Découvrez la Haute-Vienne : Beaux-Arts (Peinture / Sculpture / Street Art / Photo)

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Le Limousin, terre d'inspiration pour les peintres

La peinture du paysage a connu son apogée en Limousin au XIXe siècle. Pendant un siècle, de 1830 à 1930, le site de Crozant fut un haut lieu du paysagisme en plein air. Il faut dire que la beauté de ces paysages n’a pas échappé aux artistes à la recherche du « pittoresque » au sens originel du mot, c’est-à-dire de ce qui mérite d’être peint : trois rivières aux eaux vives, la Grande Creuse, la Petite Creuse et la Sédelle, entaillant le plateau granitique, s’enfoncent dans des ravins, traçant des méandres qui enserrent de hautes falaises. De nombreux peintres principalement impressionnistes, mais aussi romantiques, académiques, fauves, expressionnistes ou cubistes, sont venus là en quête d’inspiration, ce qui a valu au site le surnom de « vallée des peintres ».

Ces paysages sont découverts peu après 1830 par Jules Dupré, dont le père dirigeait la manufacture de porcelaine de Coussac. Les horizons de Saint-Yrieix, ses vieux arbres et ses verdoyants pacages, furent les premiers maîtres de Dupré, le maître de l’espace. Puis c’est Théodore Rousseau, grand observateur de la nature, qui se forme ici à la peinture de paysage sur le motif. Jean-Baptiste Camille Corot fait en Limousin cinq séjours de deux mois au moins chacun, entre 1849 et 1864. Selon une note de ses carnets, il trouve l’inspiration sur les bords de Glane où la « nature est une éternelle beauté ». Aujourd’hui, on peut découvrir le « site Corot », un lieu où il aimait peindre, où la rivière se fait plus vive dans la vallée et serpente entre les rochers dans un paysage d’exception.

« C’est superbe ici. D’une terrible sauvagerie », écrit Claude Monet à Fresselines en 1889. Il est envoûté par ce pays « aux sombres beautés », qu’il « croyait faire du premier coup », mais qui manquent de le rendre fou, tant elles sont difficiles à peindre. Il en tirera une trentaine de tableaux, aujourd’hui aux États-Unis. Armand Guillaumin, lui, découvre Crozant en 1893 et s’en inspire presque exclusivement, en cherchant à traduire avec sa nature rude, simple et franche. « Qu’il existe au monde un pays aussi beau que Crozant c’est possible, mais plus beau, je ne peux le croire », écrit-il dans ses correspondances, subjugué. Suite à une rencontre avec Maurice Rollinat et Léon Detroy, Paul Madeline découvre la Creuse à son tour et séjourne à Crozant chaque automne durant 25 ans. Il peint principalement les paysages automnaux, « mariages harmonieux des tons de cuivre et d’améthyste ». Fernand Maillaud achète un terrain à Guéret sur lequel il fait construire une maison (aujourd’hui ouverte à la visite) : dans son œuvre émouvante et riche, il peint la poésie de la lande et des hautes croupes granitiques, des marchés de village et des bêtes de labour.

Pour mieux découvrir « l’école de Crozant » et cette effervescence créative, ne manquez pas de visiter l’hôtel Lépinat, à Crozant, jadis joyeux repaire d’artistes, désormais devenu le Centre d’interprétation des peintres de la Vallée de la Creuse.

D’autres sites limousins attirèrent d’autres artistes. Le Norvégien Frits Thaulow, le peintre des « cours d’eau pressés », et Julien Le Blant, peintre d’histoire, ont été retenus et inspirés par Beaulieu et les bords de la Dordogne. Gaston Vuillier, dessinateur et illustrateur du Tour du Monde, s’est attaché au site de Gimel-les-Cascades. William Didier-Pouget a peint Aubazine et les paysages de la Haute-Dordogne empourprés de Bruyère. Francis Picabia a réalisé une vingtaine de tableaux en Creuse, entre cubisme et abstraction : il brise les paysages pour les reconstruire à sa manière, traite la Sédelle à la manière géométrique, notamment avec « Paysage de la Creuse » (1912).

Et aujourd'hui ?

Foyer de création artistique depuis le XIXe siècle, la Vallée de la Creuse continue d'inspirer les artistes contemporains qui renouvellent l'approche de ses paysages. Henri Cueco, peintre et écrivain né à Uzerche en 1929 et décédé en 2017 à Paris (connu aussi pour sa longue participation à l’émission de France Culture « Des Papous dans la tête ») s’est beaucoup inspiré de sa Corrèze natale. Artiste prolifique, le regard qu'il porte sur les paysages s'appuie sur la variété des techniques et des supports : huiles, acryliques, crayon, encre de chine, le peintre est un touche à tout, pour mieux exprimer sa sensibilité. En 2001, La Petite Peinture (éd. Cercle d’art) reproduit sous forme de livre 155 œuvres tirées de ses carnets sur les motifs de la campagne de Corrèze. Claude Roucard  né à Brive en 1937, se nourrit aussi des paysages de Corrèze et crée à partir de motifs récurrents : un hêtre, un châtaigner, une meule de foin… Olivier Masmonteil est un Limousin reconnu sur la scène contemporaine internationale : paysagiste fantaisiste, il puise son inspiration tant dans les dessins animés de Walt Disney que dans la peinture de Poussin et réinvente, dans des coloris électriques, un genre aujourd’hui délaissé.

La peinture contemporaine prend aussi d’autres formes, notamment avec le street art. À Uzerche, l’ancienne cartonnerie a été transformée en un lieu pour le moins inattendu dans une cité médiévale : depuis 2017, « la Graffeterie » est un lieu dédié au street art. La fresque monumentale, de 250 m2, qui orne la façade est l'œuvre de l'artiste Yseult "YZ".

Dans le monde du street art, Sêma Lao est une artiste contemporaine née à Limoges et reconnue aujourd’hui. Sa marque de fabrique ? Les visages. Elle a peint un portrait du basketteur Richard Dacoury à l’entrée du palais des sports de Beaublanc, a livré sa vision très personnelle, ultra-colorée, de Martin Luther King dans le centre culturel John-Lennon, a peint Coluche dans les locaux des Restos du Cœur de la rue de Chinchauvaud… Baladez-vous pour découvrir ses œuvres, attendrissantes et vibrantes de vie.

Les beaux-arts s'épanouissent en Limousin et il y a des rendez-vous à ne pas manquer. Le Festival international du Pastel à Feytiat est une référence pour les artistes pastellistes : les mois de juillet et août à l’espace George Brassens, ce sont chaque année 300 œuvres d’artistes de France et du monde entier qui sont exposées pour le plus grand plaisir des visiteurs. Mentionnons aussi le Salon International de la Caricature, du Dessin de Presse et d'Humour de Saint-Just-le-Martel. Entre expositions, spectacles et dédicaces, cet évènement a lieu chaque année depuis plus de 40 ans et joue un rôle majeur en rassemblant plus de 150 artistes et dessinateurs de renommée mondiale dans ce village pittoresque.

Les peintures murales

Découvrez aussi dans les églises du Limousin de magnifiques peintures murales médiévales et contemporaines. L’église Saint-Sulpice de Banize recèle un véritable trésor : des peintures du Moyen-Âge, découvertes puis restaurées en 2021. Les fresques romanes de la Collégiale de Saint-Junien à Limoges, l’une des plus grandes et plus anciennes églises romanes limousines, sont à découvrir absoluement. L'église Saint-Eutrope des Salles-Lavauguyon compte parmi les fresques romanes les plus exceptionnelles d'Europe. Le décor peint a été découvert au début des années 1980, et a permis de mettre à jour plus de 250 m² de peintures exceptionnelles. Dans l’église Sainte-Valérie, à Felletin, vous découvrirez des fresques de différentes époques et de différents styles.

Les fresques colorées du peintre russe Nicolas Greschny (1912-1985) sont aussi à découvrir. Nicolas Greschny est héritier d’une grande lignée de peintres fresquistes depuis le XIVème siècle. Très inspiré par le style byzantin, il est considéré comme un maître de l’art.  Il a peint l’église Saint-Jacques-le-Majeur (Auzances), l’église Sainte-Jeanne-d’Arc à Limoges et l’église Saint-Sauveur à Rochechouart.

Plus récemment, l’église St Thomas de Canterbery de Sous-Parsat a été « relookée » façon street-art avec des peintures murales et vitraux de Gabriel Chabrat, artiste local. Un lieu insolite et hors du temps. À découvrir aussi : la chapelle St Blaise d’Arnac-Pompadour, où l'artiste André Brasilier a travaillé près de 5 ans pour réaliser une peinture murale monumentale de plus de 300 m².

Une histoire insolite : Guernica à Crocq

En parlant de peinture… Les archives réservent parfois des surprises. Celles de la Seconde guerre mondiale en particulier ont révélé qu’un des derniers chefs de gouvernement républicain espagnol, fuyant le franquisme et la persécution, s'est trouvé un an en exil et a trouvé refuge à Crocq en 1941. Il s’agissait de Francisco Largo Caballero. Chef du gouvernement républicain entre 1936 et 1937 en pleine guerre civile, c'est lui qui avait commandé à Pablo Picasso une œuvre pour le pavillon espagnol de l'exposition internationale de Paris de 1937. Cette œuvre allait devenir une peinture parmi les plus célèbres du monde : Guernica.

Pour rendre hommage à cet hôte de marque, le maire de Crocq a décidé d’exposer dans le village une réplique de l'œuvre. Les droits ont donc été achetés à la fondation Picasso, une photo haute résolution a été reproduite par l'entreprise Katz et installée en 2016 (le 26 avril, date anniversaire du bombardement de Guernica) dans la Grande Rue de Crocq, à quelques pas de l’église, juste en face de l’hôtel où séjournait Francisco Largo Caballero. Il aurait pu la voir de sa fenêtre.

Et la photographie ?

Les peintres ne sont pas les seuls à avoir succombé au charme du Limousin.

La vallée de la Creuse est aussi le théâtre du développement de la photographie, dès 1870, pour des praticiens comme Placide Verdot (1827-1889). Les premières autochromes de paysages français, suivant le procédé des frères Lumière, sont réalisées dans la vallée en 1907. De nombreuses circonstances historiques expliquent cet engouement : l’ouverture de la ligne de chemin de fer en 1854, qui relie Paris à la Creuse, la joyeuse ambiance de l’auberge Lépinat à Crozant, l’hospitalité de la population… Et surtout, la puissance invincible des paysages.

Dans sa quête d'un paradis perdu, le célèbre photographe Robert Doisneau a aussi effectué de nombreuses escapades en Limousin ; d’abord durant son enfance en Corrèze, puis lors de séjours à Saint-Céré dans le Lot des années 30 à 1991. En parcourant le Limousin, il a saisi avec son Rollefleix des images du le culte des saints lors la fête de la quintaine de Saint-Léonard en 1951. Ses périples l’ont conduit à Pierre-Buffière. À Aubusson, il s’est passionné pour le travail des lissiers ; il a suivi les petits pêcheurs au bord de l'eau comme à Vianon (Corrèze, 1964), exalté la noblesse du travail dans ses clichés des ouvriers porcelainiers des usines Tharaud à Limoges. Il aimait aussi retrouver ses deux complices limousins, le journaliste et écrivain Robert Giraud, et le peintre Jean-Joseph Sanfourche.

Et le 7ème art ?

Le cinéma n’est pas en reste ! De nombreux films ont été tournés dans le Limousin.

En 1960, Jean Marais escaladait le château de Val à Bort-les-Orgues pour Le Capitan de André Hunebelle (1984) avec Jean Rochefort, Eddy Mitchell et Fiona Gelin. Lady Chatterley (2006, Pascale Ferran) se déroule aux abords de Marcillac-la-Croisille, en Corrèze. Le film a reçu cinq César. Un secret (2008, Claude Miller), est tourné en partie dans la Creuse. Pour Les Gardiennes (2017), le réalisateur Xavier Beauvois avait choisi pour décors plusieurs communes de Haute-Vienne, dont Solignac et Le Dorat. Nathalie Baye et sa fille Laura Smet se donnent la réplique dans cette histoire qui se déroule lors de la Première Guerre mondiale. Plus récemment, Sur les chemins noirs (Denis Imbert, 2023), adaptation du récit autobiographique de Sylvain Tesson, avec Jean Dujardin, fait passer en Creuse. Cette liste pourrait se poursuivre indéfiniment, mais terminons avec un film emblématique plus ancien et d’une très grande beauté. Tourné à l'abbaye de Moutier d'Ahun et au château Bodeau de Rougnat, le film Tous les matins du monde d’Alain Corneau retrace la vie de Marin Marais, compositeur du XVIIe siècle et ses relations avec un autre compositeur, Jean de Sainte-Colombe. Habité par des âmes aujourd’hui disparues comme Jean-Pierre Marielle ou Guillaume Depardieu, ce magnifique film tiré du roman de Pascal Quignard a obtenu en 1992 sept César dont celui de la meilleure musique.

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