Découvrez l'Alaska : Architecture (et design)

Le plus grand État des États-Unis n’a pas usurpé son qualificatif d’État-continent. Dans ce pays de la dernière frontière, aux immenses étendues de nature encore indomptée, tout n’est que contrastes, en particulier en matière d’architecture. Peut-on faire plus différents que les igloos et tipis des Indiens autochtones et les buildings de verre et d’acier des très américanisées villes d’Anchorage et de Fairbanks ? Mais c’est justement dans ces contrastes que l’Alaska puise sa riche identité, se transformant alors en une fascinante destination pour tous les amateurs de patrimoine. De la richesse et la diversité des habitats autochtones aux « instant cities » sorties de terre au moment de la ruée vers l’or, d’un éclectisme très européen à un style rustique résolument local, des prémices du modernisme aux réalisations contemporaines se faisant trait d’union entre tradition et innovation… : l’Alaska vous promet des découvertes inoubliables !

Richesses autochtones

Pour les indiens d’Alaska, l’habitat est le résultat d’une correspondance parfaite entre la forme structurelle et les valeurs culturelles. L’habitat est une représentation à petite échelle du cosmos, tout y a un sens et un ordre. Les Inuits sont célèbres pour l'igloo, prouesse d’architecture puisque cette structure en dôme est construite sans support extérieur. Une rangée de blocs de neige est disposée en cercle. Les blocs suivants sont taillés avec des arêtes obliques et disposés en spirale, chaque rangée étant un peu plus inclinée vers l’intérieur jusqu’à créer une forme arrondie et voûtée. De la neige est utilisée pour combler les interstices entre les blocs. Les igloos possèdent souvent une entrée à tunnel munie d’un rempart contre le froid, tandis qu’à l’intérieur, les parois sont parfois recouvertes de peaux de bêtes pour maintenir la chaleur. En été, les Inuits vivent dans de simples tentes faites en peaux de bêtes, tandis qu’au printemps et en automne, ils résident soit dans des igloos dont le dôme de neige a été remplacé par une superstructure de peaux, soit dans des huttes de pierre, de plan carré et aux toits de gazon. L’important est de pouvoir construire vite et facilement près des zones de chasse et de pêche.
Dans la culture Thulé, les maisons d’hiver sont des structures semi-souterraines en pierre, terre, mousse, bois de flottage et gazon, possédant une entrée composée d’un étroit passage souterrain long de plusieurs mètres assurant un puissant rempart contre le froid. Il existe également des habitations entièrement souterraines. Ces dernières sont composées d’une fosse circulaire, carrée ou ovale dans laquelle sont plantés les poteaux et poutres de la structure dont le toit est constitué de rondins bien calfeutrés au moyen de couches de terre et d’herbe. L’entrée se fait alors généralement par une ouverture ménagée dans le toit.
Dans les plaines, les peuples autochtones privilégient encore le tipi, structure de forme conique faite de mâts de bois et recouverte de peaux cousues entre elles avec des lanières de tendons, l’ensemble étant maintenu par un cercle de pierres entourant le tipi. Le nombre et la longueur des mâts sont variables et offrent une infinité de formes à ces tentes. Ce sont souvent les femmes qui ont la charge de la construction, de l’écorçage des mâts à la couture des peaux. L’entrée des tipis se fait toujours à l’est, du côté du lever du soleil et dans le sens contraire des vents dominants. Certains peuples autochtones ont également élaboré une étonnante architecture du bois, parfois sur pilotis comme à Ketchikan, et dont la maison de planches est l’élément le plus répandu. Cette dernière est composée d’une ossature de poteaux et de poutres sur laquelle sont ensuite fixées de longues planches… Ces planches de couverture peuvent être enlevées et transportées pour permettre de construire l’habitat d’été. Certains villages sont faits de rangées de maisons de planches créant une très forte impression d’horizontalité, contrastant avec la verticalité des totems colorés et sculptés. Ces chefs-d’œuvre de sculpture sont « le livre de l’histoire de ces peuples qui permet de la garder vivante ». Le Totem Bight State Historical Park à Ketchikan ou le Sealaska Heritage Institute au décor réalisé par Robert Davidson, issu de la communauté des indiens Haïdas, sont des lieux incontournables pour mieux appréhender ces richesses autochtones.

Tourbillon éclectique

A leur arrivée au XVIIIe siècle, les explorateurs russes établissent des comptoirs pour le négoce de fourrures à Kodiak et Sitka notamment. A Sitka, ils construisent également un fort cerné d’une palissade d’où émergent des tours en bois. De façon générale, ce « style colonial russe » se caractérise par des plans rectangulaires ou polygonaux, et des constructions en rondins de bois parfaitement imbriqués et créant une sensation d’horizontalité et de massivité. Les églises orthodoxes, encore très présentes dans le golfe d’Alaska, notamment, se distinguent par leur aspect plus léger. Ces églises sont souvent de petites maisonnettes de bois, généralement peintes en blanc, et surmontées de clochers à bulbes colorés, comme à Ninilchik. La Russian Bishop’s House à Sitka et le Russian American Magazin comptent parmi les plus anciens édifices russes d’Alaska. La ruée vers l’or, elle, a vu naître d’innombrables « villes champignons » au style baptisé boomtown, comprenez des villes construites en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire ! Les règles de construction étaient toujours les mêmes : on construisait d’abord un bâtiment de plan carré en bois avec un ou deux étages et un toit presque plat pour minimiser les pertes d’espace, puis on y ajoutait une sorte de façade postiche se déployant au-delà de la limite du toit, médaillons, créneaux et gradins venant orner les pignons. Skagway est l’exemple type de ces « instant cities » entièrement construites en bois. C’est de Skagway que part le petit train menant à la White Pass dont les voies étroites, ponts et tunnels de bois construits en 1899-1900 sont de véritables prouesses d’architecture. Pour comprendre l’effervescence qui régnait alors dans ces villes nouvelles, ne manquez pas la visite des vestiges de la ville minière de Kennicott avec sa gigantesque usine en bois à 14 étages !
Ce siècle de l’or a également succombé à la mode de l’éclectisme, mêlant les styles dans la plus pure tradition victorienne. Grandes fenêtres, décor élaboré des porches, coupoles et corniches caractérisent le style dit « italianate » car inspiré des codes de la Renaissance italienne et que l’on retrouve souvent dans les édifices commerciaux, tel le Bon Marché Building à Ketchikan. Le style Queen Anne, avec ses toits très pentus, ses porches à colonnes, ses tours et ses baies vitrées en saillie, était plutôt utilisé pour les demeures privées comme le montrent bien les quartiers résidentiels de Nome et Juneau. Puis, au tournant du siècle, un vent de revival va souffler sur l’Alaska. La Mayflower School à Douglas ou la Houck House du Sheldon Jackson College de Sitka sont de parfaits exemples du Colonial Revival s’inspirant du style georgien et du Federal Style alors très en vogue sur la côte Est. Portes et fenêtres à frontons, symétrie des façades, encadrement des fenêtres en bois sont quelques-unes des caractéristiques de ce style. Le Neoclassic Revival avec ses porches monumentaux aux colonnes ioniques et corinthiennes, ses balustrades, frontons, frises et pilastres, lui, va être employé pour des édifices de prestige comme l’Alaska Governor’s Mansion à Juneau ou le Temple Maçonnique de Fairbanks. Enfin, le Tudor Revival, s’inspirant de l’architecture médiévale britannique avec ses toits à hauts pignons, ses façades décorées de pans de bois, ses décors de stuc, bois et brique et ses moulures en pierre, se retrouve dans des édifices tels que la Folta House de Juneau et l’Allen Auditorium du Sheldon Jackson College de Sitka.
Mais, dès le début du XXe siècle, certains vont préférer à ces styles historicisants, quelque peu grandiloquents, des styles plus sobres inspirés des constructions asiatiques traditionnelles en bois, du mouvement Arts and Crafts anglais et de la richesse de l’artisanat. Le style Bungalow - ou Craftsman - est le plus célèbre de ces styles. Plans ouverts, chevrons et éléments de la structure en bois apparents, avancée de toit en saillie caractérisent les édifices de ce style dont la Norman R. Walker House à Ketchikan est une belle représentante. Une sobriété qui va atteindre son apogée avec le style rustique, que l’on retrouve surtout dans les zones rurales. Le but de ce style est de se fondre dans l’environnement, d’où l’absence d’ornementation, et de montrer toutes les potentialités des matériaux locaux. Ce style rustique est indissociable des « cabins » et stations de rangers qui jalonnent les parcs nationaux et réserves d’Alaska. Dans ce cas, on parle même de style rustique du National Park Service souvent raccourci en « parkitecture ». Ces « cabins » sont quasiment toutes identiques : une structure en rondins de bois, une pièce unique de plan carré ou rectangulaire, un toit à deux pans dont le pignon, s’avançant en porte à faux, est soutenu par des poteaux de bois créant une sorte de porche ; l’ensemble reposant sur des fondations de pierre. La Rock House dans le Denali National Park ou bien encore la Skater’s Cabin du glacier de Mendenhall non loin de Juneau en sont deux beaux exemples. Envie d’insolite ? Ne manquez pas l’inclassable et exceptionnelle « Maison du Dr Seuss » que le célèbre auteur pour enfants Theodor Seuss Geisel se construisit entre Willow et Talkeetna. Sur une « cabin » en bois traditionnelle, il imagina une tour dont la taille des étages décroît jusqu’au sommet, donnant à l’ensemble des allures de pagode !

Architecture moderne et contemporaine

Dans les années 1930, les lignes sobres et épurées, les volumes de béton lisses et blancs et les décors géométriques de tuiles et de briques de verre de l’Art déco font leur apparition en Alaska. La Holy Family Cathedral à Anchorage est, de loin, le plus bel édifice de ce style, ouvrant la voie à la modernité. Un modernisme qui se lit dans les nombreux édifices aux volumes horizontaux massifs, aux toits plats et aux extérieurs en béton lisse ou revêtus de stuc, tel le Temple maçonnique de Ketchikan. Progressivement ce modernisme va se parer des atours du style international triomphant avec des édifices à ossatures métalliques sur lesquelles viennent se fixer d’étonnants murs-rideaux de verre, ou des revêtements en panneaux de porcelaine émaillée ou de céramique de verre coloré. Leurs volumes sont simples, leurs intérieurs spacieux et leurs décors d’une grande sobriété. Le First Federal Savings Building à Anchorage et le City Hall de Seward en sont deux excellents représentants. On l’aura compris, ce modernisme s’accompagne de la construction de nombreuses tours de verre et d’acier, dont le style Corporate Modern fera son terrain de jeu favori. Suivant les théories de grandes figures du modernisme comme Le Corbusier ou Mies Van der Rohe, les architectes de ce style privilégient notamment des structures sur pilotis pour libérer la base et permettre la création de places et espaces publics et des surfaces naturelles brillantes. L’Atwood Building d’Anchorage en est une belle illustration. Le Gruening Building de l’University of Alaska de Fairbanks, lui, illustre les tendances brutalistes de l’époque, laissant le matériau brut et sans fard dans des édifices aux allures de blocs monolithiques.
Mais certains vont rapidement trouver ce modernisme trop épuré et monotone, et donc se tourner vers un post-modernisme oscillant entre expressionnisme et déconstructivisme, s’amusant à jouer avec les volumes, les perspectives, et les matériaux afin de susciter l’émotion. L’Alaska Center for the Performing Arts d’Anchorage est le grand représentant de ce post-modernisme. Certains choisirent même de lutter contre ce modernisme en réinterprétant de façon contemporaine les grands éléments de l’architecture classique (arches, colonnes, frontons, pilastres…). L’Atwood Center de l’Alaska Pacific University d’Anchorage en est un bon exemple. Dans les années 1980, la ville qui s’était lancée dans des projets aux coûts pharaoniques, grâce au boom pétrolier des années 1970, entre dans une terrible phase de stagnation, la plupart de ces édifices (centres commerciaux, immeubles résidentiels…) étant laissés à l’abandon faute d’acheteurs. Après celui de l’or, le cours du pétrole devint ainsi le nouveau « décideur » du sort des villes du pays.
Aujourd’hui, l’Alaska réussit le pari de faire dialoguer tradition et innovation dans des réalisations contemporaines étonnantes, et tout particulièrement les musées. En 2009, le célèbre architecte David Chipperfield a ainsi réinventé l’Anchorage Museum, en lui adjoignant une élégante extension aux lignes épurées et en enveloppant l’édifice dans des cubes de verre. Autre superbe musée : le Museum of the North de l’University of Alaska dont les angles saillants et la juxtaposition des volumes rappellent les glaciers alentour. L’environnement a également été une source d’inspiration pour l’Alaska State Library Archives Museum dont les plafonds reprennent les angles et courbes des montagnes alaskiennes, tandis que les volumes extérieurs rappellent l’envol d’un oiseau. Ses murs et colonnes de béton sont rehaussés d’élégants détails de bois et terra cotta. Et n’oublions pas l’incroyable Aurora Ice Museum de Fairbanks, plus grand édifice de glace au monde : 1 000 tonnes de glace ont été nécessaires pour construire ses murs et ses sculptures !
L’histoire contemporaine de l’Alaska se lit aussi à travers les évolutions de ses habitations et quartiers résidentiels. Dans l’immédiat après-guerre, nombreux sont les Américains à s’être déplacés pour trouver du travail. Ces migrations ont entraîné l’augmentation d’une population qu’il a fallu loger vite et à moindre coût. Compactes, de plain-pied, de plan simple, aux couvertures en planches et bardeaux de bois, et à l’ornementation minimale, les nouvelles maisons de l’époque suivent deux styles alors très à la mode : le « Minimal Traditional » et le « Transitional Ranch », dont sobriété et minimalisme sont les mots d’ordre. Le style « Modern Ranch » avec ses plans en L ou U, ses larges façades, ses poutres faîtières apparentes, ses imposantes cheminées, et ses revêtements de brique et de pierre va connaître un important succès dans les banlieues résidentielles. Il se déclinera même en ranch néoclassique et Tudor ! S’adaptant aux nouveaux modes de vie et de consommation, les maisons s’agrandissent progressivement, gagnent des étages et s’amusent à jouer avec les niveaux (il faut souvent emprunter une volée de marches pour accéder à l’entrée). Certaines demeures se font résolument plus originales comme les A-Frame Houses avec leurs toits à deux pans aux pentes vertigineuses donnant à la maison une forme de A, ou les dômes géodésiques inspirés des igloos… Mais très vite, le retour aux motifs traditionnels se fait plus présent, marquant ainsi l’éternel recommencement des choses. Osez donc vous promener dans les banlieues résidentielles car leurs maisons sont de fascinantes conteuses de l’histoire !

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