pour l'agriculture, la pédagogie et le vélo qu'il découvre à l'âge de 67 ans. Alors que Dostoïevski décrit des êtres tourmentés et maladifs, Tolstoï s'intéresse à des psychologies plus équilibrées, mais qui laissent voir leur for intérieur. Parmi une multitude d'oeuvres, citons sa trilogie autobiographique Enfance, adolescence et jeunesse, l'incontournable Guerre et paix, la très flaubertienne Anna Karénine et la sublime Mort d'Ivan Ilitch, dont Maupassant disait qu'il était prêt à l'échanger contre ses propres oeuvres complètes.
L'ère des grands romans laisse place à des genres plus succincts. Vsevolod Garchine (1855-1888) est le grand nouvelliste des années 1880, tandis que Nicolaï Leskov (1831-1895) donne de magistraux tableaux de la vie du peuple (La Fiancée). Mais le maître incontesté de la nouvelle russe demeure Anton Tchekhov (1860-1904).

La période moderne

Si les lecteurs français apprécient le théâtre de Tchekhov (Oncle Vania, La Mouette, Les Trois soeurs, La Cerisaie...), ils connaissent en général moins bien ses nouvelles qui sont un modèle du genre : concision, finesse des détails et densité (La Dame au petit chien, La Steppe, Une histoire triste, La Salle numéro 6). Sa langue d'une grande clarté en fait souvent le premier écrivain lu dans le texte par les étudiants en russe. Il a su rendre la vie provinciale et les soubresauts de la société prérévolutionnaire russe intelligible au-delà des frontières de l'empire. Pour preuve : les metteurs en scène occidentaux continuent encore aujourd'hui à faire vivre son oeuvre dramaturgique.
Si Anton Tchekhov meurt avant la révolution de 1905, Maxime Gorki (1868-1938), lui, jette un pont littéraire entre la Russie tsariste et l'URSS. Il a été l'un des auteurs les plus lus du temps de l'URSS. Orphelin à l'âge de 11 ans, il vagabonde à travers la Russie, l'Ukraine et la Géorgie, et pratique mille petits métiers. Prolétaire, socialiste et révolté, il est l'auteur du Chant du pétrel, une allégorie sur l'éminence de la révolution, tout comme l'est sa pièce Les Bas-fonds. La Mère est d'une remarquable noirceur sociale. Après 1917, il ne tarde pas à dénoncer les atrocités commises par le nouveau pouvoir avant de lancer, plus tard, le réalisme socialiste et de soutenir inconditionnellement le régime stalinien.
La littérature de la fin du XIXe siècle, annonciatrice d'un cataclysme social ou prophétesse des lendemains qui chantent, connaît, à l'instar de l'Europe, ses mouvements littéraires en " isme ". Le symbolisme russe, nourri de Poe, Mallarmé, Baudelaire, Wilde et Huysmans, est placé sous le signe de la décadence et du mysticisme. Dimitri Méréjovski (1865-1941), le père de ce mouvement, fulmine inlassablement contre le réalisme jugé trivial et utilitaire. La révolution de 1905 donne un air nouveau à la vie intellectuelle. Les symbolistes Andreï Bely (1880-1934), auteur de Pétersbourg, et le poète Alexandre Blok (1880-1921) restent moins à l'écart des réalités de ce monde. L'acméisme, qui renie le symbolisme et souhaite redécouvrir la valeur du quotidien et du réel, est un mot aujourd'hui oublié, mais y participe l'une des plus grandes poétesses du XXe siècle, Anna Akhmatova (1889-1966). Le futurisme a également ses émules en Russie avec, en tête de file, le singulier Velimir Khlebnikov. Son oeuvre est la quête d'une langue primitive qui serait à l'origine de toutes les autres. L'Age d'argent (on désigne ainsi la période comprise entre 1905 et 1917) est celui d'une avant-garde dont la vitalité et les expériences seront, en grande partie, anéanties par la révolution.

Littérature, révolution et stalinisme

La majorité des écrivains qui appelaient de leurs voeux la survenue de changements reste finalement perplexe et aurait préféré s'en tenir au réformisme démocratique. L'intelligentsia va pouvoir vérifier si ses idéaux sont ou non une vaste illusion.
Serge Essenine (1895-1925) est un poète marqué par la poésie populaire, un poète paysan convaincu que la paysannerie tiendrait une place de choix dans la société à venir. Il donne à la révolution une interprétation religieuse et s'étonne du manque d'enthousiasme des paysans russes. Ses voyages en Occident le dégoûtent des sociétés industrielles modernes, et son retour au pays en 1924 lui procure le sentiment de ne plus être complètement chez lui. Il se suicide un an plus tard à l'Hôtel d'Angleterre, à Leningrad. Les services secrets l'auraient un peu aidé.
A l'inverse, le futuriste Vladimir Maïakovski (1893-1930), auteur du Nuage en pantalon, met spontanément sa fougue au service des bolcheviks. Partisan d'une littérature sociale et utilitaire au service des masses, Maïakovski disloque la langue et la prosodie. Dans sa pièce La Punaise, un petit-bourgeois est congelé pendant le NEP et réveillé en 1979. Il termine dans un zoo comme seul représentant d'une époque révolue. Maïakovsky est aussi célèbre pour l'un de ses vers favorables à la révolution : " Poète tu pourrais ne pas l'être, mais citoyen tu le dois. " Jusqu'à un certain point... déçu par les orientations de la révolution et par ses amours malheureuses, il se suicide en 1930.
Dans les années 1920, alors que des luttes intestines accaparent le parti, la vie intellectuelle est intense. Les bases du formalisme russe sont posées. Des groupes littéraires comme la Forge, le LEV ou le RAPP ne survivront pas à la reprise en main des lettres soviétiques par Staline. La NEP littéraire avait fait son temps. Mikhaïl Boulgakov passe miraculeusement à travers les mailles du filet. Muselé, affamé et rejeté par la critique, il appelle Gorki à l'aide et adresse une lettre mémorable au " Petit Père des peuples ". En 1930, quatre jours après le suicide de Maïakovski, Staline lui répond par téléphone. L'écrivain est autorisé à travailler au théâtre d'art de Moscou, ce qu'il fera jusqu'en 1936. Son roman Le Maître et Marguerite, qui transpose le mythe de Faust dans le Moscou des années 1920, est un livre incontournable. Satire de la vie soviétique, ce texte est également une ode à l'individualisme qui prendra finalement le dessus sur le totalitarisme d'Etat.
Les années 1930 sont, du point de vue de la production officielle, d'une pauvreté à peine imaginable. Seuls quelques noms émergent, dont celui de Mikhaïl Cholokhov, prix Nobel en 1965, pour son Don paisible. Les livres deviennent instruments de propagandes où de braves paysannes et de courageux soldats réussissent leurs humbles vies à force de travail et d'obéissance.

La littérature soviétique

Il serait naïf de croire que, la politique littéraire répressive de l'époque, est venue à bout de toutes les plumes. Andreï Platonov, Ossip Mandelstam, Isaak Babel ou Vassili Grossman poursuivent leur travail de romancier clandestinement, en espérant être publiés de manière posthume ou dans les samizdat, des publications artisanales vendues sous le manteau. Des générations entières ont pu découvrir des oeuvres interdites, recopiées à la machine sur papier carbone ou intégralement photographiées. C'est ce qu'Anna Akhmatova a appelé les " temps prégutenberguiens " de la littérature soviétique et qui concernait également la musique : une banale radio des poumons pouvait être gravée de microsillons. Les écrivains exilés Vladimir Nabokov, Alexandre Kouprine et Andreï Bely parviennent à vivre de leur travail, mais ne peuvent être publiés en URSS.
La mort de Staline en 1953 marque le début d'un lent dégel littéraire. Il est désormais sans danger de parler de Boulgakov, Akhmatova, Essenine ou de Boris Pasternak (1890-1960), prix Nobel et auteur du Docteur Jivago. Les Soviétiques peuvent lire Hemingway, Zweig, Camus et même Agatha Christie. Les sujets plus personnels, abordant l'être humain comme individu et autrefois conspués, sont enfin autorisés.
Se moquer de la bureaucratie et de la nomenklatura n'est plus passible de déportation. Les Soixantards forment un petit groupe d'écrivains aspirant à un socialisme à visage plus humain : Evgueni Evtouchenko, Bella Akhmadoulina et Andreï Voznessenski renouent avec la grande tradition poétique russe et remettent la nouvelle au goût du jour. En 1962, il se produit l'impensable : Alexandre Soljenitsyne (né en 1918) publie Une Journée d'Ivan Denissovitch, la description minutieuse d'une journée de la vie d'un bagnard. Le tabou des camps tombe, mais pas celui de la censure ni de la répression. Soljenitsyne quitte l'URSS pour les Etats-Unis en 1974. L'Archipel du goulag, La Roue rouge et Le Pavillon des cancéreux, publiés plus tard, donneront un visage et une voix à l'enfer du goulag. Malgré le lent dégel des lettres, beaucoup d'écrivains choisiront ou seront obligés de continuer à être diffusés par samizdat. C'est le cas de Venedict Erofeiev (né en 1947) qui deviendra avec le roman Une Beauté russe l'écrivain le plus connu de la perestroïka. Dans la phase déclinante de l'URSS, des écrivains exilés comme le prix Nobel Joseph Brodsky ou le nouvelliste Serge Dovlatov sont reconnus à l'étranger.

Glasnost

La politique de liberté d'expression et de publication d'informations introduite par Gorbatchev avec, en 1992, la fin de la censure, délie toutes les plumes. La " graphomanie " russe reprend le dessus avec pléthore de sujets et de genres. De nombreuses maisons d'édition sont créées et le public russe, grand lecteur, se rue sur les nouveautés. Les textes délaissent l'idéologie et abordent des thèmes autrefois tabous comme le sexe, l'autoanalyse ou la guerre.
Celle-ci permet à toute une lignée d'écrivains d'évacuer certains traumatismes, dont celui de la réécriture soviétique de l'histoire. Citons Récits afghans et La Marque de la bête d'Oleg Ermakov ainsi que Blanc sur noir de Ruben Gonzales Galliego, racontant la vie d'un enfant espagnol attardé mental dans un hôpital psychiatrique soviétique. Plus récemment, Andreï Guelassimov aborde pour la première fois le conflit russo-tchétchène, vu du côté des soldats russes dans La Soif, poignant portrait d'un jeune militaire rentré défiguré du Caucase. Le thème de la réalité donne lieu à de patients et passionnants portraits d'une société en plein doute et en plein bouleversement. La vie quotidienne et ses méandres restent un sujet de prédilection. Dans Feu et poussières, Tatiana Tolstaya montre les difficultés de la vie de tous les jours dans un style baroque flirtant avec le rêve et le conte de fées. Loudmila Petrouchevskaya décrit, quant à elle, une société où les relations sociales se délitent dans La Nuit m'appartient.
Une littérature que l'on pourrait qualifier de néo-sentimentaliste, attachée à évoquer ses personnages avec tendresse et compassion, se développe en parallèle. Lioudmila Oulitskaya délivre un message de tolérance et de retour à la vie dans Sonetchka, Médée et ses enfants et De Joyeuses funérailles. Victoria Tokareva livre de délicats portraits de femmes dans Happy end. Avec Pastorale sibérienne, Oleg Ermakov se projette dans les fastueux paysages de son immense pays. La libération des aspirations permit enfin aux écrivains de donner leur vision du passé soviétique sans passer par la moulinette de la censure. La Saga moscovite de Vassili Aksionov, retraçant la vie d'une famille à travers l'ère soviétique, connaît un immense succès.
Avec Underground, Vladimir Makanine dresse un bilan des trente dernières années littéraires et artistiques. Irina Denejkina dépeint une génération déboussolée se réfugiant dans l'alcool et le sexe.

Littérature contemporaine

Cette réalité du temps présent en appelle aussi au roman picaresque avec, par exemple, Ce n'est pas moi de Alexeï Slapovski : le héros se transforme en la personne qu'il voit et devient mafieux, premier secrétaire du parti. Ce genre truculent est également représenté par l'autobiographie d'Ilya Kotcherguine, L'Assistant du chinois et Je suis ton petit-fils.
A l'opposé de ce réalisme parfois violent, certains écrivains préfèrent prendre de la distance sur cette drôle de société, et opter pour un certain conceptualisme, en ce sens qu'ils partent d'une idée, de l'image que l'on se fait de la réalité, pour bâtir leurs récits. Mais il s'agit d'un conceptualisme russe, coloré, enlevé et tutoyant le fantastique de la meilleure veine. Le plus connu de ces écrivains se moquant ainsi du réel est Victor Pelevine, largement traduit en français (La Flèche jaune, La Vie des insectes, Omon Râ). Le sulfureux Vladimir Sorokine écrit La Queue, des bribes de dialogues dans une file d'attente gigantesque ou La journée d'un opritchnik, voyage dans le temps dans une Russie de 2050 qui n'est sans doute pas loin de ce dont rêve un Poutine. Dans La Brèche, Vladimir Makanine décrit une société contemporaine complètement délabrée où les intellectuels vivent sous terre et le monde totalitaire à l'air libre. Tatiana Tolstaya aussi utilise le fantastique dans Slynx : les êtres humains sont devenus mi-hommes mi-animaux après Tchernobyl. Le héros devient un fanatique de lecture, découvre des bibliothèques secrètes et lit sans comprendre.
Enfin, une littérature populaire d'excellente qualité inonde les librairies russes et étrangères. Le genre policier atteint des sommets avec Alexandra Marinina, qui entraîne son lecteur dans les différents milieux de la société russe actuelle, et avec le dandy Eraste Fandorine, personnage des romans historico-policiers de Boris Akounine qui évoquent la Russie du XIXe. Andreï Kourkov, scénariste de formation, mêle grotesque et intrigue policière dans Le Pingouin, Le Caméléon et L'Ami du défunt.
Peut-être moins intimidants que les monuments de la littérature russe, ces écrivains, multipliant les genres et les approches d'une société déroutante et enthousiasmante que vous vous apprêtez à découvrir, vous surprendront par leur haute fantaisie, leur regard lucide sur le monde et la haute tenue de leur art. Bonne nouvelle, ces nouveaux auteurs sont abondamment traduits en français.

Regards français sur la Russie et l’URSS

Jean-Baptiste Tavernier, Carnet de voyage, XVIIe.

Marquis de Custine, Carnet de voyage, XVIIIe.

Jean-Loup Trassard, Campagnes de Russie, Gallimard, 1989.

Lila Lounguina, Les Saisons de Moscou 1933-1990, racontées à Claude Kiejman, Plon, 1990.

Paola Messana, Kommunalka, Lattès, 1995.

Frederic Beigbeder, Au secours pardon, Grasset, 2007.

Emmanuel Carrère, Un Roman russe, P.O.L., 2007.

Écrivains célèbres
Anna Akhmatova (1889-1966)

Cette très grande poétesse du XXe siècle passe son enfance et sa jeunesse à Tsarskoïe Selo. En 1910, après son mariage avec le poète Goumiliov, elle vient vivre à Saint-Pétersbourg où, pendant des années, elle occupe une dépendance de la Maison Fontanny (ancien palais des Cheremetiev), transformée aujourd'hui en Musée littéraire Akhmatova. Elle est l'un des grands symboles des souffrances infligées par les répressions staliniennes et la guerre. Elle perdra successivement son mari et son fils, morts dans les camps du goulag. Elle meurt finalement dans la ville de Leningrad, qu'elle continuera toute sa vie à appeler Saint-Pétersbourg, comme pour conjurer ce pouvoir soviétique qui lui aura tout pris, sauf sa liberté et son art.

Nina Berberova (1901-1993)

Née à Saint-Pétersbourg (dans la même rue que Nabokov deux ans plus tôt), elle y demeure avec sa famille jusqu'à l'expulsion massive de l'intelligentsia en 1922. Après près de 30 ans passés à Paris où elle compose de courts récits, elle s'installe à New York en 1950 et enseigne la littérature russe à l'université de Yale. Elle meurt à Philadelphie, à l'âge de 92 ans. Bien qu'ayant écrit la plupart de ses récits dans les années 1930 et 1940, elle n'est connue en France que depuis 1985, grâce à une traductrice qui soumet le manuscrit de L'accompagnatrice aux éditions Actes Sud. Le livre sera adapté au cinéma sept ans plus tard. Elle est également célèbre pour son autobiographie C'est moi qui souligne. Toute son oeuvre est marquée par l'exil et la nostalgie de sa ville natale.

Alexandre Blok (1880-1921)

Grand poète russe du début du XXe siècle (L'Age d'argent), il est né à Saint-Pétersbourg, où il passera toute sa vie. Il dédie à sa ville de nombreuses poésies. L'appartement-musée de Blok se trouve dans la demeure pétersbourgeoise où il a terminé sa vie.

Joseph Brodski (1940-1996)

Grand poète et écrivain pétersbourgeois, il est condamné, en 1964, pour parasitisme social, purge sa peine à Sakhaline et s'exile aux Etats-Unis. Il ne reviendra plus jamais dans cette ville, qu'il considère pourtant comme le dernier refuge possible : " Je ne veux choisir ni le pays ni le cimetière. Mais je reviendrai mourir sur l'île Vassilievski. " Il reçoit le Prix Nobel de littérature en 1987.

Fiodor Dostoïevski (1821-1881)

A partir de 1837, la vie et l'oeuvre du grand écrivain russe sont liées à Saint-Pétersbourg. C'est ici qu'il écrit et publie ses premiers romans : Nuits blanches et Les Pauvres Gens, ainsi que d'autres plus tardifs, comme Humiliés et offensés, Crime et châtiment, Les Frères Karamazov et Les Possédés. Le Pétersbourg de Dostoïevski est le thème de l'une des visites guidées proposées aux touristes, avec celle du musée littéraire de l'écrivain.

Serge Dovlatov (1945-1990)

Né à Oufa, dans le sud-est de la Russie, Serge Dovlatov a vécu à Saint-Pétersbourg où il fait ses études. Méconnus de son vivant, ses livres sont aujourd'hui étudiés à l'université. Il est le chantre de la débrouille quotidienne des Soviétiques et de l'absurdité de la vie. Il émigre aux Etats-Unis où il ne se sentira jamais à l'aise, et meurt à New York sans avoir revu son pays. Personnage à part, à la fois bourru et d'une rare sensibilité, ses romans sont désormais disponibles en français dans d'excellentes traductions.

Nicolas Gogol (1809-1852)

Romancier et dramaturge russe, l'auteur des Ames mortes a vécu à Saint-Pétersbourg de 1829 à 1836. Il y publie ses Veillées à la ferme de Dikanka, Mirgorod, Arabesques, et commence la rédaction du Mariage et de Tarass Boulba. Gogol écrit ici sa comédie Le Revizor, mise en scène en 1836 au théâtre Alexandrinski et au théâtre Mali de Moscou. Il collabore à la même période à la revue de Pouchkine, Sovremennik (Le Contemporain). Ses nouvelles les plus célèbres comme Le Nez et Le Manteau ont été regroupés par les éditeurs sous le titre Nouvelles de Saint-Pétersbourg.

Vladimir Nabokov (1899-1977)

L'auteur de Lolita, qui a connu la célébrité en langue anglaise et aux Etats-Unis, est né à Saint-Pétersbourg, qu'il doit fuir avec sa famille lors de la révolution. S'il quitte la Russie encore jeune, le souvenir de la patrie perdue ne cessera de hanter la prose de l'écrivain. Vous pouvez visiter l'appartement dans lequel sa famille résidait avant la révolution.

Alexandre Pouchkine (1799-1837)

On ne présente pas Pouchkine, qui incarne à lui seul toute la poésie russe. Disons cependant qu'il a fait ses études au lycée de Tsarskoïe Selo, qu'il a passé ses dernières années à Saint-Pétersbourg et qu'il est mort dans la capitale du Nord. La ville de Saint-Pétersbourg, maintes fois immortalisée par Pouchkine, est surtout présente dans son Cavalier de bronze. Vous pouvez visiter l'appartement-musée de Pouchkine à Saint-Pétersbourg, ainsi que le lycée et la datcha du poète. Les plus fervents poursuivront le pèlerinage à la maisonnette du gardien de la station (l'un de ses héros), à Gatchina, et au musée de la Maisonnette de la nourrice de Pouchkine, qu'il a célébrée dans ses poésies.

Médias locaux
Presse

Journaux anglophones. A moins de parler russe comme Pouchkine lui-même, vous ne pourrez lire que le Saint Petersburg Time (www.sptimesrussia.com), un gratuit de bonne tenue qui développe l'actualité locale mais aussi internationale et livre chaque semaine le programme des sorties ainsi que des petites annonces. Bien écrit (en anglais), bons sujets et bien pratique. A attraper au vol toutes les semaines dans les hôtels et les restaurants accueillant force étrangers.

Journaux russes. La presse russe est pléthorique et pas toujours d'une grande qualité. Voici quelques titres qui font référence.

Presse nationale

Le quotidien Kommersant (avec les pages pétersbourgeoises) -

www.kommersant.ru

Le quotidien Izvestia (avec les pages pétersbourgeoises) -

www.izvestia.ru

Le quotidien économique Vedomosti - www.vedomosti.ru

Presse locale

L'hebdomadaire Peterbourgski Tchass Pik - www.chaspik.spb.ru

Le quotidien Delovoï Peterbourg - www.dp.ru

Le quotidien Nevskoye Vremia - www.nevskoevremya.spb.ru

Le quotidien Vesti (région de Leningrad) - www.vesty.spb.ru

La revue hebdomadaire Gorod - www.gorod-spb.ru

Radio

En Russie, les ondes FM vont de 66 MHz à 108 MHz, AM de 260 à 1 467 kHz. Parmi les plus écoutées figurent les stations Europa+, Nostalgie et Eldoradio.

Europa+ 100,5 MHz et 72,68 MHz

Maximum 102,8 MHz et 73, 82 MHz

Nostalgie 105,3 MHz et 68, 24 MHz

Radio Baltika 104,8 MHz et 71,24 MHz

Radio Moderne 104 MHz et 68,66 MHz

Radio Rocks 102 MHz

Radio Rossia 873 MHz et 261 kHz, 66,3 MHz

Eldoradio 101,4 MHz

Otkryty gorod sur les fréquences du réseau de transmissions de la ville.

Télévision

Les films étrangers doublés par une seule et même personne n'ayant pas pris la peine de baisser le son de la langue originale sont une source inépuisable de rigolade. Reste que les chaînes sont à l'heure actuelle fermement reprises en main par les autorités : exaltation patriotique et jeux idiots sont de rigueur, notamment sur la première chaîne Pervyi Kanal, qui développe une intéressante vision d'un monde violent et pauvre et d'une Russie calme et prospère. Mention spéciale, quand même, à la chaîne culturelle (la numéro 5) dont la programmation est excellente : documentaires fleuves, débats interminables, vieux films... Certaines chaînes programment des dessins animés russes, soviétiques, dont l'inventivité risque de vous visser à l'écran. Les grands hôtels sont tous équipés de la télévision par satellite.

Musique
Musiciens cosaques.
Musiciens cosaques.

Penser à la musique russe c'est évoquer immédiatement l'aura internationale des opéras de Tchaïkovski ou des concertos pour piano de Rachmaninov. Mais avant le XIXe siècle, la musique russe est inexistante, soumise à la loi de l'Eglise orthodoxe qui ne tolère que le chant. Cependant, dès qu'elle commence à s'affirmer au XIXe siècle à travers des musiciens de renom, elle reflète l'éternelle hésitation de la culture russe entre ses racines occidentales et ses racines slaves. Et, curieuse constatation, le rock russe qui connaît une grande vigueur à partir des années 1980, est traversé lui aussi par ce conflit.

Histoire de la musique avant le XIXe siècle

Les premiers musiciens professionnels apparaissent à la cour de Kiev au IXe siècle. Ces skomoroki, comme on les appelle, se distinguent par l'originalité des instruments qu'ils utilisent : le rozhok est un instrument à vent, le gusli est un instrument à cordes pincées, et la volinka est une espèce de cornemuse. La conversion de la Russie à l'orthodoxie va conditionner l'histoire de la musique pour plusieurs décennies. Les liturgies orthodoxes sont entièrement chantées, car on considère qu'il ne faut utiliser que des moyens humains. L'Eglise orthodoxe a longtemps considéré tous les musiciens comme profanes, voire comme des suppôts de Satan. Seul le carillon n'a pas été prohibé, et l'on comprend pourquoi les Russes sont passés maîtres dans l'exercice de cet instrument. Mais au XVIIIe siècle, Pierre le Grand désireux d'ouvrir la Russie à l'Occident, introduit des musiciens étrangers à la cour. Progressivement le drame lyrique devient de plus en plus apprécié par l'aristocratie russe.

Glinka : la naissance d'une musique authentiquement russe

La défaite napoléonienne de 1812 provoque un élan de patriotisme en Russie qui se confirme dans les arts aussi. Glinka (1804-1857) compose deux opéras qui sont considérés comme un tournant dans l'histoire de la musique russe : La Vie pour le tsar (1836) et Rouslan et Ludmila (1842). L'originalité de ces opéras est de combiner les mélodies populaires russes aux techniques occidentales de composition. L'histoire de la musique reconnaît dans ces deux oeuvres le fondement de la musique classique russe, qui ouvre la voie à l'école symphonique.

Puis la musique va subir l'éternelle lutte de la Russie entre occidentalistes et slavophiles. Au moment où Anton et Nikolaï Rubinstein créent un conservatoire à Saint-Pétersbourg et un autre à Moscou, s'organise dans les années 1860 un groupe de musiciens slavophiles décidés à défendre la particularité de la culture russe. Dans cette mouvance se constitue le groupe des Cinq qui comprend Borodine, Rimski-Korsakov, Moussorgski, Balakirev et Cui. Ils n'ont d'autre but que de composer une musique spécifiquement russe. Pour cela, ils utilisent tous les ressorts de la culture populaire, des contes et légendes slaves aux diverses mélodies. La musique qu'ils composent est empreinte de tonalités inédites, résultant d'un savant mélange de musique orientale et de couplets populaires russes. Rimski-Korsakov utilise l'important corpus de contes de fées russes pour écrire ses opéras. Moussorgski fait revivre le poème de Pouchkine Boris Godounov pour composer son célèbre opéra.

Parallèlement au groupe des Cinq, s'affirme la personnalité qui allait marquer profondément l'histoire de la musique : Piotr Tchaïkovski. Il donne à ses opéras et ballets un son particulièrement russe. Ses opéras La Dame de Pique et Eugène Onéguine font désormais partie des grands classiques. C'est à la fin du XIXe siècle que la musique russe prend toute son ampleur : ses conservatoires de Moscou et de Saint-Pétersbourg jouissent alors d'un immense prestige.

Bouillonnement artistique du début du XXe siècle

Puis au début du XXe siècle, trois personnages marquent la scène musicale : le pianiste Rachmaninov, qui compose des opéras, des symphonies, des concertos pour piano et développe un style de musique très particulier. Après la révolution, il quitte la Russie et fait une brillante carrière de concertiste à l'étranger. Scriabine qui fait revivre la tradition mystique russe se fait aussi le précurseur d'un nouveau style de musique : la musique sérielle. Notons aussi le talent du chanteur Chaliapine. Ils ont étudié tous les trois au conservatoire de Moscou. Deux autres grands noms de la musique russe de l'époque sont Stravinski et Prokovief. Les tournées à l'étranger du danseur Diaghilev rendront très célèbres les ballets de Stravinski L'Oiseau de feu et Pétrouchka. La musique de ce compositeur est comme celle de Rachmaninov tout à fait inclassable. Le Sacre du printemps fait scandale en Occident par son modernisme. L'autre grand nom de ce début de XXe siècle est Prokofief avec sa Symphonie classique. Avec les danseurs Diaghiliev et Nijinski, le chanteur Chaliapine et le compositeur Stravinski, l'effervescence de la création musicale et chorégraphique est à son comble à la veille de la révolution de 1917.

Révolution : une nouvelle page

La révolution emporte d'abord la musique dans un formidable élan créatif. L'art musical, intrinsèquement lié à la marche militaire n'est pas pour déplaire aux bolcheviks qui en font, tout comme le cinéma, un de leurs instruments favoris de propagande. Il s'agit d'encourager le peuple au travail et de l'enthousiasmer par la musique. Par ailleurs l'opéra devient accessible au peuple et connaît donc un formidable essor. Le grand nom de ces années est celui de Dmitri Chostakovitch, dont le chef-d'oeuvre est l'opéra Le Nez.

La musique au pas

Mais avec la création en 1932 de l'Union des compositeurs soviétiques, la musique doit s'attacher à décrire " la réalité dans son développement révolutionnaire ". Ainsi Staline commence-t-il à attaquer Chostakovitch pour son opéra Lady Mac Beth de Mzensk. S'amorce alors une grande opération de lutte contre la musique d'avant-garde, marquant la fin d'une époque. Chostakovitch doit alors obtempérer dans le sens voulu par les autorités, même si sa musique continue subtilement à marquer des signes de résistance. Dans les années 1940 et 1950, la musique occidentale est même interdite. Puis en 1948, durant le premier congrès, plusieurs musiciens, dont Chostakovitch et Prokofiev sont incriminés du crime de " culte de l'atonalité, de la dissonance et de la disharmonie ". A l'instar de la peinture où les pouvoirs ordonnent de représenter des ouvriers heureux de travailler et des paysans heureux de moissonner, la musique doit être joyeuse et optimiste. Après une brève relâche de la censure pendant le dégel sous Khrouchtchev, qui aura offert le luxe d'écouter tranquillement la Dixième Symphonie de Chostakovitch, la censure reprend le dessus avec l'arrivée de Brejnev.

Alors que la composition musicale est sévèrement encadrée, tous les plus grands interprètes sortent des conservatoires russes qui acquièrent alors une réputation insurpassable. Premiers prix de tous les concours internationaux, acclamés par l'Occident, tous les grands chanteurs, et musiciens russes atteignent une perfection qui confine à la légende. L'histoire se souvient encore du pianiste Sviatoslav Richter ou du violoncelliste Mstislav Rostropovitch. Beaucoup d'ailleurs de ces artistes préfèrent s'exiler. Pendant que l'avant-garde restée au pays et privée de concert vit des moments très difficiles. Deux formes de dissidence vont apparaître. Celle des bardes comme Vissotsky (le Jacques Brel russe) et Okoudjava qui proposent des concerts underground, dans les appartements. Et une grande nouveauté sur la scène musicale russe : le rock fait son apparition en underground à partir de la fin des années 1960.

Puis vinrent le rock

La perestroïka insuffle un vent de liberté et notamment l'explosion de la musique rock. A la fin des années 1960, les premiers groupes de rock russe commencent à se constituer. Au début des années 1980 la première scène de rock underground se constitue. Naissent alors les groupes mythiques de la scène russe : Kino, Machina Vremeni, Pop-Mekhanika et Akvarium. Les paroles tournent autour de tous les problèmes rencontrés dans la vie quotidienne et spirituelle. Plus que du son, la musique rock va entraîner autour d'elle une façon de penser, une façon de vivre, de s'habiller. Elle est à l'origine d'un mouvement qui s'est appelé les Neformaly (" les Informels ").

Parmi les groupes récents ayant du succès, on peut citer la très populaire Zemfira. On peut classer dans cette catégorie le groupe Leningrad, originaire de Saint-Pétersbourg, une ville qui hante les textes du groupe. Leur musique mêle de façon totalement improbable de rythmes sud-américains et russes, et est très populaire chez les jeunes et les étrangers. Le langage particulièrement fleuri des textes y est sans doute pour quelque chose. Parmi les autres musiciens pétersbourgeois Billy's Band et Jenia Lubich (l'ancienne chanteuse du groupe français Nouvelle Vague) sont assez remarquables ! Suite à l'émigration massive de Russes vers l'étranger, un certain nombre de groupes se sont formés hors de Russie, en Allemagne et aux États-Unis avant tout. Très souvent, ces groupes continuent à chanter en russe ou du moins, ne renient pas leurs origines comme les Red Elvises.

Musiciens et chanteurs célèbres

Fédor Chaliapine (1873-1938)

Acteur doué et basse incomparable, pendant 40 ans, il a fasciné le public par la beauté, l'expressivité et la puissance de sa voix. Il a chanté à Saint-Pétersbourg à partir de 1894, notamment au Mariinski. A partir de 1899, il se produit également au Bolchoï à Moscou. Ami de Gorki et de Repine, il émigre en 1922 à Paris, où il meurt. Son appartement pétersbourgeois est devenu un musée.

Dimitri Chostakovitch (1906-1975)

L'un des plus grands compositeurs du XXe siècle. Pianiste, pédagogue, issu du Conservatoire de Leningrad, où il a enseigné dans les années 1930, il aborde tous les genres musicaux, y compris la musique de théâtre et de films. Il a laissé quinze symphonies, dont la Septième, commencée pendant le blocus de la ville et dédiée à Saint-Pétersbourg. Elle sera interprétée pendant le blocus, le 9 août 1942, sous la direction d'Eliasberg, par des musiciens restés dans la ville.

Mikhaïl Glinka (1804-1857)

Issu d'une riche famille noble, ce compositeur, qui étudie d'abord la musique en dilettante, va devenir le père de la musique classique à caractère proprement russe. Né à Saint-Pétersbourg, il y a passé sa jeunesse, pris ses premiers cours de piano et composé ses premières oeuvres. Revenu dans sa ville natale en 1834, après quatre années passées à l'étranger, il y compose deux opéras : La Vie pour le tsar et Rouslan et Liudmila. De 1837 à 1839, il dirige la chorale de la chapelle impériale. Son cycle vocal, Adieux à Saint-Pétersbourg, est dédié à l'ancienne capitale.

Nikolaï Rimski-Korsakov (1844-1908)

Compositeur, pédagogue, chef d'orchestre. Son oeuvre, originale, est d'un caractère profondément national. On lui doit quelques symphonies, cantates, romances, ainsi que quinze opéras, dont Pskovitianka, Snegourotchka (" Fille de neige "), Sadko, et La Fiancée du tsar. Professeur au Conservatoire de Saint-Pétersbourg, il a eu pour élèves plusieurs grands compositeurs, comme Glazounov, Stravinski ou Prokoviev. Vous pouvez visiter son appartement musée, et sa maison à Tikhvine, dans la banlieue de Saint-Pétersbourg.

Modest Moussorgski (1839-1881)

Le célèbre compositeur a vécu à partir de 1849 à Saint-Pétersbourg. Il y compose plusieurs opéras, dont les drames populaires musicaux Boris Godounov et Khovanchtchina, un cycle pour le piano intitulé Tableaux d'une exposition, et quelques cycles de mélodies pour chant et piano. C'est sans doute dans ce dernier genre qu'il excelle le mieux. Sa musique, profondément novatrice, ne sera reconnue qu'au cours du siècle suivant. Debussy et Ravel lui porteront un intérêt tout particulier. Moussorgski a influencé la plupart des grands compositeurs du XXe siècle.

Piotr Tchaïkovski (1840-1893)

Compositeur, chef d'orchestre, pédagogue. Il termine le Conservatoire de Saint-Pétersbourg dans la classe de composition de Rubinstein. Tous les genres musicaux sont représentés dans son oeuvre. Ses six symphonies, ses opéras (Eugène Onéguine, La Daat et Casse-noisette, qui inaugurent le ballet symphonique, auront une influence déterminante sur l'évolution de l'art chorégraphique.

Igor Stravinski (1882-1971)

Compositeur, chef d'orchestre, il a été l'élève de Rimski-Korsakov. Les premières de ses ballets L'Oiseau de feu, Petrouchka, Le Sacre du printemps sont présentées par la compagnie des Ballets russes, en 1910-1913, à Paris. Le caractère extraordinairement novateur du Sacre provoque, lors de sa création, un énorme scandale. A partir de 1914, Stravinski vit à l'étranger, en Suisse d'abord, en France ensuite (il sera naturalisé Français en 1936) et, enfin, aux Etats-Unis où, en 1945, il renonce à la nationalité française pour devenir citoyen américain. A cette existence mouvementée correspond une création protéiforme, sans cesse renouvelée, où toutes les acquisitions du passé semblent se conjuguer sans cesse à toutes les découvertes du présent.

Peinture et arts graphiques

La peinture russe s'est d'abord formée en suivant des modèles extérieurs. L'art byzantin demeure l'influence principale jusqu'au XVe siècle, puis à partir du XVIIIe siècle et sous l'influence de Pierre le Grand, la Russie prend connaissance et s'inspire des peintres français, allemands et italiens. C'est à partir du XIXe siècle qu'elle trouve sa voie unique et originale qui aura des répercussions sur la création artistique au niveau mondial. On peut considérer que la peinture russe a connu deux âges d'or : la peinture d'icônes qui domine jusqu'au XVe siècle, puis l'Avant-garde russe et le mouvement l'art pour l'art à la fin du XIXe siècle et jusqu'en 1925. Et, phénomène remarquable, cette avant-garde saura retrouver dans une création authentique et originale la spécificité de l'art russe de l'icône.

Du Xe au XVIIIe siècle : influence de Byzance puis de l'Occident

Sous l'influence de Byzance, qui lui a transmis sa religion, son art, son architecture et sa littérature, la Russie en peinture est dominée par les thèmes religieux, jusqu'au XVIIIe siècle. Suivant des règles strictes, ces oeuvres sont souvent le fait de peintres grecs invités à travailler dans le pays et qui enracinent et perpétuent la culture byzantine. Parmi les grands représentants de la peinture d'icône russe, on peut citer Andreï Roublev, ou Théophane Le Grec. Ces deux peintres du XVe siècle ont peint les plus beaux chefs d'oeuvres de leur époque dont certains sont visibles au Musée russe.

C'est avec Pierre le Grand et sa fameuse ouverture européenne que l'art s'émancipe du religieux et renouvelle ses sujets. Installant la capitale à Saint-Pétersbourg, il la coupe des influences culturelles traditionnelles de Moscou et travaille à amorcer une nouvelle orientation picturale. Pour cela il fait venir des peintres étrangers pour former les artistes russes. S'ouvrant à la peinture allemande, française et italienne, la création russe prend un nouvel essor. Ainsi une dichotomie se crée entre Moscou qui devient le sanctuaire de l'art religieux et Saint-Pétersbourg où prend naissance une nouvelle école de peinture.

XIXe siècle : émancipation de la peinture

C'est à partir du XIXe siècle que la peinture russe s'émancipe des modèles précédents pour trouver sa propre voie. A contre-courant de la vogue néoclassique qui met à l'honneur l'art antique de la Grèce et de Rome, une figure se distingue par l'inventivité de ses créations : Venetsianov. Ce peintre s'inspire de la vie rurale dont il exprime le charme et la sérénité en représentant de façon bucolique de très belles scènes de genre. Son tableau L'été, représentant une paysanne donnant le sein à son enfant est emblématique de son thème phare : le parallèle entre le travail de la terre et la maternité. Puis deux artistes dominent le deuxième quart du XIXe siècle Karl Bryullov et Alexandre Ivanov. Ils contribuent à donner à la peinture russe une voie propre, indépendante des grands modèles étrangers. " Le Dernier jour de Pompéi est le premier jour de l'art russe ", s'exclame un critique devant la toile de Bryullov. L'artiste acquiert alors une réputation dans tout l'Occident. Quant au régime soviétique, il considérera cette oeuvre comme la représentation de la décrépitude de l'ancien régime, vouée à s'effondrer. Puis la peinture russe explore la veine réaliste avec notamment Vasily Perov qui exploite des thèmes sociaux comme l'alcoolisme.

Les Ambulants : naissance de la peinture sociale

Cette peinture réaliste conduit progressivement à une peinture sociale qui s'incarne dans le mouvement des Ambulants dont les oeuvres à thèmes sociaux se font revendicatives. On les appelle " ambulants " parce qu'ils sillonnent la Russie pour éveiller le monde paysan à l'art. L'artiste phare de ce mouvement est Ilya Répine dont les deux oeuvres majeures Les Chanteurs de la Volga et Les Cosaques zaporogues écrivant au sultan turc font grande impression sur la Russie de l'époque par leur réalisme cru et l'impression de vie qui s'en dégage.

De l'art à visée sociale à l'art pour l'art

C'est à partir de 1885 et jusqu'en 1925, que la Russie connaît une véritable effervescence artistique qui rayonne sur la scène culturelle internationale. Le centre de ce bouillonnement est le domaine d'Abramtsevo de Savva Mamontov où se réunit tout le milieu de la peinture, de l'architecture et de la sculpture. C'est là que se développe le courant symboliste qui influence le monde entier en créant une rupture radicale avec le réalisme. Le folklore national est célébré comme source d'inspiration.

C'est un peintre fréquentant Abramtsevo qui rompt avec la tradition de la peinture sociale assise par les Ambulants, et qui donne alors à la création artistique une nouvelle ampleur. Ce peintre s'appelle Mikhail Vrubel et, de son obsession pour le diable, va naître une oeuvre à tonalité fantastique absolument remarquable. Il sera ainsi, à contre-courant du mouvement de l'art social alors en vogue, le précurseur de l'art pour l'art.

En 1898 se constitue un groupe d'artistes revendiquant l'art pour l'art, version russe du Jugendstil allemand et de l'Art nouveau français. Ils cherchent à décloisonner les différents types d'art, théâtre, peinture et littérature. La revue qu'ils créent, le Monde de l'art, aura une grande répercussion sur la suite de la création artistique.

La grande époque de l'avant-garde

C'est alors que naît l'Avant-garde russe, pierre angulaire de l'histoire de l'art. Le précurseur en est Kandinsky qui oriente la peinture vers l'abstrait pour ne faire ressortir que les couleurs et tourner la peinture vers l'esprit plus que vers la matière. La deuxième grande figure de ce mouvement est Kazimir Malevitch dont le fameux carré blanc sur fond blanc, qui est un carré blanc sur une toile blanche, annonce une réelle rupture dans l'histoire de l'art, coupant la création de la représentation du réel pour l'emmener explorer des dimensions complètement inconnues dans les lignes et les matières, ce que Malevitch lui-même appellera le suprématisme. Vladimir Tatline se fait le précurseur du constructivisme. Il s'inspire de la peinture d'icône. Marc Chagall qui passe la plus grande partie de sa vie à l'étranger berce ses toiles de rêve enchanté dans des tons oniriques mâtinés de fantastique. Enfin Kuzma Petrov-Vodkin s'inspire lui aussi de la peinture d'icône. Il utilise, dans les règles de l'art de la peinture d'icône, des rouges vifs et la couleur dorée, symbolique de la divinité. Il donne ainsi la luminosité même des saints iconique à ses personnages.

Du réalisme socialiste destructeur à l' " underground " créateur

Avec la révolution, deux tendances apparaissent, les artistes qui acceptent d'appliquer le réalisme socialiste tel qu'il est défini en 1932 et ceux qui choisissent l'exil. Les canons socialistes imposent de représenter la vie des paysans et des ouvriers sous le jour le plus favorable, pour montrer l'enthousiasme apporté par la révolution. L'art est un des plus grands moyens de propagande de l'État qui n'hésite pas à l'utiliser pour rendre visuelle son idéologie. Ainsi le métro, construit dans les années 1930 est hautement symbolique car il doit prouver que le socialisme peut faire aussi bien que le capitalisme, aussi nombre d'artistes sont-ils appelés à venir le décorer. Beaucoup d'artistes qui ne respectent pas les canons sont interdits d'exposition. Mais jusqu'en 1945 il n'y a pas de dissidence picturale ni d'underground. C'est avec le dégel introduit par Khrouchtchev à partir de 1953 que commence une nouvelle période. De nombreux artistes, violant les dogmes du réalisme socialiste, proposent une peinture novatrice voire révolutionnaire. Commence l'époque des expositions d'appartement où l'on montre les tableaux interdits. Et c'est à la fin des années 1960 qu'on assiste à une séparation entre l'art officiel et le non officiel. C'est alors la naissance d'une peinture d'opposition : Ilya Kabakov, Vitaly Komar et Alexandre Melamid détournent les clichés du réalisme socialiste pour contester une façon de vivre. L'année 1974 est une date phare : les artistes décident d'organiser des expositions publiques (l'une d'elles sera écrasée par un bulldozer).

Depuis les années 1980, l'art, qui n'a plus besoin de correspondre à un modèle ou de s'opposer à lui, se cherche une nouvelle voie. De ce fait la création connaît une sorte de vide et se cherche de nouveaux repères. On voit réapparaître depuis quelques années des expériences intéressantes et innovantes. Nicolas Polissky et Constantin Batynkov réalisent des performances artistiques très originales dans d'anciens kolkhozes, mettant à contribution toute la population agricole. Plaçant la réalisation artistique au coeur même de ce qui fut la production politique.

Peintres, sculpteurs et scientifiques célèbres

Karl Brullov (1799-1852)

Après ses études à l'Académie des beaux-arts, Brullov se spécialise dans l'art du portrait. Représentant du courant romantique, il peint aussi des scènes historiques, mythologiques et bibliques. Il gagne une réputation internationale avec Le Dernier Jour de Pompéi, tableau historique conservé au Musée russe. Le portrait de l'illustre comtesse Samoïlova avec sa pupille Amacile Paccinni, est caractérisé par une sobre délicatesse du trait.

Etienne-Maurice Falconnet (1716-1791)

Sculpteur français, il travaille entre 1766 et 1778 en Russie. Saint-Pétersbourg lui doit la colossale statue équestre de Pierre le Grand. Erigée sur la place du Sénat, sa présence est indissociable du paysage architectural du centre-ville.

Mir Iskousstva (Le Monde de l'art)

Ce groupe artistique est créé à Saint-Pétersbourg en 1898, par le peintre Alexandre Benois et Serge Diaghilev. Dans sa revue Mir Iskousstva, le groupe s'élève contre les préoccupations sociales qui dominent l'univers artistique de la deuxième moitié du XIXe siècle et met en avant l'idée de l'art pour l'art. Les travaux du groupe puisent leur inspiration dans les décors rococo, dans la noblesse raffinée de l'opéra français du XVIIe siècle ainsi que dans le folklore russe.

Oreste Kiprenski (1782-1836)

Né à Saint-Pétersbourg, il fait ses études à l'Académie des beaux-arts, puis part travailler à Tver et à Moscou, pour ne revenir dans sa ville qu'en 1812. Parmi ses oeuvres majeures, il faut citer le Portrait de Davidov ainsi que le Portrait d'Avdoulina, exposés au Musée russe. Son Autoportrait est conservé à Florence.

Piotr Klodt (1805-1867)

Né à Saint-Pétersbourg, il suit des cours à l'Académie des beaux-arts en qualité d'auditeur libre. Klodt est le plus grand maître russe de la sculpture monumentale de la première moitié du XIXe siècle. Il est l'auteur de quatre groupes sculpturaux sur le pont Anitchkov, devenus le symbole de Saint-Pétersbourg : le monument de Nicolas Ier, sur la place Isaakievskaya ; et celui du fabuliste russe Krylov, dans le jardin d'Eté.

Dimitri Levitski (1735-1822)

Le plus grand portraitiste russe de la deuxième moitié du XVIIIe siècle. Parmi ses chefs-d'oeuvre, on compte une série de sept portraits de pensionnaires de l'institut Smolny (Musée russe) ainsi qu'un Portrait de Catherine II.

Mikhaïl Lomonossov (1711-1807)

Chimiste, on lui doit de nombreuses découvertes dans différentes sphères des sciences naturelles ; poète, il est le fondateur de la langue littéraire russe ; peintre, il est à l'origine de la renaissance de l'art de la mosaïque. Après avoir présidé aux destinées de l'université de Saint-Pétersbourg, il devient académicien. En 1748, Lomonossov fonde, dans le cadre de l'Académie des sciences, le premier laboratoire chimique de Russie.

Dimitri Mendeleïev (1834-1907)

Chimiste. On lui doit une révolutionnaire classification périodique des éléments, sans laquelle la chimie ne serait pas ce qu'elle est. Il a été également professeur à l'université de Saint-Pétersbourg.

Ilya Repine (1844-1930)

Il fait ses études à Saint-Pétersbourg et enseigne à l'école supérieure de l'Académie des beaux-arts. Il reçoit la médaille d'or pour son tableau Les Haleurs sur la Volga, exposé au Musée russe avec quelques autres de ses toiles : Les Cosaques écrivant une lettre au sultan turc, La Réunion d'honneur du Conseil d'Etat, et une série de portraits de facture réaliste (Moussorgski, Tolstoï...).

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