Guide des Seychelles : Survol des Seychelles

Géographie

L'archipel des Seychelles est situé entre les 4e et 11e degrés de latitude sud, et entre les 46e et 57e degrés de longitude est. L'île principale, Mahé, est située à 2 800 km au sud-ouest de Bombay (Inde), à 1 580 km à l'est de Mombasa (Kenya) et à 950 km au nord de Madagascar. Si le territoire marin se déploie sur une surface d'environ 1 300 000 km2, les terres ne représentent que 455 km2, et même 277 km2 si l'on élimine la superficie des lagons. Les pourcentages sont significatifs : la superficie du territoire national (quasiment trois fois la France) se compose de 99,997 % d'eau et de 0,003 % de terres émergées (grosso modo, la superficie de la ville de Paris). Une vingtaine de ces 115 îles et îlots sont habités, mais dans certains d'entre eux la population se compte sur les doigts d'une main. Formées il y a quelque 650 millions d'années, les quarante-deux îles granitiques, c'est-à-dire montagneuses, se situent dans le nord de l'archipel. Le Morne seychellois (907 m), à Mahé, constitue le point culminant. Dispersées au sud et au sud-ouest, les soixante-treize îles coralliennes ne dépassent que de quelques mètres le niveau de la mer. Jusqu'en 1881, les Seychelles ne comprenaient que des îles granitiques et trois petites îles madréporiques (Denis, Bird et île Plate).

A cette date, les îles du groupe Amirantes, Alphonse, Providence et Aldabra, furent détachées de l'administration de l'île Maurice et rattachées à celle des Seychelles. Coëtivy, île madréporique isolée, et les îles du groupe Farquhar, jusque-là dans l'orbite de l'île Maurice, rejoignirent l'archipel respectivement en 1908 et en 1932. D'autre part, l'île Desroches (groupe des Amirantes), les îles du groupe Farquhar et Aldabra (groupe d'Aldabra), détachées des Seychelles en 1965 (pour constituer, avec les îles du groupe des Chagos, le Territoire britannique de l'océan Indien), furent restituées en 1976 au tout nouvel Etat des Seychelles, devenu indépendant le 29 juin de la même année.

Groupe des Seychelles. Mahé, Praslin, La Digue, Sainte-Anne, île au Cerf, île Longue, île Moyenne, île Ronde, île Sèche, île Cachée, Grand Rocher, Anonyme, île Hodoul, île aux Rats, île Souris, Thérèse, Conception, L'Islette, Chauve-Souris (Mahé), île aux Vaches marines, L'Ilot, Cousin, Cousine, île Ronde, Chauve-Souris (Praslin), île aux Fous, Aride, Zavé, Félicité, Marianne, Grande Soeur, Petite Soeur, île aux Cocos, La Fourche, Silhouette, île du Nord, Mamelles, île aux Récifs, Frégate, îlot Frégate, île Denis, île Plate et Coëtivy.

Groupe des Amirantes. Remire : Etoile, D'Arros, Boudeuse, Desnoeufs, Desroches, Marie-Louise. Bancs africains : Banc Africain, île du Sud. Atoll de Saint-Joseph : Saint-Joseph, Fouquet, Ressource, Petit Carcassaye, Grand Carcassaye, Benjamin, banc Ferrari, Chien, Pélican, Vars, île Paul, banc de Sable, banc Cocos. Atoll de Poivre : Poivre, Florentin, île du Sud. Atolls d'Alphonse et de Saint-François : Alphonse, Bijoutier, Saint-François.

Groupe de Farquhar. Saint-Pierre. Atoll de Providence : Providence, Bancs Providence, Saint-Pierre, Cerf. Atoll de Farquhar : île du Nord, île du Sud, Manaha Nord, Manaha Milieu, Manaha Sud, Goélette, Lapin, île du Milieu, Déposé, banc de Sable.

Groupe d'Aldabra. Astove, Assomption. Atoll d'Aldabra : Grand Terre, Picard, Polymnie, Malabar, île aux Cèdres, île Michel, île Esprit, île Moustique, îlot Parc, îlot Emile, îlot Yangue, îlot Dubois, îlot Magnan, île Lanier. Atoll de Cosmoledo : Menai, île du Nord, île du Nord-est, île du Trou, Goélette, Grand Polyte, Petit Polyte, Grand Ile, Pagode, île du Sud-Ouest, île Moustique, île Baleine, île Chauve-Souris.

Climat

Température de l'air : jusqu'à 31,4 °C en avril, mais seulement 28,3 °C en juillet.

Température de l'eau : de 27 °C (de juillet à septembre) à 30 °C (de décembre à février).

Humidité : de 79 % à 82 %.

Les Seychelles ont su instaurer avec leurs visiteurs un climat de confiance : pas question de perturber leurs vacances avec un cyclone ! Nos chères îles sont en effet hors de la trajectoire des tornades. Certes, les causes de la tempête historique (dite Grande Avalasse) du 12 octobre 1862 restent bien floues et il est arrivé (au moins quatre fois depuis 1808) que les cocotiers de l'île de Coëtivy, par 7,6 degrés de latitude sud, soient plus qu'ébranlés, tout comme l'ont été, un après-midi de septembre 2002, ceux de Praslin, une mini-tornade ayant eu raison d'une trentaine de toits et de celui de l'aéroport, flambant neuf à l'époque. Ajoutons que Farquhar, Providence, Astove et Aldabra sont susceptibles d'être touchées par des cyclones en formation, qui prennent leur développement autour des 7 à 8 degrés de latitude sud. Mais les dieux du ciel semblent protéger cet archipel que le général Gordon prit pour le paradis terrestre, un paradis dont le climat se révèle plus tropical qu'équatorial, bien que l'équateur soit tout proche. Ici, l'océan joue évidemment un rôle modérateur, et ces îles ignorent les très fortes chaleurs que connaissent à latitude égale les régions continentales. L'influence des vents constitue d'ailleurs un facteur déterminant dans le " temps qu'il fait ".

En principe, la saison sèche s'étend de juin à octobre (mousson du sud-est), la saison humide s'étalant plus ou moins de novembre à mai (mousson du nord-ouest). Mais, aux Seychelles aussi, le climat n'est plus ce qu'il était, les statistiques publiées çà et là n'ayant qu'une valeur relative. Ainsi, El Niño a suscité un vent de panique aux Seychelles en août 1997, provoquant des trombes d'eau trois jours durant, en pleine saison sèche ! Les routes du littoral furent tellement inondées qu'il n'était même plus possible de se rendre à l'aéroport, les avions ayant d'ailleurs été déroutés. Et il en fut de même fin 2012. Parfois aussi, la pénurie d'eau occasionne des ruptures momentanées de l'alimentation. Celles-ci sont d'ailleurs fréquentes durant la saison sèche, l'île de Mahé, la plus habitée, étant toujours la plus touchée par ces rationnements qui affectent aussi la petite hôtellerie ; en revanche, les grands hôtels, équipés de réservoirs, ne sont pas concernés par ces problèmes de rationnement.

Quatre périodes caractérisent donc le climat de mousson : une saison fraîche et sèche, une saison humide et chaude et deux périodes intermédiaires.

De mai à octobre souffle un courant du sud-est, qui poursuit sa route jusqu'au-delà de l'équateur, puisqu'il est à l'origine de la mousson indienne d'été.

Aux Seychelles, on parle alors de la mousson de suet (pour le sud-est). Les pluies sont plus rares, le taux d'humidité se révèle plus faible ; la mer se montre houleuse, le vent dépassant toutefois rarement la force 6. Il fait légèrement plus frais que durant les autres mois. En cette saison sèche, la température moyenne atteint tout de même les 25 °C.

De décembre à avril, durant la saison humide, des vents d'est et de nord-ouest soufflent sur l'archipel. Cette mousson de nordet (pour le nord-est) résulte du renforcement de l'alizé dans l'hémisphère nord. La chaleur se fait lourde, le mercure atteint les 30 °C et l'humidité règne de nouveau. La végétation est plus luxuriante que jamais, le cycle pluie-soleil-évaporation-nuages-pluie satisfaisant visiblement une nature qui a grand soif. Les averses sont nombreuses, souvent violentes, mais généralement de courte durée. Les plus fortes ont lieu en début de soirée ou pendant la nuit. Il arrive toutefois que le soleil prenne congé durant plusieurs jours et que les dépressions retardent, voire interdisent les vols inter-îles.

Les meilleures périodes de séjour sont celles des mois intermédiaires entre saison sèche et saison humide, c'est-à-dire avril et, surtout, octobre. Vent faible, averses fugaces, océan calme, chaleur idéale : les belles semaines sont au rendez-vous ! C'est d'ailleurs en mai que les ornithologues se réunissent sur Bird Island et Cousin, où des millions d'oiseaux viennent nicher. Quelle que soit la date choisie, la chaleur n'est jamais écrasante (de 25 °C à 32 °C le jour, au moins 24 °C la nuit). Le taux d'humidité est toujours supportable (environ 80 %). Les précipitations maximales sont observées généralement entre la mi-décembre et la mi-janvier. Les îles coralliennes (de 500 mm à 1 500 mm par an) sont évidemment moins arrosées que les îles granitiques (de 2 200 mm sur les côtes à plus de 3 000 mm sur les hauteurs de Mahé et de Silhouette, cette dernière connaissant la plus forte pluviométrie). Cependant, ces données sont théoriques, car aux Seychelles, aussi, on vous dira qu'il n'y a plus de saisons. Celles-ci semblent en effet moins marquées qu'autrefois. Quoi qu'il en soit, lorsqu'il n'est pas caché par des nuages, le soleil brille en moyenne sept heures, la durée du jour étant constante tout au long de l'année de onze à douze heures. A 4 degrés sous l'équateur, le jour apparaît aussi vite que la nuit tombe : gare aux retours précipités de balades aventureuses à travers la jungle et ses rochers, parfois glissants, après une brève averse de fin d'après-midi.

Parcs nationaux

Les parcs nationaux terrestres sont le Morne seychellois, la Vallée de Mai et l'île de Silhouette.

Parc national du Morne seychellois. Il s'étend sur 3 045 ha sur l'île de Mahé. Parc national depuis 1979, il propose de superbes randonnées à travers une jungle luxuriante. Le sommet, à 905 m d'altitude et qui constitue le point le plus haut à 1 600 km à la ronde, offre une vue des plus époustouflantes.

Parc national de Praslin (Vallée de Mai). Devenue parc national en 1979 et depuis 1983 dans la Liste du patrimoine mondial de l'Unesco, la Vallée de Mai offre une ambiance digne de Jurassic Park sur 675 hectares et ravira les amateurs de botanique.

L'île de Silhouette. C'est le 7 août 2010 que le président Michel a officiellement désigné 93 % de l'île comme parc national. Cette île montagneuse possède une végétation abondante et offre de superbes balades en pleine forêt équatoriale.

Les parcs nationaux marins sont eux au nombre de cinq à travers l'archipel. Il s'agit de Baie Ternay et de Port Launay, sur Mahé à Beau Vallon. Mais aussi Sainte-Anne, île voisine de Mahé, devenue parc national marin en 1973. L'île compterait 150 variétés de poissons. Egalement Curieuse, connue pour ses tortues de mer, et Silhouette.

Faune et flore
Flore
Fleur de frangipanier.
Fleur de frangipanier.

La botanique en créole est autrement plus évocatrice qu'en latin ! Du latanier mille-pattes en herbe rasoir et du manglier gros poumon en orchidée pigeon, en passant par la pomme gouvernement, la liane pot à eau, le tamarin bâtard, le bilimbi marron, le bâton monseigneur, le casse-tête chinois, le bonnet carré, la palette de peintre... quel bouquet de noms imagés ! Au répertoire des types de bois, on relève ainsi le bois gros la peau et le bois joli coeur, le bois couleuvre et le bois fourmi, le bois banane et le bois citron, le bois chapelet et le bois sagaie, le bois cuillère et le bois chandelle, le bois méduse et le bois matelot, le bois de fer et le bois de lait, le bois de prune et le bois de pomme, le bois dur et le bois doux, le bois zak et le bois zanguette, pour n'en citer qu'une vingtaine !

« Cucul-la-prasline »

Appartenant à l'une des plus anciennes et des plus illustres familles du royaume de France, César Gabriel de Choiseul, duc de Praslin, fut secrétaire d'Etat à la Marine sous Louis XV. Ayant redonné un éclat à la flotte française, qu'il accrut de 70 vaisseaux et de 50 frégates, il fut aussi à l'origine de l'importante expédition de Bougainville autour du monde. On raconte qu'après la découverte, en 1768, des cocos de mer sur Praslin, on lui expédia un lot de ces drôles de noix à la cour de Versailles. Elles y firent évidemment sensation. En raison de leur forme callipyge, elles furent baptisées " cuculs ", " la prasline " faisant référence à leur provenance.

Deux ans après cette découverte, le secrétaire d'Etat était congédié, en même temps que son cousin, l'éminent duc de Choiseul, une lettre d'une extrême dureté lui prescrivant de gagner sa terre de Praslin en Champagne. Favorable à la philosophie des Lumières et à la suppression de l'esclavage, il était en disgrâce quand éclata la guerre d'Amérique, durant laquelle la flotte qu'il avait créée obtint de beaux succès. Il mourut à Paris en 1785, son fils César-Louis, qui régna sur le célèbre château de Vaux-le-Vicomte (devenu Vaux-Praslin au XIXe siècle), ayant eu pour cuisinier l'inventeur de la fameuse " prasline ", friandise faite d'une amande rissolée dans du sucre bouillant.

Un paradis botanique

L'archipel ne compte pas que six espèces de palmiers. Au-delà du cocotier de mer, du palmiste, du latanier latte, du latanier feuille, du latanier mille-pattes et du latanier hauban, environ 2 000 espèces de plantes tropicales et équatoriales parent les paysages des Seychelles. 250 sont indigènes et 80 sont endémiques, tel l'illustre cocotier de mer. Sa noix, le fameux cocofesse, se révèle la plus grosse et la plus lourde du règne végétal, et l'île Praslin est son seul sanctuaire. " Je défie quiconque se trouvant au coeur de la vallée de Mai, parmi ces palmiers centenaires, à l'écoute des perroquets noirs [une variété d'oiseau comptant parmi les plus rares du monde], le vent sifflant à travers les feuilles du latanier mille-pattes et d'autres palmiers endémiques, de ne point saisir l'importance accordée à la conservation, et à la raison pour laquelle ce site fait partie du patrimoine mondial ", s'enthousiasme le professeur anglais David Bellamy dans la préface d'un remarquable ouvrage, Fleurs et arbres des Seychelles, écrit en 1986 par Francis Friedmann et financé par le ministère des Finances des Seychelles. Bellamy, passionné, relate ainsi son émerveillement : " J'ai fait, à quatre ou cinq reprises, l'ascension du Morne seychellois et à chaque fois j'ai été le témoin de nombreuses découvertes d'un très grand intérêt. La richesse en fruits et épices n'y a pas d'égal dans le monde... Au faîte du Morne, l'épine dorsale du pays, on se trouve au beau milieu d'un parc national qui contient des trésors naturels bien protégés pour l'humanité tout entière. " Des trésors, en certains endroits, restent encore à découvrir. En 1983, une nouvelle forêt et un nouvel arbre, le mapou de grand bois, ont ainsi été repérés sur l'île de Silhouette, encore très sauvage, ajoutant une essence de plus à une liste d'une étonnante richesse. Les premiers explorateurs furent d'ailleurs tous frappés par la diversité des essences présentes dans les forêts qui recouvraient les îles granitiques. " Les arbres sont en grande quantité beaux et droits comme des flèches. Ils n'ont presque pas de branches et s'élèvent de 50 à 70 pieds. Ils sont propres à faire des planches, du bardeau pour couvrir les maisons, des matériaux et du bois de construction. " L'exploitation ne tardera pas. " Il serait censément nécessaire de choisir, pour le détachement aux îles Seychelles, des soldats charpentiers, scieurs de long, équarrisseurs, menuisiers. " Si deux siècles de présence humaine, c'est-à-dire de surexploitation et de défrichage, ont évidemment condamné nombre d'espèces de la forêt primitive à se raréfier, voire à disparaître, le couvert végétal des Seychelles n'en demeure pas moins d'un intérêt majeur, qu'il s'agisse de la mangrove, de la forêt littorale, de la forêt de basse altitude ou encore de la forêt hygrophile des sommets. Ce sont quatre niveaux qui recèlent chacun un précieux patrimoine.

De la mangrove à la forêt d'altitude

Si les grandes mangroves seychelloises se trouvent aujourd'hui à Aldabra, d'autres, moins étendues, subsistent çà et là, notamment sur Silhouette (à Grand Barbe) et Mahé (entre Port Glaud et Port Launay, ainsi qu'à Anse Boileau). Composées d'espèces qui ont besoin de la présence d'eau salée pour vivre (ou qui la tolèrent), les mangroves sont situées en bord de mer, en général près des embouchures des rivières, et voient leur niveau fluctuer en fonction des marées. Peu d'espèces apprécient ce milieu, hormis des arbres portant le nom générique de mangliers. Aux espèces pionnières que sont le manglier jaune, le manglier blanc, le manglier fleur et le manglier gros poumon, s'est ajouté notamment le manglier pomme, dont le fruit renferme de grosses graines polygonales exactement ajustées entre elles et que l'on peut s'amuser à séparer puis à rassembler, d'où le nom de manglier patience (un autre manglier, dont le fruit est un peu plus petit mais semblable au précédent, est lui surnommé casse-tête chinois). Situées au-delà des mangroves ou donnant directement sur les plages, les forêts littorales ont évidemment évolué depuis la colonisation des îles. Seule la réserve de la Veuve, à La Digue, a conservé l'aspect des forêts d'antan, bien qu'elle soit secondarisée et appauvrie en espèces typiques. Indigènes ou non, les espèces qui composent ce type de forêt ont presque toutes des fruits ou des graines susceptibles de flotter dans la mer et ainsi d'être disséminées par les courants marins. Le cocotier trônait déjà sur ce littoral à l'époque des explorateurs, les colons l'ayant d'emblée cultivé afin d'en faire un florissant commerce. À la fin du XIXe siècle, la peintre voyageuse Marianne North s'étonnait qu'on en ait planté jusque sur les hauteurs des pentes, à plus de 200 m. Ces hauteurs n'effraient pas non plus le majestueux et trapu takamaka, dont le tronc peut dépasser un mètre de diamètre. Longtemps utilisé en charpenterie de marine ainsi que pour la construction des maisons, il a fait le bonheur des ébénistes jusqu'à ce qu'une maladie, fatale à moyen terme, en fasse depuis quelques années un arbre menacé de disparition - l'épidémie, partie du sud-est de Mahé, s'étant en effet propagée jusqu'à Beau Vallon. Aussi, pour éviter une contamination des autres îles, tout transport de bois de takamaka est-il rigoureusement interdit sous peine de poursuites sévères. En cas d'infraction, la loi prévoit une amende de 25 000 SR et trois ans d'emprisonnement. Parmi les autres espèces d'arbres, on trouve le gayac, si cher au chanteur Patrick Victor (dont le groupe se nommait Bwa Gayac), le badamier, dont les feuilles se colorent de pourpre avant de tomber, et le bonnet carré, reconnaissable à ses fleurs aux longues étamines roses et à ses gros fruits quadrangulaires. Outre le flamboyant, qui fleurit en novembre, on doit encore citer le bois de rose, dont les grandes fleurs jaunes rappellent celles des hibiscus, et le bois de table, aux feuilles argentées et aux fruits carénés. Le plus commun des arbustes, le veloutier, contribue à fixer le sable des anses, plusieurs lianes égayant ces bords de mer, tel le patatran, dont les fleurs rose-mauve s'ouvrent le matin, alors que celles du patatran blanc s'épanouissent la nuit. Si toutes ces espèces, disséminées par les courants marins, sont observables sur d'autres rivages des îles de l'océan Indien, deux autres, en revanche, sont considérées comme endémiques aux Seychelles : le vacoa de bord de mer, qui se plaît sur les rochers, et le bois cafoul trois feuilles, assez rare. Quant aux espèces dites de basse altitude, elles sont disséminées par les oiseaux, voire par le vent, les endémiques, dont les graines et les fruits sont plus gros, étant incapables de voyager. Le latanier mille-pattes et le latanier feuille appartiennent à cette dernière gamme, les glacis et dômes granitiques, impropres à toute mise en valeur, étant devenus le refuge des espèces indigènes qui jadis occupaient des sites moins élevés. Ainsi le palmiste se trouve en des lieux peu accessibles, au grand dam des amateurs de son fameux chou palmiste, qui fit les délices des gourmets d'antan. " De grands nombres sont coupés pour la consommation et pour cela il se raréfie ", notait déjà un certain John Horne en 1874. Sur ces mêmes hauteurs s'est fixé le très rare bois méduse, une petite espèce endémique, qui atteint 8 m de hauteur et 25 cm de diamètre, et qui constitue à lui seul la famille des médusagynacées. Le bois santal, quant à lui, n'existe plus que sur Silhouette. Il était autrefois fort recherché (en brûlant, il dégage une fumée odorante). L'île Aride, elle, a recueilli le bois citron, le plus joli arbuste à fleurs de l'archipel. Bois de natte, bois de ronde, bois chandelle, bois calou et bois cuillère sont en revanche des arbres ou arbustes plus communs. Le bois de lait est capable de s'enraciner dans la plus petite faille et sert parfois de support à la vanille marron, une curieuse orchidée endémique à tiges charnues dépourvues de feuilles, moins éclatante que la fleur paille-en-queue. Cette orchidée pousse parfois à même le rocher. Les glacis sont aussi le fief du vacoa marron, dont les racines échasses peuvent atteindre 10 m, et du vacoa de rivière, dont les feuilles constituent de redoutables épines. Il faut aussi se méfier du latex très vésicant du bois jasmin. Parmi les arbres abondamment naturalisés, grâce à leur fertilité et à leur efficace dissémination, il convient de citer le calice du pape aux fleurs rose pâle et le filao, ou casuarina (encore appelé cèdre localement), utilisé pour la construction des maisons créoles et des maquettes de bateau, parfait également pour le reboisement des pentes érodées. Le mahogany, ou acajou, connaît, lui aussi, une réussite certaine en sylviculture. Il pousse à une altitude déjà plus élevée, vers 300 à 400 m, et a besoin d'un sol plus profond. Les collines en portent souvent de très beaux spécimens dont le plus commun est le mahogany à bois rouge : ses feuilles de jeunesse, mesurant jusqu'à 80 cm de longueur, sont dotées à leur base d'un cornet qui retient l'eau de pluie. Sous les forêts mixtes de feuillus-palmiers, on trouvera des espèces herbacées plutôt désagréables, tel le coco marron au pétiole armé d'épines (cette herbe très robuste peut dépasser les 2 m de hauteur). Quant au petit coco marron, dont les feuilles peuvent s'enraciner à leur extrémité, il dégage une odeur franchement nauséabonde. Mieux vaut retenir le sourire vertical des cocos de mer qui ont fait de la vallée de Mai l'une des plus précieuses réserves naturelles de la planète. En 1874, Horne recommandait déjà au gouvernement d'acheter le site à des fins de protection. Cinq espèces de palmiers, trois espèces de vacoas et bien d'autres merveilles poussent librement dans cette fascinante cathédrale végétale, où le silence est ponctué par le sifflement du perroquet noir et le bruit sourd des palmes du coco de mer qui se froissent dès qu'une brise les caresse. Un autre type de végétation couvre les crêtes de 600 à 900 m, là où s'élève si fièrement l'albizzia, spectaculaire avec ses immenses branches étalées, son feuillage dentelé, son tronc argenté et ses fleurs très parfumées fleurant bon le miel. Cet arbre remarquable ne croît qu'à flanc de montagne, dans un milieu humide, la formation hygrophile la plus typique étant celle de la forêt à capucins du Morne seychellois. D'une couleur vert sombre, le capucin règne en maître sur ces sommets peu pénétrables, si ce n'est avec un guide digne de ce nom, car le sol, couvert d'un horizon humifère (riche en humus) très épais, est traversé par un enchevêtrement de racines. Les fougères y abondent, les plus impressionnantes étant la fougère langue de boeuf et le bâton monseigneur, toutes deux très communes. Le fanjon, fougère arborescente qui atteint parfois 8 m de hauteur, est devenu rare, car il a été trop exploité autrefois pour son tronc fibreux dont on faisait des pots de fleur. Également digne d'intérêt, la liane pot à eau est assez répandue. L'extrémité de ses feuilles se transforme en une urne capable de digérer les insectes qui y sont piégés. Au rang des curiosités, il faut aussi mentionner le latanier hauban, un palmier miniature qui n'a souvent que 5 cm de diamètre et guère plus de 2 m de hauteur. Quant aux orchidées terrestres hygrophiles, elles se révèlent décevantes pour l'amateur de belles fleurs, la nébulosité des sommets ne favorisant pas une floraison éclatante.

Des fleurs éclatantes

Pour s'extasier sur des fleurs dans tout leur éclat, il faut flâner sous le soleil, dans les jardins publics et, surtout, dans les cours de maison. En outre, vous pourrez voir des frangipaniers, des bougainvillées et des hibiscus. Les plus célèbres plantes du monde tropical déploient aux Seychelles leurs couleurs en de multiples nuances, les orchidées exotiques étant aussi cultivées avec succès dans nombre de jardins. L'orchidée coco et l'orchidée pigeon se sont même si bien adaptées aux Seychelles qu'elles poussent maintenant à l'état sauvage. Des espèces, importées à l'origine comme fleurs de jardin, se sont en effet disséminées librement. De superbes lianes à fleurs se sont ainsi répandues sur les arbres et les arbustes, mais aussi sur les vieux murs et dans les haies au bord des routes. Nombre d'arbres ornementaux suscitent aussi l'émerveillement ou l'étonnement, telles les fleurs blanc crème du réséda (nom seychellois du henné) qui dégagent un pénétrant parfum de framboise. Le plus imposant est sans conteste le sandragon, qui peut atteindre 25 m de hauteur et dont le tronc dépasse parfois 1,50 m de diamètre. Une sève rouge sang s'écoule de l'écorce lorsque l'arbre est coupé. Le long des routes, on peut encore s'extasier sur les banyans, dont les racines aériennes issues des branches s'enracinent pour former de nouveaux troncs. Le patrimoine des arbres fruitiers est particulièrement varié. Pour le seul bananier, on compte environ quinze variétés principales - même richesse pour le manguier. Les papayers sont aussi beaucoup cultivés, citronniers et orangers étant plus rares. Plantés près des maisons, les arbres à pain et les jacquiers se montrent aussi généreux, mais leurs fruits ne sont utilisés qu'en cuisine. Celui du jacquier, informe autant qu'énorme, est issu de l'écorce du tronc et des branches. Quant aux jamalacs, dont les fruits roses ou blancs semblent en cire, et aux fruits de Cythère, ils font d'exquises confitures. Certaines espèces, à l'origine introduites pour leurs fruits, n'existent plus qu'à l'état naturalisé, dans les forêts secondaires ou sur les glacis. Il en est ainsi du goyavier, dont le fruit acidulé est délicieux, et du cajou, dont le fruit est un composé de la pomme de cajou, comestible mais très acide, et de la noix de cajou. Exotisme est aussi synonyme d'épices. Acclimatée dès 1772 au Jardin du Roy, à Mahé, la cannelle fut disséminée par les oiseaux fructivores, au point que, partant du niveau de la mer, elle finit par se répandre jusque sur les sommets. D'abord exploité de façon intensive pour son essence obtenue après distillation des feuilles, le cannelier l'est aujourd'hui pour son écorce, dont on fait la cannelle en poudre ou en bâton, selon qu'elle provient de grosses branches ou de fins rameaux. Outre le giroflier et le poivrier, on doit mentionner le cacaoyer, le caféier et le théier, seul ce dernier faisant l'objet d'une exploitation. Quant à cette célèbre orchidée qu'est la vanille, abondamment cultivée pour son fruit jusqu'au début du XXe siècle, elle existe encore dans plusieurs forêts à l'état subspontané, et sa culture a été relancée récemment à Praslin et à La Digue. Des gousses, qui échouent pour la plupart dans les cuisines des vacancières françaises ou britanniques, deviennent dès lors d'odorants souvenirs d'un séjour exotique dans des îles paradisiaques.

Sa Majesté le Cocotier

Aux Seychelles, les cocotiers ont colonisé 40 % du territoire ! Mais qu'on ne s'imagine pas qu'ils ne sont là que pour le décor. Certes, le tourisme s'en nourrit, mais au-delà de son image, Sa Majesté le cocotier offre mille et une richesses qui en font le meilleur ami végétal de l'homme. Sans cet arbre providentiel, que seraient devenues les Seychelles ? Tout est utilisé dans le cocotier. Matériau de base, les feuilles permettent la construction de toits, de clôtures, de paravents... Leurs nervures centrales, une fois réunies, font le balai zig, très utilisé par les Seychelloises qui donnent l'impression de balayer toute la journée. Base filandreuse des feuilles, l'ampondre est la partie la plus utilisée en vannerie, les douze points de tressage traditionnels étant un héritage des techniques introduites par les Français au XVIIIe siècle et du savoir-faire des esclaves malgaches. Paniers et chapeaux connaissent un réel succès touristique. Le tronc, lui, est utilisé pour les palissages, les planchers, les piliers des varangues et les meubles. Quant à l'écorce, une fois mélangée à la terre, elle donne un parfait terreau pour la culture des orchidées. On connaît évidemment l'importance de la noix de coco dans la cuisine de l'océan Indien. Si les voyageurs ne se délectent que très rarement d'une gelée de coco de mer (puisque le cocofesse n'est comestible qu'à l'âge de neuf mois) et d'une salade du millionnaire (puisqu'il faut abattre un arbre pour s'offrir un coeur de cocotier), tous en revanche ont l'occasion de se régaler un jour ou l'autre d'un cari coco et d'un chatini coco. Râpé, le coco entre en effet dans la composition de nombreuses sauces, l'huile de coco fraîche, qui rancit vite, n'étant quasiment plus employée. Ce fameux coco est aussi garant d'innombrables desserts - gâteau, tarte, flan, nougat ou sorbet - dont raffolent les touristes. Le coco est d'autant plus l'une des bases du byen manze kreol (bien-manger créole) qu'il est riche en vitamines, en sels minéraux et en protéines. Même les cochons ont la chance de se régaler de cette noix, qui entre aussi dans l'alimentation des volailles. On peut boire le coco, quand il est jeune. La noix de bouche (de six à huit mois) offre non seulement sa chair, mais aussi son eau, toujours fraîche et d'une telle pureté qu'elle peut être utilisée comme sérum physiologique. Mais les Seychellois raffolent surtout du calou. Cette sève de palme est recueillie dans un seau de bambou, une fois sectionnée une tige florale, selon un droit coutumier très contrôlé. Quelques heures de fermentation suffisent pour transformer la sève en un vin de palme qui s'alcoolise chaque jour davantage. Bon nombre de ces breuvages artisanaux sont consommés au-delà de la dose prescrite par la médecine, laquelle sait tirer profit de cet arbre miraculeux. Utilisée en friction, l'huile de coco soulage rhumatismes et courbatures. En bain, elle revitalise les cheveux. Étalée sur la peau, elle protège du dessèchement et favorise le bronzage. La coque pilée a la réputation de soulager les maux de dent. Enfin, les racines de cocotier en décoction sont reconnues pour leurs vertus diurétiques et antiscorbutiques, quand ces tisanes sont associées à des bains de sable. Le cocotier tient une place essentielle dans la vie économique de l'archipel. Pendant très longtemps, la noix de coco desséchée en four calorifère fut la première richesse du pays, le développement du tourisme et de la pêche ayant relégué à la troisième place des ressources nationales un coprah considéré, de l'avis de tous les spécialistes, comme le meilleur du monde. En effet, les Seychellois attendent que les noix tombent naturellement de l'arbre, déjà très déshydratées, pour les exploiter, alors que leurs concurrents, pour un profit plus rapide, provoquent la chute des noix avant leur maturité. Le rendement moyen des cocoteraies est aux Seychelles d'environ 5 000 noix par hectare et par an (soit quelque 800 kilos de coprah). Après le débourrage et le décoquage, chaque noix est coupée en morceaux, qui sèchent ensuite dans un four à coprah. Là encore, le cocotier se montre généreux, puisque les coques des noix traitées, en brûlant, fournissent l'énergie de ce calorifère. Exporté en sacs, le coprah sera broyé dans les pays importateurs. L'huile, ainsi obtenue, est exploitée notamment pour la fabrication de savon et de margarine. Ce coprah ne doit pas être confondu avec le cup coprah, qui ne requiert qu'une chaleur solaire.

Mises à sécher au soleil sans qu'on ait enlevé leur coque, les demi-noix qui constituent le cup coprah seront expédiées telles quelles. Toutefois ce séchage en plein air nécessite une certaine attention, les travailleurs devant régulièrement les réorienter afin que leur bronzage soit homogène. Gare aux moisissures, la moindre averse est fatale ! C'est le Pakistan qui achète l'intégralité du cup coprah seychellois : là, débarrassé de sa cafoule, il sert aux fidèles qui, lors d'une cérémonie musulmane, s'en servent pour puiser dans la marmite commune un mélange de riz et de condiments, plat énormément consommé. La cafoule, cependant, possède quelques vertus. Utilisée pour la fabrication d'un charbon qui compose le filtre des masques à gaz, elle peut aussi être broyée à l'aide d'une machine à haute pression, donnant alors une poudre très fine. Pulvérisée par air comprimé, cette poudre, qui a la propriété de détacher le carbone sans attaquer le métal, est employée comme abrasif pour décalaminer les tuyères de réacteur des avions. Et puisque dans le cocotier rien ne se perd, de la pointe des feuilles à l'extrémité des racines, il est logique que l'enveloppe de la noix de coco ait une utilité ; ainsi, quelques Seychellois confectionnent encore des matelas avec cette bourre. Par contre, la fabrication de cordages a été totalement abandonnée. Il n'est pas facile d'ailleurs, à moins d'être un pro, d'éplucher la noix décoquée. L'épluchage se fait généralement à l'aide d'un pieu à deux pointes fiché en terre à bonne hauteur - la noix, tenue à deux mains, étant frappée à trois reprises d'un geste balancé sur la pointe. Au troisième coup, l'épaisse enveloppe de bourre doit tomber à terre, libérant la noix. C'est un travail de force et d'adresse qui a ses spécialistes. Certains ramasseurs épluchent ainsi plus de dix noix en une minute. Ces licenciés ès cocotiers, à défaut de diplôme, mériteraient au moins une palme d'or en miniature... Sa palme nous rappelle que le cocotier appartient à la famille des palmiers (palmacées pour les botanistes), au même titre, notamment, que les dattiers, raphias et sagoutiers. Cette famille serait apparue à la fin de l'ère secondaire (à partir de 140 millions d'années). À l'inverse de la plupart des autres espèces, souvent très localisées, le cocotier a colonisé les continents sous l'influence des voyageurs. Les courants marins ont aussi participé à l'essaimage des noix de coco qui, grâce à leur capacité à survivre à un séjour prolongé en mer, ont germé à l'infini des plages de corail. En outre, un seul et même palmier (à l'exception du coco de mer et du dattier) peut porter les fleurs des deux sexes opposés, l'union des fleurs mâles et des fleurs femelles donnant un fruit qui, selon les espèces, se présente sous la forme d'une baie (la datte, par exemple) ou d'une drupe (la noix de coco). Le cocotier est particulièrement robuste. Il plie, mais ne rompt pas, s'accrochant contre vents et marées à sa terre nourricière lors des puissantes tornades. S'il se trouve déraciné, de nouvelles racines peuvent le faire renaître et lui permettre d'atteindre les cent années que la nature lui a allouées. Par milliers, ces racines partent en tous sens à la quête d'une nourriture parfois réduite, notamment en eau. Mais les palmiers savent économiser. Les dattiers, souvent confrontés à une chaleur extrême, se recouvrent de cire pour modérer leur transpiration. " Le dattier a les cheveux au soleil et les pieds dans l'eau ", disent souvent les Arabes. Si le besoin d'un climat humide et chaud explique que les palmacées aient fait des zones tropicales ou subtropicales leur terre d'élection, on doit constater que quelques-unes des trois mille espèces de cette famille se sont acclimatées en des régions a priori peu favorables. Le palmier chilien s'élève jusqu'à 35 degrés de latitude sud, tandis qu'un palmier d'origine japonaise tolère de très basses températures, jusqu'à moins 20 degrés. Quant à l'unique palmier originaire de nos contrées, le saint-pierre, qui à Nice orne la promenade des Anglais, il s'agit d'un palmier nain, ne mesurant parfois que quelques décimètres. On est loin de l'étonnante sveltesse de nos cocotiers de mer seselwa qui, du haut de leurs huit siècles, font figure de patriarches au sein d'une famille d'arbres dont les feuilles palmées sont synonymes de sérénité.

Un drôle de coco !

L'aventurier Henry de Monfreid, qui en avait pourtant vu d'autres, ne cacha pas son étonnement : " Cette noix est de la grosseur d'un gros potiron ; elle est double et ses deux hémisphères rappellent, à s'y méprendre, une paire de fesses entre lesquelles la nature s'est plu à reproduire minutieusement certains détails anatomiques particulièrement suggestifs. " Cent trente ans plus tôt, dans un rapport daté du 1er thermidor an II (1794), Jean-Baptiste Quéau de Quinssy, dernier commandant français des Seychelles, en avait donné une description non moins réaliste dans une communication adressée à l'Académie des sciences, à Paris : " En considérant en détail ce singulier coco lorsqu'il est dépouillé de la première peau de son enveloppe filandreuse, l'on voit d'un côté qu'il ressemble parfaitement à des fesses. L'entre-deux qui les sépare représente la partie naturelle de la femme. On y remarque même une protubérance ressemblant absolument à l'une des parties extérieures de la génération de la femme, autour de laquelle plusieurs petits filaments qui existent représentent des poils parfaitement imités. [... ] C'est aussi de cet entre-deux que sort le germe, qui, dans les premiers jours, lorsqu'il ne passe pas la longueur de 6 à 8 pouces, ressemble parfaitement au membre viril. C'est cet instant qu'il faut saisir pour avoir un coco de mer qui soit on ne peut plus curieux par sa singularité et ses formes. " Un coco qui pousse même la plaisanterie un peu loin ! " Quand l'amande du coco n'est pas encore dans sa parfaite maturité, l'intérieur du coco, dans la partie supérieure par laquelle il est attaché au régime, est divisé en deux parties. Il contient une substance en forme de gelée blanche, ferme, transparente, excellente et agréable au goût. Un seul coco peut en contenir deux bonnes assiettes à soupe. Pour peu que le coco ait été cueilli quelques jours avant ou coupé sur l'arbre, cette gelée s'aigrit ; elle n'est plus mangeable, ayant alors l'odeur, la couleur et la consistance réelle de la semence humaine. " Le coco de mer est propre à cette terre ! Il règne ici et nulle part ailleurs... Dès lors, ce trésor national méritait bien tous les honneurs. Un cocofesse trône à Praslin sur le monument de l'Indépendance ; le cocotier de mer a aussi trouvé sa place sur les armoiries nationales. Appartenant à la tribu des borassés, au sein de la grande famille des palmiers, Sa Majesté le cocotier de mer est l'une des six espèces de palmiers autochtones des Seychelles. D'un port majestueux - son tronc droit et net atteint une trentaine de mètres -, il est doté de feuilles rigides en forme d'éventail. Staminé (c'est-à-dire mâle) ou pistilé (femelle), il pousse en colonie, les arbres mâles, supérieurs de 5 m environ, semblant veiller sur leurs protégées, le phallus bien pendu. En effet, l'inflorescence mâle du cocotier de mer ressemble à un membre viril, de la taille et de l'épaisseur d'un bras ! Ce gros chaton brun porte de multiples petites fleurs jaunes en forme d'étoile dégageant un parfum de riz basmati. Mais aucun cinéaste n'a encore réussi à filmer les curieuses amours des cocotiers de mer, les nuits de grande tempête ou de pleine lune selon les légendes. Ces dernières, d'ailleurs, assurent un sort funeste à ceux qui assisteraient à cette union végétale, de laquelle naissent chaque année une ou deux grappes de fruits, chacune contenant deux ou trois noix bilobées, plus rarement quatre. Sous l'épiderme lisse et vernissé du fruit, protégée par un mince brou, la noix est constituée de deux lobes d'un gris noirâtre à la coquille très dure, séparés par un étroit canal. Bien que pesant de 10 à 15 kg et mesurant une trentaine de centimètres, chaque noix n'en a pas moins sa spécificité : plate ou rebondie... à chacune sa nature ! Tout comme aucune paire de fesses ne ressemble à une autre, aucun cocofesse n'est semblable. On trouve des noix miniatures de 15 cm de long, d'autres atteignent les 60 cm. Il faut trois ans à un coco de mer pour germer et sept ans pour arriver à maturité, l'arbre devant attendre le quart de siècle pour commencer à fructifier et pas loin d'un millénaire pour atteindre sa taille maximale, un âge que n'ont pas encore atteint les vénérables cocotiers de mer de la vallée de Mai, vieux de huit cents ans seulement...
La vallée de Mai est le dernier sanctuaire de ce roi des cocotiers qui, à l'origine, partait aussi à l'assaut du ciel sur l'île voisine de Curieuse ainsi que sur trois îlots satellites : Saint-Pierre, Ronde et Juliette (aujourd'hui Chauve-Souris). Il est difficile d'expliquer pourquoi ce palmier n'a élu domicile que sur une poignée d'îles. Selon une hypothèse, il serait l'un des rares végétaux à avoir survécu à la fracture avec le continent africain de terres devenues depuis lors un archipel. À cet isolement insulaire, il faut ajouter un autre facteur de non-dissémination de la noix : sa pesanteur, qui contrarie a priori sa dispersion naturelle par les courants marins. Elle est trop lourde pour flotter ! Enfin, le fait qu'il faille au moins un arbre mâle et un arbre femelle pour la reproduction et que ce type de cocotier ne fructifie bien qu'en communauté n'a évidemment pas favorisé l'acclimatation sous d'autres cieux de cet étonnant palmier. Confiné à quelques îles, longtemps inhabitées, de l'océan Indien, le cocotier de mer resta un végétal inconnu jusqu'à la seconde moitié du XVIIIe siècle.

Une noix mythique

Mystérieuse origine, extrême rareté et forme voluptueuse : il n'en fallait pas davantage pour que cette noix devienne mythique et qu'on lui attribue de nombreuses vertus ! Ainsi, les fragments d'amande adhérant à la coquille des noix étaient considérés comme aphrodisiaques, la coquille se révélant pour sa part un antidote souverain.
Albert-Auguste Fauvel, dans une étude publiée en 1915, notait ceci : " Remède contre les poisons, la colique, la paralysie, l'épilepsie et de nombreuses maladies nerveuses, comme celles des entrailles qui causent des vomissements, elle [la noix] prévient d'autres maladies quand on boit de l'eau conservée quelque temps dans la noix avec un peu d'amande. " Selon la légende, cette noix extraordinaire était le fruit d'un grand arbre sous-marin, d'où le nom de cocotier de mer ; en outre, les habitants de l'archipel croyaient que lesdites noix s'échouaient parfois sur les plages de Java, de Sumatra et surtout des îles Maldives. Tout comme l'ambre gris, les noix devenaient aussitôt la propriété des rois et sultans, et l'indigène qui en trouvait une risquait d'avoir le poing tranché s'il osait la conserver. Les premiers navigateurs de l'océan Indien firent connaître en Europe ce trésor végétal. Il devint un objet précieux, qui suscita la convoitise des souverains. Certains de ces cocofesses, montés en or ou en argent, sont aujourd'hui de superbes pièces de musée. Rodolphe II de Habsbourg, empereur germanique, offrit en vain 4 000 florins d'or pour l'acquisition d'un coco de mer, en l'occurrence celui des héritiers de l'amiral hollandais Wolfert Hermanssen qui, lui-même, l'avait reçu du sultan de Bantam en 1602, après avoir sauvé la capitale de son sultanat du siège d'une flotte portugaise. Les Portugais seront les premiers Européens à évoquer dans leurs textes le cocotier de mer. João de Barros affirme en 1553, sans le nommer, que cet arbre pousse sous la mer et que ses propriétés médicinales sont supérieures à celle de la pierre bezoar. Garcia de Orta, dans ses Dialogues sur la pharmacopée de l'Inde, publiés en 1563, souligne que le coco de mer, qu'il nomme coco des Maldives, est le fruit de palmiers submergés quand les Maldives se virent séparées de l'Asie par une inondation. On racontait aussi aux navigateurs crédules qu'aucune jonque ne pouvait s'approcher à moins de trois ou quatre lieues de l'endroit où ces arbres prospéraient, en raison des hautes vagues et des tempêtes qu'ils provoquaient pour se protéger.
En 1615, le Français Pyrard de Laval évoquera une certaine " isle " nommée Poulloys dans le récit d'un voyage qui l'amena, à la suite d'un naufrage, à demeurer plusieurs années sur une île des Maldives : " Le Roy envoya par deux fois un très expert pilote pour aller découvrir une certaine isle nommée Poulloys qui leur est presque inconnue. [... ] Ils ont opinion que ces gros cocos médicinaux, qui sont si chers là, en viennent. D'autres pensent que c'est au fond de la mer. Ils la nomment Tavarcarré. [...]

Les gens et les officiers du Roy maltraitent de pauvres gens quand ils les soupçonnent d'en avoir trouvé et même quand on veut faire déplaisir à un homme, on lui impute et on l'accuse de cela, comme on fait ici de la fausse monnoye, afin qu'il en soit recherché, et quand quelqu'un devient riche tout à coup, on dit communément qu'il a trouvé du Tavarcarré ou de l'ambre comme si c'était un trésor [... ]. "
Le fabuleux coco reste une exclusivité maldivienne lorsqu'en 1634, un médecin du nom d'Augerius Clutius fait paraître à Amsterdam la première monographie consacrée à cette curiosité si bienfaisante. L'auteur cite douze cas de maladies et de couches difficiles pour lesquels le coco de mer se serait révélé efficace. En 1750, une autre étude, signée par le grand botaniste Rumphius, se montre plus distante vis-à-vis de la noix miraculeuse. Passant en revue les diverses légendes qu'elle a suscitées, Rumphius tente de démontrer aux indigènes de Java et d'Amboine que l'abîme de Pausengi, où le cocotier de mer était censé pousser, ne peut se trouver sur la côte occidentale de Java, le lieu tant recherché devant être situé quelque part dans l'océan Indien occidental. Il brûle... Les Européens ne vont pas tarder à décrocher le cocotier ! Six ans plus tôt, le capitaine Lazare Picault a débarqué, au nom du roi de France, sur Praslin, qu'il a baptisé île de Palme, " ainsi nommée parce qu'elle porte beaucoup de palmistes et lataniers portant coton ". Ces lataniers n'étaient autres que les fameux cocotiers de mer, le coton en question étant un indumentum qui se trouve à la base de leurs feuilles. Mais le navigateur n'a, semble-t-il, pas compris que ledit latanier était l'arbre tant recherché. L'historien seychellois Guy Lionnet, auteur d'une étude sur le coco de mer, donne deux explications sur cette non-reconnaissance : " [... ] Ou bien Lazare Picault ne vit pas de cocos de mer lorsqu'il mit le pied sur Praslin, parce qu'ils étaient enfouis dans la luxuriante végétation qui recouvrait alors cette île ; ou bien il en vit, mais comme Barré quelque vingt-cinq ans plus tard, il ne put en croire ses yeux et ne considéra pas les cocos de mer comme les véritables noix des Maldives, alors si précieuses et si recherchées. "

Une prodigieuse découverte

Ce fut en effet un ingénieur, Brayer du Barré, qui, en 1768, lors d'une nouvelle expédition de la marine royale aux Seychelles sur le Marion-Dufresne, eut l'honneur de constater que le mythique cocotier de mer poussait sur une terre, française depuis 1756. L'abbé Alexis Rochon, géographe et astronome de renom, qui visita les Seychelles un an après Barré, rendit compte de cette découverte divine :
" Il trouva à l'Isle de Palme, sur les bords du rivage, un fruit qu'il prit d'abord pour un coco de mer. Il le cacha soigneusement, mais s'étant enfoncé dans le bois, il vit avec peine que la terre était couverte de ces fruits et des arbres qui les portaient. Ces arbres s'élèvent à la hauteur de cinquante pieds, leur tête est couronnée de dix à douze palmes de vingt pieds de longueur en forme d'éventail. [... ] De l'aisselle des feuilles sort une panicule ramifiée dont les rameaux sont terminés par des fleurs femelles ; le pistil des fleurs donne, en mûrissant, un fruit qui, avec son brou, peut peser cinquante livres. En examinant attentivement cette forêt, Barré se persuada que le coco de cette île ne pouvait être le vrai coco de mer. Il se borna à recueillir, par pure curiosité, une trentaine de noix que le célèbre Poivre déclara formellement être ce fruit si recherché aux Indes et dans toute l'Asie ; et dès lors il accéléra notre départ dans la vue d'obtenir à ce sujet de prompts renseignements. " La prodigieuse découverte allait susciter d'autres vocations. Dès 1769, le capitaine Duchemin, qui l'année précédente a conduit la féconde expédition au cours de laquelle Barré découvrit le si vénéré cocotier, s'empresse de retourner à Praslin, l'île au trésor. Il y charge de cocos de mer la flûte L'Heureuse Marie et s'en va les mettre en vente sur le marché indien, oubliant que la bonne vieille loi de l'offre et de la demande va vite faire perdre à la noix sa fabuleuse valeur, tant marchande que mythique, même si quelques malins tenteront de faire monter les enchères d'une piètre façon.
Fauvel évoque ainsi dans son livre exhaustif sur le coco de mer l'incendie volontaire de Curieuse : " En 1771, une corvette anglaise expédiée de Bombay fut mouillée à Praslin pour y prendre des cocos de mer et mit le feu sur l'île Curieuse qui, mitoyenne à Praslin, recélait aussi beaucoup de cocotiers de mer, ce qui fit périr un grand nombre de ces précieux palmiers. " En tout cas, le pot aux roses était bel et bien découvert. Certains auteurs avancent que les Maldiviens connaissaient de longue date ces îles seychelloises, mais qu'ils en avaient gardé le secret par intérêt financier - une théorie que pourrait confirmer la découverte par les premiers Européens de tombes indo-musulmanes sur Silhouette, dans l'anse Lascar (les musulmans venus de l'Inde étaient appelés Lascars).
Les partisans de l'autre théorie, celle de la noix flottant jusqu'aux Maldives, posent en retour une question, il est vrai, bien dérangeante : " Comment se fait-il qu'un tel secret ait pu être gardé aussi longtemps, même sous peine de mort ? " Bien que dévalué, le singulier coco n'en continuera pas moins à fasciner. Le naturaliste et voyageur français, Philibert Commerson, qui participa à la célèbre expédition de Bougainville autour du monde, ne manqua pas de s'intéresser à ce hautain cocotier dont les insolites noix callipyges firent longtemps la fortune des rois et sultans maldiviens. Commerson serait même le premier scientifique à avoir minutieusement décrit, quinze planches à l'appui, le cocotier de mer, auquel il aurait donné le nom générique de Lodoicea, dérivé du latin Lodoicus (Louis), en l'honneur du roi Louis XV.
Bien d'autres voyageurs encore, naturalistes, artistes ou simples curieux, seront inspirés par cet arbre et ses noix légendaires. L'ancien capitaine d'artillerie de marine, Robillard d'Argentelle, fut l'auteur, vers 1805, d'une étonnante série de moulages en cire de cocos de mer ou à base d'inflorescences de cocotiers de mer. Sa collection de cent douze plantes, fleurs et fruits reconstitués de l'océan Indien, est aujourd'hui exposée au Muséum d'histoire naturelle de Paris. Directeur du superbe jardin botanique de Pamplemousses, à l'île Maurice, John Horne, quant à lui, a laissé sa trace dans l'histoire de cet arbre historique en incitant le gouvernement britannique à fournir des fonds spéciaux pour l'achat et la conservation des derniers reliquats de forêts de cocotiers de mer qui subsistaient lors de sa visite des Seychelles, en 1874. Face au pillage de ces cocoteraies, la menace de voir disparaître Lodoicea grandissait. Marianne North, elle aussi passionnée de botanique, visita les Seychelles neuf ans plus tard. Subjuguée par leurs paysages, elle décida d'y exercer son art de longs mois durant, n'hésitant pas à s'aventurer, malgré l'ampleur de ses jupes à la mode victorienne, dans des lieux peu accessibles pour peindre les îles dans tout leur éclat. On raconte qu'à Curieuse, elle se hissa au sommet d'un haut rocher afin de pouvoir détailler, pinceaux en main, les fruits d'un cocotier de mer voisin. Plusieurs de ses vingt-cinq tableaux seychellois honorent aujourd'hui ce palmier souverain et rayonnent, dans les brumes d'Angleterre, précisément au jardin botanique de Kew.

La Vallée de Mai, vestige du paradis terrestre

De nombreux passionnés sont venus observer ce singulier palmier. Albert-Auguste Fauvel, historien naturaliste français, auteur de plusieurs études sur les Seychelles, consacra 17 années de recherches au plus convoité des cocotiers. Sous le titre Le Cocotier de mer des îles Séchelles, sa monographie de cent quarante pages, publiée en 1915 dans les Annales du Musée colonial de Marseille, se révèle être à ce jour le document le plus complet et le plus pointu paru sur ce thème. Mais s'il ne fallait évoquer qu'un admirateur de ce sacré coco, ce serait assurément le bon général anglais Charles Gordon, qui se fit tuer à Khartoum et auquel on doit l'étude la plus fantaisiste consacrée à l'arbre sacramentel. Ayant visité les Seychelles en 1881, en vue d'y dresser des plans de défense militaire, Gordon, dit Gordon Pacha, fut tellement subjugué par cet arbre qu'il vit en lui l'arbre biblique de la science du bien et du mal, la vallée de Mai lui apparaissant comme un vestige du paradis terrestre.
Il alla jusqu'à dessiner une carte du district du jardin d'Éden où il identifia les quatre rivières de la Genèse qui s'y jettent : l'Euphrate, le Tigre, le Gihon et le Pishon. Partant de l'Écriture sainte, selon laquelle le coeur de l'homme est le siège même des désirs charnels, Gordon a donc vu en cette noix en forme de coeur le fruit du péché. La noix de coco au lieu de la pomme ?
Pour faire admettre aux sceptiques que notre Ève pécheresse avait pu être tentée par un fruit doté d'une coquille aussi dure et d'une amande aussi indigeste, Gordon assurait que le coco de mer avait, depuis la faute originelle, perdu ses vertus mystiques, retournant dès lors à son état naturel. Pour donner du crédit à sa thèse, l'officier allait jusqu'à faire référence au sac de Jérusalem par les Romains, en l'an 70. Titus ne s'était-il pas emparé en toute impunité du chandelier et de la table de sacrifice ? L'exemple entendait démontrer qu'un objet, sacré un temps, perd ensuite ce caractère. Bref, pour Gordon, le cocotier de mer était bel et bien l'arbre de la science, l'arbre de vie ne pouvant être que l'arbre à pain. Elémentaire, mon cher Gordon... Le cocofesse, fruit défendu ? Quoi qu'il en soit, il est défendu de quitter le territoire seychellois avec un coco de mer non agréé par les autorités. Le cocofesse a été nationalisé et la République des Seychelles contrôle de très près le commerce de cette oeuvre d'art que la nature ne reproduit qu'à 3 000 exemplaires environ chaque année. Aussi les artisans travaillant le coco de mer doivent-ils acheter la matière première à l'État. Le monopole visant en priorité à sauvegarder le cocotier tant convoité, chaque noix commercialisée doit être assortie d'une autorisation spéciale de sortie de territoire.
C'est à Praslin que les artisans apprêtent les noix pour rendre plus lisible encore leur forme, déjà fort suggestive. Bien que superbes à l'état brut, dans leur vénusté originelle, elles sont travaillées pour la plupart. Une fois sciées et vidées, les deux demi-coques sont généralement polies puis vernies, avant d'être recollées. La demi-coque peut aussi être sculptée et vendue comme boîte à bijoux. Les pêcheurs l'utilisent à l'état brut pour écoper leurs pirogues, tandis que les petits commerçants s'en servent encore parfois comme cocossier, c'est-à-dire comme récipient, pour transvaser le sucre, le riz, la farine ou les graines vendues au détail.
Quant à la pulpe extraite, elle doit d'abord sécher au soleil pour pouvoir être utilisée en marqueterie, puisqu'elle permet d'obtenir un effet d'incrustation d'ivoire. Les feuilles, enfin, sont utilisées non seulement en vannerie (paniers, nattes, chapeaux...), mais aussi en architecture, où ces larges palmes deviennent des cloisons légères d'un beau jaune doré et créent une atmosphère aussi romantique qu'exotique.
La seule cocoteraie de mer (avec le Fond Ferdinand, également sur Praslin) ne se déploie que sur 20 ha à peine, dans cette fascinante niche de verdure primitive qu'est la vallée de Mai. Parmi ses spécimens d'exception, les plus âgés, de 35 m de hauteur, sont vieux de huit siècles. Ce sont de véritables patriarches du monde végétal. Toutefois, ils n'égalent pas les séquoias de Californie, dont certains auraient trois mille ans. Ces antiques palmiers, qui ont échappé à la hache et au feu des hommes, constituent assurément une richesse majeure. Il était donc logique que l'Unesco élève la mythique vallée de Mai au rang de patrimoine de l'humanité.

Faune

Les crocodiles aux Seychelles, c'est de l'histoire ancienne ! Le dernier fut tué vers 1830. Ces féroces reptiles, à l'arrivée des premiers colons quelque soixante ans plus tôt, pullulaient dans les rivières et mangroves des îles granitiques. La rivière Caïman, près d'Anse Boileau, sur Mahé, et l'Anse Caïman, sur La Digue, devaient probablement leur nom à ces quadrupèdes de sinistre réputation. La topographie seychelloise tient parfois du bestiaire : Pointe Cabris, Montagne Pigeon, Anse Fourmis, Anse Baleine... En effet, nombre d'îles et d'îlots ont une connotation animalière : de l'île aux Vaches à Chauve-Souris et de l'île au Cerf à l'île aux Rats à proximité de Mahé ; de Chien à Pélican et de Lapin à Moustique pour les îles éloignées. Fait étonnant, la tortue n'a droit qu'à une minuscule roche, ancrée près de l'aéroport de Mahé. Il est vrai que les explorateurs et colons français qui baptisèrent ces lieux avaient tant chassé la tortue terrestre, pour sa chair comme pour son écaille, qu'elle aurait pu disparaître des Seychelles si cette extermination massive n'avait heureusement été stoppée à temps par les autorités.

Aujourd'hui toutefois, il faut avoir l'immense privilège de mettre le pied sur Aldabra, à 1 100 km de Mahé, pour s'extasier sur des tortues géantes vivant à l'état sauvage, comme aux Galápagos.

Environ cent cinquante mille tortues se côtoient sur ces diverses terres jonchées d'innombrables carapaces. En fin de croissance, Testuda gigantea peut peser jusqu'à 500 kg, mesurer 1,50 m de long et avoir une longévité exceptionnelle, certaines ayant dépassé les trois cents ans. Esmeralda, la célèbre tortue de Bird Island, et George, l'autre gloire locale de Cousin, ne sont encore que dans leur deuxième siècle de vie. Dans la plupart des îles, on peut voir évoluer quelques tortues ayant valeur d'échantillon, le plus souvent dans des parcs ou des enclos, au mieux en liberté surveillée, comme à Frégate, où l'on est tout de même fort surpris, au beau détour d'un sentier, de se retrouver nez à nez avec le colossal reptile, pas franchement intimidé. Les tortues de mer, jadis elles aussi pourchassées, sont peu nombreuses dans l'archipel, où le souci de la conservation de l'espèce a amené l'Etat à limiter les captures.

Les deux variétés les plus courantes, la tortue à écailles et la tortue-caret, toutes deux omnivores, apprécient volontiers les rivages d'Aldabra pour y creuser dans le sable des trous de 50 cm au-dessus desquels elles pondent en une nuit plusieurs centaines d'oeufs avant de regagner la mer. Quelques semaines plus tard, quand les bébés tortues quittent les trous de ponte, le régal est assuré pour les crabes et les oiseaux. Seuls quelques rescapés réussissent à atteindre l'océan, où d'autres prédateurs jouent à leur tour un rôle régulateur. On estime que sur cinq cents oeufs, une vingtaine seulement donneront une tortue d'âge adulte, c'est-à-dire longue, selon l'espèce, de 1 m à 1,30 m, pour un poids de 300 kg environ.

Le paradis de l'ornithologue

Terrestre ou marine, la tortue bénéficie de la protection de l'État, l'artisanat et le commerce de produits en écaille faisant l'objet d'une interdiction totale depuis le 1er janvier 1995. La tortue a même l'honneur de figurer, sous un cocotier de mer, sur l'emblème des Seychelles, où trônent également d'autres richesses animalières de l'archipel : l'espadon, qui représente la faune marine, et le paille-en-queue, qui représente celle du ciel. Reconnaissable à son plumage blanc, hachuré de quelques bandes noires sur le dessus des ailes, à son puissant bec jaune et à sa longue queue fourchue qui facilite son vol, le paille-en-queue niche toute l'année à même le sol, dans un buisson ou sous un bloc de pierre. Les trous de rocher abritent aussi des frégates, dont l'envergure des ailes atteint parfois 2 mètres, et dont la longue queue fourchue permet de les remarquer facilement près des rivages. La principale activité des frégates consiste à harceler les autres oiseaux pour leur faire régurgiter en vol les proies dont elles s'emparent avec dextérité. Une véritable piraterie aérienne dont sont notamment victimes les fous, aux pieds palmés et au bec pointu, dont elles tirent profit en plongeant à la verticale d'une vingtaine de mètres.

Plus svelte et gracieuse, la sterne est un autre oiseau emblématique de l'archipel (Air Seychelles en a même fait son logo). Ce romantique oiseau se nourrit essentiellement de poissons et vit en bordure des plages, nichant volontiers dans les filaos, où les photographes le trouvent facilement. L'espèce la plus courante est le goéland blanc. Il a un bec très effilé et des yeux noirs, mais il existe aussi des sternes de couleur sombre, ainsi qu'un goéland-sardine et un goéland-badamier, variétés d'une espèce qui contribue à faire du ciel seychellois un apaisant spectacle. Celui-ci est rehaussé par les pigeons hollandais, dotés pour l'un d'entre eux d'une éclatante crête rouge, et par les tourterelles, la tourterelle-coco, à la tête bleu-gris et au corps beige rayé de noir, étant la plus courante. Très familière, elle fréquente volontiers les terrasses de restaurant, où elle glane quelques miettes. L'inévitable moineau, le rougeoyant cardinal et l'omniprésent martin, qui rappelle notre merle européen, s'y régalent aussi aux heures des repas. Peu farouche, dame paton, quant à elle, a colonisé le bazar de Victoria où cet ibis à la robe blanche souvent sale se nourrit de déchets en tout genre. L'archipel a aussi ses oiseaux rares : le perroquet noir de la vallée de Mai, la pie chanteuse de Frégate et d'Aride, le toc-toc de Cousin, l'oiseau-banane de Mahé et sans conteste le plus élégant, la veuve des Seychelles, dont le nom anglais, black paradise flycatcher, confirme la noire beauté du mâle.
Celui-ci s'enorgueillit d'une queue interminable scindée en deux, donnant l'impression qu'il porte une queue-de-pie ! Mais il est bien difficile de s'extasier sur son vol acrobatique, cette espèce endémique ne comptant plus que 200 individus, concentrés à La Digue, dans une réserve dite " La Veuve ". Si les chasseurs d'images ont bien du mal à faire entrer cet oiseau-là dans leur boîte, ils n'ont en revanche aucune difficulté pour figer sur pellicule sternes, fous, frégates, macareux, phaétons et autres - surtout s'ils choisissent de se rendre au mois de mai sur Cousin ou Bird Island la bien-nommée. À cette date, plusieurs millions d'oiseaux de mer, groupés par races, nichent sur ces îles devenues une extraordinaire volière. On assiste alors à un véritable ballet avicole assorti d'un concert de piaillements. C'est un fascinant spectacle : les migrateurs s'envolent et se croisent. La lutte pour l'espace de nidification, chèrement disputé, donne lieu à d'innombrables prises de bec.
Les Seychelles, paradis de l'ornithologue, se révèlent par contre bien décevantes pour les passionnés de serpents, puisqu'on n'y trouve que des couleuvres. On ne recense pas de méchantes bêtes, hormis toutefois le scorpion de Frégate et le cent-pieds, redoutables, certes, mais pas meurtriers. Au rayon des reptiles, il faut aussi mentionner, parmi les lézards verts, le gecko, qui joue un rôle de fécondateur pour le cocotier de mer. Côté insectes, les orthoptères ou mouches-feuilles se révèlent un bel exemple de mimétisme, puisqu'ils se confondent avec les feuilles des arbres où on les trouve. Enfin, on ne saurait évoquer la faune seychelloise sans citer la plus grande des chauves-souris, la fameuse roussette, qui se nourrit surtout de fruits. Le Seselwa s'en régale volontiers les jours de fête. Servie sous un manguier en cari bien épicé (avec cannelle et clous de girofle), accompagnée d'un chatini de papayes, c'est le bonheur exotique par excellence !

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