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La musique traditionnelle

Comme dans la plupart des contrées d’Amérique latine, la musique est un des noyaux de la culture locale. Dans ce pays relativement petit, il existe des styles musicaux étonnamment variés, changeant de couleurs selon les régions. Par exemple, dans la province d’Esmeraldas règne la musique afro-équatorienne tandis que la musique andine, elle, se joue et s’écoute à travers la Sierra et varie selon les communautés.

Dans les provinces du nord, cœur de la population afro-équatorienne du pays, la musique est donc influencée par les racines africaines et se divise en deux familles : la musique marimba, tirant son nom de l'utilisation importante de marimbas (aux côtés de bombos, guasas et conunos) et le style bomba, originaire de la vallée de Chota et nommé d’après le tambour bomba. L'instrument emblématique – et homonyme – de la marimba est une percussion disposée comme un xylophone mais constituée de barres de bois produisant des sons aussi brillants que doux. Généralement, des rythmes très marqués de style ouest-africain soutiennent les arrangements choraux et des danses traditionnelles comme le bambuco peuvent accompagner la musique. Dans la bomba, le tambour est joué en mesure simple ou double, généralement accompagné d'un ensemble de trois guitares et de chants.

Si elles apparaissent aujourd’hui essentiellement lors des célébrations et des fêtes, ces musiques traditionnelles ont été essentielles pour aider le peuple afro-équatorien à maintenir son identité vivante, portées par des entités comme le remarquable Grupo Bambuco, basé à Esmeraldas ou le Grupo Ochún. Deux formations populaires et très représentatives de cette musique afro-équatorienne.

Autre esthétique traditionnelle essentielle, la musique andine remonterait aux premiers âges de la culture précolombienne, des archéologues et historiens ayant mis en évidence la présence d’instruments de musique (flûtes et percussions) à l’époque, en particulier dans les Andes centrales (Equateur, Pérou et Bolivie). De même, des instruments étaient représentés sur de nombreuses céramiques de la région, dans le cadre de scènes religieuses ou de chasse jusqu’à la période inca. Tradition purement orale jusqu’à l’époque inca, la musique andine est à l’origine essentiellement constituée de chants dont les paroles se transmettaient génération après génération. Avec l’arrivée des Espagnols, puis le trafic d’esclaves en provenance d’Afrique, la musique andine s’enrichit de nouveaux instruments et d’une nouvelle grammaire musicale. La guitare empruntée aux Ibériques occupe dès lors une place prépondérante dans la musique andine et ce, jusqu’à nos jours, même si le charango (petite guitare) qu’on dit dater du XVIIIe siècle existait probablement avant l’époque coloniale sous une autre forme.

La musique andine est immédiatement reconnaissable par ses mélodies lascives et teintées de nostalgie. Un sentiment exacerbé par le son du rondador, l’instrument national de l'Equateur. Cette flûte de pan emblématique du genre (c’est elle que l’on entend dans El Condor Pasa) se distingue d'autres instruments andins tels que la zampoña et la quena, par sa rangée unique de tuyaux de bambou organisée en une succession de tronçons de taille croissante. Si l’on décèle volontiers un sentiment commun traversant la musique andine dans son ensemble, cette dernière se décline en formes et style régionaux. Par exemple, les montagnes de la Sierra, sont le berceau d'un style de musique et de danse cérémonielles appelé Sanjuanito, caractérisé par son rythme joyeux et sa mélodie mélancolique. Parmi les autres rythmes folkloriques susceptibles d’être entendus les jours de fête, citons le cachullapi, le yumbo ou encore la danzante.

Des musiciens comme le groupe Huayanay, José Luis Pichamba, illustre ambassadeur de la musique Otavalo ou encore le plus farfelu Delfin Quishpe – il interprète des chansons du folklore andin dans un style comique-techno – ont largement contribué à populariser la musique andine équatorienne dans le monde. Autrement, il existe dans le pays, des endroits où l’on est sûrs de pouvoir goûter aux traditions musicales locales : les peñas. C’est dans ces tavernes que la musique andine se joue, scènes privilégiées des groupes de musique folklorique. Parmi les plus recommandables, on se dirigera à Quito vers Ñucanchi, véritable institution à l’ambiance conviviale et à Otavalo, on se rendra à Amauta, certainement la peña la plus cotée de la région, réputée pour son ambiance, son décor et la qualité de sa musique (andine). Hormis les peñas, quelques adresses plus axées autour de la danse raviront les curieux comme le Ballet Folklorique National Jacchigua qui, au travers de chorégraphies riches et colorées, offre un beau panorama sur les traditions religieuses et païennes des différentes ethnies indigènes du pays. Dans le même esprit, citons la Fundacion Cultural Humanizarte, ballet folklorique reprenant les thèmes classiques de la culture andine dans un cadre intimiste.

Les fêtes et diverses célébrations, qu’elles soient religieuses ou non, sont également d’excellentes occasions d’approcher de près le folklore. A commencer par le Carnaval, l’une des festivités les plus remarquables du pays. Célébré dans la plupart des villes équatoriennes durant les quatre jours précédant le Carême, il réunit dans une ambiance fiévreuse défilés traditionnels, musique folklorique et déguisements délirants. Parmi les autres rendez-vous immanquables, citons Corpus Christi, se tenant chaque année à la mi-juin à Pujilí. On y vient de toutes les régions du pays mais aussi du Pérou et de Bolivie pour remercier la terre fertile et il est l’occasion de nombreuses danses folkloriques et de défilés. N’oublions également pas de mentionner le Festival de la Cosecha de Maíz, fête de la récolte du maïs se tenant le 16 août à Tarqui (près de Cuenca) célébrée en grande pompe avec des danses folkloriques et des groupes de musique locaux ou encore la Commémoration de la fondation de Quito, chaque 6 décembre, conviant son lot de musique folklorique et de défilés de chars décorés.

La musique populaire

Si vous demandez à quiconque sur place quel est le grand style équatorien, d’aucuns vous répondront qu’il s’agit du pasillo. Véritable musique nationale, qui connut son heure de gloire dans les années 1960 avec le succès de Julio Jaramillo, la légende du genre, ce dérivé de la valse apparait au XIXe siècle durant les guerres d’Indépendance. Souvent lentes et mélancoliques, ces chansons poignantes abordent les thèmes de la désillusion, du chagrin d’amour et de la nostalgie ou du regret. Tombé un brin dans la désuétude un moment donné, ces dernières années, un regain d’enthousiasme pour le style semble se faire sentir, le pasillo s’invitant même parfois dans des morceaux de rock local.

Comme mentionné précédemment, la voix d’or du pasillo fut Julio Jaramillo (1935-1978). Originaire de Guayaquil, le chanteur est devenu une légende de son vivant grâce à des chansons éternelles comme Nuestro Juramento. Lors de sa disparition prématurée à 42 ans, quelque 250 000 personnes vinrent lui rendre un dernier hommage lors de ses funérailles. Parmi les autres grands noms nationaux du genre, impossible de ne pas mentionner Olimpo Cardenas (1919-1991), l’autre grand représentant du pasillo avec Jaramillo, Francisco Paredes Herrera (1891-1952) qui fut surnommé le « roi du pasillo équatorien », Carlos Rubira Infante (1921-2018), auteur de nombreux hymnes, Rafael María Carpio Abad (1905-2004) compositeur de pasillos qui trempait beaucoup ses œuvres de musiques andines comme le sanjuanito, Carlos Brito Benavides (1891-1943), le compositeur du très célèbre pasillo Sombras ou encore Nicasio Safadi (1902-1968), musicien équatorien d’origine libanaise qui formait avec Enrique Ibáñez le fameux Dúo Ecuador et a écrit quelques fameux pasillos comme Guayaquil de mis amores (popularisé par Julio Jaramillo).

Hors du pasillo, l’Equateur a aussi quelques vedettes de la variété qu’il est plus que courant d’entendre une fois sur place : Jaime Guevara, autrefois figure du rock local, Wendy Vera, chanteuse si populaire qu’elle fut membre de l’Assemblée nationale équatorienne ou encore Juan Fernando Velasco, chanteur romantique.

La musique classique

S’il n’y a pas en Equateur de véritable tradition de musique classique, le genre comporte tout de même quelques noms importants pour le pays. C’est notamment le cas de Carlos Amable Ortiz (1859-1937), violoniste, pianiste et compositeur, auteur de No te Olvidaré, véritable hymne national, Segundo Cueva Celi (1901-1969), compositeur de quelques-unes des mélodies les plus connues du pays, Sixto Duran Maria (1875-1947), grand pianiste qui a partagé son œuvre entre musique folklorique, classique et musique de chambre ou encore Carlos Bonilla Chávez (1923 -2010), un des pionniers de la guitare classique dans le pays. N’oublions pas non plus de mentionner Antonio Neumane, Corse qui a composé l’hymne national, Enrique Espín Yépez, violoniste talentueux qui a écrit quelques pasillos très sophistiqués et a insufflé les sonorités équatoriennes dans ses symphonies ou encore Segundo Luis Moreno, chercheur et compositeur nationaliste qui a collecté les musiques populaires et indigènes pour établir un style équatorien.

Dans le registre contemporain, l’Equateur s’illustre via les compositions de Diego Luzuriaga autant influencées par la musique andine que spectrale, Messie Maiguashca, proche collaborateur de Stockhausen, Arturo Rodas, qui ont touché à toutes les avant-gardes savantes du XXe siècle ou encore Jorge Luis Valverde qui écrit aussi bien des symphonies que des sonates dans un style qu’il qualifie lui-même d’équatorien. N’oublions pas non plus de mentionner le chef d’orchestre Freddy Cadena, interprète équatorien le plus réputé à l’international, très actif sur la scène moscovite et ancien enseignant au Conservatoire Tchaikovsky. Comme pratiquement tous les pays, l’Equateur possède son Orchestre symphonique national, qui se produit à la Casa del Musica. Autrement la plupart des concerts de classique ont lieu au Théâtre National Sucre, le plus vieux théâtre de la ville où le Tout-Quito se presse pour ses pièces de théâtre, ballets ou concerts de musique classique ainsi qu’à la Fundación Teatro Bolívar qui, derrière sa belle façade Art déco, abrite une programmation à surveiller.

Les musiques actuelles

Moins remarquée – peut-être parce que plus tardive – que chez ses voisines colombiennes et péruviennes, la scène équatorienne a elle aussi connu une vraie explosion ces dernières années. Une ébullition constante qui a permis l’émergence de nouvelles figures comme Nicola Cruz. Si ce dernier est né en France, il vit et travaille à Quito depuis de très nombreuses années où il produit une musique électronique hybride pleine de couleurs équatoriennes. Révélé grâce à Nicolas Jaar, il a sorti son premier album en 2015 Prender el alma, unanimement salué par la critique. Dans son sillage, Mateo Kingman, originaire de l'Amazonie équatorienne produit une musique électronique sensorielle et organique remplie de paysages équatoriens. Dans cette talentueuse fourmilière qu’est la jeune scène équatorienne se distinguent aussi des groupes et artistes tels qu’EVHA qui réinterprète le folklore national avec des synthétiseurs ; Swing Original Monks, fusion hyper colorée qui mélange le folklore équatorien, le rock, le swing et l’électro ; Quixosis, de l’ambient doucement psychédélique proche de ses racines équatoriennes ; Maria Usbeck, figure locale de la pop indé désormais installée à Brooklyn ; Elia Ezker, outsider pop indé basé, lui, à Seattle et enfin Paola Navarrete, reine de la pop alternative équatorienne quant à elle restée sur ses terres.

Si l’on se penche sur les raisons d’une telle effervescence, il suffit d’observer la quantité de lieux où voir des concerts dans la capitale. Ici, il y en a pour tous les goûts, chaque genre à sa scène permettant au public de découvrir largement et soutenir les groupes locaux. Cafe Democratico, La Cafetina, Ochoymedio, La Juliana ou encore le Centro de Arte Contemporáneo (qui programme des concerts) autant d’adresses où découvrir la jeune garde locale.

Et, bien évidemment, comme dans pratiquement chaque pays d’Amérique du Sud, le reggaeton est ici une vraie friandise nocturne que l’on trouve dans tous les clubs de Quito ou Guayaquil. Si le pays importe les plus gros tubes du voisin colombien, quelques Equatoriens excellent aussi dans le domaine comme Don Day, Johann Vera, Bebo Yau, Diego Villacis ou encore Mad Fuentes et Bombotunes.