Guide de Mayotte : Mode de vie

Cette présentation du mode de vie des habitants se réfère principalement à la société mahoraise traditionnelle, mais il est important de souligner que Mayotte voit, dans sa société, l'irruption de valeurs occidentales qui se mélangent aux habitudes locales de diverses manières.

Au XXIe siècle, Mayotte est parvenue à conserver avec beaucoup de coeur ses racines, ses traditions et ses croyances. Ainsi, on devine aisément que Madagascar, l'Afrique australe et les autres îles comoriennes ne se trouvent qu'à quelques centaines de kilomètres de Mayotte. Il n'y a donc rien d'étonnant à voir des Mahoraises s'habiller de manière occidentale et le lendemain porter avec beaucoup de fierté le salouva (tissu aux couleurs chatoyantes) et le m'dzindzano (leur masque de beauté), le tout sans aucun paradoxe. Les Mahorais dans leur grande majorité font le ramadan, font leur shopping pré-mariage à Dubaï, partent en pèlerinage pour La Mecque et fêtent de plus en plus Noël avec le père Noël et tous ses jolis cadeaux. On parle le shimaore en famille, entre amis et dans les taxis, mais on parle automatiquement en français avec les M'zungus. On continue à aller voir le fundi (celui qui sait) pour soigner son enfant par des prières ou des herbes, puis on finit par le médecin généraliste m'zungu ayant suivi son cursus en métropole. Ces traditions séculaires demeurent profondément ancrées dans les habitudes à une heure où la société de consommation fait son apparition et rythme désormais le quotidien des Mahorais qui réussissent cependant, et sans trop de mal, à préserver leur identité. Mayotte offre un tourisme encore peu développé par rapport aux îles voisines de l'océan Indien et permet un véritable dépaysement. Maoré se trouve encore hors des sentiers battus du tourisme de masse et c'est là sa grande chance !

La gentillesse et la politesse sont des qualités omniprésentes à Mayotte. Avec le respect aux personnes âgées, elles font partie intégrante de leur façon de penser. A Mayotte, les maisons de retraite n'existent pas et les vieux, considérés comme des sages, transmettent leur savoir aux plus jeunes. Des jeunes bien courageux d'ailleurs, car avant d'aller à l'école publique tous les matins, ils filent au préalable à l'école coranique apprendre le Coran et les cinq piliers de l'islam. A dix ans, ils parlent l'arabe, le shimaore, le français et apprennent encore une langue comme l'anglais ou l'allemand.

Pour en revenir à la politesse, il ne faut pas s'étonner de s'entendre dire partout " bonjour " même si l'on ne vous connaît pas, surtout dans les villages de brousse. Aussi, gégé bouéni pour les femmes et gégé mognié pour les hommes sont des formules à apprendre et à connaître afin de saluer respectueusement quelqu'un.

Un accueil qui se veut parfois des plus dévoués est donc offert, sans être forcément intéressé. Enfin un pays où le sourire n'est pas monnayé ! S'il est donné, il est sincère et n'attend rien en échange.

Ce calme et cette quiétude révèlent l'authenticité des Mahorais, leurs traditions perdurent et restent bien ancrées dans cette société qui pourtant évolue de jour en jour. On trouve cependant encore beaucoup de gens sur le bord des routes à l'image des agriculteurs avec leurs tchombos, des petits sabres de travail, sortant d'un champ de maniocs. Les enfants jouent avec de vieux pneus, font la course ou s'amusent avec l'eau de pluie une fois délaissés le téléphone portable ou la télévision.

Les zébus, cabris et biquettes paissent le long des routes... Pas de superficiel sur Mayotte, tout est vrai et authentique, le tout au coeur d'un climat qui incite à la détente, à la joie de vivre...

Vie sociale
Les traditions mahoraises sont très présentes.
Les traditions mahoraises sont très présentes.

Naissance. A la naissance, le père ou un autre membre de la famille imite le muezzin (appel à la prière), en tenant l'oreille droite du nouveau-né. Cette action de grâce est la première participation de l'enfant à l'acte religieux. Le nouveau-né ne devra pas être sorti de la maison familiale avant que le fundi astrologue ne donne son accord ; ceci afin d'éviter des rencontres avec les esprits malfaisants.

Seule la famille a le droit de visite pendant cette période. Un miroir est placé dans le berceau afin d'éloigner les diables qui tenteraient d'approcher le bébé : la vue de sa propre image effraie le diable !

La femme, quant à elle, ne doit pas sortir pendant 40 jours et les rapports sexuels lui sont interdits. Elle ne pourra sortir et se " remarier " avec son mari que le quarante et unième jour après l'accouchement et ce, seulement après avoir pris un bain rituel pour se purifier. Ce jour de sortie (ulawa bvondze) donne souvent lieu à de nouvelles festivités.

Prénoms et patronymes typiques. Pour les garçons, Abdou, Nourdine (lumière de la religion), Abdel (serviteur de Dieu), Said (heureux), Ali (sublime), Mohamed (digne d'éloges), Bacar, Karim (généreux), Abdallah, Omar (le plus haut), Youssouf (Dieu ajoutera), Madi.

Pour les filles, Hadidja, Fatima (petite chamelle qui vient d'être sevrée), Fatouma, Echati, Echata, Sitti, Roukia (de nature élevée), Mariana, Kamaria (lune), Moinaecha ou encore Chaïma (soleil).

Structure sociale. Profondément enraciné dans la mentalité africaine et malgache des habitants, et bien au-delà des valeurs qu'ont pu inculquer l'islam et l'Occident, l'esprit de clan ou de confrérie est le premier marqueur de la structure sociale des habitants. L'entraide, ou la musada, y est toujours très présente.

Les Mahorais sont toujours attachés à leur famille, à leur clan et à leur village avant de développer toute identité au niveau d'une nation, d'une île.

La classe dominante, du moins par le charisme, est une noblesse d'ascendance arabe, que l'on retrouve particulièrement dans les grandes villes à l'histoire ancienne comme Sada. L'ascendance peut être défendue par la démonstration d'un lignage noble, en premier lieu s'il s'agit de la descendance du prophète.

Les hommes politiques étaient pour beaucoup des instituteurs et considérés comme notables. Désormais on y rencontre des avocats. Autrefois, les personnes ayant fait le Grand Mariage pouvaient accéder à ce statut de notable. La structure sociale, dont nous venons de parler, s'appuie essentiellement sur les traditions locales de position dans la société, en fonction du charisme, de la notabilité des individus. Tel individu qui aura une place de notable bénéficiera ainsi d'une meilleure place à la mosquée.

Mais à notre époque matérialiste, voici comment s'organise la structure sociale selon les classes sociales. Parmi les classes les plus aisées, il convenait encore il y a peu de citer les fonctionnaires résidents ou natifs de l'île. Aujourd'hui, l'idée semble assez réductrice tant les secteurs économique et social ont changé en quelques années. Il est ainsi permis de dire que le schéma des classes sur Hippocampe devient quasi similaire à celui qu'on peut rencontrer dans les autres départements français d'outre-mer. Les entreprises se créent, répondant aux besoins criants de plus en plus comblés au fil du temps ; les enfants grâce à la mobilité partent apprendre et reviennent diplômés, intégrant en revenant sur Hippocampe des postes à responsabilités dans les trois fonctions publiques, mais aussi dans le secteur privé qui désormais leur offre des perspectives intéressantes. L'époque du fonctionnaire métropolitain nanti est un souvenir qui appartient au fur et à mesure à une autre époque...

Certains Mahorais ont un revenu encore relativement faible par rapport à la métropole, ceux-là font partie d'une époque à laquelle ils ne pouvaient accéder à l'enseignement. D'une manière générale, le pouvoir d'achat ne cesse d'augmenter puisque le SMIC a augmenté de 1,5 % au 1er janvier 2019. Avec un salaire minimum mensuel net de 1 148 €, Mayotte atteint le niveau du SMIC net mensuel métropolitain. Il convient de mentionner qu'il y a trente ans de cela, le salaire mensuel n'était que de 82,50 francs.

Structure familiale. Jusqu'à une date récente, la famille était fondée sur le lignage et incluait non seulement les parents biologiques et leurs progénitures, mais surtout les grands-parents, les oncles, les tantes, les neveux, les cousins, les petits-enfants.

Au même titre que la société rurale d'où elle est issue, la famille obéissait à la règle de primauté du groupe sur l'individu, à la hiérarchie rigide qui fait du doyen le chef de la famille.

On relève que dans ce modèle, il n'est pas rare que les femmes et les enfants se situent au bas de l'échelle sociale. La famille, issue du cadre villageois, vivait souvent dans une économie d'autosubsistance avec une tendance à l'autarcie qui renforçait les liens de solidarité.

Evolution de la famille. Les changements intervenus ces vingt dernières années, l'explosion démographique ainsi que la forte monétarisation de l'économie et la mise en place du droit commun font imploser le modèle traditionnel.

Ainsi, les jeunes Mahorais qui ont eu la chance d'être scolarisés tentent de gommer les rigidités de la famille traditionnelle et de créer un nouveau modèle combinant les traditions locales avec le mode de vie à l'occidentale.

L'éducation familiale. Elle doit être assurée en premier lieu par les parents. Cependant, la société a mis en place plusieurs autres institutions et acteurs de l'éducation qui doivent compléter cette éducation familiale. En effet, la mission d'éduquer doit être assurée, en complémentarité avec la mère, par les personnes âgées qui sont souvent disponibles et à qui les années ont conféré une certaine sagesse. Les grands-mères ont le contact le plus facile avec l'enfant. Celui-ci est en général plus proche de ses ascendants féminins. Le père, souvent absent, inspire à l'enfant une sorte de respect mêlé de crainte.

L'éducation traditionnelle. La personnalité se définit à partir de l'éducation coutumière qu'il reçoit dès sa prime enfance, des pratiques rituelles liées aux événements familiaux marquants, mais aussi des pratiques vestimentaires et esthétiques. Ces dernières sont essentielles. Elles marquent son intégration à une classe d'âge (le hirimu) en fonction de son statut social (makama).

L'éducation communautaire. Le chandza hari (la place publique ou kabari), la mosquée, l'école coranique et les champs sont les autres lieux réservés à la transmission du savoir et de la culture mahoraise. La pédagogie du maître (fundi) est basée sur son expérience et l'oral. C'est une éducation permanente et personnalisée. Avec la mise en place de la scolarité dans les écoles laïques dès l'âge de trois ans, l'école coranique connait une grande désaffection ces dernier temps puisqu'elle remplaçait la maternelle.

L'éducation scolaire. Mayotte constitue un vice-rectorat dépendant de l'académie de La Réunion. Le premier lycée de Mayotte ne date que de 1976. Il a été construit juste après le référendum. On compte aujourd'hui onze lycées, dont trois professionnels et un lycée agricole (Coconi), ainsi que dix-huit collèges et plusieurs écoles maternelles, et on bétonne aujourd'hui à tour de bras pour rattraper le retard éducatif et pour pouvoir accueillir toute cette jeunesse. De plus en plus de jeunes Mahorais continuent l'école après le collège, ce qui n'était pas le cas il y a encore peu de temps. Un examen de passage pour les élèves de CM2 est toujours d'actualité pour accéder à la 6e. Il s'explique par le fait qu'il y a encore quelques années, les instituteurs qui enseignaient à l'école primaire donnaient plus facilement les cours en mahorais qu'en français. Depuis, tous les instituteurs de l'île se doivent d'enseigner en français et doivent avoir au minimum le bac. Un programme de construction de 600 classes supplémentaires dans les écoles primaires est effectif depuis 2017, avec une participation budgétaire de l'État. L'enseignement du secondaire est quant à lui dispensé par des professeurs fonctionnaires venant donc pour la grande majorité de métropole, mais depuis quelques années on note une défection de profs titulaires, le recrutement au niveau local s'accentue, moins de titulaires va de pair avec la baisse du niveau des enseignants. L'Etat continue parallèlement ses investissements en collèges et lycées. Les extensions d'établissements existants sont nombreuses, en 2014 pas moins de douze collèges et lycées étaient en chantier. Le collège K3 à Kawéni a ouvert ses portes en septembre 2014 avec 660 élèves, il a doublé sa capacité d'accueil en 2015 avec 1 200 élèves. Citons aussi l'ouverture du collège de Majicavo en 2015. En plus des lycées sud et nord de Mamoudzou, le lycée de Chirongui a été construit en dur. D'un autre côté, des enfants continuent de fréquenter l'école coranique, même si pour la peine les enfants ont un planning journalier assez chargé entre le temps passé à l'école coranique, puis l'école publique laïque et les éventuelles tâches domestiques.

En effet, la fréquentation de l'école coranique ne dispense pas de l'obligation d'aller à l'école républicaine. Les cours de l'école publique sont similaires à ceux de la métropole, on y apprend " nos ancêtres les Gaulois ".

Mayotte ne possède pas encore d'université, aussi ses cours s'arrêtent au bac, et les élèves mahorais doivent partir à La Réunion ou en métropole.

Des aides à la mobilité ont été mises en place afin d'aider les jeunes étudiants à poursuivre leurs études hors de Mayotte.

A Dembéni, le Centre universitaire de Mayotte est ouvert depuis 2011 et l'on y propose quelques formations ouvertes en partenariat avec différentes universités de métropole et jusqu'au niveau L2 pour certaines d'entre elles : L1 et L2 de lettres modernes (université de Rouen), L1 et L2 de sciences humaines option géographie (université de Bordeaux), L1 de mathématiques-informatique (université de La Réunion), L1 de sciences de la vie (université de La Réunion) et L1 de science de gestion (université de Montpellier). L'insitut permet aux inscrits dans ces formations de présenter le concours externe de recrutement des instituteurs, ou de poursuivre ailleurs le cycle universitaire entamé à Mayotte. Le lycée de Sada propose des BTS force de vente et secrétariat. Le lycée professionnel de Dzoumogné a ouvert en 2015 une structure pour les métiers du bâtiment (Bac Pro Technicien d'études et organisation et réalisation du gros oeuvre).

Vêtements…

...de femmes

Kishali : c'est le châle que portent les femmes sur leur tête ou parfois sur l'épaule (se prononce " kichale ").

Chimisi : c'est le chemisier qui est recouvert par le salouva (le mot provient de chemise).

Lambawane : le lambawane est le morceau rectangulaire de tissu coloré que l'on trouve partout sur le marché et sur les femmes. Dans ce dernier cas, on parle de salouva : la conception d'un salouva requiert trois salouvas.

Salouva : vêtement constitué de trois morceaux de lambawane cousus entre eux sur la partie la plus courte et qui s'enfile comme une robe, puis noué à la poitrine.

...d'hommes

Kofia : c'est le chapeau à petits trous que portent les hommes pour aller à la mosquée. Il peut être brodé à la main ou simplement imprimé. Il est souvent réalisé par une femme proche de l'homme (généralement sa fiancée ou sa femme), et cela prend parfois plusieurs mois.

Shikoyi : carré de tissu attaché à la taille.

Kandzu : c'est le nom de la grande robe longue que portent les hommes pour aller à la mosquée ou lors de cérémonies festives comme les enterrements ou les Grands Mariages.

Masques de beauté (« mzindzano »)

Le visiteur de "  l'archipel aux parfums  " ne peut rester insensible à ce masque que portent les femmes, car, en plus des salouvas colorés (vêtement traditionnel), celui-ci participe à leur beauté.
Le m'sindzano ou masque de beauté donne aux femmes un charme exotique et une beauté particulière. En shimaore, le mot désigne en réalité le bois de santal utilisé pour sa confection.
Mais, par extension, ce mot a désigné le masque cosmétique qui pare le visage des femmes aux Comores, dans l'Ouest malgache (Sakalaves) et chez les Makas du Mozambique.
Cette pratique très ancienne a plusieurs fonctions  : il protège la peau du soleil, il crée une couche protectrice contre les moustiques, il lisse la peau en supprimant les impuretés de surface ; lorsqu'on le retire, il participe à la mise en valeur de la femme en lui donnant un signe de beauté caractéristique et personnel, et un parfum naturel. Seules les femmes mariées pouvaient mettre le mzindzano.

Technique

Comment s'élabore le masque ? A la base, il faut une table à masque (bwé m'sindzano) fabriquée dans du corail massif. Cette table peut peser jusqu'à 3 ou 4 kg ! Mais, malgré sa fragilité, elle demeure l'outil de base de la fabrication de la préparation qui sera appliquée sur le visage.
C'est le grain fin du corail qui permet d'obtenir une poudre de santal (mri wa m'sindzano) fluide. En frottant le bois de santal sur la table de corail et en ajoutant petit à petit de l'eau, on obtient une pâte facilement applicable sur le visage.
On peut utiliser différentes poudres pour réaliser le masque. Dans ce cas, les produits de base sont toujours naturels à savoir des feuilles ou des fleurs, qui seront pilées en poudre afin de l'appliquer sur la peau.
Le myongo est un bâtonnet extrait de la tige centrale d'une palme de cocotier utilisé pour élaborer les motifs du masque. A l'aide de ce dernier et d'un épi de maïs égrené utilisé comme une éponge fond de teint, de nombreuses décorations peuvent être réalisées par les maquilleuses  : motifs astronomiques (soleil, lune, étoile), floraux, géométriques... qui parent les joues et le front. Parmi ces derniers, on distingue sur les pere ya mutrumme et pere ya mutrumshe (bague du garçon, bague de la fille), des motifs nuptiaux anciens, aujourd'hui peu représentés. A ces motifs ponctuels, certains préfèrent la ligne ondulante d'une feluha qui, d'une joue à l'autre, va décorer tout le visage de sa propriétaire de fleurs ou de figures géométriques. Il y a plusieurs sortes de masques  : le masque quotidien, le masque de soin et le masque de fête. Dans les trois cas, les produits naturels sont soit fraîchement cueillis, soit directement achetés sous forme de poudre au marché ou ailleurs. En fonction des produits utilisés, la couleur du masque change. Du rouge au jaune en passant par du blanc, les teintes dépendent non seulement de la recette de base mais également du dosage appliqué.

Les masques quotidiens

Le m'sindzano mwéou est le masque blanc à base de bois de santal clair. Bien que le bois de santal pousse naturellement, il est jalousement gardé par les bouénis qui en connaissent les rares lieux de pousse. Plus généralement, il est importé de Madagascar. Ce morceau de bois, appelé shimamba, s'achète régulièrement sur les marchés.

Le m'sindzano wa dzindzano est un masque jaune obtenu en ajoutant un peu de curcuma ou " safran-pays " (dzindzano) râpé. On peut également le remplacer par du tam-tam hazou dont on récupère la graine, comparable à un grain de poivre.

Le m'sindzano m'koundru enfin est la variante rouge du masque traditionnel. A partir du bois de santal rouge, ce masque constitue un cosmétique complet pour les femmes ; il peut cependant provoquer des allergies.

Les masques de soin

Ce sont des produits appliqués en masque sur le visage  : le mdjanfar (ou mudjanfari), un bois de Mayotte dont le coeur ressemble au santal, est recommandé contre les migraines.

Le matra ya puinzi, à l'huile de sésame, est utilisé pour lutter contre le vieillissement et les rides.

Le muté fait disparaître les petites tâches brunes sur la peau.

Le noyau d'avocat est utilisé pour éclaircir la peau.

Le malandi est une terre blanche de type kaolin à laquelle on attribue la même vertu éclaircissante.

Les masques de fête

Dans ces grands moments (mariage, debbah), ce masque est associé au port de parures et bijoux (colliers, bracelets, bagues) et à l'application sur les mains et les pieds de dessins tracés au henné.

Le m'sindzano wa zukuba est un masque élaboré. A partir d'un mélange végétal séché et pilé au mortier, il permet d'obtenir un masque gris brun constitué d'une crème épaisse parfumée. Sa fragrance semble destinée à séduire. Peu utilisé et peu connu par les jeunes générations, c'est un masque des grands jours.

Le zuzuka traditionnel est un savant mélange de nombreuses plantes : anju (jasmin), mlaliampana, miziamassandze (vétiver), mkadi (basilique), dwa (fleur du pandanus), mugu (arbuste épineux, mimosa local), patshuri, mawa (rose), fu mutsanga et langi-langi (ylang-ylang). Il peut également être appliqué en massage sur le corps pour nettoyer et éclaircir la peau. C'est le cas à l'occasion du mariage traditionnel où l'épouse et le mari sont massés tous les deux jours à l'aide d'une préparation dont le zuzuka constitue la base.

Mœurs et faits de société

Place de la femme. Exemplaire pour un département dont la population est majoritairement musulmane, la place de la femme est relativement bien respectée. La femme peut ainsi conduire, boire de l'alcool, pratiquer l'adultère, exercer un travail en disposant de ses revenus, faire de la politique... comme l'homme, sans être inquiétée.

Le plus souvent non voilée, elle ne porte qu'un léger voile (le salouva). Plus étonnant, la famille est dite matrilinéaire, c'est-à-dire que la transmission des biens se fait de la mère à la fille, particulièrement en ce qui concerne la maison. Il existe aussi des familles patrilinéaires.

Dans la famille traditionnelle, la femme a la responsabilité de la gestion du budget familial et de l'éducation des enfants. Elle est responsable de la santé et du comportement de chaque membre de la famille.

De la même façon, la maison construite par son père et par ses frères lui appartient. C'est pourquoi l'homme, tout en étant chef de famille, y occupe une place très réduite. Il est notamment obligé de céder la maison en cas de conflit ou de divorce. Il n'est pas rare qu'un seul homme ait sous sa responsabilité plusieurs épouses et donc plusieurs familles.

Désormais, au lieu de s'occuper seulement de la maison et des enfants, les femmes ont en général un travail afin qu'elles puissent participer au revenu familial.

La polygamie et l'obligation pour les jeunes filles de rester vierges jusqu'au mariage pour bénéficier de la maison caractérisent une société matri-centriste et matri-locale.

Les femmes mahoraises constituent une véritable force, unies et solidaires, déterminées et solides comme un roc. Elles ont joué par exemple un rôle très important dans le choix de Mayotte de rester française. C'était l'époque du " commando des chatouilleuses ", en 1976.

Depuis, elles investissent tous les domaines de la vie économique et publique. Même lors des grèves ou manifestations, il est fréquent de voir les femmes au premier rang et même si, dans la politique, on les voit peu, tout le monde sait qu'elles ne sont pas bien loin pour veiller et surveiller. Décidément, la femme est bien l'avenir de l'homme.

La circoncision. Cette opération qui consiste à supprimer le prépuce à des fins hygiéniques est une coutume issue des traditions bantoues et confortée par l'islam. Elle est pratiquée par un fundi sur les garçons âgés de 2 mois à 15 ans.

A l'origine, le fundi wa sembeya (le maître des couteaux) utilisait ses ongles ou un brin de feuille de cocotier tranchant pour circoncire. Actuellement, il se sert d'un couteau spécial. De grandes précautions, notamment des prières, précèdent cette opération ; car si elle n'est pas réussie, elle peut engendrer des complications pouvant entraîner la mort du sujet et de grands malheurs dans la famille du circoncis.

Le mariage. Le mariage (Ndrola) est précédé d'une période plus ou moins longue d'observation des deux futurs époux et de préparation de l'événement. Cette période ne pourrait être assimilée aux fiançailles.

L'homme peut se rétracter s'il s'aperçoit que la promise n'est pas sérieuse ; d'ailleurs, la fille fait l'objet d'une surveillance accrue de la part de la famille. Une rétractation pour motif de manque de sérieux jetterait le déshonneur sur elle et sur toute sa famille.

C'est l'époque des prises de contact, du rapprochement entre les deux familles et des préparatifs : la famille de la fille doit s'occuper, si ce n'est déjà fait, de construire et de meubler la maison de la future mariée ; tandis que l'homme prépare la " valise " contenant des vêtements, du tissu, des bijoux... qu'il offrira à sa femme, ainsi qu'une importante somme d'argent qu'il apportera comme dot. Il peut aussi participer à la construction et à l'ameublement de la maison de sa future épouse.

Quelques mois avant le mariage, les parents des promis se rencontrent afin de discuter des dernières formalités et de fixer la période pendant laquelle devrait se dérouler le mariage.

La condition de virginité de la femme est une condition un peu en déclin avec les coutumes modernes. Mais d'une manière générale, cette tradition a une valeur très importante chez les anciens.

La période des fiançailles est appelée maoumitso. C'est pendant cette période que la famille de la mariée prononce la dot en fonction de l'importance sociale de la famille du marié. Concrètement, elle annonce le montant exigé pour avoir la main de leur fille. Ce montant est d'un minimum de 1 500 euros, mais peut aller beaucoup plus loin selon les moyens des familles comme 2 fois ou 5 fois plus, voire 50 fois plus. C'est également pendant cette période que le mari doit " consommer le mariage " et vérifier ainsi par la même occasion la virginité de sa femme.

Dans ce cas, il doit apporter le haki qui est une somme d'argent donnée par le mari à sa future épouse lors de la nuit de noces. Elle peut varier de 100 à 500 € environ. Autrefois, les mariages étaient arrangés entre les familles.

Aujourd'hui, c'est plus souvent l'amour de deux êtres qui prime sur les intérêts des parents respectifs. Même les fiançailles sont de moins en moins pratiquées de nos jours.

Juste après les fiançailles, c'est le Grand Mariage qui commence. Il est particulièrement faste et ostentatoire en Grande Comore, où il confère à celui qui l'accomplit le statut de notable. La femme ne doit pas sortir de chez elle pendant une semaine entière, soit du lundi au lundi, soit avant le vendredi de la semaine au cours de laquelle d'autres cérémonies seront célébrées. Les invités rendent des visites tous les jours de cette semaine. Les mariés sont aidés de la famille, des tantes, des parents ou frères et soeurs pour recevoir les invités.

Tous les jours, la mariée est maquillée et bichonnée sur son lit. Le masque doit être différent tous les jours, les bijoux portés, les vêtements changés régulièrement afin d'être admirés par les gens du village ou des familles. La famille du mari et ses invités doivent payer à l'entrée de la chambre pour voir la mariée. Ils ne paient qu'une fois, même s'ils reviennent dans la semaine. En revanche, la famille de la mariée et ses invités ne payent pas.

A l'issue de cette semaine, assez éprouvante pour la mariée qui reste immobile et n'a pas le droit de sortir, un dîner dansant est organisé. Par mesure de commodité, la semaine s'achève le plus souvent le vendredi au cours duquel a lieu la procession du mari vers la maison de son épouse.

Au cours de cette procession, qui peut avoir lieu soit avant, soit après cette semaine, il traverse le village à la sortie de la mosquée lors de la prière du vendredi, vêtu de ses beaux habits dorés, le djohou en feutrine noire avec des broderies à l'or fin.

Les hommes l'accompagnent et font un moulidi ce jour-là dans la mosquée. Parfois, les femmes suivent, mais la procession du mari se fait généralement avec les hommes du village. Le marié est précédé de trois femmes qui agitent devant lui un pepea (shimaore) ou coupek (shibushi), sorte de drapeau en tissu cousu de motifs qui servent à ventiler le marié (vu la vitesse à laquelle les femmes l'agitent, la ventilation n'est guère efficace en plein soleil, mais même symbolique, elles sont toujours présentes !). Elles avancent en marche arrière, face tournée vers le marié accompagné à ses côtés de 2 tuteurs, soit un frère, soit un ami ou un oncle. C'est l'équivalent de nos témoins en métropole.

De nos jours, on peut trouver parfois des mariés accompagnés des tuteurs avec une cigarette à la bouche, mais non allumée. Cette tradition moderne se déroule selon l'âge du marié et n'a qu'un rôle de frime symbolique. La cigarette ne sera pas allumée pendant la procession. C'est juste pour la forme. Souvent, pendant cette procession, des hommes dansent le m'shogoro. Sur deux files et sur la route, des hommes dansent avec le foulard et le tam-tam. On l'appelle également le m'lélézi en shibushi.

Suit ensuite le mafonguidzo qui se fait auprès du cadi. C'est le mariage religieux. Le mari apporte alors la dot aux parents qui la remettent à leur fille. Autrefois, on apportait des vêtements pour la mariée. Le mari chargeait des valises entières de vêtements avec toutes sortes de tissus, mais par mesure de commodité, cette tradition, bien qu'encore pratiquée dans certaines familles, est de plus en plus remplacée par une somme d'argent. En revanche, la famille de la mariée doit apporter d'une part la maison et le lit conjugal, mais tout le linge associé, comme les draps, serviettes, torchons, etc.

La polygamie. C'est une pratique tolérée par le Coran et reconnue par la loi islamique et qui était acceptée par la France pour les Mahorais. Elle permettait à l'homme d'avoir au plus cinq épouses légitimes en même temps, à condition de pouvoir subvenir à leurs besoins et d'élever correctement les enfants qu'elles lui donneraient.

Avoir plusieurs femmes n'est donc pas chose facile : le mari doit partager équitablement son temps et ses richesses entre les différents foyers, sans compter que, souvent, les épouses compliquent les choses en se jalousant.

La tradition voulait que le polygame habille ses enfants et ses femmes au moins une fois l'an, lors du premier jour de la nouvelle lune après la fin du ramadan (l'Aïd). En cas de " familles nombreuses ", le défilé des " ayants droit " chez le marchand de vêtements l'endette considérablement, au point qu'il s'arrange souvent pour payer à crédit. De nos jours, il peut se procurer des habits moins chers.

Ces considérations financières ainsi que l'évolution des mentalités font que la polygamie et les Grands Mariages sont de moins en moins répandus, et cela malgré la relative facilité avec laquelle l'homme peut divorcer ou répudier sa femme.

Par une loi récente, la polygamie a été interdite depuis le 1er janvier 2003 et n'est donc plus tolérée par la France. Tous les jeunes qui accèdent à la majorité depuis cette date n'ont aux yeux de la France plus qu'une seule épouse légale et seule reconnue par la loi française.

D'une manière générale, les jeunes ne pratiquent guère la polygamie faute de moyens pour subvenir équitablement à toutes leurs épouses. Le nombre de femmes est donc rapidement passé à 2, rarement plus. Avec l'interdiction de la polygamie, les deux femmes risquent de s'appeler femme légitime et maîtresse comme dans d'autres pays ! Mais certaines femmes commencent à rejeter ces pratiques, préférant un amour total de leur mari.

Le divorce. Le divorce (ufunguwa) est prononcé par le mari sous forme de sentences appelées twalakas. Les twalakas doivent être prononcés devant témoins pour être pris en compte et sont au nombre de trois.

Le nombre de sentences prononcées détermine la nature du divorce. Si le mari signifie à sa femme un twalaka, il y a encore possibilité de réconciliation si la fautive fait amende honorable. A deux twalakas, les deux divorcés peuvent encore se remarier entre eux alors qu'avec trois twalakas, ils ne le peuvent plus, sauf si entre-temps, la femme a été épousée par un autre homme qui, à son tour, lui a donné au moins un twalaka.

Le mari doit écrire une lettre à la belle famille pour lui notifier le(s) twalaka(s). Cette lettre sera transmise au cadi pour l'enregistrement du divorce.

L'homme divorcé devra quitter le foyer conjugal sans rien emporter de la dot ni de la " valise ". En revanche, il pourra récupérer la dot si c'est la femme qui demande le divorce.

Dans ce cas, la procédure est plus difficile puisque la demanderesse doit soumettre les griefs relevés à l'encontre du mari au cadi qui rendra un jugement.

En général, cette procédure est rare, la femme s'arrangeant pour que ce soit le mari qui, excédé, prononce les twalakas. Elle garde ainsi sa dot. Les couples divorcés n'ont pas le droit d'avoir de relations sexuelles entre eux, car ils seraient alors en concubinage. Cette situation, qui est proscrite, est déshonorante pour le couple et pour les enfants qui en naissent.

L'époque des chatouilleuses

Entre 1966 et 1975, alors que les décisions concernant Mayotte viennent désormais de Moroni, tandis que les époux mahorais installés aux Comores ne sont pas autorisés à recevoir les familles, un redoutable mouvement de femmes mahoraises se mit en place et s'attaqua régulièrement aux émissaires du gouvernement comorien qui avaient le malheur de fouler le sol de l'île aux parfums. Ce fut le temps des chatouilleuses. En effet, ne pouvant ni ne voulant frapper les hommes, les femmes, à l'image de Zaïna Méresse, eurent l'idée d'une belle punition leur évitant des sanctions judiciaires : " Et si on les chatouillait ? Aucune peine de prison n'est prévue pour les chatouilles " se dirent-elles.

Elles s'accordèrent alors pour un cri de ralliement, une sorte de " wouuu ", et celles qui l'entendaient devaient le reproduire à leur tour, cerner le ou les élus. Le premier à subir le supplice de la chatouille fut le ministre Mohamed Dahalani, un Grand Comorien aujourd'hui décédé.

En attendant, le scénario était toujours le même. Dès que l'indicatrice apercevait un envoyé de Moroni sur la route, elle sonnait le rassemblement. Les premières arrivaient, l'entouraient et commençaient à se plaindre, d'abord en douceur, réclamant des écoles, des routes, du travail, de l'attention... Puis les premiers doigts se jetaient sur les flancs de l'homme éberlué. Très vite le malheureux se tordait et essayait de se protéger avec ses mains, puis s'énervait, menaçait et enfin se mettait à rire, rire, encore et encore jusqu'à la suffocation. A ce moment, les furieuses chatouilleuses laissaient leur victime à terre, l'abandonnaient à son sort ridicule.

Le mouvement séparatiste et pro-français des femmes, que les sanctions de Moroni contre Mayotte contribuaient à renforcer davantage, aboutit à la grande manifestation du 13 octobre 1969 où les forces de l'ordre ouvrent le feu sur la foule et font une victime : Zakia Madi, devenant le premier martyr du mouvement. Jusqu'à la séparation de Mayotte des Comores en 1976, les ministres comoriens n'osent plus venir. Dernièrement elles ne chatouillaient plus mais faisaient des actions à travers des communiqués et des manifestations. Derniers exemples en date contre la sénatrice communiste Éliane Assassi pendant la campagne pour la départementalisation en 2009, et plus tard contre le licenciement de Daniel Bacar à la sécurité sociale. Malheureusement les dernières grandes figures du mouvement des chatouilleuses nous ont quittés, d'abord l'emblématique Zaïna Méresse en 2014, suivie en avril 2016 de la combattante Mariame Mouhidini, figure fondatrice du mouvement populaire, et le 5 septembre 2016 le colonel Laza a souhaité partir chatouiller les dieux... Gardons espoir sur terre, il y a une relève avec les jeunes, même si pour les manifestations beaucoup sont absentes, retenues pour les décès ou les manzarakas.

Les « bangas » de Mayotte

La tradition du banga, lieu de résidence provisoire pour les adolescents, s'inscrit dans un ensemble de rites de passage entre l'âge adolescent et l'âge adulte. Pendant cette période intermédiaire, le garçon accède à une vie nouvelle sans couper tous les liens familiaux. Ainsi, il continue de prendre ses repas au domicile maternel. Le banga est composé d'une seule pièce, avec une porte et une petite fenêtre. Les matériaux, terre, bois, bambou, feuilles de cocotier, sont payés par le père.

Dans la société mahoraise, la maison appartient toujours à la femme qui l'apporte lors de son mariage. Invité à quitter son banga quand il se montre capable de subvenir à ses besoins, l'homme pourra ensuite entrer dans la maison de sa femme. En cas de divorce, l'homme retourne dans son banga, mais celui-ci est souvent donné aux frères ou aux cousins.

Parfois, en fin de vie, les vieux laissent leur domicile à leurs enfants pour aller vivre dans un banga qui sera construit dans l'enceinte de la maison principale. Les bangas des jeunes sont souvent installés par groupe en bordure de route, un peu en retrait du village, ce qui leur assure plus de liberté et de discrétion.

Le banga dispose toujours d'une petite fenêtre qui permet à une courtisane de venir et de partir sans être vue. L'art du banga est né dans les années 1970, quand les jeunes, plus riches et plus inventifs que leurs aînés, ont commencé à personnaliser leur demeure. Un concours a eu lieu en 1987. Parmi les inscriptions qui ornent les bangas, certaines doivent exprimer la personnalité du jeune homme, d'autres sont des invitations à l'amour ou des messages au héros préféré. Loko était le héros le plus sollicité en 1997. Le but est de donner envie de découvrir le propriétaire.

L'extérieur témoigne des dons de l'habitant : humour, art, sport... et l'intérieur doit prouver que l'adolescent est apte à tenir une maison propre et rangée. Le tout est de piéger sa future femme.

Bangas, Mayotte, Ed. B'WI.

Religion
Islam

La religion est l'islam à 95 % à Mayotte. Le Coran est une nouvelle révélation, en langue arabe, qui vient confirmer la révélation antérieure contenue dans la Torah, le livre des juifs, et dans l'Evangile.

Le prophète Mahomet et tous les musulmans vénèrent dans le Coran une forme parfaite de la parole divine. Les musulmans ne voient dans le Christ qu'un prophète parmi d'autres, alors que Mahomet est le dernier prophète, celui qui incarne une fois pour toute la parole divine.

Au contraire, les chrétiens voient dans le Christ, non pas un messager venu avec un livre, mais le Dieu incarné. La vie spirituelle d'un musulman est codifiée par des obligations quotidiennes, des pratiques liturgiques, mais laisse aussi la place à un mysticisme comme le pratiquent les soufis. Les juristes de l'islam ont formulé les obligations principales du croyant sous l'intitulé des " cinq piliers " :

La profession de foi, ou chahada, est le premier des piliers. Tout musulman fait deux professions solennelles énoncées dans une formule unique, qui rappelle que Dieu est unique et que Mohammed fut son prophète : " J'atteste qu'Allah (Dieu) est le plus grand de tous et que Mohammed est son envoyé. " C'est par l'énoncé clair et audible de cette formule, avec l'intention véritable d'y adhérer, que l'individu entre dans la communauté musulmane. Elle doit ensuite être récitée chaque jour, à l'heure de la prière et au moment de la mort pour se voir ouvrir les portes de l'au-delà.

La prière rituelle, qui scande cinq fois par jour le quotidien du croyant musulman, est le deuxième pilier. L'aube est marquée par la prière du al fajr, l'heure médiane par al zouhr, le milieu de l'après-midi par al asr, le coucher du soleil par al maghreb et la nuit par al icha. Le vendredi, la prière de l'heure médiane est dirigée par un imam (ce qui signifie " guide "), qui prêche à l'assemblée réunie. L'heure de la prière est annoncée par le muezzin. Ce dernier effectuait jadis le tour du minaret de la mosquée afin d'être entendu par tous. Maintenant, des haut-parleurs l'ont démis de ses fonctions. On doit prier en état de pureté corporelle et spirituelle ; si l'eau est utilisée pour les ablutions, le croyant peut recourir à des gestes symboliques après avoir touché le sol, le sable, une pierre propre ; il se tourne alors en direction de La Mecque, selon les prescriptions du prophète Mohammed.

Si le muezzin appelle à la prière par l'évocation de " Dieu est le plus grand ", la prière une fois commencée contient toujours la récitation de la première sourate du Coran, appelée la fatiha.

Le troisième pilier est l'aumône légale, appelée zakat. C'est le troisième des piliers imposés aux biens portants. Cette charité légale - on la distingue en effet d'une aumône volontaire, appelée sadaqa - est un moyen de venir en aide à la population indigente. Les écoles juridiques n'ont pas fixé de manière claire le pourcentage qui devait être versé de sa fortune pour pouvoir être considéré comme un acte valide. L'aumône légale se pratique tous les jours, mais trouve son expression la plus grande pendant le ramadan, au moment de la rupture du jeûne, où il convient d'offrir à manger aux nécessiteux. Généralement, l'aumône représente 5 % des revenus et sert plus à la construction des mosquées qu'aux pauvres.

Le ramadan. C'est durant le neuvième mois lunaire, le mois de ramadan, que peut se vivre le quatrième pilier de l'islam. Du lever du soleil à son coucher, les croyants doivent s'abstenir de toute absorption de nourriture, de boisson, de tabac et doivent aussi être chastes. Les malades, les femmes enceintes et les voyageurs en sont dispensés. Le jeûne musulman, s'il est aride durant la journée, donne lieu à de grandes festivités la nuit, car le ramadan est avant tout un mois de joie ; en effet, on célèbre la révélation qui est descendue de Dieu et qui a donné la voie aux hommes. Deux jours avant la fin du mois de ramadan, la nuit du destin (al qadar) est l'occasion de psalmodier le texte coranique dans son intégralité. Une fête vient conclure le mois de jeûne, c'est l'Aïd al Fitr. Il règne une ambiance particulièrement insolite ; les journées de jeûne, d'abstinence et de prières sont suivies de nuits pleines d'allégresse : on sort, on se réunit en famille. La ville, étincelante de lumières, propose toutes sortes de jeux et de spectacles, et la solidarité voit les plats circuler dans la rue, principalement pour les mendiants et les sans-abri.

Si les nuits sont agitées puisqu'on ne dîne qu'après le coucher du soleil, les journées, en revanche, s'étirent doucement dans l'attente du tardif repas familial. Grouillantes de vie tout au long de l'année, les échoppes sont désertées le jour et les villes semblent mortes. Par égard envers ceux qui jeûnent, évitez de fumer, de boire ou de manger en public ! La 26e nuit du ramadan est une nuit de prières. Nuit de la Destinée, elle célèbre la première révélation du Coran qui fut faite au Prophète. C'est à la Grande Mosquée de Tunis que cette cérémonie est la plus grandiose. La véritable fête commence à la fin du ramadan, lors de l'Aïd el Seghir, et dure trois ou quatre jours pendant lesquels toute activité est paralysée.

On se rend visite, on s'offre des gâteaux, les enfants reçoivent des petits cadeaux et des bonbons. La ville entière se transforme en fête foraine. Si vous comptez visiter la Tunisie en cette période, sachez que les administrations ferment plus tôt que d'habitude et que de nombreux hôtels et magasins sont fermés.

Le pèlerinage à la Mecque. Le dernier des piliers est le pèlerinage que doit accomplir une fois dans sa vie tout musulman qui en a les moyens. Le grand pèlerinage, appelé al hajj, doit se célébrer entre le 8e et le 13e jour du mois dhou al hijja, à La Mecque. Le petit pèlerinage, qui ne fait pas partie des cinq piliers, est appelé oumra ; il a lieu autour de la Kaaba, qui contient une pierre offerte par l'archange Gabriel à Agar et à son fils Ismaïl après qu'Abraham eut renvoyé sa servante et son fils dans le désert. Le pèlerinage est purificateur et efface les fautes du pécheur. C'est le sommet de la vie spirituelle du musulman. Son but principal est de pardonner les péchés commis, mais tous les musulmans ne peuvent se le permettre économiquement et physiquement. Les cérémonies s'effectuent individuellement, à partir des derniers jours du dixième mois. Elles consistent à déambuler sept fois autour de la Kaaba et à circuler sept fois autour des monts Safâ et Mzrwâ, non loin de la ville portuaire de Djeddah.

Les cérémonies collectives, quant à elles, commencent à partir du douzième mois et consistent en une station de tous les pèlerins dans la vallée désertique, devant le mont Arafat, à quelques kilomètres de la ville sainte. Le gouvernement saoudien est le seul à pouvoir donner son consentement quant à l'acceptation des pèlerins dans la ville. Des quotas de pèlerins sont fixés et certaines nationalités ne peuvent être présentes sous aucun prétexte.

A Mayotte, appartenant à la République française et laïque, les lois reconnaissent l'islam comme la religion de l'île et la loi musulmane y est en partie appliquée. Ainsi, toute personne née sur le territoire de parents relevant du droit local ou coutumier peut choisir à Mayotte entre le droit local et le droit commun. Une spécificité locale, comme en ont l'Alsace, la Lorraine et la Guyane. Sunnites, Mahorais appartiennent à l'école châfite. Ils tournent traditionnellement vers le soufisme et admettent plus volontiers l'existence de guides spirituels et de confréries. Arrivé entre le Xe et le XVIe siècle, l'islam s'est vraiment imposé à la construction de la première mosquée. La plus ancienne de l'archipel est à Mayotte, construite à Tsingoni en 1566. Elles se comptent aujourd'hui par centaines, chaque village en a une. Les non-musulmans peuvent les visiter, du moment qu'ils portent une tenue décente et qu'ils se déchaussent.

Comme souvent en Afrique, l'islam y est tolérant. Portant rarement le voile mais plutôt un voile léger, la femme, élégante et respectée, est libre de maîtriser son destin. Phénomène tout à fait singulier dans le monde islamique, la société est paradoxalement imprégnée de matriarcat, et la transmission des biens s'y fait de manière matrilinéaire. L'islam est présent dans tous les instants de la vie : école, mariage, justice, cérémonie, alimentation. La polygamie est encore largement répandue, mais les mentalités évoluent, tant dans la république des Comores où la jeunesse est influencée des principes occidentaux, qu'à Mayotte, où est elle légalement interdite depuis 2003.

Voici les personnages importants de l'islam dans l'archipel :

Le fundi. Professeur de Coran, il exerce à l'école coranique ou dans les madrassas.

Le cadi. Juge et dépositaire du droit coranique, il règle les litiges de propriété et de droit civil. La " cour suprême " de la justice musulmane était dirigée par le grand cadi à Mayotte ; le cadi et le grand cadi étaient salariés du gouvernement français et nommés par le préfet, mais l'évolution institutionnelle de Mayotte a mis fin à leurs missions traditionnelles de régulation de la société. Ce qui pose la question de leur rôle dans la société mahoraise actuelle puisque la nouvelle loi n'approuve plus la justice cadiale, aujourd'hui les cadis font désormais figure de médiateurs.

Le sheikh. C'est un saint homme musulman, il y en a un par confrérie, et il a une renommée locale.

Le mufti. Saint homme lui aussi, mais de renommée internationale.

Le sharif. Descendant héréditaire du Prophète.

L'imam. C'est celui qui conduit la prière.

Le muezzin. C'est l'assistant de l'imam. Il appelle à la prière du haut du minaret.

L'école coranique à Mayotte est présente dans tous les villages et c'est là que le fundi donne ses leçons et où les Mahorais apprennent à découvrir le Coran et à apprendre par coeur certains de ses versets. Elle se déroule tous les jours sauf le vendredi, qui est le jour saint pour les musulmans, de 5h30 à 6h30 du matin environ (avant de filer à l'école publique pour 7h), puis l'après-midi de 15h à 16h. De plus, il faut noter qu'il n'y a pas de vacances.

Le fundi (le maître) garde les enfants environ 21 heures par semaine. Elle vise encore à former les jeunes à psalmodier le Coran et à accomplir les procédures rituelles. Les garçons et les filles, qui doivent couvrir leur corps, font parfois les cours ensemble, cela dépend du fundi. Certains fundis demandent ainsi à leurs élèves de rester plus longtemps lorsqu'il y a les vacances scolaires de l'école publique et adaptent éventuellement les horaires. Auparavant les madrassas accueillaient les enfants plus âgés qui venaient de quitter l'école coranique.

Le fundi était naguère récompensé en nature et occasionnellement en espèces.

Cependant, on constate que les écoles coraniques sont amenées à disparaître, car dans chaque village, il y a désormais des madrassas plus modernes avec des classes plus confortables que les écoles coraniques au confort très rudimentaire, où l'on inscrit ses enfants, qui sont payantes et où l'enseignement du Coran est dispensé par des professeurs ayant fait des études et qui proposent des horaires plus adaptés pour les enfants. Certains Mahorais peuvent même partir à l'étranger, dans les pays arabes, pour poursuivre leurs études religieuses.

Christianisme

A Mayotte, il est pratiqué par une minorité de la population, composée essentiellement des métropolitains, mais aussi d'une partie de la communauté malgache, des créoles d'origine réunionnaise et aussi des Mahorais convertis depuis 3 ou 4 générations.

Il existe à Mayotte, en Petite-Terre, l'église Saint-Michel, dont les fondations datent de 1849, et qui jouxte l'hôpital. La seconde, Notre-Dame de Fatima, se trouve à Mamoudzou.

A Kawéni, enfin, existe une église évangélique internationale qui demande son rattachement à l'église protestante de France.

La Mission catholique a commencé en 1841 à Mayotte, dès le début de la présence française, d'abord dépendante de la Préfecture apostolique de Madagascar. Elle s'installe à Mamoudzou en 1857 avec 50 élèves.

L'école coranique à Mayotte

Rastami a 5 ans. Il se lève tous les jours de la semaine vers 5h30, déjeune de quelques beignets et va parfois chercher de l'eau ou des fagots. A 6h30, il se rend avec ses amis à l'école coranique, où l'enseignement est dispensé par une femme. Celui ou celle qui sait est nommé (e) le ou la fundi. Le cours a lieu sur la terrasse, l'enseignante est installée sur un tabouret, une baguette de bambou à la main, tandis que les enfants, une quinzaine de 4 à 13 ans, sont assis par terre. Rastami récite d'abord l'alphabet, puis tous chantent un verset. Les enfants répètent sans comprendre (le Coran est en arabe) ce qu'on leur lit, mais cela développe leur mémoire. Ensuite, c'est la séance d'écriture de versets. Peu d'enfants ont une planche en bois, fabriquée par le menuisier du village, sur laquelle ils vont pouvoir s'exercer à écrire en arabe. Du charbon mélangé avec de l'eau donne une encre, une petite feuille de cocotier sert de plume ; pour effacer, les enfants vont à la plage et nettoient leur planche avec du sable mouillé. Que de différences avec l'école publique qu'ils vont rejoindre quelques minutes après avoir chanté un dernier verset ! Il faudra apprendre à lire de gauche à droite et non plus le contraire. Dur métier que celui d'être un enfant à Mayotte !

Dates prévisionnelles du ramadan
Début du ramadanAïd al Fitr (fin du mois de jeûne)

24 avril 2020

23 mai 2020

13 avril 2021

12 mai 2021

Préparez votre voyage !

transports
  • Vol pas cher
  • Louer une voiture
  • Réservez un ferry
  • Location de moto
  • Taxi et VTC
hebergement
  • Tourisme responsable
  • Echange de logement
  • Réservez un hôtel
  • Location de vacances
  • Trouvez votre camping
Séjours
  • Voyagez sur mesure
Sur place
  • Assurance voyage
  • Activités Funbooker
  • Réservez une table
  • Trouvez une activité

Adresses Futées de Mayotte

Avis
Jeu concours

Les jeux concours du moment

Remportez un week-end de ski dans les 3 Vallées pour 2 personnes !

Un séjour d'hiver dans le Domaine des 3 Vallées avec l'Office du Tourisme de Brides-les-Bains