Découvrez le Chili : Société (vie sociale)

Soulèvements populaires, fractures sociales, dictatures militaires, kaléidoscope identitaire… Le Chili est une nation complexe qui tente en vain de tourner le dos à son passé afin de mieux s'assimiler aux nations occidentales. Depuis le retour à la démocratie, la société progresse et les mentalités évoluent mais le Chili se révèle toujours très conservateur et en prise avec ses traditions. Bien différent du reste de ses petits camarades latins, le Chili est un pays aux multiples facettes et aux nombreux paradoxes. Même s’il compte parmi les meilleures économies d'Amérique latine, il est aussi le pays le plus inégalitaire de la planète. Marqué par de fortes crises politiques et sociales et un gouvernement indifférent aux demandes de son peuple, le Chili est aujourd’hui à la croisée des chemins. A l’aube d’une (autre) nouvelle Constitution, la société civile tente de rénover sa politique et de fixer les règles du jeu démocratique.

À rude école

Depuis la réforme de Lagos en 2003, la scolarité est obligatoire de 6 à 18 ans. Ensuite, si l’on souhaite poursuivre vers l’université, il faut passer un examen, la Prueba de selección a las universidades (PSU). L’enseignement privé est assez courant et se partage les élèves avec le secteur public. En fonction de leur résultat à la PSU, les étudiants peuvent s’inscrire dans les universités, dans les instituts professionnels ou dans les centres de formation technique. Malgré un taux d'alphabétisation élevé (96%) dans un pays au système éducatif plutôt efficace, certaines régions et campagnes reculées du Chili font figure d'exception en raison de leur isolement et de leur faible densité de population. La plupart des écoles et des universités se concentrent à Santiago, la capitale. Dans le désert d’Atacama, en Araucanie ou encore en Patagonie les écoles se raréfient et les universités sont quasi-inexistantes. Si l’on compte plus de 20 000 étudiants à l’université de Santiago, l'université de Punta Arenas, elle, en compte à peine 1 000. Dans les régions les plus isolées, des élèves se rendent à l'école à pied ou à cheval, avalant ainsi des kilomètres par jour. Enfin, les programmes scolaires s'adaptent parfois aux spécificités géographiques et culturelles de la région : s'occuper des animaux, se former aux techniques agricoles ou encore apprendre le mapadungun, spécificités des écoles mapuches. Injuste et fortement critiqué, le système éducatif n’a pas échappé au système néo-libéral mis en place sous la dictature de Pinochet. Autrement dit, l’enseignement privé est favorisé au détriment du secteur public et l’éducation supérieure gratuite n’existe plus. L’inscription universitaire coûte en moyenne 5 000 € pour des salaires moyens avoisinant les 500 €/mois : les inégalités ne cessent alors de se renforcer et l’accès aux études supérieures reste inaccessibles pour bon nombre de jeunes chiliens. Les familles doivent souvent s’endetter pour que leurs enfants puissent étudier, de plus la différence entre enseignement public et enseignement privé en termes de coût des études et de qualité d’enseignement est très grande. Les étudiants manifestent depuis une dizaine d’années pour demander une réforme de l’éducation. En 2011, suite à de gigantesques mobilisations, plus de 80 % des Chiliens avaient soutenu les revendications des étudiants. Ce mouvement récurrent n’a malheureusement toujours pas porté ses fruits. Ainsi, de plus en plus d'étudiants chiliens traversent la Cordillère des Andes afin d'étudier en Argentine, là où le système scolaire est reconnu comme l'un des plus avancés d'Amérique du Sud.

Fier mais humble

Le Chili est un territoire de rencontre avec ceux qui, à la fin du XIXe siècle et du début du XXe, se sont installés dans ces territoires autrefois inhospitaliers. Fiers de leur histoire et des traditions qu'ils conservent encore, ces descendants de pionniers ont hérité d'une identité unique. Humbles et discrets, les Chiliens se montrent à la fois généreux et désintéressés. Ils ont une capacité à relativiser, à aller de l'avant et à s'en remettre aux éléments qui les entourent. Ils vivent le moment présent sans être trop à cheval sur les horaires et l'organisation, rois de l'improvisation et du quilombo qui signifie le chaos, le bazar, une croyance qui dit que l’on n’a pas besoin de s’organiser. Au Chili, il faut laisser les choses se faire et les choses venir afin d'expérimenter le meilleur que la vie a à nous offrir. La famille est à la base de toutes relations sociales : les amis sont les cousins, l'entourage se résume aux connaissances depuis l'enfance. Les catégories sociales se mélangent très rarement ! Conservateurs et croyants (mais de moins en moins pratiquants) les hommes se révèlent parfois machistes et préféreront que leur fille se marie avant de se consacrer à une carrière. La personnalité du Chilien se détache en général de la mentalité latine. Réputés pour leur nonchalance, les latinos sont passionnés, un brin séducteurs et ne manquent pas de donner leur avis sur tout, mais les Chiliens se montrent toujours un peu plus réservés, en tout cas au premier abord ! Ils sont également très attachés au rang social : il n'est pas rare de se faire interroger sur son nom de famille, son parcours de scolarisation ou encore ses diplômes. Peu apprécié par ses voisins d'Amérique latine, on parle souvent de desgarro chileno (la « déchirure » ou « fracture » chilienne), jamais satisfait de ce qui va advenir, non pas par manque d'ambition ou d'envie de progrès, mais parce que la vie est considérée comme injuste. Leur manière toute singulière d’aborder le monde (désinvolte, placide, rebelle, avec une certaine hystérie contenue, comme comprimée par les éléments contraires qui entourent ce « cigare accoudé à la mer ») viendrait des Mapuches. Car ces derniers ne construisirent pas de monuments illustres : leur monument fut la parole, le mapudungún. Pas de livre officiel d’histoire, mais un humour acide, des paroles en l’air, fières et vaines qui valorise plus « l'être » que « l'avoir ». Un proverbe dit ainsi : « l’humanité se divise en trois catégories : les Chiliens, qui ne savent rien ; les étrangers, qui savent un peu ; et les Mapuches, qui savent tout ».

Droit de la femme

Malgré quelques avancées au cours des dernières années, le Chili reste encore sous l'influence considérable de la religion catholique : le divorce a été légalisé par le Code civil seulement en 2004 malgré l’hostilité de l’Eglise. Devant le sort abject des femmes maltraitées, le Chili a décidé de réagir en 1994 en promulguant la Loi des violences intrafamiliales, qui définit la violence au sein d’une même famille comme un comportement illicite et pouvant entraîner des poursuites judiciaires. Les chiffres révèlent par ailleurs l’importance du rôle des femmes dans le pays ; près de 30 % d’entre elles subviennent entièrement aux besoins de leur foyer avec un salaire unique ou supérieur à celui de leur conjoint. C’est d’ailleurs pour ces femmes que le gouvernement a décidé de créer, en 1991, un programme de soutien, connu sous le nom de Service national de la femme (SERNAM). En 1989, le pays a ratifié la convention des Nations unies sur « l’élimination de toutes les formes de discrimination envers la femme ».

Il reste encore l’épineux sujet de l’avortement : avant 2017, l’IVG était complètement interdite au Chili. Après deux ans de débats parlementaires, le tribunal constitutionnel a dépénalisé partiellement l’interruption volontaire de grossesse le 21 août 2017 avec la « ley tres causales » (« loi des trois cas »). Cette loi permet d’avorter dans seulement trois situations (risque pour la vie de la femme enceinte, non-viabilité du fœtus et viol). Une victoire pour la présidente Michelle Bachelet, pédiatre de formation, qui a mené ce combat durant la totalité de son mandat face au conservatisme. Pourtant, dès juillet 2019, les contestations reprennent et des milliers de personnes manifestent pour la dépénalisation totale de l’avortement. La loi actuelle, qui permet le recours à l’IVG dans trois situations seulement, est très mal appliquée du fait, notamment, de l’objection de conscience invoquée par de nombreux médecins. A noter qu'une jeune chilienne sexuellement active sur 5 vit une grossesse non planifiée et on dénombre pas moins de 200 000 avortements clandestins par an. Enfin, au printemps 2018, pour protester contre la récurrence des féminicides, le mouvement Ni Una Menos (« pas une [femme] de moins ») s’organise à travers de nombreuses révoltes étudiantes contre le sexisme puis en novembre 2019, en pleine vague de contestations sociales, les mouvements féministes chiliens ont bousculé la scène internationale. En plein cœur de Santiago, le collectif chilien Las Tesis a entamé « Un Violador en Tu Camino » (un violeur sur ton chemin), une chorégraphie poignante accompagnée d'une chanson aux paroles incisives. Dénonçant les violences sexistes et sexuelles, la performance est vite devenue virale et a été reprise partout dans le monde, d'Istanbul à Sydney en passant par Paris, lors de la Journée Internationale de lutte pour les droits des femmes. L'hymne chilien est devenu un cri de ralliement mondial. En mai 2021, à Santiago du Chili, Irací Hassler, une féministe de 30 ans, est devenue la première femme maire à diriger la capitale chilienne. En 2023, à l'heure où l'on interroge les fondements de la constitution, le pays ne semble plus ignorer le long combat des femmes chiliennes positionnées au cœur des derniers soulèvements populaires.

Diversité sexuelle

Longtemps soumis à une politique conservatrice, le Chili mène un combat de longue haleine pour la reconnaissance et les droits des homosexuels bisexuels et transsexuels. Les premiers droits accordés aux homosexuels remontent à 1999 avec la dépénalisation de l’homosexualité. Depuis, le pays a régulièrement été sous la lumière des projecteurs suite à ses avancées en la matière. Depuis 2012, une loi sanctionne enfin la discrimination fondée sur l'orientation sexuelle, même si l’égalité devant les genres et les orientations sexuelles est loin d’être acquise. En juin 2018 et 2019, se déroulaient les « Marcha del Orgullo », ou Marche des Fiertés de Santiago (Gay Pride). Sous des drapeaux arc-en-ciel, les personnes LGBT se sont réunies pour revendiquer leur identité et accuser les actes homophobes enregistrés l’année passée, en 2017. Surnommée « l’année de la furie », les chiffres enregistrés ont de quoi glacer le sang : avec 45,7 % de plaintes en plus par rapport à l'année 2016, ce fut l’année de tous les records en termes de violences homophobes et transphobes. Ces dernières années, les manifestants réclament également l'instauration du mariage pour les couples homosexuels. En effet, malgré un premier projet de loi en 2008, le mariage n’est toujours pas autorisé pour les couples de même sexe au Chili. Depuis janvier 2015, seule « l'Union civile » autorise les unions de couples homosexuels conférant les mêmes droits que le mariage. Si en 2019, la Chambre des députés avait approuvé une réforme de la loi sur l'adoption pour les couples de même sexe, en 2021,le président Piñera, pourtant contre le mariage pour tous pendant sa campagne électorale, avait, à la surprise générale la reprise de l’examen du projet de loi visant à légaliser le mariage entre couples de même sexe en 2021 (un projet de loi initialement porté par le gouvernement de la socialiste Michelle Bachelet). Le 10 mars 2022, c'était chose faite : le Chili devenait le septième pays d'Amérique du Sud à légaliser le mariage homosexuel et le trentième au monde.

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