Histoire Histoire

La Tchéquie est une république encore jeune, mais son histoire témoigne d’un passé riche, ancien et mouvementé. À la croisée des peuples celtes et francs, sous l’influence des empires romain puis byzantin, à portée de bataille des envahisseurs huns ou mongols, au cœur de la mosaïque impériale austro-hongroise, la Bohême et la Moravie auront ont vu passer et s’affronter nombre de peuples, cultures et religions différentes. Héritière d’un territoire où cohabitent majoritairement Tchèques et Slovaques lors de la disparition de l’Empire austro-hongrois, l’éphémère République de Tchécoslovaquie ne dure que le temps de l’entre-deux-guerres avant de passer sous la coupe successive du IIIe Reich puis de l’Union soviétique. Revenue sur la scène internationale après la Révolution de velours, la Tchéquie, divorcée dès 1993 de la Slovaquie, est depuis la locomotive touristique de l’ancien bloc de l’Est.

400 av. J.-C

Les premiers visiteurs

La tribu celte des Boïens est la première peuplade organisée à s’installer sur une grande partie du territoire de l’actuelle Tchéquie. Ils donneront d’ailleurs leur nom à la région de Bohême. Comme pour la plupart des tribus celtes, ils ne construisent pas de ville durable et n’ont pas de culture écrite, de sorte qu’il ne reste que très peu de traces de leur passage avant qu’ils ne soient balayés par la tribu germanique des Marcomans, installés en Moravie. Au cours des siècles suivant, la vie de la région est rythmée par les guerres tribales, bien loin de la pax romanica, jusqu’aux invasions barbares.

600-660

Les premiers Tchèques

Un embryon d’État apparaît sur le territoire de l’actuelle Tchéquie grâce à un guerrier franc, Samo, qui vers 620 est responsable de la sécurité des convois de marchandises circulant entre le nord de la France actuelle et la Moravie. Sa réputation pousse les tribus slaves à l’élire chef de guerre pour les protéger des raids barbares incessants. Il remporte une écrasante victoire sur les Avars dès 621 et crée ensuite un royaume s’étendant sur les actuels territoires de Bohême et de Moravie. Les Avars profitent de sa mort, un peu avant 660, pour prendre leur revanche, mais s’appuieront désormais sur les structures établies par Samo pour assoir leur autorité.

IXe siècle

La Grande Moravie

Au début du IXe siècle, le prince slave Mojmir Ier s’affirme et étend son emprise sur la Moravie, créant en 833 le royaume de Grande Moravie. Louis le Germanique le défait en 846 et installe au pouvoir son neveu, Ratislav, qui pourtant poursuit l’union des tribus slaves face à la volonté de domination franque. Il y parvient en sollicitant l’aide de l’empereur byzantin Constantin VII Porphyrogénète, qui lui envoie les deux missionnaires, Cyrille et Méthode, pour répandre le christianisme en vue de la création d’un évêché, qui donnerait plus d’indépendance à la Grande Moravie. Malgré cela, Louis le Germanique envoie son fils Carloman défaire les Moraves en 868. Le neveu de Ratislav, Svatopluk, en charge d’un fief aux frontières de la Grande Moravie, comprend son intérêt : il se reconnaît vassal des Francs et livre son oncle à Carloman. Svatopluk voit alors ses pouvoirs élargis avec la confiance des Francs. Il annexe la Bohême et une partie de la Slovaquie.

Xe-XIVe siècles

La dynastie des Přemyslides

À la mort de Svatopluk, la Bohême reprend son indépendance avec la dynastie de Přemyslides dont le troisième souverain, Venceslas, emploie toute son énergie et sa foi chrétienne pour propager ses convictions et consolider son royaume grâce au christianisme et en privilégiant la négociation plutôt que la guerre avec ses voisins. Son assassinat en 935 en fait le premier martyr tchèque et il est encore considéré, par beaucoup, comme le véritable fondateur de la nation tchèque et devient le saint patron du pays. Après son enterrement dans la cathédrale Saint-Guy, son règne est suivi d’une période faste pour la dynastie des Přemyslides : prospérité économique grâce à la découverte des mines d’argent de Kutná Hora, mais aussi rayonnement politique des successeurs de Venceslas, notamment Venceslas II, qui étendra son règne sur les territoires des actuels États de Pologne et de Hongrie. L’assassinat de Venceslas III en 1306 à Olomouc marque la fin de la dynastie.

XIVe siècle

Sous la coupe des Luxembourg

Fils de l’empereur Henri VII, Jean Ier, en 1310, devient comte de Luxembourg et, par son mariage avec la fille de Venceslas II, accède par la même occasion au trône de Bohême. Son fils Charles IV, futur empereur de l’immense Saint Empire romain germanique, élit la Bohême comme vitrine de son règne, qu’il veut pacifique et prospère. Il procède notamment à l’embellissement de Prague, aménageant le château, construisant le pont Charles et la cathédrale Saint-Guy ainsi que l’université. Prague est alors la troisième ville de la chrétienté, après Rome et Constantinople : elle a doublé sa superficie au cours du XIVe siècle et rayonne dans le monde entier.

XVe siècle

Les guerres hussites

Après le décès de Charles IV, Prague et la Bohême font face à une vague de contestation populaire. Le mécontentement est orienté vers le clergé, son faste et sa corruption. En 1402, un professeur de théologie à l’université de Prague, Jan Hus, est le porte-parole de cette frange contestataire qui, par ricochet, finit par atteindre Venceslas IV, fils de Charles IV et héritier du trône. Arrêté, Jan Hus est condamné au bûcher le 6 juillet 1415. Son exécution provoque un soulèvement national : les hussites détruisent les couvents. Sigismond, le successeur de Venceslas IV, ne parviendra pas à ramener le pays à la foi catholique et les hussites, conduits par le général Jan Žižka puis par Prokop Holý, résisteront plus de vingt ans. La révolution hussite durera jusqu’en 1437 et marquera profondément l’histoire du pays. En 1458, un nouveau roi, Jiří z Poděbrad (Georges de Poděbrady), tente de réconcilier le pays avec les chrétiens. Il en sera de même pour les Jagellon, famille polonaise qui s’empare du trône à la mort du roi. C’est sous leur règne que commence la période de l’humanisme tchèque. Une fois de plus, le pays renaît de ses cendres et connaît un grand essor artistique et culturel.

XVIe siècle :

La dynastie des Habsbourg

L’archiduc autrichien Ferdinand Ier de Habsbourg est élu souverain de Bohême en 1526. C’est le début d’une dynastie qui durera jusqu’en 1918. Ferdinand Ier contribue à l’introduction du style Renaissance à Prague et son successeur, Rodolphe II, refait de Prague une capitale, en 1583. Le soulèvement de la Bohême protestante contre l’Autriche en 1611 aboutit à la célèbre bataille de la montagne Blanche, en 1620, au cours de laquelle les chefs de la rébellion sont exécutés et leurs têtes embrochées sur le pont Charles. Trente années de guerre s’ensuivent qui mèneront le pays à la ruine et dont la Bohême ne se relèvera pas avant la fin du XIXe siècle et la période du « réveil national ». On écrit et on joue de nouveau des pièces de théâtre en tchèque, des historiens comme František Palacký (1798-1876) dirigent un mouvement pour la renaissance de la culture slave et les architectes glorifient les personnalités nationales dans les décorations des somptueux édifices de Nové Město.

1741-1790

Marie-Thérèse d’Autriche

Surnommée « la grande impératrice », elle accède au trône du Saint Empire romain-germanique en 1743 avec les titres d’archiduchesse d’Autriche et reine de Bohême et de Hongrie. Elle reste dans l’histoire la seule reine qu’ait connue la Bohême. Sortant d’une guerre contre l’Empire ottoman, l’économie du Saint Empire était à reconstruire et les historiens s’accordent aujourd’hui à décrire Marie-Thérèse comme une « Margaret Thatcher de son temps », froide, déterminée et impitoyable. D’autant que, dès son accession au pouvoir, elle doit affronter une coalition d’États opposés à la « pragmatique sanction », l’édit de Charles VI qui, n’ayant pas eu de fils, a voulu assurer sa succession en autorisant une femme à hériter du trône. Les Habsbourg perdront quelques territoires dans l’aventure mais Marie-Thérèse parviendra à se maintenir à la tête de l’Empire jusqu’à sa mort en 1780. Entretemps, elle aura donné naissance à seize enfants, dont une des filles, Marie-Antoinette, sera la future reine de France.

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1741-1790

Joseph II

Succédant à sa mère, Joseph II brise avec la sévérité qui a caractérisé le règne de sa Marie-Thérèse. Le culte protestant est de nouveau autorisé dans l’Empire et les non-catholiques obtiennent des droit civiques. Il s’attache ainsi tout au long de son règne à réduire les inégalités entre ses sujets, notamment en instaurant l’impôt de quotité payable par tous les propriétaires, c’est-à-dire, surtout, la noblesse et le clergé, ceci afin de se donner les moyens d’améliorer les conditions de vie des classes plus populaires, ce qui a eu pour effet de le rendre populaire chez les petites gens, mais de lui créer des ennemis au sein des gens de pouvoir. D’ailleurs, la plupart des réformes qu’il aura introduites au cours de son court règne seront annulées purement et simplement à sa mort en 1790. « L’empereur révolutionnaire » a néanmoins laissé son nom à tout un quartier : le quartier juif de Prague, ainsi baptisé lors de sa reconstruction en 1850, pour se souvenir de l’édit de tolérance promulgué par Joseph II envers la communauté juive en 1781.

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1918-1938

La première République tchèque

La République tchécoslovaque, considérée comme le seul bon résultat du traité de Versailles, devient un pilier démocratique en Europe centrale. La ligne politique est entretenue surtout par l’influence de son président Tomáš Masaryk, démocrate et philosophe. Le pays connaît une conjoncture économique exceptionnelle dans les années 1925-1929, avant d’être atteint par la crise mondiale. Le seul problème à grande échelle de la République tchécoslovaque réside dans sa structure multinationale, les minorités représentant un tiers de la population du pays, une situation qui donne du grain à moudre à Adolf Hitler. En octobre 1938, à Munich, la Grande-Bretagne et la France acceptent la confiscation par Hitler des Sudètes, territoires fortement peuplés d’Allemands. Beneš, qui a succédé à son ami Masaryk en 1935, constitue un gouvernement en exil à Londres, alors que les communistes tchèques cherchent protection auprès de Moscou. Durant cette période, la Slovaquie devient un État fasciste et théocratique, sous protection d’Hitler.

1945-1989

La période communiste

Lorsque la guerre se termine, en mai 1945, les Tchèques accueillent avec enthousiasme l’Armée rouge, composée de Slaves, comme leur libératrice. Le Parti communiste rassemble 38 % des électeurs et devient le premier parti politique du pays. En février 1948, Klement Gottwald obtient de Beneš la nomination de ministres communistes et prend le pouvoir. Une nouvelle Constitution entre en vigueur et les nationalisations des entreprises commencent. C’est aussi l’époque des purges et des grands procès, période noire qui durera jusqu’au début des années 1960. En 1963, on assiste à une tentative de réveil national tchèque, lorsque les dirigeants tchécoslovaques tentent de réformer l’économie et de réhabiliter les victimes des procès des années 1950. Ces années (1963 à 1968), que l’on appelle aussi les cinq années dorées, connaissent une libéralisation des médias et une renaissance de la vie culturelle à Prague. L’idée d’un socialisme à visage humain fait de nombreux adeptes. Le premier secrétaire du Parti Alexander Dubček tente de faire vivre ce concept lorsqu’il devient premier secrétaire du Parti communiste tchécoslovaque, mais l’élan est brisé le 21 août 1968 par l’invasion des troupes du pacte de Varsovie.  Dès lors, les communistes entreprennent la « normalisation », guidés par Gustav Husák (une ancienne victime pourtant des purges staliniennes). Elle immobilisera le pays pendant de nombreuses années. Seul un groupe de dissidents, menés par Václav Havel, fonde un mouvement d’opposition, appelé Charte 77.

Fresque soviétique à l’intérieur de métro. (c) agustavop - istockphoto.com.jpg

1968

Le printemps de Prague

La période communiste fut marquée par plusieurs tentatives de la Tchéquie de se démarquer de son grand frère russe et de se libérer de sa tutelle. La plus dramatique d’entre elles que l’histoire a baptisée est « le printemps de Prague ». Il prend ses racines dès 1963 avec l’arrivée à la direction du Parti d’une nouvelle générations de dirigeants, menée par Alexander Dubček, et une tentative de réforme de l’économie et de réhabilitation des victimes des grands procès communistes. Cinq années s’écoulent alors pendant lesquelles l’espoir d’une vie meilleure renaît, la vie culturelle foisonne et l’on parle du « socialisme à visage humain ». Le 21 août 1968, jugeant que la farce a assez duré, Moscou fait pénétrer les tanks du pacte de Varsovie dans Prague et 200 000 soldats envahissent le pays. Dubček est forcé d’accepter la « normalisation » et la Tchéquie, malgré l’immolation de l’étudiant Jan Palach en signe de protestation, en janvier 1969, et doit rentrer dans le rang. Malgré la terrible répression, ces années de « printemps » influenceront fortement de futurs dissidents, puis dirigeants tchèques, notamment le poète Václav Havel.

1989

La révolution de velours

Après la chute du mur de Berlin, en 1989, un grand mouvement étudiant puis populaire se regroupe dans un Forum civique afin de renverser le régime communiste. L’écrivain Václav Havel, à l’initiative de ce mouvement, est l’homme de cette révolution qui aboutit, le 24 novembre 1989, à la démission du gouvernement communiste. Le 30 décembre, Václav Havel est élu président d’un pays qui va bientôt se diviser. En juin 1990 ont lieu les élections législatives qui entérinent les acquis de la révolution de velours. Le Forum civique, mouvement créé par Václav Havel, et son complémentaire en Slovaquie, le Public contre la violence, recueillent ensemble 46 % des suffrages et obtiennent la majorité absolue dans les deux Chambres. Le 5 juillet 1990, Václav Havel est réélu président de la République pour deux ans à la tête de l’État tchécoslovaque. Il engage son pays dans une politique d’ouverture et de dialogue : ainsi, le retrait des troupes soviétiques sur le territoire marque la fin définitive du pacte de Varsovie et ouvre le pays à l’Europe démocratique.

En 1992, les partis politiques vainqueurs aux élections de juin dans les deux républiques fédérales prennent des directions divergentes : le Parti nationaliste slovaque, avec à sa tête Vladimír Mečiar, revendique l’indépendance pour son peuple. Inévitable, contre la volonté de Havel, la partition est officiellement décrétée le 1er janvier 1993.

1989-2004

En route vers l’Europe

Malgré une forte volonté d’adhésion à l’Union européenne, la Tchéquie peine, depuis 1996, date de sa première candidature, à remplir les critères nécessaires pour rejoindre l’Europe.

Suite à la dégradation de la situation économique et à divers scandales financiers, le premier ministre Václav Klaus doit démissionner en 1997, ce qui ne l’empêchera pas d’être élu en 2003 à la présidence de la République, mais sans disposer de l’aura de son illustre prédécesseur. Ouvertement libéral, il prône la privatisation massive des entreprises. Son pouvoir est marqué par de nombreux remaniements gouvernementaux. Le 1er mai 2004, la République tchèque fait son entrée officielle dans l’Union européenne. De nombreuses sociétés investissent massivement en République tchèque et profitent d’une main-d’œuvre bien formée et bon marché. C’est donc un nouveau et beau défi pour ce pays qui a su, mieux que beaucoup d’autres, s’adapter aux nouvelles données économiques ayant suivi la chute du mur de Berlin. 

2007 à aujourd’hui

Le temps des désillusions

Malgré l’intégration à l’espace Schengen en 1997, les crises se multiplient sur la scène politique nationale. Les élections européennes ou législatives sont marquées par un taux d’absentéisme de plus en plus important et les résultats souvent catastrophiques des partis traditionnels. La corruption des élites s’étale dans tous les journaux et accentue encore le désintérêt de la population pour la politique tout en faisant le jeu des extrêmes. Les partis à l’Assemblée nouent et dénouent leurs alliances, sapant la majorité des gouvernements du jour au lendemain et entraînant une forte instabilité politique. Les crises se répercutent sur l’économie du pays, qui n’est toujours pas en mesure d’adopter l’euro et repousse cette transition année après année. À tel point que les Tchèques finissent par nourrir une méfiance croissante envers l’Europe, comme en témoigne un sondage de 2013 selon lequel les trois quarts de la population seraient opposés à l’entrée dans la zone euro. Depuis 2013, Miloš Zeman, fondateur du Parti des droits civiques, dirige le pays sous les couleurs d’un social-démocrate teinté d’une certaine dose de populisme. Au cours de ces deux mandats, il n’aura pas réussi à faire disparaître la corruption, et son état de santé interroge, en 2021, sur sa capacité à poursuivre son mandat. Hospitalisé d’urgence alors même que son Premier ministre perdait la majorité à l’Assemblée, le tout sur fond d’une pandémie au cours de laquelle la Tchéquie s’est classée parmi les pays les plus touchés, voilà qui ne laisse pas augurer d’un redressement politique et économique prochain…

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