Boa Vista, la Saharienne, est l'île aux dunes. Dunes marines sur ses rivages mais dunes sahariennes aussi, en son centre, rare phénomène constitué par le sable porté par le vent depuis le Sahara. C'est la plus proche du continent africain, distant d'un peu moins de 700 km. De forme arrondie, elle s'étale sur 620 km² ; c'est la troisième île de l'archipel par sa superficie. Très proche de Sal, dont elle n'est éloignée que de 60 km, elle en est assez semblable : de magnifiques et désertiques plages de sable fin bordées d'eaux turquoise - souvent tranquilles, limpides et chaudes toute l'année - la cernent.

Peuplée de 12 000 habitants, c'est aussi une île sauvage et protégée, un havre de paix pas encore dévoré par le tourisme. Son relief globalement plat laisse émerger une dizaine de sommets qui ne dépassent pas les 360 m d'altitude. Séjourner à Boa Vista est un gage de repos que seuls le clapotis des vagues et le braiment des ânes peuvent troubler. En hiver, la violence des vents peut fatiguer néanmoins.

Les poissons et les coquillages fraîchement pêchés, base d'une alimentation saine, associés au soleil revigorant et à la musique berçante, compléteront votre cure revitalisante. Comme dans le reste de l'archipel, ses habitants vivent à leur rythme et avec leurs passions : le football, la musique et la fête. Rien d'étonnant, donc, si la morna est née ici. Les sérénades et les tocatinas (groupe improvisé de musiciens), animent une grande partie de la nuit. L'aridité du climat de Boa Vista explique sa végétation constituée de cocotiers et de palmiers et empêche l'agriculture de se développer par manque d'eau. Par contre des dattes de bonne qualité et très recherchées sont cueillies, entre novembre et décembre, dans ces fameux palmiers (tamareiras) au pied bizarre d'où jaillissent plusieurs stipes. Dans ce paysage désertique, on aperçoit de temps en temps des puits, des oasis de dattiers rafraîchissantes et certaines plantations qui rappellent combien les Cap-Verdiens doivent lutter face à une nature hostile. Le nord de l'île, délimité est un peu moins sec que le sud, composé de dunes de sable blanc et de plaines caillouteuses. Seule la Ribeira de Rabil est cultivée. Le littoral présente de superbes plages qui s'étendent sur plus de 50 km. Celles du sud, Santa Monica et Curral Velho, restent les plus belles et les plus réputées. Elles sont complètement désertes, nues et inexploitées. Dans le nord, la présence de récifs et de hauts fonds les rendent dangereuses. Les naufrages y sont nombreux, en raison entre autres d'anomalies magnétiques qui fausseraient les compas des marins. Les fonds de l'île sont riches en épaves et on y a trouvé de nombreux trésors. Boa Vista n'est peuplée que depuis la fin du XVe siècle. Un capitaine portugais, Rodrigo Afonso, qui a obtenu une concession, y amène du bétail et lance la culture du coton. Au début du XVIIe siècle, l'exploitation du sel par les Anglais accélère le peuplement de Boa Vista. A l'aube du XIXe siècle, l'île connaît un développement commercial sans précédent.

Le commerce est très actif et Sal Rei est proposée pour devenir la capitale du Cap-Vert. Mais avec la création du port de Porto Grande à São Vicente, l'île connaît le début de son déclin. Elle tente de repartir, mais d'autres fléaux - quasiment bibliques - comme la sécheresse et les invasions de sauterelles, entraînent de grandes famines provoquant des vagues massives d'émigration, et ont raison d'elle.

Aujourd'hui les gens vivent de la pêche, d'un peu d'élevage et du tourisme qui se développe. De grandes chaînes hôtelières internationales y ont ouvert des complexes et certains Cap-Verdiens commencent à investir dans de petites et sympathiques pousadas. Il existe un énorme potentiel de développement dans ce domaine. L'ouverture du Royal Decameron, un complexe de 1 500 lits, a annoncé le changement de physionomie et d'ambiance de Boa Vista. En 2008 et 2010, Riu, la chaîne d'hôtels espagnole a ouvert deux énormes complexes sur la plage de Chave (Riu Karamboa) et un autre à Lacação (Riu Touareg). Aujourd'hui, ce sont les appart-hôtels qui foisonnent pour une clientèle essentiellement italienne ou scandinave (qui vient passer l'hiver).

Le vent constitue un atout considérable pour développer la pratique de la planche à voile et du kitesurf. La pêche aussi est dans le même cas, avec des eaux très poissonneuses malgré un manque quasi total d'outils d'exploitation. La langouste abonde particulièrement dans les eaux de l'île mais le manque de fermeté et peut-être aussi de moyens de l'Etat pour réglementer sa capture commence à mettre en danger sa reproduction.

La singularité désertique de Boa Vista en fait une île définitivement attrayante et très attachante. Des dizaines de kilomètres de plages désertes où viennent pondre les tortues, des oasis où poussent dattiers et cocotiers, des dunes... C'est un paysage fascinant. Cependant, comme pour beaucoup d'autres lieux au Cap-Vert, il faut veiller à ce que ces magnifiques endroits encore sauvages et protégés ne disparaissent pas.

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